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BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

DE

L'ATHENiEUM FRANÇAIS

BEDIfiE PAR MM.

LECOMT).: BORGHESl. 11. BRUGSCH. lîRLXET DE l'RESLES.

F. CHABAS.F. DÏ'RNER. E. EGGER. lk W GARRUCCI. lk D' A. JUDAS. P. LAMPROS.

Pii.LEBAS.Edm.LEHLANT. Ch. LENORxMAXT. li; dlcde LIYNES-Alg. MARIETTE. E.MILLER.

XOÉL DES VERGERS. J. OPPERT. L. RENIER, vico.mte de ROUGÉ. F. DE SAILCY.

LE COMTE M. DE VOGUÉ. W.-H. WADDLNGTON, etc.

ET l'CMI.IE PAU LES SOI\-~ DE MM.

Adr. DE LONGPÉRIER et J. DE WITTE.

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Première et Seconde Année. 1850-1856. ^"fe

Série coiupltHc des 18 numéros publiés sous l;i gérance de M. Lldovic L.vla.nne. .„;'.?

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I

PARIS. ROLLIN & FEUARDENT.

i, RVK LOfVOlS,

LONDRES,

l'J, BLOO.MSBIRV STREET, \V. C.

MAR 1 8 1970

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2. B8

I.

BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

l'athenjEvm français.

JAWIEK 1855.

Sommaire. CéramoijTUjihk : Sacrifice du Chien, explication de la jil. 1. Monnaies frappées ù Jérusalem par les procuratevrs de la Judée. Sole sur

tin b(i6-relief fjrec du Louitc. Svr la posilion de la ville d'Hyrgallen en PhrtjQîe.

CERAMOGRAPHIE.

LE SACRIFICE DU CHIEN.

Explication de la planche T.

Le beau cratère .sur une des faces duquel est peinte la curieuse composition que nous mettons sous les yeux du lecteur, fait partie de la riche collection de vases due aux fouilles entreprises dans les maremmesde la Toscane par MM. Noël des Vergers et François. Ce cratère a été trouvé, en 1850, dans un hypogée du territoire de Chiusi. Sa hauteur est de li8 centimètres, celle des figures de 18.

Au centre paraît la Victoire, placée sur une espèce de piédestal ou de base (B-7,|xa). Ses grandes ailes et la cou- ronne destinée au vainqueur, qu'elle tient des deux mains, sont des attributs qui font suffisamment reconnaître cette déesse. Une double tunique, dont celle de dessous a de larges manches, et une couronne de laurier, ainsi que des pendants d'oreilles, complètent son costume et sa parure. Un homme d'un certr'in âge, barbu et couronné de lierre, s'avance d'un pas rapide \ers la Victoire. 11 est couvert d'un simple manteau, et tient dans sa main droite un gros bâton, tandis ([ue de la main gauche ouverte et étendue, il semble implorer la protection de la divinité. L'attitude, aussi bien que l'expression de la figure, annoncent plutôt un suppliant qu'un vainqueur. A di'oite de ces deux per- sonnages, on voit un second groupe composé également de deux figures et d'un quadru|)ède. Dans l'une de ces figures il sera facile de roconnaitre Apollon. Le dieu est debout; il a la tête ceinte d'un simple strophiuni; ses vêtements consistent en une timi([ue talaiiv et un ample manteau qui cache une de ses mains ; dans la main droite, la .seule \ isible , il porte une branche de laurier. Cette main est étendue au-dessus de la tète d'un è|)!iè])f', penché en avant vers un chien qu'il saisit des deux mains par les i)attes de derrière, malgré les efforts que l'animal fait pours'écliap|)i'r. L'éphèbe, caractérisé commo un esclave ou sinipli' ministre des sacrifices, porte une tiiniipie courte sans manches, serrée par une ceinture: il a aux pieds des cndroniides ou bottines qui couvrent la moitié des jambes.

Le dessin de cette composition à figures rouges sur fond noir, les ornements (|ui l'encadrent , en haut une rangée de belles palmettes,en bas des méandres, annon- cent l'époque la plus brillante de l'art. La forme élégante du va.sc, le bon goût et la sobriété de l'ornementation, viennent à l'appui de cette appréciation; nousavonssous les yeux une œuvre d'art exécutée sous l'induence des

1 85i.

artistes qui florirent du n'au m' siècle avant notre ère.

Au revers du tableau qiie nous reproduisons (pi. I ) , sont représentées trois femmes drapées.

Maintenant il s'agit de savoir quel est le sujet que l'ar- tiste a voulu figurer. Ce sujet entièrement neuf n'est pas sans offrir des difficultés. Si mes souvenirs sont fidèles, les monuments ne nous ont pas encore montré le sacrifice du chien comme victime destinée au culte d'Apollon.

Les chiens étaient immolés en l'honneur d'Hécate (1). De l'épithète de Kjvo^ia-^;,; que lui donne le poëte Lycophron (2). Les sacrifices offerts à Hécate étaient des sacrifices expiatoires, comme nous l'apprenons de Plutar- que (3) . Aussi cette déesse présidait-elleauxpurificationset aux expiations [li). Ce sacrifices' appelait-Epijxj/.a/.tsjjioi; (5). Lucien (6) donne le nom de repas d'Hécate (Ézi-rr,? Zz't.'jo-/) au sacrifice du chien , et Hésychius (7) appelle le chien une image d'Hécate (É/.àxr,; aYa).u.a). Aussi parmi les trois tètes que l'on donnait à la déesse infernale, il y avait celle du chien (8) .

Le sacrifice du chien avait lieu aussi bien chez les (irecs que chez les Romains. Les Colophoniens, selon le témoignage de Pausanias {9) , immolent une chienne noire à la déesse Enodia, la même qu'Hécate; ce sacrifice a lieu durant la nuit.

11 paraît que le chien était aussi consacré à la Mère des Dieux. Du moins Cuper (10) a publié une statue qui représente une déesse assise , tenant le tympaïuim et ayant sur les genoux un chien. Il faudrait savoir jus- qu'à quel point ce monument mérite d'inspirer de la confiance ; il s'agirait de connaître les restaurations , les additions modernes, et si réellement toutes les parties du qua(hui)ède sont aiitirpics. M. Creuzer(II) est disposé à admettre la consécration du chien à Cybèle. D'ailleurs . .selon le témoignage de Sophron , cité par le Scoliastede Ljcopiiroii {\'l) , on sacrifiait des chiens à Riiéa.

(1) Tzftz. ad Lycui>hi-., Cassaiiifr., 77 ; Eustatli. ad Homor., Odtj$s., I", p. 1167 ; Plutarch., Qua-sl. Rom., LU et t. VII, p. 120, éd. Roiske.

(2) Cassandr., 77.

(3) Qu.r:sl. Rom., LXV'III et t.YlI.p. 131, cd. Keiskc;CXI, t. \TI,p. I6i5.

(4) Scol. ad. Theocrit., Idyll., II, 36.

(5) Plutarch., (. cit., et in Romulo, XXI.

{6} Dialog. Hort., I, 1 et XXII, 3. Cf. Athcn., VU, p. 32.Î, A : Plutarcli., Qii.rst. Rom., CXI et t. VII, p. 166, cd. Ueiskc; idem. Syinpos., MI, 6, t. VIII, p. 831.

(7) Sub voce.

[9) Uesych., I.'cil., et i-. .Xyi^iii ÉxiTr.;: Ps-eud. Orpli., .^r,Jon., 982, éd. llermann.

(9| III, 14, 9.

(lO; Apolh. Homeri, p. 197.

(11) Symbol., Bd. Il, S. 526, Ausg. 3.

(12) Ad Cassandr., n.

BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

Janvier.

Le chien était particulièrement consacré à Diane , comme déesse de la chasse (13). On dit que sous la forme d'une chioime , Artéinis i\-;i^6'/r, conduisit une colonie grecque en lonie (l/i).

\1anaGeneta, la même que la déesse mère des Lares (15), était une divinité qui présidait à la génération (lO): on lui sacrifiait des chiens (xûv-;) , sans doute parce que le chien est un animal fécond et que son nom y.Jui-i a pour racine le verbe /.ûw. /.jeu, concevoir, enfanter (17). Les \rgiens, pour le même motil', inuuolaient des chiens en l'honneur de la déesse lliouca , que les inteiprètes iden- tifient avec llithyie (18).

On offrait aussi des chiens de couleui- rousse, à l'épo- que de la canicule, au dieu RoLigus, pour détourner l'inlhience du chien Sirius , qui pouvait être funeste aux moissons (19). Dans l'île de Céos, à la même époque, on offrait des sacrifices à Jupiter iy.g.a!o; pour le prier de tempérer les chaleurs de l'été ("20). Mais dans ces dernières cérémonies il n'est pas question de f im- molation du chien.

Dans le mois de février, qui tirait son nom, Februarius , des lustrations, on offrait des sacrifices à Pan, à Pluton et à Junon. Des jemies gens nus , sous le nom de Luper- ques , parcouraient la ^ ille de Rome, en frappant les fem- mes de lanières de cuir, pour les purifier et aussi pour les rendre fécondes (21) . La victime immolée en cette occa- sion était le chien (22) .

Les chiens étaient consacrés aux dieu.'i Lares (23) , représentés sur les deniers de la famille Cœsia avec un chien près d'eux (24). Un couvrait leurs images de peaux

,13) l'iutarcli., de Iside et Uniride, t. VU, ji. 492, eJ. Reiàke.

ri4) Liban., Oral., V, 1. 1, p. 234, éd. Eeiske. Cf. les notes deSpanla-ira r«J Calliniacli., Ilymn. in Dmimm , 227. Souvent les dieux prenaient la forme des animaux qui leur étaient consacrés pour servir de guide aux colonies. Voyez les mêmes notes de Spanlieim, /. cit., et nd. Callimach., Hijmn. in Afiollinem, 55.

(15) Macrob.,. Sa (ur»., I, 7; Tarr., deL, /-.,IX, (il, cd. Miiller.

(16) Phuarcli., Quxst. Rom., LU et t. MI, p. 120, éd. Keiske; Plin., ;/. .V., XXIX, 4, 14.

(17) Eustath. ad Homer., IliaJ., A , p. 10, et ad Odyss., P, p. 1821 et 1822.

(18) Plutrtrcli.,(.i'i(. Peut-être, au lieu d'E'.>>iov£a, devrait-on lire Ei^EtOuia ? Les deux leçons, comme on voit, sont bien voisines.

;i9) Ovid., Fast., IV, 906 scjq.; Plin., II. .V. ,XXIX, 4, 14; Colamell., de lie ruit., X, 343; Fest., f. Catularia porta et v. Kutilœ canes.

(20) Diodor. Sicul., IV, 82; Schol. «ri Apoll. Khod., Anjon., II, 498. Cf. Brœndsted, Voyages et recherches en Grixe, 1. 1, p. 42 et suiv.

(21) Ovid., Fast., II, 30, 267, 421 sqq.; Plutarcli., in Romulo , XXI, ifiKest. Rom., LVTII et t. ATI, p. 131, éd. Reiske; Fest., v. Februare et Februarius; Varr., de L. /.., VI, 13 et 34, éd. Miiller ; Serv. ad Virg., Jîii. VIII,. 343.

,22) Plutarch., (. cit., et Qiwsf. Rom., CXI et t. VII, p. 167, éd. Reiske, Justin., Wisl., XLIII, 1. In hujus radicibtts templum LïCEO, quem Gricci Pana, Romajii LurEKCUM appeliant, com-Utuit. Cf. S. Aiigust., de Cii\ Dei, XVIII, 17 Parmi les surnoms de Pluton on trouve celui de Februus. Serv. ad Virg , Georg., I, 43, Juuon portait aussi l'épithète de Febrnalis. .\rnob., adc. Génies, III, 30 ; Fest., r. Februarius.

'23) Plutarcli., Qu;c5/. Rom., LI et t. VII, p. 119, éd. ReLske ; Ovid., Fast.,y, 137.

{Zl) Riccio, le ilonete délie antiche famiglie rfiiîoniii, tav. X et p. 40. Ou sait lea rapports des Lares avec les Dioscures. Un ciiien vient caresser PoUux

de chiens (25). Cette particularité fait souvenir de ce qui .se pratiquait au mont l'élion. Chaque année, une proces- sion solennelle partait d'Iolcos pour se rendre au temple de Jupiter Acl(pux , situé au sommet fin mont i'élion , ulin de demander au dieu de rafraîchir l'atmosphère par les vents étésiens. C'était à l'époque de la «anicule , dans les plus fortes chaleurs de l'été, qu'avait lieu cette pompe , et ceux qui y prenaient part étaient revêtus de peaux d'animaux avec leurs poils, pour se garantir du froid excessif qui règne sui- la montagne , comme dit Dicéarque (26) . Il est permis de croire cependant , comme il s'agit ici de sacrifices offerts dans la canicule, que ces peaux étaient employées pour rappeler lesf/i(e«sd'Acléon et la métamorphose en cerf du téméraire chasseur (27).

Tous les ans, à un certain jour du mois d'août (28), on attachait à Rome , à des fourches ou à des croLx (cniri sufjifjehanlur) , faites de bois de sm'eau {in furca sambu- cea) des chiens vivants (29) . Ce supplice avait lieu dans un endroit situe euti'e le temple de Juventas et celui de Summanus (30) . On disait que ce sacrifice était offert pour détourner l'effet de la rage , à laquelle sont sujets les chiens, surtout pendant les jours caniculaires (31). La plupart des écri\ ains , toutefois , lui attribuaient une ori- gine historicfue : on racontait qu'à l'époque les Gau- lois avaient voidu s'emparer du (^apitoie, les chiens avaient manqué de vigilance, tandis que les oies avaient, parleurs cris, donné l'éveil aux soldats qui gardaient la forteresse. De le supplice infligé aux chiens et les hon- neurs exti'aordinaires rendus aux oies (32) .

Chez les Lacédémoniens, les jeiuies gens, a\ant d'en venir aux mains dans les combats simulés, sacrifiaient un jeime chien à Enyalius , le dieu de la guerre , dans l'opinion que le plus vaillant des animaux domesticjues dexait être une victime agréable au plus vaillant des dieux (33). Chez les Scythes, chez lesThraces (34) et chez les Cariens (35) , la victime destinée à Mars était égale- ment le cl^ien.

Il y avait des cérémonies particidières pour la lustra- tion des armées. Hérodote (30) raconte que Xerxès, effrayé par une éclipse de soleil , lit immoler un homme et or- donna à son armée cte passer entre les meiu])res coupés de la victime. Chez les Macédoniens et chez les Béo-

sur le célèbre vase d'ILxéciasdu Musée Grégorien, i'iiseum etrusc. Greyor., II, tnb. LUI.

(25 Plut:u-cb., /. cit.

(26) Descripl. montis Pelii, p. 29, éd. Hudson.

(27) Cf. YÉHIe des mon. céramogr., t. II, p. 331.

(28) Lydus, lis .Veiwi&us, III, 40, p. 30, éd. Scliow.

(29) Serv. ad Virg., jEn., VIII, 652; -Elian., Ilist. .4nim., XII, 33; Pjiu., fl..V.,XXJX, 4, 14.

(30' Plin., ;. cil. {3\\ Lydus, l. cil.

(32) Serv., /. ci/.; Plin., (. cil.

(33) Pnus., m, 14, 9 ; Plut.aioh., Quxst. Rom., CXI et t. VU, p. 16' .

(34) Pluunut., <(f Aal. Vcorum, X.XI.

(35) Clem. Alex., Prolrept., p. 25, éd. Potîsv; SuiJ , <\ Kir.xiiv 0j;i»: Arnob., adt. Galles, IV, 25.

(36) VJI, 39.

JN'" 1

DE LATHEN^UM FRANÇAIS.

tiens (37) on avait recoure , pour purifiei- les ai-mées ou l)our les purifications publiques, k des sacrifices san- glants: mais la victime, au lieu d'être un homme, était lin chien , que l'on coupait par la moitié , en divisant la tète aussi bien que le corps. On plaçait les membres ainsi coupés de chaque côté de la route, et l'armée ou le peuple défilait au milieu.

Au mont Ktna, dit l'ilien (38) , il y a un temple très-vénéré dédié à Héplicslus, il y a des chiens sacrés qui en sont les gardiens; ils vont au-devant des dévots, mais ils mordent , blessent et chassent les hommes qui se pré- sentent avec de mauvaises intentions.

Enfin le chien était consacré à Esculape (39) .

Il est bien sini^nilicr. aj)i-és les nombreux exemples rpie je viens de citer, que Pausanias (/iO), en parlant des Spar- tiates et des Colophoniens , dit que , seuls d'entre les Grecs, ils sacrifiaieiil des chiens aux dieux. Plutar- que (41), de son côté, déclare que le chien est un animal impur, que, pour ce motif, il n'est pas offert aux dieux du ciel, mais imiquement à la déesse chtiionienne Hécate. Les chiens étaient éloignés de l'île de Délos (42), soit par le motif que nous venons de rappeler, soit parce qu'ils avaient mis en pièces Thasus, fils du prêtre d' \pollon (43) ; ils ne pouvaient pas approcher non plus du temple tie la Vierge ou Partiiénon à d'Athènes (44), ni du temple de Saturne à Rome (4ô).

Nous allons voir ce])endant que la composition repro- duite sur la pi. I est un sujet qui trouve son explication dans une tradition particidière, que cette tradition donne au chien la ({ualité de victime expiatoire innnolée à A'pollon. Plutarque (46) , dans un autre endroit , dit que les Grecs, en général, se servent, dans leurs sacrifices, du chien comme victime expiatoire. Les textes et les monuments confirment cette dernière donnée.

Apollon était le dieu expiateur, purificateur par excel- lence KaoàpcT'.o!;. La \ Ictime qui, chez les (irecs, était par- ticulièrement choisie pour l'expiation d'un crime était un penne porc , Xoipi'Sio-j (47) .

Chez les anciens , il y avait toutes espèces de lustra- tions, de céi'émonies (jui avaient pour objet les ex])ia- tions (Ka^apTta) : sacrifices humains , enfants immolés, opérations magiques . prostitutions dans les tenqjles .

(37 T. Liv, XL, 6; Plutarcli., O'^es'- »"'" , CXI .t t. VII, p. liiT, p.l. Kei.-!u>.

1.38) llisl.Auim., XI, 3. Cf. les chiens du temple tVAdrauus. -Tîiiau.,;. cil.. XI, 20.

(39; Pnii3.,H, 2fi, fiet 27,2.

(III; III, 14, 9.

(41) Quxsl. Hom., CXI et t. VU, p. 106, cd. ReUkr.

(42) Plutarcli., (. cil., p. 1«5. Cf. Strab., X, p. 4«r.. (431 Hygin., Fab., 247.

l44; l'iutaich., /. cil., et Comi). Uemeir. ciim .Inr., IV.

(45; Lydus, rfp .Iftiisilms, fragin., p. IIH, cl. Rekk.

(46) Qxuesl. «om., LVllI et t. Vil, p. 131. vA. Reiske.

(17) Voyez ci> que j'ai dit sur le porc comme victime expiatoire, dan? les Annales de l'Insliltit archéoloyique (t. XIX, p. 498 et siiiv.l, à l'occasion d'un vase sur lequel est représentiîe l'expiation d'Oreste.

offrandes de la chevelure , des vêtements , flagellations, blessures , mutilations volontaires , dévouement à la mort ; toutes espèces de superstitions étaient mises en pratirpie. Les actes les plus atroces , les plus aboini- uabies , les plus révoltants étaient employés pour détour- ner la colère des dieux. Mais à une époque déjà ancieime, les sacrifices humains avaient été remplacés j^resque par- tout , en Grèce et eu Italie , par l'immolation de certains animaux ou l'ofirande des fruits de la terre , quoique ces sacrifices horribles aieiit continué d'être offerts jusqu'à l'établissement du christianisme.

ïSous venons de voir que le chien jouait un certain rôle dans le nombre des victimes destiaées aux expia- tions (48).

Dans l'Altis, àOlympie, on voyait, dit Pausanias (49), la statue du devin Éléen Thrasybule , de la famille des lamides ; il est représenté . continue le voyageur grec, avec un lézard qui lui grimpe sur l'épaule droite ; à ses pieds est une victime : c'est un chien divisé par la moitié, et dont on voit le foie. Le Périégète ajoute : Il est certain que la divination au moyen des entrailles des cbevreaiLx , des agneaax et des veaux est depuis bien longtemps en usage parmi les hommes. Les Cypriens consultent les entrailles des sangliers. Aucun peuple n'emploie à cet usage le chien. Il parait doue que Thrasvbule s'était créé un geni'e |)artic(dier de divination par le moyen des entrailles de ces animaux.

Il y avait à Argos une fête appelée la fête des brebis.

àpvîç, àpvTi'.;, l'ou tuait les chiens. y.uvO-iôvTt; èop-rr, (.iO),

et voici à cpielle occasion cette fête avait été instituée : <(P.samathé, fille de Crotopus , eut un fils d'Apollon. » Comme elle craignait son père, elle fit exposer l'enfant. » auquel elle avait donné le nom de Linus. Lu berger » l'ayant tromé , l' éleva comme son propre fils; mais les n chiens' du berger mirent l'enfant en pièces. Comme elle » en eut un grand chagrin , son père sut la chose : il la » condajnna à mourir, croyant qu'elle s'éta,it prostituée » et qu'elle avait inventé un conte en disant qu'Apollon 1) l'avait séduite. Apollon, iriité de la mort de son amante. » frappa les Argiens de la peste. Ayant été consulté pour )) savoir de tpielle manière on potu'rait détourner le fléau. 1) il répondit cpi'il fallait apaiser Psamathé et Linus. » Parmi les houneui's qu'on rendit à leur mémoire, on » envoya les femmes et les jeunes filles pleurer Linus. )) Celles-ci, joignant à leurs sup])lica'.ions des larmes. » déploraient non-seulement le soi't de Linus et de sa » mère, mais encore leurs propres infortunes. Et les lar- )) mes versées sur Linus furent si abondantes, que dans la » suite des temps, les poètes mirent dans toute espèce de

(48) J'aurais pii midtiplier les citations à l'occasion du sacrifice du chien. Plusieurs monstn'S envoyés par les dieux pour punir les mortels sont déii- gTiésparlentim decftitiis. Voycr.les passages rasscmt)Iès dans l'£li/« <J« tnoii. cham., t. II, p. 332. .Te ni» parie pas ici des chiens d'Annlns, de Sérapis , d'Aotéon, etc.

(49) VI, 2, 2.

(50) Atheu., ni, p. 99, E.

BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

Janvier.

» lamentation la cliansoii de i.iniis. Le mois l'ut appelé » Àpvjiô? [le mois des brebis) , paire que Linus avait été » élevé au milieu des brebis. Ils instituèrent un sacrifice » et une fête nommée la fête des brebis (ÀpvU ) ; en ce jour » ils tuent tous les chiens qu'ils peuvent rencontrer

» (xxetvovTE? hi Èzîîvïi TÎi ^i[>.ip!f y.al xuvûv 6'oou<; av îupcoai) (51). » Mais le mal ne cessa que cpiand Crolopus, d ' a piès l'ordre » de l'oracle , eut quitté Argos pour aller fonder une \ ille » dans la Mégaride; il la nomma Tripndiscium et s'y » fixa (52). »

Tel est le récit de Conon. l'ausanias (53) donne une version un peu différente de l'origine de la fête l'on tuait les chiens et ne parle même pas de cette dernière circonstance. Voici comment s'exprime le Périégète grec :

« 11 y a aussi chez les Mégariens le tombeau de Gorœ- )) bus. Je vais rapporter ici ce qu'en disent les poètes, » d'accord en cela avec les Argiens. Ils disent donc que » pendant le règne de Grotopus à Argos, Psamathé, fille )) de Grotopus , eut commerce a\'ec Apollon et mit au » monde un enfant. Graignant la colère de son père , elle » exposa l'enfant, que trouvèrent et mirent en pièces les )) chiens qui gardaient les troupeaux de Grotopus. Apollon » envoya d;.:isla ville d' Argos Pœné (54). Ge monstre, dit- )) on , enlevait des bras de leurs mères les petits enfants , » jusqu'au moment Gorœbus, par pitié pour les Ar- 1) giens, eut tué Pœné. Après ce meurtre, comme la colère » du dieu n'était pas apaisée et qu'une maladie pestilen- » tielle affligeait la ville, Gorœbus se rendit à Delphes pour )) donner satisfaction à Apollon du meurtre de Pœné. La n Pythie ne permit pas à Goro'bus de retourner à Argos ; » mais elle lui ordonna d'emporter du temple un des tré- » pieds, de s'arrêter à l'endroit il lui échappei'ait des )) mains, d'élever un temple à Apollon et de s'y établir » lui-même. Quand il eut porté le trépied jusqu'au mont 1) Gérania, il tomba de ses mains sans qu'il y prît garde. » Ge fut en ce lieu qu'il fonda un bourg nouuné Tripo- » disques. Le tombeau de Gorœbus est sur l'Agora des » Mégariens ; on y lit une inscription en vers élégiaques )) qui rappelle les aventures de Psamathé et de Gorœbus. )) Gorœbus est représenté sur le tombeau terrassant Pœné. » Ces statues sont , à ma connaissance , les plus ancien- )) nés de marbre qui aient été faites chez les Grecs, d

Stace (55), dans des vers élégants, a développé les

(51) M. Th. Pauofka {Arch. Zeihmg, 1845, S. 196) a cru reconnaître un sujet relatif il la fête argienue des brebis, dans une représentation tracée sur une pfite de verre de la collection ïownley, au Musée Britannique. On voit, sur cette pâte, Pan portant sur son épaule un bruon auquel sont sus- pendus deux chiens. Je crois que ce sujet se rapporte plutôt :i la fête des Lupercalia, dans laquelle les Romains immoUaient des chietis en l'honneur de Pan. riutarch., Qu.csl. Rom., LVIII et t. VII, p. 131, éd. Reiske.

^52) Conon, iWxrral., XIX.

(53) I, 43, 7.

(54) Monstre semblable à rme Furie, h une Ker ou il une Harpyie. Cest la personniticatiou d'une maladie pestilentielle. Voyez les notes de Siebelis ad Paus., t. I,p. 153. Les chiens, selon une croyance populaire conservée par Elien (ffisl. ^iiim., 'VI, 16), ont le pressentiment des maladies pesti- lentielles.

(55) Theb., I, 570 sqq. et ibi Lactant. Cf. Theh.,\\,M sqq.; .Klian., lUsl.

détails donnés par Gonon et par Pausanias dans les deux lécits que je viens de traduire. Le poète parle de la rage des chiens, diracanumrabies (5(5), qui avaient mis en pièces le jeune Linus. il est permis de croire de ce que dit Athé- née (57j, combiné avec les vers de Stace (58), que la fête dans laquelle on tuait les chiens avait lieu pendant les jours canicidaires. (Jr nous avons déjà fait observer que chez les Rotnains le saciifice du chien avait lieu précisé- ment pour détourner l'influence sidérale du chien Sirius, ([ul |)(>u\ait nuire gravement aux moissons.

Maintenant, si nous comparons les versions diverses fournies par les mythographes pour expliquer l'origine de la fête argienne , nous voyons qu'ils confondent dans leurs récits les personnages de Crolopus et de Curœbus. Dans la tradition rapportée par Conon il n'est pas ques- tion du jeune homme nommé Corwbus (59) ; il n'est pas dit un seul mot du monstre Pœné ; les lamentations des femmes, l'immolation des chiens ne produisent aucun effet; la peste (),û'[jio;) dont Apollon a frappé les Argiens ne cesse que quand le roi Grotopus a abandonné sa patrie et son trône ; c'est lui qui va fonder dans la Mégaride une ville nommée Tripodisciiim. Or, pas un mot de l'ori- gine du nom donné à cette nouvelle ville.

Dans la narration de Pausanias, il y a deux phases dans les maux dont Apollon a frappé les Argiens. D'abord c'est le monstre Pâmé dont le jeune Corœ>bus délivre sa patrie. Mais à cause de ce meurtre, il est obligé de s'exiler ; car la maladie pestilentielle (voœo;, Xoi|jiwot,;) continue de sévir. C'est Gonebus qui reçoit l'ordre d'emporter un des trépieds du temple de Delphes ; c'est lui (|ui fonde le bourg nommé Tripodisques à l'endroit le trépied lui échappe des mains.

J"a\ ais besoin de faire ressortir les circonstances que je viens de rappeler pour établir la similitude qui existe entre les personnages de Grotopus et de Gorœbus. Gro- topus, si l'on eu juge ])ar le récit de Gonoji, fait des elVorts pour conjm-er le mal qui afflige sa patrie ; mais c'est son exil seul qui peut mettre fin aux calamités publiques. 11 se dévoue , après avoir offert des sacrifices expiatoires, lui (pu avait expié Apollon lui-même du meurtre du dragon ((iO); il part, et par cette action il remporte la victoire et fait disparaître la maladie.

-■imni., XII, 34; Ovid., Ibis, 575 sqq. Voyez aussi Y Élite des mon. céramogr., t. II, p. 35.

(56) Theb., I, 589.

(57) m, p. 99, E. À).)vi ij-f, ?ij'ï, tXr.iv, lo étaïis, [iT,Si 4^?"»'''°'-' '".^ xuvtxT.v ■KûoÊa'X^otjLîvoç X'jjjav, twv ■jr.b xOva oÙTtôv Vijiefûv.

(58) l.cil., 634-35.

Qttis ab .rlhere levus

Ignis, et in totum regiiaret Seirius annum?

Cf. Meurs., Grxcia feriata, i>. Kuvoao'vci;.

(59) Stat., Tlieb., I, 613. Jmenif.

(60) Lactant. ad Stat., Thtb., I, 570. Oui .ipollinem Typhonis crde poUulum expiavil. Je propose de lire Pylhonis au lieu de Typhanis. Dans d'autres récits on nomme Carnuiiior ou Chrysoihémis comme ayant présidé à l'expia- tiou d'Apollon. Schol. (i</ Pindar., .4r«i(m. Pylh.; Pans., II , 7, 7 et 30, 3 ; X, 7, 2.

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1.

DE L'ATIIEN.«UM FRANÇAIS.

Jetons maintenant un coup d'œil sur la peinture repro- duite par la pi. I. Si le personnage qui va recevoir la couronne des mains de la Victoire était un éplièbe, sans nul doute le nom de Corœbus serait celui auquel on devrait donner la préférence. Mais c'est un lionnnc d'un certain âge ; il est armé du bâton de voyageur, qu'il ne laut pas confondre , dans ce cas , avec le bâton des ])édotribes ou des vieillards. Si c'était un poëte qui, après avoir célébré dans ses vei's la mort lameuiaiilc du jeiuie Linus, vient recevoii' la couionne attriljuée au vaiu- (pieur, il porterait poiu- altiibul une lyre, (^es considé- rations me portent à iloinicr au premier personnage de ce tableau le nom de Crotopus, vainqueur de la peste par son exil volontaire: il implore la pitié d'Apollon, prêt à satisfaire aux ordres de l'oracle , tout en recevant des mains de la Victoire le ])ri\ de son dévouement ; il or- donne d'innnoler au dieu Irrilé le chien qui a donné la mort à Linus. Quant à Apollon, le dieu de la peste et en même temps l'exterminateur des maladies produites par les exhalaisons mortelles , 11 montre par son geste que le sacrifice du chien comme victime expiatoire et la retraite du vieillard ont désarmé sa colère. A cet effet, il étend le rameau lustral au-dessus de l'éphèbe , qui saisit l'animal destiné au sacrifice.

Telle est l'explication que je crois pouvoir proposer |)0ur l'intéressante peinture (pii fait l'oljjet des précé- dentes recherches.

J. I)K WlTTE.

EXPLICATION DE QLELQIES MONNAIES

MAL DÉCRITES JUSQU'ICI ET FRAPPÉES A JÉRUSALEM PAR LES PROCURATEURS DE LA JUDÉE, SOUS LE RÈGNE DE TIBÈRE.

Depuis la publication de mon travail sur la suite des monnaies judaïques, j'ai eu la vive satisfaction d'acquérir trois petites monnaies de cuivre qui viennent combler, dans cette suite , tout autant de lacunes que j'avais y laisser ouvertes , faute de monuments à étudier. Ce qui est assez curieux, c'est que ces monnaies intéressantes ne me sont pas, comme toutes les autres, venues direc- tement de Jérusalem , mais bien de Cadix , oii des travaux de terrassement les ont l'ait découvrir. On voit qu'elles n'ont pas pris le chemin le plus court poiu- arri\er en France, lîecueillies à Cadix inèine par M. (iaillaid. elles ont récemment paru à la vente de la collection de cet antiquaire si zélé et si intelligent, et je me félicite d'en être devenu le possesseur. Sans aucun doute , la l'héni- ciemie Agadir a\ait de perpétuels rapports avec les cités maritimes de la mère patrie , et quelques-uns des nom- breux voyageurs qui, au siècle d'Auguste, passaient perpétuellement de l'Asie à l' Africpie et de l'Afrique à riîuropc, auront rapporté dans leur bourse, sans même y prendre garde, ces monnaies, d'une valeur minime,

et qui ne méritaient pas qu'on leur fit l'honneur de les présenter au change, avant de quitter le pays elles avaient cours. Au reste, ces monnaies des procurateurs de Judée ne sont pas les seules pièces frappées à Jérusa- lem qui aient été exhumées du sol de ('adix. M. Gaillard y a également trouvé et il mentionne dans son catalogue une monnaie de cuivre de Jean Hyrcan, puiement hé- braïque, et quelques petites pièces au vase et au pampre, de la guerre des Juifs. (Kielle fpie soit la cause qui ait fait arriver ces monnaies à Cadix, elN^s n'en sont pas moins frappées à Jérusalem, et sans plus anq)le préambule, je passe à leur description.

La première de ces monnaies a déjà été décrite incorrec- tement par moi {Rech., p. J/|0) de la nuuiière suivante :

« Il existe des monnaies de l'année première du règne » de Tibère ; les voici :

» lorAïA. Branche de vigne , avec une grappe de raisin.

>' 1)). L. A. (l'an I) Diota.

» Je ne connais cette monnaie que par la description » qu'en donne Eckhel et rpie repi'oduit Cavedoni (p. 63). » La pièce porte le nom de Julie , mère de Tibère. Je » regarde cette monnaie comme ayant été frappée par » l'ordre de Valerius Gratus. »

i'inde i)Ius (l'I. VIII, fig. (5) donné, d'après un très- médiocre exemplaire trouvé à Jérusalem et faisant partie de la collection de M. Ed. Delessert , un dessin tout à fait incomplet de cette monnaie.

En voici donc la description correcte :

toVAiA. au-dessus d'une branche de vigne, avec pampre et grappe de raisin.

ly. Diota. A droite et à gauche dans le chanq) L. s. l'an IV. (au lieu de L. A. l'an I.) AL 3. Ma collection.

L'an IV de Tibère correspond à l'an WIII de l'ère chré- tienne, et dans cette année Valerius Gratus était procura- teur de Judée.

Il était plus que probable que ce magistrat n'avait pas frappé exclusivement, en l'an IV, des monnaies au nom de la mère de Tibère; on devait donc tout naturelle- ment s'attendre à retrouver des pièces nominales de Ti- bère, émises dans la même amn'e, avec des types ana- logues.

Ces pièces sont inconiestablenient celles que j'ai dé- crites (p. 141) ainsi qu'il suit :

CI KAICAP. au-dessus d'une élégante Diota: à droite, 1) dans le champ A , reste de la date L. A.

» H. Branche de vigne avec un pampre. .E. .'?. l'I. Mil. ."i.

Il Cabinet impérial des médailles. Cavedoni cite une 1) pièce analogue , qu'il lit à tort L. A. (année XXX).

» Valerius tiratus n'aura pas cru pouvoir niieux faire, 1) pour flatter ses maîtres, que d'ordonner l'émission si- i> multanée des monnaies offrant le nom de Tibère et celui » de sa mère Julie, d

La description que l'on vient de lire est non-seulement incorrecte quant à la date, mais encore incomplète quant à la légende. Voici donc comment elle doit être rectifiée :

BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

Janvier.

kaicap. au-dessus d'un élégant Diota avec couvercle ; dans le champ L. a. (l'anlY).

R. TIBEP.... au-dessus d'une branche de vigne, avec pampre et grappe de raisin. JE. 3. Ma collection.

J'ai publié, sous la date de l'année 111 de Tibère, une trè.s-jolie monnaie de Julie, dont voici la description :

( lOVAiA en deux lignes dans une couronne.

). t\ Un triple lis: à droite et à gauche la date L. r. .) (l'an III, XVll de l'ère chrétienne). .E. 4. l'I. VIII. S.

» Ma collection ; deux exemplaires provenant de Jéru- » salem. >>

De même (pie pour Tannée IV du règne de Tibère, il était fort probable que l'émission monétaire ordonnée par le procurateur Valerius Gratus. dans l'année III, avait com- porté des œonnaies de l'empereur et de sa mère. Mais jusqu'ici la pièce de Tibère avait échappé à toutes mes recherches; aujourd'hui, plus heureux , je puis décrire ce', curieux monument. Voici quels en sont les types. ;_ KAicAP en deux lignes dans une couronne.

ly. Deux cornes d'abondance en sautoir, et au milieu desquelles s'élève un caducée. A droite et à gauche, dans le champ, la date L. r. E. li. MacoIlection,trouvéeàCadix.

On voit que les tjqîes de cette monnaie, sans être iden- tiques avec ceux de la pièce de Julie, oiFrent du moins exactement la même disposition générale. Reste à savoir maintenant si cette rare monnaie n'est pas, comme je suis disposé à le croire , semblable à celle fpie Cavedoni a publiée d'après un exemplaire (ki Musée ducal de Parme. et décrite ainsi (p. 6/i) :

RM CAP. Sci'itto in due linee entro una laurea: il tutto in un cercliio di piccoli globetti.

i\\ TiB. Due coiTiucopie fra le quali L. B. (anno II) ; il tiUto entro un cerchio di globettini. Br. 3.

()uoi ([u'il en soit, je suis lieureux d'avoir pu, à tout le moins, rectifier les descriptions de monnaies déjà pu- bliées, mais avec des incorrections telles, que ces mon- naies pouvaient, en rjuelque sorte, passer pour inédites.

F. DE SACr.CY.

NOTE SIU LX BVS-REUEF GREC DL LOLVRE.

Panni les marbres rapportés d'Athènes et donnés au Musée par M. le vice -amiral Massieu de Glerval, on remarque un fragment de bas-reUef , de bon style , soi- gneusement préservé de toute restauration, et qui sol- licite l'attention par la singidarité du sujet qu'il repré- sente.

On y \ oit un cavalier eu\eloppé dans une chlamyde et

portant une camsim sur l'épaule; il est suni par un personnage imberbe coiffé d'un casque ou d'un tz'Io;. vêtu d'une courte tunique , et à demi entoiu'é par les plis d'une chlamyde dont les extrémités volent en arrière. Ce dernier, dans sa course rapide, suit le cheval dont il a saisi la qneue de la main droite, tandis que de la gauche, tendue en avant , il semble se retenir à quelque objet cpie le corps de l'animal cache complètement.

La tête du cavalier et toute la partie antérieure du cheval manquent entière- ment ainsi que la partie droite du bas- relief, dont cependant on deràe assez exactement les dimensions primitives : en tenant compte des proportions relatives de hauteur et de largeur qui distinguent les bas-reliefs, qui sont, comme celui-ci. encadrés par deux pilastres d'ordre dorique soutenant inie architrave.

Cette composition rappelle à l'esprit ce passage d'Ajipien qui , curieux en lui- même, acrpiiert un nouvel intérêt par suite de la découverte de notre bas-relief. (. On dit que Lysimaque. alors qu'il était im des gardes d'Alexandre, suivavt à la course le roi [qvù était à cheval", étant très-fatigué , .se faiail de la (jucuc du cheval que le roi montait et continuait de courir : Ajïitioyov Se, îr-jvôâvo- ai'. , TÔiv û-acnruOiôv ovTa Ttûv A),c|dv5po'j , ■napiTpoy ijai ote È-iTïXsïoTOv ajitj), xa! xajxovTa, rrj^ où:5; -oj Sïîi)iw; '.-Ttoj ).a5(5-

[isvov , ï'A tTuvTpÉyïiv. L'extrémité de la lance du roi , ajoute

DE L'ATHEN^UM FRANÇAIS.

Apjiien , frappa une veine du front de Lysiraaque et le <aiig s'échappa de la blessuie avec force. Alexandre alors, lùiyant pas d'autre appareil (lien) banda la blessure avec son diadème royal, qui fut ensanglanté. Aristandros, devin d'Alexandre, lorsqu'on emportait Lysiinaque blessé, piédit (|u'il régnerait, mais laborieusement : BasiX^ûaii jjilv

'y'jTo; ô àvï|p, êaiiXi'js;'. î' l-'.-ôvco; (1). »

Tous les doutes qu'aura pu faire naître ce récit d'Appien loucJKiiU la nmnière bizarre dont Lysimaque fatigué s'ai- dait (huis sa coiu'se, doi\ent s'évanouir devant notre bas- l'eliel'; non pas (|ue le jjas-relief représente cet événement historique; mais, au contraire, parce qu'il lui est bien |)i'obal)lement complètement étranger, et ([u'il nous iiioiitre , non pas qu'un artiste a l'eproduit en marbre une légende plus ou moins authentique relative à deux rois célèbres, mais que l'usage de courir près d'un cava- her en tenant la queue de son cheval existait dans toute kl Grèce , aussi bien dans l'Attique qu'en Macédoine.

Il y a un siècle, il est certain f(ue l'interprétation histo- ricpie de notre marbre eût prévalu, et aujourd'hui encore elle pourrait séduire après un examen trop léger de la question: mais il faut être bien iml)u de cette idée que chez les anciens toute œuvre d'art avait un but d'utilité ; il faut encore rechercher si le monument qui nous occupe n'a pas d'analogue plus complet.

Or il existe dans la collection des comtes Giusti , à Vérone, un bas-relief grec , publié par M. Orti de Ma- nara ('2) , et représentant un cavalier barbu que suit en courant et en se tenant h la queue du cheval un jeune iiomme, tête nue, portant sur son épaule gauche un l}àton auf|uel pendent deux lièvres. Un très-grand serpent et deux chiens de chasse accompagnent le cheval , devant lequel se tient debout un personnage barbu , enveloppé dans un manteau, tourné vers le cavalier, et faisant de la main droite le geste de l'invocation.

Le style du dessin, l'attitude des pei'sonnages , les di- mensions du marbre (3) , l'encadrement architectural oiïrent tant d'analogie dans les deux monuments, qu'on est autorisé à croire qu'ils ont été exécutés par le même artiste et avec la même intention. On doit donc penser ([ue lorsque le bas-relief du Louvre était complet , on y voyait aussi figurer un personnage dans l'attitude de l'in- vocation.

M. Orti de Manara considère le bas-relief (iiosti comme la lonilic (iiiii rhasxcur, et le serpent a pour lui un sens funéraire. Les morts passés dans le séjour divin lece- \ aient, sans (U)ute. les prières de leurs parents survi- vants : chez les Eg^ ptiens c'était une ciHitume générale,

(1) De rébus Sijrinc., LXIV.

^2) Gli aiitifhi numumeuti (jreri e romani chc si conson-aHO uet giardiuo tie' ' •'Uti Oiusti in Vcrona, Vcronn, 1835, in-4, p. 2>> ot p!. VI.

^3) 1,0 lins roliol' de Vi-roiio a de Imiitetir 0'",37 ot Je longueur O^.SS. '^•'.ui de riiris, un pou plus gvaiul, mcsuri? en liauteuv 0"-,45; la loogucm" hu fragment, iv sa partie infcrieure , est de 0~,5fl. ICn ajoutant le quart qai snanqiie on obtient ri"',62.

et quelques monuments nous prouvent que les Grecs n'y sont pas restés étrangers. Toutefois, l'invocation fait sup- poser ime certaine importance à celui qui en est l'objet; d'ailleurs le serpent est Femblème des héros, au dire de Plutarque (i). C'est probablement quelq^ue représentation du genre de celle que nous montre le bas-relief de Vérone, qui avait donné lieu de croire, du temps de Philostrate, qu'Ajax de Lucres possédait un serpent pri'.é. long de cinq coudées, (jui le suivait comme un chien ou marchait

devant lui sur les routes : ETvai S'aÙTÛ) /.t. yf.porfir, ipiy.o-nz 7:îvTd;xTjyuv \).l'(i^0(;,'6'i ^ujjtTt'.vîiv xa; ^'jvïl^va'. toi A'.'avT'. za! ôoâ>v T|Y'^a9ai xx! çjvo[Aaptî'ïv oTov x\j-/a (5). On VOit auSSi SUT

une médaille de Trapezus de Pont im long serpent qui paraît accompagner un dieu à che\al (6). Il faut encore remarquer que la forme du marbre, oblongue et plus large (pie haute , indique en général un àriHr'xu. plut(jt qu'une stèle de tombe. Alalheureusement , dans les anciennes collections , on a bien souvent scié les marbres antiques , de fa(^on à ce fpi'on ne puisse plus maintenant deviner que bien difiicilement leur usage pri- mitif. On con(;oit que dans l'état de mutilation se trouve le bas-relief du Lou\re, nous évitions de présenter des conjectures sur le personnage principal ([ui y était représenté. Du moins il nous a semblé intéi'essant de rapprocher de cette composition , qui appartient à la belle époque de l'art, le passage d'Appien rapporté plus haut, et qui paraît avoir échappé à l'attention de M. Orti de .Manara.

\nRiEN ni: Loxr.PÈRiKi;.

\OTr.

stn i.A posiriox ni; r.v vif.le d'hvrgaxlea ex phrygie,

ET SLH IN PASSAGE OBSCUR DE PLIXE.

L'abbé Belley, dans un mémoire (J) sur deux moimaies d'Hyrgallea, a fait remarquer que les auteurs anciens n'ont pas parlé de cette ville, et ([ue la fabrique et le type de ses médailles ont seuls pu la faire placer en l'hrygie. Le savant académicien croyait cependant re- trouver Hyrgallea dans le mot AjpaxXeia, nom d'une ville phrygienne citée par Iliéroclès , et mentionnée dans les actes des conciles et les notices ecclésiastiques , avec les variantes ASpo/.Xco^j, AjpoxÀwv. Le but de cette note est de montrer ([ue la ville d'Hyrgallea est mentionnée par un géographe ancien; de plus, au moyen d'ime inscription , nous pourrons déterminer sa position exacte, qui est ellectivemcnt en l'hrygie , dans la vallée du Méandre.

Sur les médailles on trouve la légende rpiAA.vEUN ,

(4) Cieoiucn., c. 31'.

(5) Philost., Heroic, IX, 1.

(6) Streber, .Vumtsm. mnnulla ijraca, U\\}. U, n" 1". (1) Stém. Acad. imcriplions, t. XXXV.

BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE, ETC.

J.VN'VIEU.

(ILielqucfois riTAAEUN; mais les plus anciennes portent la première de ces deux formes , et c'est celle-là que l'on doit adopter.

Dans Pline (2) on lit, à |)ro|)os du cours du Méandre, le

passage suivant: «Anmis Marauder Apamenani pri-

mmn per\ agatur regionem , niox Eunieneticam , ac dein Bargijleti.cos campos , postrenio Cariam placidus, etc. » Toutes les éditions , y compris la dernière et la plus correcte, celle de Sillig, donnent la leçon Bargijh'ticos; cependant de nombreux manuscrits, et des meilleurs, ont les variantes Yrnaleliros, Hyrgalelicoa, Hircalclicos, Hirgasclicos (3). L'attention des éditeurs de Pline ne s'est pas arrêtée à ces variantes , parce que le nom d'Hyrgallea, paraissant seulement sur quelques rares luédailles, leur était inconnu, tandis cjue celui de Bargylia leur était familier ; en elîet, cette ville du littoral de la Carie est souvent mentionnée dans l'antiquité. Mais ils auraient dii se rappeler que Bargylia est ime \ ille ma- ritime , située fort loin du cours du Méandre, et qu'il serait singulier qu'elle eut donné son nom à des plaines de la Plirygie ou de la Lydie. Il faut donc replacer dans le texte la véritable leçon Uxjrqcûeticos , et le passage de Pline , loin d'oflrir de l'obscurité , nous fournira le moyen de fixer exactement la position d'Hyrgallea.

Après avoir baigné les ruines d'Apamée à Dineir, le Méandre traverse une suite de plaines, qui répondent aux Canipi Eumeneiici et Ilip-fialclici de Pline; la ])ortion qui s'étend au sud-ouest d'Eiunenia poi'te maintenant le nom de liaklan Ova. C'est au village de Dcniirdji-Koi , situé dans cette plaine et j)rès de la rive gauche du Méandre , que le voyageur anglais Hamilton a copié une inscription mutilée, de l'éjjoqne romaine impériale, qui nous paraît détei'miner la position d'Hyrgallea. \oici le commencement de ce document , qui est inséré au Corpus Inscr. Grive. . sous le n" 3902 h :

HBO...

.AlOAHMO.

....AEQNT.N....

Le savant éditeur du Corpus a proposé, quoique avec hésitation , la restauration suivante : ^ pouXr, xa! ô c^|jio; TpaXX4wv ; et il rappelle à ce sujet qu'il y avait en Lydie ime seconde ville de Tralles, citée dans Hiéroclès et les notices, et différente de la célèbre Tralles de Carie. Toutefois, il ne s'est pas dissimulé que l'ethnique de Tralles de Carie est, à cette époque, constamment TpaX- Xiavo?; on ne pourrait même citer qu'un exemple de l'ethnique TpaXX^Ù,-, et il est fourni par une inscrij)tion (4) contemporaine du satrape Idriée , et par conséquent an- térieure de quatre siècles au monmuent qui nous occupe. Quanta la seconde ville de Tralles. son ethnique était

(2) Pline, llisl. »,a(., lil,. V, 29, sect. 31.

(3) Sillig, Ajiiinnil. Cril. ad locum.

(4) Corpus, 2919.

également TpxXXtavo; , et on en trouvera la preuve dans une inscri|)tion d'iasos en Carie (5), on lit la désigna- tion complète, TpaXX'ivo; TpaXX-uv tûv ir:' l/.u/x toj Tâ'jpou.

11 ne ])eut donc être (piestion ici de Tralles; et le passage de Pline pi'oine qu'il faut lire vprAAAEUN ou vprA.VESiN, et que la ville d'Hyrgallea était située à Dèmirdji-Koi ou dans les environs.

La conjecture de l'abbé iJelley au sujet d'Ajpr/.X=ii est dénuée de fondement ; en effet cette ville , ou plutôt ce dème, est placé par Hiéroclès dans la Phrygie Salutaire, province qui comprend la portion de l'ancienne Phrygie à l'est et au nord d'Eumenia , et dont la limite est assez éloignée de Dêmirdji-Koi , et même du Méandre.

Le lecteur me pardonnera si je l'entretiens de faits aussi insignifiants; mais l'édifice de l'antiquité est encore si loin d'être solidement reconstruit , qu'il n'est pas sans importance d'en poser avec soin même les moindres pierres.

AV. H. \Vadi)i>"GTOx.

Une nouvelle salle , consacrée aux antiquités de l'Asie Mineure, vient d'être ou\erie au Musée du Louvre. On y trouve : La frise du temple de Diane Leucophryène, rap- portée de ilagnésie par M. C. Texier, le vase de Pergame, deux inscriptions de Magnésie , et des fragments d'archi- tectiu'e du même lieu ; puis douze inscriptions grecques d'Olymos, huit de Mylasa et une de Caryanda, recueiUies en Carie ])ar \I. Pli. Le Bas ; deux maibres de Cyzique. donnés par M. Waddington , et enfin trois inscriptions grecques et un petit autel, trouvés en Cilicie par M. Victor Langlois.

On vient de placer dans la salle des antiquités civiles de la Galerie égyptienne du Louvre une très-belle statue de grammate , trouvée par M. Alariette dans un des tom- beaux voisins de l'allée de Sphinx qui conduit au Séra- péum de Memphis. Cette figure , assise à l'orientale , esl colorée en rouge: ses \eux sont formés d'une enveloppe de bronze dans laquelle sont incrustées des parties de quartz blanc opacjue et de cristal de roche. La statue est malheureusement dépourvue d'inscription: mais elle a été trouxée dans un tombeau non violé, orné lui-même de légendes qui remontent d'une manière indubitable à l'époque des p\ ramides.

Le .Musée vient encore de rece\ oir deux cercueils royaux portant les noms de deux rois Entef (XU dynastie), dont ils ont autrefois contenu les momies.

(5) Le Bas, /riscrij)*., u" 287.

Le dirccleur-gerant , LUDOVIC LA1.AN.XE.

Paris.— Imprime par E. Tliunot el C, 36, rue Racine.

BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

\" -2.

L'ATHENMVM FRANÇAIS.

FEVRIEIl 1855.

SoMMAiHiî. MiDioire fur lArjora J'Alhrnes , iiremiive partie. Inscription chrétienne du musé» de Cnlognc. Solice sur (e Kliesbet des Chaldéms, Obsen-aliuns sur une épiijramme (jrecque, Caractères gravés au revers du disque de Théodose. .Médailles de PUilippi.

DE LA MAMERE DE LlUE PAUSAMAS,

V l'ROPOS 1)1" VÉRITABLE EMl'LACEMICNT DE L'AfiORA D' ATHÈNES.

Une lecture récemment laite dcv anl l' académie m'a suf^if-i'iv la pensée d'écrire ce mémoiie. lui écoutant l'au- teur proposer un bouleversement à peu près complet des idées qu'on s'est faites jusqu'à présent sur la topographie antique d'Athènes, j'ai clierché les niolil's qui avaient pu le porter à dévier de la ligne généralement suivie par les savants de notre âge, et j'ai reconnu l'influence exercée sur son esprit par une manière de lire l'ausanias, qui ne me parait pas la meilleure. Comme je retrouve la trace de cette erreur dans jilusieurs des travaux récents relatifs aux contrées que l'ausanias a décrites, j'ai ciii qu'il ne se- rait pas inutile de faire voir à quel point se trompent les personnes qiù considèrent la Desniiitioti île la (rrrcc comme un simple itinéraire à l'usage des vofiageurs, et qui cher- chent dans le texte de cet ouvrage l'enchaînement, la suite et le soin de tout dire ([u'on aurait droit d'attendre de la part d'un simple périégète.

Les savants sont partagés sur iar(uestionde savoir si le l'ausanias, aiileui' de la Description île ta l^rt'rr, est le même qu'un sophiste du même nom, sur lequel Philostrate a doimé quelques renseignements l)i()gra|)iiiqnes. Celui des éditeins ((ui a le plus contribué à établir et à explicpier le texte de Pausanias, Siebelis, se nioniic positivement contraire à cette assimilation : mais malgré le poids de son opinion, je ne pense pas qu'on doi\e s'y soumettre, l'au- sanias, le sopliiste, étaitnéenCappadoce et a\ait eu pour maître le célèbre llérode \tticus; Siebelis s'étonne que noire l'ausanias, si c'est le même ]iersoni)age, n'ait parlé ni de sa patrie ni de son maître. Ces inolil's, joints au si- lence de l'hilostrate et de Suidas sur le livre qui nous est parvenu, lui font croire qu'inie autre plume a tracer la Dcsiriiilion tic hi (irrce. Mais les preu\ es qu'il don ne sont purement négatives, ('t de tous les genres d'arguments, c'est celui (|ui doit inspirer le moins de coiiliauce.

Suidas n'a pas cité la Descriplion île la (îrèce , parce qu'il n'en trouvait pas la mention dans l'hilostrate, et ce- hii-ci n'avait en\ isage dans l'aus;inias ((ue l'orateur. Il parle (h; la pesanteur de son débit, il lui reproche les fautes d'accent (pi'il commettait en déchuiKuit. Mais connue il attribue ce dernier inconvénient à l'origine du sophiste, on doit en conclure que celui-ci avait intérêt à dissinuder sa naissance au sein d'un |)eu|)le dont l'orga- nisation naturelle ne pas.sait pas chez les anciens pour fine et délicate. Quant à rappeler les leçons qu'il avait reçues

1 «,'.;>.

de son maître, il eût fallu qu'il conservât à son égard des sentiments de reconnaissance , et nous sommes plutôt porté à croii'e que sa disposition était dillerente. Nous ne pouvons du moins interpréter autrement que dans un sen?- satirique la réflexion que Pausanias fait à propos du stade construit aux frais d'IIérode Vtticus, (( qu'on éprou- vait plus d'étoimement à le voir, que de plaisir à en enten- dre parler » o' àzoûda'. |j.kv où/ 6ao(oj; ï~%-iuy(m, OaùjjLï î" tooùji (I, 10, 7) (1). S'il est vrai; comme je le pense avec Chandler, que l'ausanias fasse ici allusion à la ma- nière dont Hérode s'était assuré les moyens d'étaler une libéralité aussi fastueuse , c'est-à-dire en frustrant les créanciers de son père, ainsi que le rapporte l'hilostrate. il y a dans cette remarque une intention qui indique peu de bien\eillance, et l'on s'étonnerait de laiencontrer dans la bouche d'un disciple qui se serait fait gloire de son maître.

Quoi qu'il en soit de cette dernière remarque, ce que Philostrate {Vit. .S'o/j/k'.s/., II, 13) observe d'ailleuis dans la diction du sophiste Pausanias, ce qu'il dit de son mé- lange de force et d'obscurité, et de son htibilelé à repro- duire les formes anciennes, se trouve entièrement justifii' quand on l'applicpie à la Ih'scrijitioit de la Grèce. Puisque l'auteur de ce livre avait vécu, comme il l'atteste lui-même, sous Hadrien, sous Antonin le Pieux et sous Marc-Aurèle. et puisf[ue nous trouvons précisément à leur époque un sopliiste du même nom, qui avait professé dans Athènes et s'était fait une juste célébrité, il faudrait des preuves autrement positives pour nous empêcher d'admettre que ce l'ausanias ait écrit le livre dans lequel nous recueil- lons des renseignements si précieux.

Il y a plus : on peut démontrer, l'ouvrage à la main, qu'un sophiste comme ceux qui dominèrent dans la litté- rature grecque au siècle des Antonins, peut seul avoir com- posé la Descriplioi) de la Grèce. On n'est pas généralement porté à étudier cet ouvrage au point de vue liltéiaire. (/est un répertoire si vaste de notions qui ne se trouv ent pas ailleui-s, qu'on puise avidement à la source, sans s'inquié- ter de quelle nature elle peut être, et d'ailleurs la briè\ été des énonciations, de même que la multiplicité des détails, met de sérieux obstacles à une appréciation d'ensemble. La Pe.scrijitiim de la Grèce n'en est pas moins un livre très-artificieusement élaboré, composé dans un système qu'on ne peut apprécier aujourd'hui, sans restituer, au

(1) Il est difficile de croire que Pausiinias, malgré son aSectation halii- tuello, ait voulu exprimer d'une luanii^re aussi coutournéo l'idée simple it vulgaire : // faut le voir pour le croire. Siebelis s'arrête ii cette explication ; mais l'adjeclif èitayiovôç , avec sa signification précise d'a(/rni( et de charnu . ne s'y prête guère.

10

BULLETIN A R C II É 0 L 0 (1 1 () l V.

Févrii;!!.

moins par la pensée, les modèles dont l'aiitcin- poursuivait l'imitation.

l'anui ces modèles, on n'a cité qu'Hérodote, parce (jue seul il est parveim juscju'à nous : mais peut-être la res- semblance qu'on remarque, malgré la dillérencedes dia- lectes, entre la manière d'Hérodote et celle de l'ausanias, n'a-t-elle d'autre origine que l'analogie (|ui devait exister entre Hérodote lui-même et les Logograplies ses prédéces- seurs. L'Attique a\'ait eu les siens, qui avaient fourni des matériaux et des cottlciirx aux auteurs dM/zA/dw, de l'é- poque des successeurs d'Alexandre la littérature grecque était déjà artificielle. A côté de ces écrivains dont le style alVeclait la naïveté antique, on avait les descrip- tions encore plus simples des Exégètes de profession, et ceux-ci avaient donné naissance aux Périégètes. A'ous avons un assez grand nombre de fragments du plus célèbre deces derniers, et beaucoup d'indications sur ses écrits. Polémon (c'était son nom) vivait du temps de Ptolémée Kpipliane, et il s'était principalement occupé de l'Attique; 11 avait décrit en quatre livres ï Acropole (f Athènes et les monuments de tout genre qu'on y voyait rassemblés. Vn autre de ses ou\rages faisait l'ilinéraire de la Voir sarri-e qui conduisait d' Vtliênes à Eleusis, un troisième tiaitait des tableaux rassemblés dans la Pinacothèque voisine des Propylées. Je ne mentiomie ici que les écrits de Polémon sur l'Attique, de même que je m'occupe unlqiiement du premier ]i^TedèPausanias. Un jugement à porter sur toute la Description de la Gréer me mènerait trop loin, et je pense d'ailleurs que. si l'on parxient à comprendre dans quel système Pausanias a\ait écrit le commencement de son ouxrage, il sera facile de faire au reste l'application des mêmes remanpies.

On voit, par le témoignage même de Pausanias, qu'il ;i\ait consacré un grand nombre d'amiées à tracer et à po- lir sa composition. Le premier livre, c'est-à-dire la Descrip- tion de l'Attique, fut écrit sous Hadrien. On connaît le goût passionné de cet empereur pour les arts et les antiquités de la Grèce, et ce nest pas trop s'a\ancer, je pense, que de reconnaître, chez Pausanias, une intention très-marquée de plaire au sou\erain qui avait entrepris dereiidre son ancien éclat à la \ iUe de Périclès et de Phidias. On dut alors, dans cette retiaissance hellénique faite sous les aus- pices de hi puissance romaine, rechercher les écrits qui pouvaient sen ira l'explication des monuments d' Vthènes. et une compilation dans laquelle on aurait rassemblé ces matériaux épars, tout en les soumettant à une discussion critique, aurait présenté dès lors autant d'intérêt que d'u- tilité. Mais cette rigueur de méthode était à peu près in- l'onnue des anciens, plus rare encore du temps des so- phistes, que dans les siècle-^ d'une littérature originale. Soit rpie l'exitérience manquât à Pausanias lorsqu'dcom- menra sa Description, soit cpie le nombre des ouvrages ipii se rapportaient à l'Attique et dont plusieurs de\ aient jouir d'une grande notoriété lui eût causé de l'embarras, ce premier livre se distingue par des omissions considé-

rajjh^'^, et l'on \ lemarque smtout l'intention de relever des eiTeurs antérieurement commises et de remplii' les la- cunes des précédents écrits, tout en réunissant par le moyeu d'un fd les détails multipliés qu'une telle composi- tion comporte.

Je conviens que la plupart du temps, le procédé de l'au- teur consiste à supposer un voyageur rpii, partant d'un point donné, visiterait successivement les princi])aux mo- numents d'une même contrée. 11 semble certain que les autres périégètes avaient employé la même forme, et c'est évidenunent celle que Pausanias préfère dans la descrip- tion même de la \ille d'Athènes. Mais sans sortir des Altiques, nous avons la preuve que l'aïUeur ne s'était pas borné à l'enqiloi de sa méthode habituelle. Au cha- pitre XXXI, lorsqu'il commence la description des objets mémorables qui se trouvaient dans la campagne, la forme du \(iyage tlisparaît, etc'est un géograj)!»' qui succède au périégète. MM. Charles et Théodore Muller, qui ont ras- semblé tout ce f[(i'on ])eut savoir sur les \lthides et sur leurs auteiu's, pensent que ces écrivains préféraient l'or- dre des temps à celui des lieux : mais la méthode topo- grai)]iique devait être souvent la seule (pi'on i)ùt appli- quer à la nudlitude des détails qui faisaleiU l'objet de leurs recherches. Aussi de même que la description d'Athènes niè semble ]iorter l'empreinte de l'imitation des périégètes, de même je crois reconnaître dans la description des Dénies une disposition imitée de quelque Atthide, notam- ment de la plus célèbre, celle de Philochore.

Venant après des écrivains si divers, et dans un siècle d'imitation littéraire, Pausanias pouvait diflicilement don- ner une couleur uniforme à ses écrits. Aussi voit-on. dans son li\re, se heurter, pour ainsi dire, l'aflectatioade la crédulité des anciens temps avec tout le scepticisme de la critique. Parfois H semble se moquer finement des gé- néalogies impossibles et de la chronologie fabuleuse des rois d'Athènes; ailleurs il explique la mythologie par la méthode d'Kxhemère: souvent aussi nous l'entendon-i parler comme le plus scnqiuleux des initiés : mais quand il s'agit d'un écrivain de l'antiquité païenne, on se sent toujoms dans l'impuissance de décider si sa su])erstitiou est sincère ou sinudée, et Pausanias est peut-être celui de tous qui, sous ce rapport, nous laisse dans le plus grand embarras. Disons seulement que s'il évite souvent de juger, il tient toujours du moins à rapporter les faits avec tme scnqiuleiise exactitude.

Il est donc im])ossible, rpiand ou se sert de Pausanias, de négliger l'art (pii a présidé à la conqjosition de son livre. Lorsqu'on suit avec soin sa description, on arrive à reconnaître rpi'il se sert de deux sortes de suppositions; d'une part, l'exégète est censé lui montrer les monuments et les lieux, avec son ignorance générale et sa crédulité sur les points qui intéressent la vanité locale, avec le goût des remarques minutieuses, la disposition au inerveilleux, la tendance à introduire des récits épisodiques : d'autre part, le voyageur produit lui-même ses réflexions, apporte

2.

DE L'ATHENiEUM FRANÇAIS.

II

ses objections, provoque par ses questions les commen- taires et les anecdotes les plus disparates; ou bien s'il rencontre sur les lieux un homme plus instruit, s'il ob- serve avec un ami qui partage ou comjiat ses propres idées, il reproduit toute la variété, tout le décousu d'une conversation alimentée par les lieux eux-mêmes, par les monuments qui les décorent, par les souvenirs qu'ils rap- pellent. Et tout cela, au lieu de prendre des développe- ments excessifs, se condense dans une composition d'un tissu excessivement serré, se montre le goût de la con- cision poussée jusqu'à la sécheresse et à l'obscurité, ce qui n'était certainement pas sans exemple parmi les pro- ductions que l'auteur se proposait d'imiter.

Appliquons maintenant ces remarques h la topographie d'Athènes, et tâchons d'abord de comprendre sui- quoi, poiu' cette partie de son ouvrage, repose principalement la fiction de l'auteur. C'est celle d'un étranger, pénétré du désir de voir une \ ille aussi célèbre, et qui arrive de l'Asie ou des îles. L)'al)ord, il aperçoit le cap Sunium et son temple, on lui montre l'emplacement des mines célèbres de Laurium ; il range rapidement la côte, poussé par un vent favorable, et débarque au Pirée. La visite de ce porf , malgré les objets qu'il renfemie, ne l'occupe pas long- temps, tant son impatience est grande d'arri\er au but de sou voyage. Mais les suites d'un débarquement prennent encore un temps assez considéra))le, et le lou- riste en profite pour parcourir Phalère et Munychie, et même pour faire dans la plaine ime excursion cpii lui per- mettra d'éprouver la justesse de son couj) d'œil et sa Con- naissance de l'histoire des arts. Puis, déii\ des embarras de l'arrivée , il s'avance par la route ordinaire qui conduit du Pirée dans Atliènes, et, se donnant à peine le temps de jeter un coup d'œil sur les tombeaux de Ménandre et d'Euripide, laissant beaucoup de morts sans nom ou qu'il croit tels, il entre enfin dans la ville, et ne tarde pas à pénétrer dans le quartier le plus bruyant, se pres- sent et se confondent les marchés, les portiques ornés des chefs-d'œuvre de la peinture, les temples et les tribunaux.

Mais il n'a pu touchei' cette ville, sans éprouver ce que Cicéron exprime si bien : Quaiuquam id qiiidem iiifiititum est in hac nrbe; quncumquc enirn mgrediniur. in aliquain ltistori(imvcsligiiimpo)iimiis (2). Ce qui touche Pausanias, admirateur et courtisan d'Hadrien, c'est encore moins le souvenir de la répuiilique, que le caractère de cité univer- selle, de capitale du monde de la ])hilosophie, de la litté- rature et des arts (pii appartient à Athènes, et auquel les souverains les jilus puissants ont rendu hommage. Ainsi les rois illustres qui a])parlenaienl à la ci\ ilisalion grecque ont laissé des monuments de leur numificence, et donné l'exemple de ces hommages intelligents à la grandeur athénienne, mais Hadrien les éclipse tous. Les écrivains qui ont consacré leur plume aux souvenirs de l'Atticiuc n'avaient sans doute que 1 rès-peu parlé des rois grecs, et

[■T; De fiiiibus, V, 2.

c'est encore une des raisons pour lesquelles notre auteur multii)lie les récits épisodiques (pii se rapportent à ces princes.

De cette manière, recueillant avec avidité tout ce qu'on en raconte, il voit s'écouler plusieurs heures avant d'avoir épuisé les monuments qui entourent et décorent la place iri'égulière le peuple athénien passe sa \ ie. H devrait alors se diriger vei-s l'Acropole. Mais après a\ oir célébré les rois, pourrait-il négliger celui dont la magnificence a tellement surpassé la leur? Cet empressement, cette pré- férence sont un trait de flatterie dont il doit espérer qu'on lui tiendra compte. Aussi , suivant a\ ec plus de rapidité la rue qui longe le nord de l'Acropole, il quitte la ville de Thésée et entre dans la cité d'Hadrien. Là, on le renseigne sur tout ce qui se trou\e d'intéressant à quelque tUstance, le Cynosarge, le Lycée, le temple de Vénus aux Jardins, le stade d'Hérode, et le bourg d'Agrre oîi l'art dramatique prit naissance, et sous cette dernière impression la rue des Trépieds le ramène au théâtre de Bacchus. Dès lors, il n'a plus qu'à suivre le midi de l'Acropole, comme il en a côtoyé les escarpements septentrionaux, pour arriver enfin au pied du grand escalier des Propylées. Il monte à la citadelle, et après avoir recueilli la fleur de ce qu'elle renferme de précieux, il demande, pour ainsi dire, grâce des émotions enivrantes de cette journée, aux sévères di- vinités de l'Aréopage, jalouses du bonheur des hommes. Le lendemain, il n'aura plus qu'une visite à faire à l'Aca- démie, pour que sa première curiosité soit satisfaite, et dès lors il pourra comi>léter sa connaissance de la ville, recueillir les renseignements sur les Dèmes et sur les îles, et visiter même les lieax les plus célèbres, jusqu'au mo- ment où, par la Voie Sacrée, il ira rendre aux Grandes Déesses l'hommage qui leur est comme aux plus au- gustes personnifications de la puissance divine, avant de quitter l'Attique pour passer dans la Mégaride.

La description d' Vthènes par Pausanias, que l'on a tou- jours trouvée, sans se rendre compte du motif, si rapide et si incomplète, ne renferme donc en réalité que le récit d'une première journée de surprise et d'admiration. Ce que nous savons d'ailleurs de l'inégale distribution des monuments dans Athènes, rendait plus facile l'exécution d'un pareil plan. Tout ce qu'il y avait de plus important se concentrait dans le Céramique et 1' Acro])ole. La route de l'Académie, bordée de tombeaux historiques dans toute sa longueur, faisait partie du (Céramique extérieur. An sud-i'st, le quartier des Tliéàtres rejoignait, par l'Odéon. au bourg d'Agra-, aux jimmenades de l'Hissus et au Stade : de ce côté se trouvait aussi la ville d'Hadrien. Le reste de la vaste enceinte dont on sui\ail encore les traces du temps de Fauvel, rempli, pour la plus grande ])artie, par les habitatioit^ prisées, n'olTrait en comparaison rien de digne (le l'admiration d'un étranger. C'est ainsi que toute l'importance de l'histoire et des monuments de Londres se concentre dans la ligne courbe qui se déroule stu- la ri\ e gauche de la Tamise depuis Westminster jus(iu'à la Tour.

12

BULLETIN A R C H É O L (1 r. 1 0 L E

l'iivRiEn.

\vec une \ oiture. on peut voir Londres en un jour. Tout le reste, clans son inunensité, n'est qu'un amas d'Iialuta- tions, de places et de rues qui se répètent avec une déses- pérante monotonie. '^H. Lenormant.

La suiti' Il lit prmhiiiiie lirraiion.]

INSCIUPTIOM CHRÉTIENNE DU MISÉE DE (OLOGXE.

msùu Mm^'6.

V/ÎVIX AMWBS '

l'Si'ïj

L'épitaplic chrétienne dont je donne le fac-similé appartient au musée lapidaire de (lologne. M. Lersch , qui a le pi-emier publié ce petit monument , propose la transcription suivante :

SI Ql V] 18 mONATV ^R] RESCIRE MEO N0[MEN] RV..V..MA DICO

(ri) \ix[i]a\nis

IIII ET ME'NSir.VS] XI

SOCl[m]A MfATER] S[EPEr,lVlT?] (1)

Si, en substituant dico r] à dico et [q]vi vixii] ou vix[it] à \i\i. je crois pouvoir accepter la restitution du savant alliunand, pour les cinq premières lignes de notre texte (2) , il n'en est pas ainsi de la formule finale, qui nie paraît contenir une mention d'une haute importance et de nature à éclairer l'histoire de l'Église de Cologne, à savoir celle d'un ensevelissement près de la sépulture des saints Martyrs. soci[at]a M[ARTYRinvjs (3).

(1) Cenlralmuseum Rheinixndischen Insc.hriften, t';isc. I, n" 99. Voir encore, sur cette insoriiition, la note de M. Duntzer dans le Jiihrbii^her des Vereins cou Alterlhumsfreunden im lihuiiilande , I, p. 92; M. Stcinor, Cod. Inscr. fiom. Hanubii et Rheni, 1145, et Sammlunij uiid ErkUriina altchristlicher liischriften im Wieimgehiete^ p. 33.

(2) Une inscription païenne rapportée par Marini , /scririimi Àlbane, p. 109, présente un début analogue.

(3) On trouve dans les inscriptions grecques et latines, et chez les gram- mairiens anciens qui ont recueilli les iVoï.r Romanontm , des ahréviations conçues d.ins le même système que celle de m|artyrîbv]s, cVst-à-dire don- nant la première et la dernière lettre du mot abrégé. Marini (Fr. An.,

Cherchons d'abord dans les ressources de la philologie la preuve de l'existence de cette formule. Trois textes épi- graphiques, dont deux appartiennent à la Gaule, m'aide- ront à démontrer le fait que j'avance.

L'épitaphe de koeuv la, femme chrétienne que baptisa saint Martin de Tours, nous fournit le mot sociata employé dans le sens de ma leçon :

SANCTIS QVAE SOCIATA lAC.ET (4).

Celle d'xRSiMAXts, de Trêves, contient la même ex- pression :

OVI MERVIT SANr,T0R\5l SOCIARI SEPVr.CRl[S] (5).

l'A pression que nous retrouvons encore à Ralisbonne avec la formule exacte de l'inscription de Cologne :

INxf-BMlsABJU>NINR|QVIESCENTI IN PACEiMART[ï]RIBVS SOCIATAE 'C).

Nous lisons de même dans Saint-Maxime , de Turin , qui a vécu au \ " siècle :

« ...Et in corpore nos vivantes custodiunt (Martyres) et ) de corpore recedentes excipiunt, hic, ne peccatoruni 11 nos labes assumât. i])i, ne inferni horior invadat. Nani » ideo lioc a majoribus provisuni est ut sanctoiuin os.sibun I) nostra corpora snciemus, ut dum illos tartarus metuit » nos pœna non tangat. dum illisChristus illuminât, nobis '1 tenebiarum caligo diffugiat (7). »

p. 575 et suiv.) en a résuiné phlsieur^ exemples, du nombre desquels il tau: retrancher les sîgles MS, uiptupî;, dans le sens do témoins, qui nous eût fourni ici un analogue. { Cf. Bœckli , (.'. /. G., 1757.) On sait que , sur les monuments antiques, l'abréviation liabituellc du nom de X.-S. est IC. XC (Dncauge, Cjm/. Chr., lib. I, p. 79; Fea, Jftsoe/(., p. 282; Mai, Colltil. Valir., t. V, p. 8, 2; etc., etc. )

(4) Delorme, Descrijition du musée de Vienue, p. 271.

(5) Cette inscription n'a pas encore été publiée d'une manière exacte. On en trouvera une copie dans le Ceiitralmusrum de Lerscli , fasc. III , n" 54.

(6) Hefner, Dos Hœmische Bayern , p. 246. C'est à tort , selon moi , que l'éditeur de ce titulus propose d'y lire MARids tkibts sociatae. La mono- gamie était trop en honneur chez les anciens , et en particulier parmi le* Fidèles, pour que l'épitaphe d'une fenmie chrétienne pût porter une >oni l)h\ble mention.

^7) Horailia I.XXXI, in Natali Sanctonim Taui-inorum Martyrum, Oe- tavii, Adventicii et Solutoris. S. Maxinii Ep. Taurin. 0pp., p 262, 263. Rom?e, 1784, in-folio.

La formule qui nous occupe existait probablement encore au début d'une inscription incomplète découverte iiCimitile : + HIC LEO TIR ses sociAT... (Slommsen, Inscripl. Rcgni yeapol . , n" 2082.) Un fragment de l'épitaphe d"c Cynegius , dont parle saint Augustin ( De curd gerendà pro nwrluis, c. I , éd. des Bénédictins, t. ^^, p. 379', a été retrouvé au même lien. On y lit que le

corps a été placé dans l'église de Saint-Félix : se FELicis habet

DOMTS AIMA BEATI , et, plus bas, qu« Cynegius sera réuni à ce saint patron devant le tribunal de Dieu (sans doute comme il l'a été dans In tombe ) : l:'i

encore figure l'expression soriari : iiic sociABiTvu ante tuib|vsal|.

^Monmisen, Op. cil., 2075.) Le mot sociande, dans ce vers d'un litulns composé par Sidoine Apollinaire (Ej)isl., MI, 171 : ABRAHAM saxctis MER1TO sociANDE PATROXis, me parait aussi indiquer que le défunt avait été enseveli auprès des Martyrs.

Ij'idée générale de la réunion dans une seule sépulture est exprimée du même sur plusieurs épitnphes : OLIM i'RESbyteri gabixi nu a fei.ix|

1110 SVSASNA lACET IX l'ACE l'ATRI SOCIATA (Mai, Collecl. Yalic, t. V,

p. 450, 2); srREViSTi patriis cori-vs sociare SErvi-CRis ^Gruter,

.\ILV, 6); IVXGITVR HIC TVMUI.O FRATRIS GERMANVS ET ALMOj nVLCIA

consocians TKADIDIT ossA Loco ( Ouchesne , llisl. Franc, script., t. 1, p. 518); PARVO SOCIATVS CORPORE NATO [Giornale de' Lellerali , Roma. 17.56-1757, p. 116).

N" ■2.

DE L'ATHEN-€UM FRANÇAIS.

13

J'aurai à i-ecliercher plus tard, en traitant des insrrip- lions de Trêves (8) , comment et par quel pieux sentiment les tombes des Martyrs sont devenues dès les premiers siècles , comme le dit saint Maxime , des centres de sépul- tures chrétiennes; je me bornerai donc à examiner ici la mention soci[at]a m[.\utyribv]s au point de son impor- tance pour l'histoire de l'Église locale.

Quels étaient, à Cologne, les saints assez illustres pour que l'expression générique de M(trlijres sulTît à les dési- gner dans cette langue vulgaire que représentent si exac- tement les inscriptions des premiers Fidèles? Grégoire de Tourset Iléiinand \oiit nous l'apprendre. Nous lisonsdans le IkGhiriàMarlyrum : «Estapud Agrippinensem nrjjem n basilicain quàdirunturqninquagiiita viri ex illàlegione 1) sacra Tiieba'orum ])io Christi miniine martyriuni con- n sunmiasse. Kt quia admirabili opère ex musivo quodam n mododeaiuata resplendit, Sarclas aureos ipsam basili- 1) "cam incoia^ vocitare voluerunt (V>). » Hélinand constate encore qu'à Cologne le lieu appelé anciemiement ad Mar- lijres, par U7ie expression semblable à celle que présente notre titulus, est celui ont soall'ert les illustres compa- gnons de saint Géréon, les soldats de la Légion Thé- i)éenne (10). Il paraît donc certain que, sur un monument de la même localité , les mots son lAt] a m ARivRiia s dé- signent les mêmes Martyrs.

1,'liistoire écrite du détachement de la sainte Légion qui l'ut massacré à Cologne ne connnence f[ii'à (irégoire de Tours (H). Notre inscription, que la forme de son carac- tère permet d'attribuer au \' siècle, de\ient donc la pièce la plus ancienne ([ui confirme la tradition. C'est, selon moi , un important témoin du désir éprouvé par nos pères d'obtenir pour eux et pour les leurs une sépulture auprès des restes de ces saints patrons, partant, de la vénération dont ils étaient l'objet dès les premiers siècles de l'Kglise.

J'ai eu le regret de ne pouvoir recueiUir à Cologne aucun renseignement sur le lieu a été trouvée cette inscription c(ui figurerait plus dignement, à mon avis, dans le Trésor de Saint-(Jéréon que dans le petit nrusée de lu \ille. Laformule soci[at]a M[ARTYRinv]s autori.se à pen- ■^cr (|ue, suivant l'usage, de nond^reuses sépultures chré- tiennes ont être agglomérées sur le même point (12).

(8) liDcriplions rhréliennes de la Gaule , aittérieures a\t VIII' sinle , t. I, 11" 293.

(Oj De (jInvUi nmrlyruiii, lî!>. I, cap. 62.

(10) Moiistraliir iiutera usqup in hodie in loeo, ulii S. Gercou truci Jatus est, I^ani;Auniâ ip^ius spcctaculuin , et ipse locus Ad Martyres ab îneolis acceptuni >or\at vocabulum. ( Pasaio S. Gereouh et Sorioruni , anctoru Ilrlinîiiulo. liol- lanJ., Acta SS, t. V., octobr., p. 38, B.

[W, I.or. cit. Cf. Usuard, Martijrolo(ji>jm,iïd X Kal.oet. otid. Oct,;Regino, ' /(ï'oiKO., lib. 1; lleliiiaiid., loc. t'i7.; Uuiuurt , .-Irïa i'ijic., éd. de 1713, \>, 173, etc. On peut consulter sur l'iiistoire de la I.êgion Thcbéenne l'excel- lent travail du savant cnré de Saint-Paulin de Trêves, M. Scliinitt, Die Kirclic des H. Pauliims bei Trier, p. 12 et sniv., 331 et suiv.

(12) Outre les exemples d(^ ce fait que fournissent les Catacombes, nous remarquerons qn'h Lyon do nombreuses sépultures ont été décou- vertes auprès de celle du tribun FLAVivs flori..,, i-ositvs ad sancto?, 'Oiiinio nous l'apprend son épitaplie, c'est-à-dire enseveli il côté des

Il serait donc intéressant de rechercher le lieu d'invention de noti'e titidus, lieu qui ne peut manquer de fournir d'auties tombes dont les inscriptions jetteraient sans doute un nouveau jour sur- l'histoii'e des Martyrs de Co-

logne.

Edmom) Lk Blant.

NOnCE SUR LE KHESHET DES CHALDEEIVS.

Quoiqu'il ne s'agisse pas précisément ici des œuvres d'art de la Chaldée antique, mais bien d'une substance colorante fournie par cette contrée , matière dont l'usage s'est répandu au loin, je crois néanmoins que cette note pourra ott'rir quel- que intérêt aux arc'iéologues , parce qu'elle démontre, une fois de plus, la solidarité qui existe entre l'archéologie asia- tique et celle de l'Egypte, et nous enseigne counnent les restes de la littérature de l'im de ces pays peuvent éclaircir le mvstère qui voile encore celle de l'autre.

MM. Birch et de Rougé avaient reconnu parmi les matières que les Chaldéens offrent, dans les monuments égyptiens, aux monarques de Tlièbes, une substance appelée k/iesbef (l]. Ils l'expliquèrent par rmiiit hlen. M. de Rougé fit un pas de plus ; il distingua même les différences que le commei-ce égyptien avait établies entre les diverses qualités de cette substance. Ainsi les monuments de l'Egypte mentionnent parmi les objets envoyés en tribut au roi Thoutmès lll (xvni* dynastie), par le chef de Singara de Mésopotamie :

Le kheshet vrai;

•2° Le kheshet artificiel ;

.T Le bon khesbet de Babel.

Quand les fragments de briques ipie nous avons recueillis sur les rtnnes du château de Nabuchodonosor arriveront à Paris, les savants spéciaux statueront surlanaturedu magnifique l'uiail bleu, dont 3,000 ans n'ont pu détruire l'éclat. Cet émail de liabylone dilTère essentiellement, pour la couleur, de celui qui se voit en Kgypte et qui, avec le temps, devient quelque- fois vert et même jaune (2;. Quant au kltcshet vrai, je n'hésite l)as un instant à y voir, avec M. de Rougé, le vrai lapis Inzuli, très-commuu dans ces contrées, et surtout estimé ([uand on y apervoit ([uelques parcelles d'or. Le k/fsbef artificiel, au contraire, doit être la matière friable qui se trouve si souvent à Khorsabad; elle ressemble au cyanure de fer, comme le pense le savant que j'ai l'honneur de citer, quoique le cyanure de fer (bien de Prusse) ait une couleur un peu plus foncée (3).

Le nom di' kliediet semble révéler une origine se nitique. e!

Martyrs lyonnais. [Hist. de f Aca*!. des inscriptions, 1" série, t. X\^II, p. 242-247.) Les actes de saint Saturnin, de Toulouse, témoignent encore île cette pieuse coutume ; •• Prooedento deliinc tempore cura multonim ad " lîasiliculam illam tideliter a sœculo recedentîum pro solatio propter corpus .. Martyris qniescenlis dt^forrentnr exsequiîe et locus omnis tumulatorura corporum multiludine fuisset inipletns..., etc.»* (Rninart, Acta Sincera, p. 132, éd. de 1713.) Cf. saint .Vnpistin, De curii gerendà pro mortuis, et 1>~< t<;xtes épigrapbiques.

^l) Obsereations on Ihe statisti'nl tahlet uf Karntu^, p. 36 sqq. iVu/iVe Je Ua fjaUrie égyptienne du Lourre, ilenxième édition, C, 51.

(2 Au contraire, Nf. Place atrouvéà Kliorsabad divers objets enduitsd'nnu couverte d'un bleu clair ou jaunâtre, tout à fait semblable à celle qui décore tant de monumens égyptiens,

,3) Je soumettrai encore une interprétation au jagenient de M. de liougé : le hhesbet erai ne pourrait-il pas être la matière première, tandis «lue te khesbet artificiel indiquerait la matière fabriquée ?

14

B 1 L L E T 1 N A P. C H É 0 L 0 G 1 0 U E

F'ÉVRIER.

indiqui' ainsi la provenance asiatique de la matière elle-même. .I"ai été assez heureux pour retrouver la mention de cette sub- stance dans lis documents cunéiformes de Ninive, oii elle porte le nom de hlii^bi [ aïM )•

L'inscription des taureaux di'Kliorsabad parle des huit portes de la ville dont M. Place a retrouvé les emplacements. Chaque porte était consacrée à une divinité, dont le nom est accom- pagné dune espèce de titre. La déesse B'dil-Taoïiih Mylitta) est désignée par ces mots, qui se lisent sans contradiction :

Mudisat hisbi sikri, avec la transcription sémitique,

■13" 3Ï~' iT'?".r qui triture te hisbe

Le mot s//,v/ est encore obscur; il peut signifier; d'après les analogies linguistiques, acier ou fêle de commémorotion , ou bien menton, et je ne puis encore me décider à opter entre ces trois significations , parce que toutes les trois sont également justifiées par la philologie, et donnent toutes un sens en rap- port ou avec la chimie ou avec les mœurs de l'Orient.

Mais le sens des deux premiers mots est incontestable , et c'est l'essentiel pour nous. Le hish, et nous le prouverons tout à riieure, c'est la matière bleue de Xinive. D'abord, en- core aujourd'hui, le mot àVdhe l.hadboh veut dire teinture des cheveux, des ongles, etc., et s'emploie pour désigner une sub- stance colorante quelconque. Actuellement le benna rouge a empiété sur le bleu , bien souvent employé jadis. M. de Long- périer m'a rappelé que la figure de femme d'un sarcophage, découvert près de Tripoli de Phénicie 4:, a les cheveux peints en bleu. Les femmes arabes, encore aujourd'hui, se teignent de cette couleur le pourtour des yeux et sont couvertes de tatouages bleus.

Une courte inscription cunéiforme, recueillie par M. Place, contient les mois niaavi hisbi u tahdi. Le dernier mot se trouve également expliqué par les hiéroglyphes, et je dois son inter- prétation à MM. de Rougé et Lenormant. Tl porte avec lui son certificat d'origine sémitique ; et les Égyptiens l'empruntèrent à l'Asie avec la substance qu'il désigne : il veut dire plomb.

Le blanc encaustique desChaldéens c'est de la céruse (carbo- nate de plomb . Le mot tnaarivculdive courbure l^":T2), arche, et le sens de la phrase précitée n'est autre que arche de bleu et de blanc. On se rappellera que M. Place a découvert des voûtes en terre qui, à l'entrée, étaient décorées d'émail blanc et bleu ; c'est de cette ornementation que provenaient les nom - breux débris de briques vernissées trouvés à l'entrée des cham- bres par M. Botta.

Ainsi la lecture des hiéroglyphes nous aura conduit à inter- préter deux passages intéressants de l'épigraphie assyrienne, et à tirer de leur traduction quelques conclusions sur les rela- tions intimes qui existèrent entre l'Asie et l'Afrique, aux épo- ques les plus reculées. J. Oppert.

OBSERVATIONS SIR V\V. ÉPIGHAMME GRECOl E.

L'Anthologie Palatine (vit, 10) nous a conservé une épi- gramme sur la mort du poète Alcnian. Celte petite pièce, attribuée à Léonidas de Tarente, est ainsi conçue :

(4) Notice dct monuments assyriens, babyloniens, perses, p/knii- icns, etc., du Loutre, troisième édition, 1854, p. 135, n" 579.

Tov yoLùiii-:' AÀxjxâ/a, tÔv ■j;jLvy,Tï,p' ûji-vaitov

Kjy-vov , iQV Mo'jaûv à^ia [jleÀ'^qiijiîvov , TjjaSo; i/i:, Sripxa; [>.i-(i'/.i-i yip'-'i, a'.')' ô-j'^ ÀiiOo;

Citons d'abord pour mémoire une correction inutile, pro- posée par Scaliger , [xi-fàXav 'eo-v pour [lî-fi/av yàp.v , et au quatrième vers la \ariaate 07^5» pour o"yîTa;. Mais n'est pas la véritable difficulté, celle qui a exercé vainement la sagacité des critiques les plus habiles ; elle réside au troisième vers, dans le mot ÀjjOo;, au lieu duquel on lit Ào^iOo; dans Suidas, et A'joo; dans Planude. Ce mot a donné heu à une foule de con- ! jectin-es plus ou moins ingénieuses et plus ou moins vrai- semblables.

"n sait que le poète Alcman est en Lydie, et qu'il fut j amené esclave à Sparte. Grâce à son génie, il fut affranchi par ! son maître, et obtint le droit de cité. Aussi presque tous les savants qui se sont occupés de cette épigramme, ont vu dans le mot Xiiâo; une indication de la patrie du poète. De di- verses corrections; ainsi, Wyttenbach lit Ajotôv, et Jacobs Aû3o;; M. Meineke propose :1<J 67^ Ajoiv /.o^jOo; â-oSpî^a; oiysTat, se référant au proverbe ÈV/ito; Mjcâ)v,ot disant que le \erbe à-oSp(;a;, en parlant des morts, s'emploie tout aussi bien que àîToy.o'.jxY.Ov.'ï'.. D'autres, tels que M. \Vflcker Fragm. Acim., p. 4), s' accordant sur la valeur de l'expression ài/tio; oTToppiia;, la regardent comme une allusion à l'état de servi- tude par lequel le poète a passé. C'est d'après cette donnée que M. Piccolos {Suppjihninit à l'Anthol. gr., Paris, I8.%3. in-8°, p. ^i), aété amené à corriger ajîOo; en Àiîttr,;, qu'il con- sidère comme la vraie leçon. Il change aussi s't'O' en evô', et lit :

S-ipTa^ txiYi)>2v yàp'.v, evCû'y^ AdjOï,^ || ï/Oo; à-ôppvl/a;. M. Pic-

colos avait fait ime auh-e conjecture, svO' 'l-iï'i.xz-.vi , par allusion à la triste fin du poète Alcman, qui est morl de la maladie pédiculaire dans un âge avancé. Il aurait même préféré cette leçon comme plus naturelle, si ).à!jOT,; n'avait pas l'avantage d'être plus rapproché du manuscrit. «En effet, ajoute-il, o-;i),aoTO/ a-/6o; àropp;;,!,- peut fort bien s'entendre de la vie d'im vieil- lard pour qui l'existence n'est qu'un triste et cruel fardeau. » Je m'étonne que tant de critiques habiles soient allés cher- cher si loin l'explication du mot aûtOo;, lorsqu'ils avaient sou.- la main la véritable leçon que Ton retrouve dans la variante , loiniio;, conservée par Suidas .\u lieu de voir dans ce mol une allusion, soit à la patrie du poète, soit à son état de servitude, il ne faut la considérer que comme l'expression d'une pensée philosophique très-répandue dans l'anliquité, qui ne repré- sentait jamais la mort que d'une manière allégorique. U était réservé au christianisme seul de la regarder en face sans trembler et de lui opposer sa morale douce et consolante. Léonidas de Tarenle, tel est du moins notre avis, a voulu dire tout simplement que le poète .Vlcman était mort à Sparte. Dans le mot XoTsOo,- il n'y a qu'une lettre à changer et . en adop- tant la correction èvO', au lieu de s''i)', proposée par M. Piccolos, il faut lire : svO' li-{z /.oIsOov âyOoç à-opp!'ia;, après s'être débarrassé de son dernier fardeau, de sa dépouille mor- telle. C'est presque toujours dans celte série d'idées que le mot J.oTsôo;, écrit jîIus souvent /odOto;, est employé par les poëîes. C'est ainsi que Sophocle (Œd.Col., 583, pour indiquer le terme de la vie, se sert de l'expression -ri ),o!ïOta TuOo'oj. Dans un passage de Lycophron. tiré de sa tra- gédie des Pélopides et conservée par Stoliée illrt, 13;, on lit : Otsv 8' Èçipir^i y.ûjjio ).oî(i6iov 6!ou, mais lorsque s'avance le dcr-

DE L'ATHENiEUM FRANÇAIS.

15

nier flot lie lu vie. Citons le ÀoijO'.o; ï^yi-y.: ûipr, de Nonnus ■/"., V, 107). Le passage suivant d'Euripide (UijipoL, v, o(i), surtout mérite d'être rapproché de notre épigramme : OO -càp

fjTo' àvïqiY|Ji.£vc«; tz'jKixc, .^oo'j cfoioç zz ).o!tOiov SXîkOjv tÔûî. C'est

encore dans des phrases l'idée de mort domine que l'ad- verbe XofcOiov se trouve employé. Ainsi dans Sophocle (/iy.-408), liîca XoîcOiov 0-jtvio et dans Euripide (Harc. Fur., 23) : X'jIaO'.ov es Taivàpou oià <s-J>\>.'j. psof^ic' È; .^5o'j. Cette expression, spéciale- ment consacrée à la poésie, a été même adoptée par quelques prosateurs qui ont dit Xo{tr6ia T:vrî>/,pour rendre le dernier soupir. Voyez entre autres Nicéphore Calliste, cité par le 'f/ie- srnirus, V. AoitOioc;, et V/Iistoire de Ducas, p. 10, lo et 77, 18 '■(/. Bonn. Quant à Platon, c'est à tort qu'il est cité par Henri Etienne comme s'étanl servi de cette expression dans le l'Iiédon. On ne trouve rien de pareil ni dans ce dialogue, ni dans ses leuvres, ce mot n'est pas même employé une seule l'ois.

Ces exemples sutliront, du moins nous le pensons, pour justifier la correction Xo'a'lov qui reproduit presque exactement ime ancienne leçon, et qui donne un sens excellent et cont'orme aux idées de l'anticjuité. Peut-être ne parai tra-t-elle pas in- digne d'être signalise à l'attention des futurs éditeurs de V.\n- Iholof/ie. E. IVIiller.

EXPLICATION

DES CAR.VCTÈRES (iRAVÉS AU REVERS DU DISQUE REPRÉ-SEXTANT THÉODOSE ET SES FILS ,

Coiibcrvi: à VAcixcU'iuic de Madrid.

.\u revers du grand disque d'argent d'Almendralejo, pnblié par M. Helgado, en ISllt I), se trouve gravé au pointillé, contre l'anneau, une inscription dont le sens a échappé au docte antiquaire. M. Mérimée renonce également à l'expli- quer dans le compte-rendu (ju'il a donné du .Mémoire espa- gnol, dans la Ilenœ (irrlmdufjiquc, et persomie n'a encore tenté, que je sache, de découvrir l'énigme. Pourtant il ne semble pas impossible de la déchitïrer. On lit : noc, f n Jier. A en juger par l'endroit oii cette inscription est placée et par le procédé ciioisi pour la graver, il est clair qu'elle ne tient pas à la scèni' dont l'endroit du disque est orné et qu'elle a lié ajoutée après que l'œuvre. d'art eut été terminée. Hieu donc n'empêche de lui domier une interprétation tout à l'ait indépcnilantt; du grand bas-relief, ('.cla posé, de toutes les manièri's d'estimer la valeur des lettres employées dans cette inscription, la plus sûre, à mon avis, est de considérer les trois lettres surmontées d'une ligne iiorizontale connue des chilfres. .Nul n'ignore que la ligne dont je parle a servi, en règle gé- nérale, à distinguer des autres les lettres luunériques. Bien (|uc l'on ne puisse pas exclure d'abord le sens d'abréviation ([ue cette même ligne sert aussi à exprimer, il ne parait pas, il la réflexion, que ce sens soit admissible dans le cas présent.

1) MemorUi hislirico -erilka sobre e! (jranilisro de Theoihsio enconlraJu en '.hitemimlejo Ifiila a la rcal Acadcmia de la Ui.itoria por su anlicuario Don .\iit. I )<^lgailo. Madrid , UMO, iii-l. Le disque est reproduit somniairenient ■liiuâ l'ouvrage de .M. .J. Anietli, intitulé : Die nnliken (jold-und-silber .Mimu- mmte des K. K. Mim: uml-AutiUm Cabinelles in Wim. Wieii, ll!50, F". lîei- lago ni, p. 67 et 7.3.

puisque la ligne manque sur les trois premières lettres, qui sont évidemment le commencement de la phrase.

Toutes ces raisons nu'irement posées, j'incline à croire que rinseription a pour but d'indiquer le poids du métal précieu\ envoyé en l<:spagne. Je ne vois pas que rien puisse contrarier cette supposition, qui rend, au contraire, assez bien raison de tout. Car 110 c pourrait parfaitement être le commence- ment de T.oGo-v, quantitas, summa. 11 n'est pas improbable que la sigle suivante, * , n'ait pas été bien lue et ne soit pas autre chose que .VI, XiTpwv; expression d'ailleurs si usitée et que l'on rendait précisément dans l'usage ordinaire par la sigle \ , ainsi que le prouvent assez les monuments et les manuscrits les plus connus. Après .u vient Mer ou un e mal complété aura pu se jjrendre pour un e. Or l?s lettres numé- riques Me forment précisément le nombre de livres con-es- pondant à peu près au poids actuel du monument. En effet, les 15 kilogranunes o3 grammes, correspondant à peu près aux fi33 onces espagnoles, donnent 49 livres et 4 grammes, en supposant 3-25 grannues par livre. Les poids byzantins varient beaucoup comme on peut le voir dans la curieuse série de poids, que j'ai publiée, dans les Annales de numifma- tique, de M. Fiorelli (1"-" ann., p. -Hil . Les trois poids indi- qués dans cette collection par *A, donnent 325 gramm. -50, 327 et 330 : ce sont les poids les mieux conservés. Les calculs de Cagnassi, adoptés par Borghesi lui-même, ne s'éloignent pas de ces chifi'res, en donnant à l'ancienne livre romaim^ 324, 180.

Quant à la dernière sigle T, je détache la lign(> horizontale tout eu la laissant à sa place au-dessus de la verticale. Bien entendu que c'est en lui attribuant la signification de scxlule, qui lui revient de droit. La .sextule est précisément écrite de la sorte sur d'autres poids du musée Kircher, oii le sens est assez déterminé par la pesanteur même. Il é(iuivaut à deux sextules le poids est à peu près de 12 grammes. Parfois la ligne horizontale fait défaut, et alors la valeur est suppléée j>ar les sigles ii, -j et m', les poids dont il s'iigit étant l'un de 12, l'autre de 18 grammes environ. P. Hafi-aele Garrlcci.

MKD.4ILLES DE PHILIPPl.

Un recueil littéraire d'.Uliènes, peu connu en France, Pimdore , auquel nous avons souvent puisé des renseigne- ments utiles, vient de publier, dans sa dernière livraison, l'article suivant accompagné d'une excellenti' idanclie.

L'auteur de l'article que nous traduisons , M. Paul Lam- pros, fait le commerce des médailles, et est lui-même un nu- mismatiste d'un certain mérile.

Le cabinet des médailles que nous avons visité , pour véri- fier le doute qu'émet .M. Lanipros, ne possèile pas de mon- naies de Philippi en or; il s'en trouve une pourtant dans la collection de .M. le duc de Luynes.

Disons encore que le travail de M. Lampros a obtenu les snifrages des nombreux savants ;i qui nous avons connnu- niquê 1(1 l'iiiidorf, et en particulier de M. Longpérier et de -M. dcWitfe. ' M. VuKTo.

Sur six médailles inédites de Philippi.

r Face : tète d'Hercule imberbe avec la peau de jion . tournée droite.

IC)

lUIJJlTIN AKClIEOLOGlniJK, KTC.

l'KVRIEli.

Revers : «HAinnoN. Trépied. Dans le cliainp , tète de che- val à droite. Or. Poids : KM grains 1/4.

Face : Mimie tète.

Hevers : «l'iAiniliiX. Trépied. Uans le clianii). tète de che- val à gauche. Or. Poids : Hil grains 1/-2.

3" Face : Même tète.

Revers: *lAiiirU2N Trépied. Dans le champ, tète de lion à di'oite. Or. Poids: Itil grains 3/4.

Face : Même tète.

Revers : <i'iAiiini>N. Trépied. Dans le ciiamp, tète de cerf à droite. Or. Poids : 162 grains.

Face : Même tète.

Revers : <I>lAinnûN. Trépied. Dans le champ . tête de cerf à gauche. Or. Poids : \('tl grains 1/4.

Face : Même tète.

Revers : tMAiniIûN. Trépied. Dans le champ, grappf de raisin. Or. Poids : IGI grains 3/4.

La ville de Philippi, située près du mont Pangée, était au- paravant nommée Crenides à cause des sources qui len- tomrnt. La première année de la C.V olympiade , trois cent soixantivuis avant Jésus-Christ, lorsque Philippe. fdsd'Amyn- tas, vainquit son frère Argèe qui revenait d'.Egée à Méthone, cette ville fut peuplée par des Thasiens. (Diod. sic., hibl. XVI. 3.) Plus tard, dans la troisième année de la même olympiade, après avoir pris d'assaut .Vmphipolis et soumis Pydna et Potidée, Philippe, passant à Grénides, augmenta le nombre de ses hahilanls, la fortifia et changea son nom en celui de Philippi.

Selon Appien (1. IV ) , cette villi' se serait d'abord noiimié(? Crihiides , puis Datas, ci enfin Philippi. Mais il [larait résulter de Strabon et d'Etienne de Byzance que Crenides et Ihitos ou Jhitmi étaient deux villes différentes.

A l'époque romaine cette ville flevint fameuse par la ba- taille livrée dans la plaine de Philippi (quarante-deux ans avant .iéjUS-Christ), bataille Cassuis et 15rulus turent défaits et la république romaine expira. C'est probablement entre cette bataille et celle d'Aetium que Philippi devint colonie ro- maine, mais ou ne sait pas précisément en ([uelle année.

Nous ap|irenons, par les Actes des apotr(>s, que lapotre saint Paul, venant de la Troade, se dirigea par la Samothrace vers Néapolis, et de vint à Philippi oii il séjourna quelques jours et fit beaucoup de miracles (Actes, X^'l. 12). Nous ap- l)renons en outre qu'à cette éiioque Philippi était le chef-lieu d'une des divisions de la Macédoine, très-certainement de la jiremière. Lorsqu'elle était divisée en quatre parties, c'était Amphipolis qui avait été désigné )),ir Paul-lùnile pour être le chef-lieu (Tite-Live, I. XIV, ch. xvix) de cette partie. Une des épitres de l'apotie saint l'aul , écrite de Home, est adres- sée aux Philippiens ou habitants de Philippi.

Anne Comnène (I. XIV, p. 3.")."), éd. Ven.), parlant de Phi- lippopolis.esl tombée dans une grave erreur en coiifoudaiit cette ville avec celle de l^hilippi , et de plus elle iireiul Plii- lippe, fils d'Aniyntas, fondateur de ces deux villes, pjur Philippe l'empereur des Romains.

Dans la contrée de Philippi existait un grand nombre de mines d'or (pii . faute d'excavations sullisaiites . avaient peu d'importance: mais Philippe les ayant fait exploiter les rendit si riches qu'il en tirait un revenu de plus de mille talents (lar «nuée. C'est avec l'or de ces mines qu'il frappa les monnaies qui furent nommées philippicpies ( i)iod. X\'1.8', certaine-

ment aussi les médailles de Philippi décrites plus haut. Os médailles , qui datent des bons temps de l'art, sont d'une beauté remarquable.

Une seule monnaie de Philippi était connue jusqu'à pré- sent , et elle faisait autrefois partie de la collection de la reine Christine de.'^uède. File a été publiée par Fckhel {.\>im. vel anecd., p. (i", tab. V, 15, et Doclr. num., t. 11, p. 75.) Elle est décrite par Mionnet (t. I, p. 13."), 272) et évaluée par lui à (iOO francs. Cousinery ( Voi/ai/e de In Macédoine, t. II, p. 39) mentionne de nouveau cette médaille et parle de son extrême rareté, ce qui confirme que jusqu'à l'époque il écrivait (en 1831 ) elle était unique. Il est probable que depuis on en a trouvé fpielqne autre, mais je l'ignore.

La médaille publiée par Eckhel a dans le champ une tête de cheval comme celle que je donne sous le n' I, mais elle dif- fère de toutes celles que je publie par la forme du trépied qui dans celle-là est simple, tandis que dans celles-ci il a beaucoup d'ornements, et l'extrémité des pieds est terminée en forme de pattes de lion.

Ces rares et précieuses médailles m'ont été envoyées de Chalcis par un négociant qui y rébide. Le trésor qui a fourni aux amateurs de la numismalique ces importantes acquisi- tions a été trouvé i selon ce que me mande la personne qui me les envoie) dans les fondations d'une maison, près d'Eré- trie. Ce trésor était composé de médailles de Philippi , de statères de Philippe et de dariques. Parmi les médailles j)ro- venant de celte fouille ipii sont parvenues dans mes mains . trente-six étaient des dariques, deux étaient de Phili|»pe et dix de Philippi. On remarquera que c'étaient les daritpies qui étaient les plus nombreuses; mais comme elles étaient très- communes, je n'en ai pas fait l'acquisition.

Quant aux médailles de Philippi, il y en avait trois du n" 1 . trois du 4 et une de chacun des autres numéros.

P. Lampros.

Feu M. llope possédait une statue de bronze ir.\polloii. haute d'environ un mètre, et tout à fait analogue à celle qui se, voit au Musée de Naples ( Mus. Borbonico, vol. II, tav. 23). Cette statue était accompagnée d'un cartel de bronze taillé en queue daroiide à ses deux extrémités, et portant l'inscription que voici :

M A T R 1 S C D V N A T I V S (i R A ï V S PRAEFECTVS PAGI IVM D S D

Les témoignages relatifs à la provenance de ce monument ne sont pas concordants, et nous ne savons s'il a été découvert en France, comme ou l'a dit , ou eu Italie. Si l'inscription a été autrefois tixèe sur la base de la tigiue , ainsi que l'aspect du bronze le fait croire, elle est doublement intéressante. ]niisqu'elle contient une mention géograplii(pie . et qu'elle oft'rirait un nouvel exemple de la dédicace de la statue d'un ditni à d'aiilres divinités. A. de L.

if directeur-gcrant , LtHOVlC L.\I.,\N.\E.

l'iiris.— Itnpriine p.ir E Thunol el C, ^6 . rue Bacine.

N" 3.

BULLETIN ARCHEOLOGIQUE

DE

L'ATHENMVM FRANÇAIS.

MARS 1855.

SOJIMAIUE. Mn

)(>£• sur r Agora (tWlhfiws , suUe, licstilutiou d'une inscriptiun rjreciiue de Cln^omt^iie , relatire u Tihtn'

ej iiticalion de la planche 11.

Àitti'iuitt^ orientales

DE LA MANIÈRE DE LIRE PAUSANL\S,

A PROPOS DU VliRITAP,LE EMPLACEMENT DE L' AGORA D'aTHÈXES.

DcuxiiMue article. Suite.

Lorsfivie, après une lecture attentive, on a compris le [ilan de Pausanias, et reconnu les directions principales d(? la route qu'il. suppose avoir suivie, mentionnant d'une manière purement épisodique les monuments qui ne peuvent rentrer dans cet itinéraire, il faut se rendre un compte exact de la configuration du terrain ainsi que des limites qui en résultent nécessairement, et déterminer en même temps les points dont la tradition ou la critique ont (i\é la position d'une manière indubitable , aiin d'éviter des hypothèses inadmissibles,- et de réduire les diflicultés fie cette topographie à des détails d'une importance mé- diocre.

L'expérience fournit, à cet égard, deux conclusions sur lesquelles on ne saurait, ce me semble, trop fortement in- sister : la première, c'est que ce serait peine perdue de chercher à ébranlei' la confiance des gens raisonnables dans la certitude de certaines attributions. Pour le quar- tier de l'Agora, nous avons le Pnyx, le temple de Thésée et la colline de l'Aréopage qui forment un triangle à l'aide duquel on peirt mesurer géométriquement le reste du ter- rain, assignant dès lors à chacun des autres monuments sa situation vraisemblable.

I,a seconde conclusion, c'est qu'en vain aussi l'on pos- sédera une notion assurée sur l'emplacement des princi- paux édifices et l'étendue du<|uartlpr qui les renfermait; l'accunudatiou et fiirégularité des autres montmients devait être telle, qu'après lein- disparition totale, il sera à toutjamaisimpossibledeleurassigncruneplacereconnais- sable. Nous avons fait nous-mème à Paris des expériences de ce genre. La transformation delà ville a fait disparaître des quartiers entiers, nous avons vu des rues, des égli- ses, des palais, des théâtres. .Vujourd'lnii le terrain est nivelé, et nous n'y reconnaissons plus aucun emplacement distinct; nous allons jiis(|u'à ne jibis com|ireudre la pos- sibilité de l'accumulation de tant dédilices dans un espace aussi étroit.

flepcndant, poin- arri\ei' ;i quelque cliosc de précis, et ne laisser dans l'incertitude qu'un nombre de détails aussi restreint que possible, examinons nos ressources, et tâchons de savoir si les documents dont nous disposons ne nous fournissent pas quelque indication ([ui nous aide à sortir d'embarras. Nous apprenons, par le témoignage de Tite-Live qu'en dedans comme en dehors de la porte

i85;>.

appelée Dipylum, la plus grande et la plus ouverte d'A- thènes, une rue large et parfaitement droite conduisait dans Y Agora, de manière que de cette place on pouvait apercevoir l'entrée de la ville : « Porta ea {Dipylum) velut » in ore urbis posita, major aliquanto patentiorrpie quam » cœterœ est, et intra eam extraque latie sunt \'i», ut » et oppidani diiûgere aciem a fore ad portam possint. » XXXI, 24. » L'énonciation de cette dernière circonstance exclut formellement toute hypothèse qui placerait l'Agora soit au nord, soit au midi de l'Acropole. Il faut nécessaire- ment fpie cette place, ou du moins sa superficie presfpie entière, ait occupé une partie des terrains qui s'étendent à l'ouest, ou, si l'on veut, au nord-ouest des Propylées. Quelle qu'ait été sa situation précise, on ne peut lui as- signer qu'une forme irrégulière : car nous trouvons dans cette direction un certain nombre de collines, celles des Nymphes, du Pnyx, de l'Aréopage, sans parler de l'émi- nence sur laquelle s'élève le temple de Thésée. .Mais quelle était, dans l'intervalle que ces inégalités laissaient libre, la distribution probable des monuments dont ont parlé Pausanias et les autres écrivains de l'antiquité ? c'est ce que nous allons voir.

Il me semble que l'auteur de la Descriplion de la Gri-ce nous indique lui-même la direction qu'il a sui\ie lorsqu'il est entré dans la ville, et le point par lequel il a pénétré dans V Agora. Il remarque que la rue qui le conduisit de la porte du Pirée au Céramique n'avait d'un côté que des portiques, et que les temples et les autres édifices de quel- que importance étaient tous de l'autre côté : irroa! eîoiv

àr.'j jxôjv t:'j).Û)v È; Kîparjiîr/.ôv... T, tTspa Ttôv ttoûv tyi'. [xcv

Upà Oiwv l, 2, h. Celane peut s'entendre qued'unerue

qui aurait pris à revers la colline des Nymphes du côté du Nord, et s'accorde d'ailleurs avec ce que nous savons, par le témoignage formel de Platon, que la roule en ve- nant du Pirée, laissait les Longs Murs sur la droite. (]'est encore aujourd'hui la direction que l'on prend pour entrer dans Athènes, après avoir ([uitté la mer, et cette direc- tion est déterminée par la nature du terrain.

Kn s' avançant par cette nie , le voyageur se trouvait bientôt au point dintersection de l'autre rue , qui de la porte Dipyle plongeait dans l'Agora, et comme à la fin des portiques qui côtoyaient la colline des Nymjihes, Pausa- nias indique du. même côté, c'est-à-dire sur la droite, la ïToà BaffO,£ioç qui certainement aboutissait dans le Marché, on ne peut .se tromper en admettant qu'à ce point, peu éloi- gné (le l'extrémité nord-ouest de la colline de l'Aréopage, ou étaiten plein dans le Céramique intérieur, dénomination qui chez les anciens se confondait avec celle de l'Agora.

3

18

BULLETIN ARCIIÉOLOGIQUK, ETC.

Mars.

Or, il est impossible que le Btdeitlerium et le Thohts se soient trouvés à une distance considérable du portique df rArchonte-Uoi cl du porticjue Kleulheiius, et comme ces deux derniers édifices, contigusl'un h l'autre, étaient à la droite du voyageur qui entrait dans l'Agora par la route du Tirée, il faut de toute nécessité clierclier remplace- ment du Tliolus et du Biileulerhim h peu de dislance des deux portiques vers le sud. Que le Tholiia ait été un édi- fice construit, et non une salle creusée dans le l'oc, c'est ce qu'indiquent a\ec certitude les auteurs qui en out parlé. !( Il avait, dit l'un d'eux, une toiture circulaire, bâtie en Il pierre et non en hois, comme celle des autres édifices :

)) Ôpo'iT|V viyz 7:îp'.'fî,3f,, oîzooo[ji.T,Tf,v, oùyj |'j).'.vt,v, tù; à).).x

> o\y.âr.i,:r:i,.x-.-j.. » (Bekk. Ànecd. Gi:,t 1, p. 2(5/|). Il est impossible de s'expliquer d'une manière plus formelle, et je m'étonne qu'on ait pu après cela imaginer que le ThoJus avait été taillé dans le roc (1).

Les statues des Ëponymes étaient placées plus haut cp.ie le Tliolus, et c'est aussi avec raison que les précédents topographes, tels que le colonel Leake, ont cru que les Éponymes devaient occuper la déclivité occidentale de Tespèce de crête qui, vers le sud de l'Aréopage, sépare le sol de l'ancienne Agora de la rue rpii s'étendait, à peu près ilans la direction du temple de Thésée, entre les Propylées et l'Aréopage. Or, dans le voisinage des Éponymes, se trouvait le temple de Mars, et ce temple devait appartenir, au moins par une extrémité, à la colline qui portait le nom du même dieu.

Nous avons donc certainement une place, probablement la Vieille Agora, qui s'étendait entre le portique Royal, le Pnyx et la colline de l'Aréopage, et nous retrouvons en- core une Vgora plus au nord, dont mie extrémité nous est hidiquée par le portique d'ortlre dorique grec, qui subsiste encore au sein de la ville moderne, et sur le sommet du- quel s'élevait, dans l'antiquité, la statue de Lucius César, petit-fils d'Auguste. Si \[on supposait, comme on l'a fait jusqu'ici, que ce portique servait d'accès à une Agora cpii se serait étendue dans la direction de l'Orient, il faudrait admettre une solution de continuité entre l'ancienne et la nouvelle Agora. Mais si nous supposons au contraire que le porti([ue d'Auguste servait d'entrée à la Nouvelle Place, pour le voyageur qui arrivait par l'Orient, il ne devait y avoir entre les deux marchés d'autre obstacle que la col- line de l'Aréopage se pi-ojetant dans la direction du nord- ouest, et recevant peut-être, de ce côté, ainsi que l'a pensé le colonel Leake, le nom de KoXwvôc ÀYopaio;. C'était que se plaçaient, pour se faire louer, les ouvriers sans ouvrage ; Mi'lhon avait établi, au même endroit, un cadran solaire, et rien ne con\enait mieux que celte double destination à un emplacement qui devait dominer l'Ancienne et la Nou- velle Agora. A vrai dire, il n'y en avait qu'une seule : mais elle était séparée en deux parties par l'espèce tle cap

(1) X^)Y. 1:1 dissevtiition pnvticuUère sur le Tliolus qui forme le premier appendics de ce mémoire.

que formait le k&àwvô; Àf opaTo;. La partie méridionale de la place avait été d'abord la plus fréquentée et c'était pour cela qu'on ra])pe]ait la Vieille Agora. Le nom de Nou- velle Agora appailenait spécialement à la portion plus spacieuse qui s'étendait entre le portique Pioyal, le nord de l'Aréopage, le Pijlon Aslicus et le Pu'cile, la jiorte d'Au- guste, le gymnase de Ptolémée et le temple de Thésée. Pour retourner de ce dernier point au carrefour des deux rues du Pirée et de l'Académie, on redescendait dans l'avenue des Hermès, qui longeait, dans un parcours pro- bablement irrégulier, le côté nord de la Nouvelle Agora à partir du Pœcile et de la porte d'Auguste.

Si Pausanias avait parlé de ce dernier édifice, il aiu'ait éj)argné de grands emharrasaux modernes ; mais,à Athènes, il ne reconnaissait , pour ainsi dire , pas de Ilomains avant Hadiien, auquel il était résolu de sacrifier tousses devan- ciers. C'est ainsi qu'il a omis dans l'Acropole le temple de Piomc et d'Auguste, à la montée des Propylées la statue colossale d'Agrippa, et dans la ville le théâtre qu'avait construit le gendre d'Auguste; faut-il s'étonner qu'il ait agi de même à l'égard du portique au dedans duquel était la statue de Julie, tandis que celle du fils de Juhe et d'Agrippa s'élevait au-dessus?

i'our démontrer que nous ne commettons pas d'erreur essentielle en plantant ces jalons, le témoignage de Xéno- phoii combiné avec ceux de Philostrate et d'IIimérius va venir à notre secours. Ces derniers ont décrit, à une épo- que très-postérieure, la marche que suivait le vaisseau consacré à Minerve dans la procession des Panathénées. 11 est extrêmement probable qu'à travers les siècles cette cérémonie n'avait pas varié d'une manière essentielle, et qu'une tradition constante l'avait défendue de toute alté- ration grave. Le vaisseau partait de la porte Dip) le, sui- vait la rue de l'Académie ou du Céramique intérieur, tra- versait l'Agora dans la direction de i'Eleusinium, faisait le tour de ce dernier édifice, et remontant ensuite par le Pélasgirpie, revenait au temple d'Apollon Pythien. Il \ avait ml Pfithiuni dans la partie orientale de la ^ ille, mais on s'accorde à reconnaître rpie ce dernier édifice était trop éloigné, pour que la procession du vaisseau pût arriver j usque-là , et dès lors on est obligé de croire que le Py- Ihium dont parle Philostrate ne différait pas du temple d'Apollon l'alroi'is ou Pythien, situé à peu de distance du portique Royal, par conséquent dans le voisinage de l'Agora.

Mais I'Eleusinium était-il situé?

On a cité souvent un élégant passage de Xénopliou [Hipparrh., 111), sur le rôle que la cavalerie athénienne devait jouer dans les cérémonies publiques, sans se rap- peler toujouis que la principale de ces cérémonies était certainement la pompe des Panathénées. Xénophon con- seille au commandant de la cavalerie, lorsqu'il am-a con- duit sa troupe dans l'Agora, de lui faire faire au pas le tour de la place, en saluant les temples et les statues des Dieux. Puis quand ou sera revenu au point de départ.

3.

DE L'ATIIEN^UM FRANÇAIS.

19

c'est-à-dire au commencement de l'avenue des Hermès qui correspondait au carrefour des mes venant du Pirée et de l'Académie, de prendre un temps de galop dans la direc- tion de l'Eleusinium.

La pompe des Panathénées se divisait nécessairement en deux parties; tandis que l'une montait à l'Acropole, l'autre devait rester au bas du grand escalier. C'était le cas pour le vaisseau et surtout si, comme je crois, on avait liris riiabitude de suivre les recommandations de Xéno- plion, pour la cavalerie (2). Je suppose que cette troupe, a])rès avoir accompagné le vaisseau dans sa marche dé- lais la porte Dipyle, faisait le tour de l'Agora, tandis que Ja niariiiiKî équipée en navire se dii'igeail plus lentement vers l'Eleusinium. Le temps de galop recommandé par Xéiioplion avait pour objet de rejoindre le cortège à l'iileusinium ; de on se dirigeait ensemble vers le Pé- lasgique, situé au pied de l'Acropole vers le nord-ouest, c'esl-à-dire qu'on défdait au-dessus de la Vieille Agora, et au bas du grand escalier. Puis, tandis que le reste de la jirocession montait aux Propylées, le vaisseau allait re- miser derrière la colline de l'Aréopage, et la cavalerie se débandait à la hauteur du temple d'Apollon Patroiis, de l'autre côté de la place.

11 suit de qne l'Eleusinium devait être situé à l'une (les exU'émités de l'ancienne Agora. Pausanias, qui ne dit f|u' un mot de cet édifice à propos du temple de Déméter et de doré, bâti dans le voisinage de l'ilissus, s'arrête aus- sitôt, à ce qu'il dit, sous la menace d'un songe. Le colonel Leake, qui s'est aperçu, en publiant la seconde édition dosa 'l'opofjraphie d'Aifiriii-it , qu'il fallait distinguer l'E- leusinium du tenqile de Déméter et de Coré, place le pre- mier de ces édifices dans une grotte qu'on voit à l'est (le l'Acropole. Mais le vaisseau des Panathénées faisait le lour de l'Eleusinium : donc ce devait être une enceinte iso- lée, et d'ailleurs nous sommes forcés , par les observations précédentes, de ne pas nous éloigner de l'Ancienne Agora, l'aiisanias, qui a passé brusqiiement du Tholus aux Épo- uynies, n'a rien dit du Pnyx, qui dominait certainement l'extrémité sud-ouest du marché. Or, si nous nous plaçons ;ui carrefour des Hermès, la seule direction dans laquelle on puisse prendre avec a\ antage un temps de course , conduit au Pnyx, ou plutôt à l'intervalle qui sépare cette colline des dernières pentes de l'Acropole vers le sud- ouest. Par conséquent rEleusiuium devait être placé à l'est du Pnyx, sur un des côtés de l'Ancienne Agora. Sauf la demière opinion que je viens de proposer, on ne trouvera pas l^eancoiq) de choses absolument neuves dans ce que j'ai dit, et le seul mérite auquel je poiuTais lirétendre, si j'étais approuvé, serait celui d'avoir mieux combiné des résidtats déjà obtenus par la science. Je n'en ai pas moins, si je ne me trompe, établi sur des fonde- ni(>nts I rès-vraiseinblables la partie la plus imiinrtante et la plus diflicile delatopogra[)liie d'Athènes, et pour le faire,

(2) \ oyez lo second aj^penilke de ce mL'iiioii-o.

je n'ai rencontré aucun embarras sérieux dans le texte de Pausanias, compris comme il convient de l'entendre, c'est-à-dire dans le sens et dans l'esprit de la composi- tion. Déjà, même sous ce rapport, la voie était ou\ erte par le colonel Leake. J'ai déjà mentionné la rectification im- portante que ce savant a faite, delà confusion (ju'il avait établie d'abord entre l'Eleusinium et le temple de Déméter et de Coré, voisin de l'ilissus. Sans doute, il s'est une se- conde fois trompé, en transportant le premier de ces édi- fices à une grande distance de son emplacement véritable ; mais il lui reste l'avantage d'avoir compris le système qui permettait à I^aiisanias de parler d'un monument éloigné à propos de celui qu'il a\ait sous les yeux, et par consé- quent d'intercaler dans son itinéraire les parenthèses qui jettent le trouble dans l'esprit de quelques lecteurs.

Et pourtant on a des preuves multipliées de ces interca- lations épisodiques. Pour n'en citer qu'un exemple évi- dent, lorsque l'auteur a décrit l'Aréopage, il mentionne à cette occasion les autres tribunaux d'Athènes. Ces tribu- naux devaient être dispersés dans toute l'étendue de la ville, ce qui n'a [)as empêché Pausanias d'en donner une liste continue, sans indication d'emplacement. Si je fais remarquer qu'il en est de même pour l'endroit il est question de l'ancien Odéon.je n'ai pas le mérite de l'ini- tiative. Le colojiel Leake s'était aperçu déjà ([iie Pausanias parlait de cet édifice à propos des rois Attale et Ptolémée Philadeljilie que la reconnaissance des Athéniens avaient placés à la suite des dix anciens Héros Epouymes. On re- trouvait dans rOdéon une seconde statue de Ptolémée Phi- ladelplie, avec celles de Soter I" et de Philométor. H n'en fallait pas davantage pour que de la place de f Agora se trouvaient les statues des Éponymes et les monuments im- médiatement voisins jusqu'aux figures d'Harino(liusetd'\- ristogiton, lapensée de Pausanias se transportât à l'Odéon bâti à peu de distance de l'Hissus. Après les rois d'Egypte, l'Odéon montrait les statues de Philippe et d'Alexandre, puis celle de Lysimacpie, et Lysimaque à son tour réveillait le souvenir de Pyrrhus, auquel les Athéniens avaient aussi élevé une statue, mentionnée par l'auleui', sans indication du lieu elle se trouvait.

Une fois que Pausanias a parlé de fOdéon, il ne lui eu coûte pas davantage d'aclie^ er ce qui concerne le quartier s'élevait cet édifice, en énumérant ce qu'on \ voyait de plus remarquable, notamment lafontaine Eiiiieucninos; cette considération de voisinage peut suflii'e, sans parler des raisons mystérieuses qiii, dans la pensée d'un lionnne aussi iustrmt des choses de la religion que l'était Pausa- nias, rapprochaient l'Odéon de la fontaine, raisons que je crois de\iner, mais sur lesquelles je n'ai pas le temps de m'cxpliriuerici.

On parvient de même à se rendre un compte très-satis- faisant d'autres solutions de continuité qu'on rencontre dans la desciiption de Pausanias, et qui, (Quoique moins fortes, ont .sérieusement embarrassé quelques savants de notre époque. En admettant même que tout ce qui cou-

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BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

Mars.

cerne rOdéon et le quartier du voisinage ait été intercalé dans l'itinéraire de l'ausanias, on a de la peine à s'exiiliipier comment, de l'emplacement des statues d'iiarmodius et d'Aristogiton l'auteur nous a laissés pour parler de l'O- déon, OTi revient à l'angle du Portique Royal : û-rip ce -rô K^-

pa'J^'.y.ôv za'. l-zoà-i vr^-i xaÀojiiivT.v tï,v Bau'IXîiov vaô; Itz'.-i H-iaiorou,

(1 au delà du Céramique et du Portique Royal est le temple d'IIéphestus. » Dans quel rap|)ort ce temple se trouvait-il avec l'emplacement des ïyrannicides l'ausanias nous avait quittés, et le Portique Royal à côté duquel il vient nous reprendre'?

jNous a\ ons un motif très-vraisemblable pour croire que le Portique Royal était à peu près en face desTyrannicides. La statue de Démostliène touchait à celle des Kponymes, et le temple de Mars, au delà duquel se trouvaient llarmo- dius et Aristogiton, était auprès de la statue deDémos- thène. L'image de Pindare est désignée comme l'une de celles qui entouraient le temple de .Mars. Or, cette image de Pindare dift'érait-elle de la statue de bronze du même poëte qu'Eschine a décrite dans une de ses lettres, et qu'il plaçait devant le Portique Royal, r.ph r?;? SoiT.lt'.o'j Stoî;? Je ne le pense pas (3) , car la dillerence d'emplacement ré- pond précisément à l'intervalle cpie nous trouvons chez Pausanias entre les ïyrannicides et le Portique Royal. Que l'on traduise T.ph t^ç BaaiXEÎou SToâçenfacc (îii Portique noijal, et la difllculté est résolue. L'angle sud-est du Portique Royal et les piédestaux d'Ilarmodius et d'Aristogiton de- vaient se rapprocher dans l'étranglement de l'Agora pro- duit pai- le KoXwvô; ÀvopaTo,-. Lorsque le voyageur arrivait à cette dernière pointe , il voyait devant lui , un peu vers la gauche, le Portique Royal, et en se tournant vers la droite, il arrivait au temple de Vulcain.

C'est de la même manière que se concilie la place assi- gnée par Pausanias au temple de la Mère des Dieux, avec ce qu'Arrien rapporte relativement à la situation du même monument. En suivant la description de Pausanias , il semble impossible de .séparer le Metroiiiit du temple d'A- pollon Patroiis et du Jiulcuterium, c'est-à-dire des deux édifices entre lesquels notre jîériégète le mentionne. Or, Arrien dit que les statues d'Ilarmodius et d'Aristogiton étaient à peu près en face du Métroum {h). Si l'on se rap- pelle que le temple d'Apollon Patrons venait immédiate- ment après le Portique Ëleuthérius, il devient facile de con- cilier ce renseignement avec celui que Pausanias a donné, en plaçant le Métroum un peu \ ers le sud à peu de dis- tance du second porli(jue attenant au Portique Royal, (jette expression y.axavTixpù a quelque chose de vague cpii se prête à la supposition de lignes de rencontre diverses, selon le point de vue auquel se place le spectateur. Il est

(3) C'est il lieu près de raf-me (luo li> statue de Solon, désignée par Pausii- nias comuie placée axi devaut du Piecile, iipb Tfjî Ttoâ;, est indiquée par Démostliènes et Klien comme s'élevant dans l'Agora.

il) Arrian ., III, 16, 7. Ka\ vûv xîIvTai èv spïaîixo a'. îIxovï; f, iwxt v è; xoXiv, xaTxvTixpj vj.i>iiîTa toô MTiTpwoj, O'j juxpiv tûv EùSavéuuv toj

clair qu'ici la ligne à tirer de la statue de Pindare auPor- ticpic Royal se croise avec celle qu'il faut étendre des sta- tues d'Ilarmodius et d'Aristogiton au Métroum, sans pour cela cpie ces deux énonciations aient rien de contradic- toire.

On se rend com|)te encoi'e plus facilement de la lacune qu'on a remarquée entre le temple de Thésée et celui des Dioscures. Après être monté au premier de ces édifices, le voyageur n'avait plus rien à voir dans l'Agora dont il avait parcoum toute l'étendue, .\ussi, reprend-il sa marche ])ar le travers de la place dans la direction du nord-ouest au sud-est, et par le chemin (pi'il suit au nord de l'Acropole, le premier monument qu'il rencontre en sortant de l'Agora est le temple des Dioscures.

Il est donc nécessaire, j'en suis convaincu, de bannir la chimère d'un développement de l'Agora au midi de l'A- cropole. Thucydide , dont le témoignage a été invoqué, ne nous parait nullement favorable à cette hypothèse. Il établit, il est vrai, comme un fait, que lorsque l'Acropole était la ville, i, t.'jI:^. les dépendances de cette cité dans la plaine étaient plutôt dans la direction du midi,TÔ i.-' oùtv- -pô; voTov |xàÀ'.7-a TE-:pa;iij.£vo/ ; mais il lie dit pas un mot de l'Agora f[ui en aurait bien valu la peine, elles monuments qu'il cite, à l'exception du temple de Bacchus aux Marais, vers l'angle sud-est, et de celui de la Terre, à l'angle sud- ouest, appartiennent tous à l'autre villeprimitive, distincte du Céramique, et qui couvrait l'espace du côtédu levantde- puis l'Acropole jusqu'à l'Ilissus. On commimiquait de cette Athènes consacrée surtout à la reJigionet aux spectacles, avec l'Athènes du commerce et des affaires ( moins étendue elle-même dans la direction du nord cpi'elle ne le fut plus tard): on communiquait, dis-je, par une rue qui suivait le pied méridional de l'Acropole, et qu'à une époque plus ré- cente, unroidePergame,Eumène, mit, par des portiques, àf abri desaideiu'sdii soleil. Mais sauf cette communication, la population n'avait jamais s'accumuler dans cet es- pace peu salubre, pri\ é de tous les vents qui rafraîchissent l'air, et dont l'usage semble indiqué par le surnom dutem- ])le deRacchus qui s'élevait dans le voisinage. De même que le titre de Vénus l-i xr;-oi; montre qu'il y a\ ait de la place pour le développement des jardins dans le quartier s'é- levait le tenqile dédié sous cette invocation , de même Bacchus aux Marais indique une partie de la ville des eaux stagnantes avaient longtemps séjourner, et que plus tard la facilité de l'irrigation, jointe à l'absence des maisons, rendit propice à la culture que nous appelons aussi culture maraîchère.

L'auteur du présent mémoire , pendant son séjour à Athènes, s'était vivement préoccupé des dilVicultés de la topographie de cette ville , et il n'avait pas tardé à s'aper- cevoir rpi'un sa\ant, qui ce])endant vivait sur les lieux, M. L. Ross, avait inutilement nnilti])lié les diflîcultés, en proposant de renoncer à la dénomination adoptée pour un des points fixes les plus précieux, le temple de Thésée. Depuis cette témérité regrettable, les conjectures n'ont

3.

DE L'ATHEN^UM rRANGAlS.

2r

cessé de bouleverser le terrain, et aujourd'hui on semble prêt à tomber dans la confusion décrite par l'iaton {Cra- tyle, p. 439 C.) , et les premiers venus, saisis par le ver- tige, entraînent après cela les autres à partager les mêmes

illusions : o3toi aÙTOÎ ~i ôiaTr-p îî; -iiva o{vf,v biT.iam-t:; , ■/.•y/.wj-.t.'.

ziî T.ixâ; è'isÀ-/.ô|ji.EvonTpo(i=.[jiêâ),).o'j7t. C'est uu état fôcheux dont il im])orte de sortir, et l'un des meilleurs moyens d'en venir à bout, c'est de chasser de son imagination toute assimi- lation d'Athènes aux villes régulières des temps modernes, de renoncer à y chercher , sauf un très-petit nombre d'exceptions, ces grands partis pour lesquels on montre aujourd'hui tant de passion, et de se souvenir cpi'à l'é- poque où la ville de Périclès regorgeait des chefs-d'œuvre de l'art, Dicéarque engageait les voyageurs à ne pas se monter la tète, et à bien se figurer d'avance qu'Athènes, avec de nobles souvenirs et d'admirables monmnents, avait des nies tortueuses et étroites, garnies de maisons sans apparence : ... -/.(xyZk sppu|jio-îOjjiT,;x£vï) oià T-f,v àpyaiô-

tT|Ta a't [jlIv TzoXXa'. tiôv o'ix'.ô)'/ sÙteÀû;, oJ-Î^ï'. ypr^s'.|j.O'.. (( La

)) ville est mal percée à cause de son antiquité : la plupart » des maisons sont très-simples et il y en a peu de com- » modes. » En nous peignant à nous-mêmes les choses telles qu'elles devaient être dans la réalité, nous n'avons pas de diiliculté à penser que la partie la plus liistoiique de la cité devait êtie aussi la plus entassée et la plus con- fuse. Ch. Le.normAxNT.

RESTITliTlO.X

d'une IXSrniPTlON GEECtJL'E UI-: CLAZOMKNi;.

Au N.-E. de la ville de Vourla, sur le penchant d'une col- line, du iiaut de laquelle la vue domine l'ili' qu'occupait autrefois Clazomèiie, se trouve une fontaine à laquelle un sarcophage antique sert de vasque. Sur la face extérieure do ce sarcophage on lit l'inscription suivante :

lANIKÛIKAI SAPI EINANEIKOMAXOS THS4SKAIT0NA. AIQNKAH MASANIEPÛSEN

Cette inscription n'est pas inédite. M. Bœckh l'a publiée dans le Corpus iiiscr. ijr., sous le n" 3i;{0, d'après une copie que lui avait envoyée M. Prokesch. Voici le texte de cette première édition :

lANIKÛII

EINANKIKO.MAXlii TU5;Ai:iCAirOMA lONKAI. MASAUIEPLiXEN

M. Baille lui a également donné place dans son sccoud Fdsciculus iiucr. (jr., p. lO'i, n" cxxxu, et sa copie ne diffère guère de la mienne qu'en ce qu'il lit, ligne 2, API au lieu d'API , leçon que Horrell lui avait fait cependant connaître, et ligne .'>, KAII au lieu de KAlt.

M. Bœckh a bien vu que cette inscription ne se rapportait pas au sarcopliagc sur lequel elle se trouve gravée et quelle

contenait une dédicace à quelque empereur portant le surnom deGermanicus (I) ; mais il s'est arrêté là, le te.xte qu'il avait à sadisposition ne lui permettant pas d'aller plusloin. Essayons de le faire. Il résulte, suivant moi, de ma copie, dont je ga- rantis l'exactitude, qu'à l'époque l'inscription qu'elle repro- duit fut gravée, la pierre se lit cette inscription était, non pas un sarcophage, mais le d'un piédestal oblong, qui, à en juger par le vide restant à gauche, devait porter trois statues, du nombre desquelles était celle de Gcrmanicus, fils de Néro Claudius Drusus , fus de Livie et de Tiberius Claudius iS'éro, son premier mari , et par conséquent neveu de Tibère, de Gernianicus que Tibère, par l'ordre d'Auguste, avait adopté. Il y a tout lieu de croire que les deux autres étaient celle dur père adoptif de ce prince, de Tibère lui-même, auquel la place d'honneur, le centre, avait été réservée, et la troisième, celle de Drusus, fils de Tibère et de Vipsauia Agrippina, lequel, comme ayant le pas sur le fils adoptif, était à la droite de Tibère. L'inscription, dans l'origine, devait donc être ainsj conçue :

[APOVSCIKAI TIBEPIQIKAISAPI r E PM] AXIKQIKAI [SAPI [eEOr VIQIilEBASTtil SAPI

[. .KAATAIOS riOSKl-pjEINAXEIKCMAXOS

[KAeQSrnESXET0Ari2N0eE]THSASKAIT0NA[Nl [APIANTAEKTQXI]AIÛNKAI[TASTEI]MASAXIEPÛSEN

[Apoj!7(u Ka!- Tiêspi'q) Kaîuapi S-oO r;p;j.]av!y.ijj Ka(-

[7ïp'. SïêacTïoâ ulô) SîSa jTÛj I <japt

[.. KÀa'jî'.o;, Toû SïTvau'.o;, Kjpj-îvs Nî'.xô(ji,ayoî, [y.aOôjî ÛTTEoyîto àYiovoOsJtr^aa;, v.-r. ih-t à[v-] [op'.ivTa iv. ■zî'i'i 't]o(a)v y.aî [Ta? ■rît] fiàî àvispiojïv

On m'objectera peut-être que si le piédestal portait trois statues, il est surprenant que l'inscription n'en mentionne qu'une seule. La seule solution possible de cette ditliculté c'est que vraisemblablement les trois images étaient réunies en un groupe formé d'un seul bloc; peut-être Tibère s'appuyait- il sur ses deux fils. D'ailleurs, le pluriel reparait dans -i^ T£'.;j.i;, (|ui doit se rapporter iei à la triple dédicace, bien que d'ordinaire il désigne bien plus particulièrement l'érection de la statue (2). S'il ne s'était agi que d'une seule personne, le rédacteur de l'inscription eût écrit Tf,v t;'.uit;v (3).

Notre monument se place donc entre l'an II de Jésus- Christ, Tibère succéda à Auguste, et l'an 19, mourut Gernianicus. Clazomène avait eu peut-être à se louer de Ti- bère, qe.i s'était toujours montré très-bienveillant pour les villes de l'Asie-.Mineure. Su(''tone nous apprend i) qu'il avait (sans doute avant son ado[)tion par Auguste) défendu les Tralliens devant son père adoptif, et intercédé auprès du sénat pour Lao- dicée et Thyatire, qui avaient essuyé \\n tremblement de terre. Onsaitdephis qu'en l'an 1 7 im pareil désastre avait frappé douze vill( s de l'Asie-.Mineure .'i , qui plus tard élevèrent à Futeoli un monument à Tibère, en reconnaissance des mesures qu'iF avait prises pour soulager leurs misères (6). Peut-êlreaussi Ger-

(1^ Diibito an uon nd s.ircop'i.igiini lia-c pertinc.iiit; vidi-iitur polius ali- quam continuisse dcdieatiouim. Vs. 1 q;;iJoiii putuj laterc rspuavuuj» Imjw-ratoris opitlieton. "

(2) Voy. Franz. Klcm. ri,i,i. gr. , p. 330.

(3) Id. il., p. 329, nolu {•]'. (1) Siiétouc , Tib. cil. it.

(5) Tacite .4nii., liv. II , cli. 17; Pline, liv. 11, cli. 80 ;34); Strabou, liv. XII, ch. !); DionCasius.liv. I.VlI.cli. 17.

(li) Voy. InscrijiUones reyiii .Vfifpo(i7cm", cd. Th. Monmison, 248iî.

22

BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

Mars.

manicus, quand il aborda à Colophon ("j, en se dirigeant vers l'Orient, avait-il, préoccupé comme il l'était de soulager les maux des provinces (8) , accordé à Clazomène et à Nicoma- chos en particulier, quelque faveur qui lui avait donné des droits à une reconnaissance , dont le monument qui nous occupe était le témoignage. Mais comme la jalousie de Tibère pour ce jeune prince était bien connue, surtout à cette époque, on l'associa lui et son fils Drusus aux honneurs rendus à Germanicus.

C'était du reste un usage assez commun dans l'antiquité et surtout à l'époque impériale, que de réunir sur une même base les statues des diHërcnts membres d'une même famille et surtout de lu famille impériale. Pour les temps antérieurs à l'époque romaine , on en voit un exemple remarquable sur Tacropole d'Athènes. En avant du péribole du l'arthénon et à l'ouest de ce temple, sur la terrasse M. Beulé (9) place avec beaucoup de probabilité l'enceinte du temple de ftlinerve Ergané, se trouvent aujourd'hui cinq dés en marbre, de dimensions à peu près égales et d'un travail absolument sem- blable, dont quatre seulement existaient à cette place lors de mon voyage, en 1843 et 18-i-i, et dont la cinquième a été retrouvée depuis (10). Toutes appartenaient à une longue base, que j'avais présumée se composer de cinq assises , comme on peut le voir par la restitution que j'en ai publiée en 1847 (11), et sur laquelle s'élevaient les statues de toute une famille athénienne, ouvrage des statuaires Sthénis et Léocharès. Sur la première à gauche on lit :

[A]ua(-7rr| AXy.i6iàîûu

[n]avSai-cou ■;•"''•/).

La seconde, restée vide, était sans doute réservée. On y distingue seulement, près de l'arête de droite, deux n super- posés, qui formaient le commencement des lignes deux et trois de l'une des deux inscriptions gravées sur la troisième, et dont l'autre se terminait sur la quatrième, ce que n'indique pas i\I. Beulé qui , le premier, a fait connaître cette quatrième assise. Ces deux inscriptions sont ainsi conçues (12) :

Mûpw;

na<Jiy.)v(T|<;)

(n)a<Ttx).iouç

Mûpwv(o;)

(n)o':ijj.'.o;.

HoTà[ji.t[oi;).

On lit sur la quatrième (13) :

Ti|i.oirrpdTr, navca(io(u) DpoG-aXiiou ST'jYa-ïjlp),

(7) Tacite, Ànn., liv. 11, ch. 54.

(8) .. Paviterque provincias iiitemis certaminibus aut magistratuum iiiju- riis fessas refovebat. >. Tacite, Ann., liv. 11 , ch. 54.

(!)) L'Acropole d'Atlùnes , ch. XII , 1. 1 , p. 300 et suiv.

(10) Beulé, owi). n(., t. 1 , p. 316, 4.

(11) Voyage archéologique, etc. IxscBiriioss, t. 1, p. 7 , ii« 18-51 et pi. 8.

(12) Je donne enti-e parenthèse les lettres qui ne se lisent pas sur l'assise 3, mais qu'on lit sur l'assise 2 et qu'on doit lire sur la quatrième, bien que M. Beulé ne les donne pas.

(13) M. Beulé donne cotte inscription comme entièrement gravée sur le quatrième tandis que mou estampagne du cinquième prouve évidemment que la dernière lettre des lignes 1 et 2 éuit reportée sur cette dernière as-

Enfin, sur la cinquième :

ApKjToixi/T, IIai7'.y.).[iOui;]

È-/ExXi0U,'[Y0]v[7i] (14).

Sur la longueur des cinq assises vient, en une seule ligne et d'un caractère plus fort, la dédicace du monument :

[n^avoaiTT.î Iloa'.x/.éo'jç IIoT:à|j.'.o? nauiy.).?,; Mûpwvoç DoxiiA'.o; àvs6T,x[av] (l.j),

comme je l'avais conjecturé dans ma restitution.

Après cette ligne on lit, en caractères beaucoup plus petits que tout 1(! reste, sur le qui portait la statue de Lysippé :

[SÔÉvjviç è7îôi)<jïv ,

ainsi que sur la partie du troisième qui portait les images de Myron (16), mais cette fois sans lacune. Au-dessous de celle oii l'on voyait l'image de Pasiclès on lit :

comme aussi sur la quatrième assise , d'après la copie de M. Beulé, on ne distingue plus que la première lettre du second mot.

M. Beulé (17) conjecture, sans preuves, il est vrai, mais non sans quelque vraisemblance , que toutes ces statues furent du nombre des ouvrages de Slhennis et de Léocharès que les Romains emportèrent dans leur patrie et dont ils décorèrent le Capilole et le temple de la Concorde. Mais, au premier aperçu, on ne se persuade pas sans quelque peine que le Sthennis de cette base est bien celui dont parle Pline. D'après le témoignage de cet auteur, Léocharès se place vers l'olym- piade eu (372 369 avant Jésus-Christ), et Slhennis vient douze olympiades plus tard (324—321), ce qui prouve que le second était d'environ quarante-huit ans plus jeune que le premier et ne permet pas d'admettre, sans quelque hésitation, qu'ils étaient contemporains. Toutefois il n'est pas impossible de prouver que le Sthennis de notre monument pourrait bien être celui dont Pline fait mention et même qu'il étaib peut-être le fds ou au moins l'élève de Léocharès. Pour y parvenir, exa- minons quels pouvaient être les liens de parenté entre les différents personnages qui lîguraient sur la base dont le temps nous a conservé les éléments principaux. Nous pourrons par nous rendre compte de l'ordre dans lequel les statues ont été consacrées et de l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre la consécration de la première et celle de la dernière.

Des différentes inscriptions nui sont gravées sur la base on peut déduire l'arbre généaiogiiiue suivant, se trouve con- stamment observé l'usage d'après lequel le petit-tils portait toujours le nom de son grand-père paternel ou maternel.

(14) Le mot Yjvri ne parait pas sur mou estampage. M. Beulé pai'Oît en avoir distingué le N.

(15) Et non pas ivéSr.xsv, comme 51. Beulé a restitué ce mot. Les consé- crateurs étant au nombre de deux ; le duel conviendrait même miens que le pluriel; mais la place libre ne serait pas suffisante pour le recevoir.

(ll>) M. Beulé lit ISOsjvi;, sur la première assise, et rOivi; sur la troi- sième ; mais mon estampage de la troisième offre le mot gravé avec deux N. C'est aiusi qu'a lu M. Soliœll, Arclixologische Millheilungen aus Griechtnland, p. 127, et M. Raoul Rochette, Lettre à M. Schorn , p. 407 et suiv. Il faut couvonir cependant que XOévi; est plus conforme aux lois de l'étymologie, mais il faut écrire SOévvi; puisque c'est aiusi que signait l'ijrtiste.

(17) Outr. ci(.,t. 1, p. 319.

3.

DE L'ATHENiEUM FRANÇAIS.

23

MVRON,

du dême de Potaraos, épouse N.

I

Pasiclks .

son fils, #ouse TIMOSTRATE ,

fille de Pandîetès,

lUi dOme de Prospal'.a.

Myi-.ox II, son fils, dpousc N.

Pasiclès . sou fils.

Aristomaciif e'pousc EcliécU-s.

Pand.etf.s

son fils, épouse LYSIPPK,

fille d'Alcibiade,

du dôme des ChoUeides.

De tous c('s personnages le premier, Myron, l'auteur de la race, n"avait pas de statu(>; peut-être lui en avait-on déjà élevé une dans le dème de Potamos. Pasiclès, comme le per- sonnage le plus important après lui, occupait le centre du mo- nument, ayant à sa gauche son épouse Timostraté, après la- quelle vient leur fille Aristomaché, probablement le second de leurs enfants. A la droite de Pasiclès on voyait Myron II, son fils aîné , puis venait une place vide réservée pour son second fils, Pandœtès, qui vivait encore quand le monument fut élevé, puisque la consécration en est faiti^ par lui et par son neveu Pasiclès II.

D'après l'ordre de la nature, le membre de cette famille qui mourut le premier dut être Pasiclès 1. Ce fut ensuite le tour de sa femme, Timostraté. Après eux Myron II, leur tils aîné, leur tille Aristomaché, et Lysippé, femme de Pandietès leur plus jeune fils, subirent la loi commune. Léocliarès, chargé des trois premières statues, n'était sans doute plus quand moururent Myron II et Lysippé, dont Sthennis dut recevoir la mission de reproduireles images, soit comme fils, soit commeélève dcLéo- charès, et plutôt comme fils, car on était sculpteur de père en fils dans cette famille, ainsi que le prouve une base de l'époque romaine , trouvée également sur l'Acropole et dont la statue était l'ouvrage d'un autre Léocliarès, sans doute arrière petit- lils du premier (18). Tous ces décès successifs d'une double génération peuvent avoir eu lieu dans un espace de cinquante à soixante ans, ce qui s'accorderait parfaitement avec les don- nées de Pline.

Il y a plus, on pourrait s'expliquer comment le monument resta incomplet. Si Sthennis florissait dans l'olympiade CXIV, c'est-à-dire vers l'époque de la mort d'Alexandre, il no serait pas impossible que Pandietès, fils de Pasiclès, et Pasiclès II, son neveu, restés peut-être les derniers de la famille, aient trouvé la mort dans la guerre Lamiaque, et que, la race étant éteinte, le monument soit demeuré inachevé.

Ce qu'il a de certain, c'est que les cinq statues qui peut- être avaient été emportées par Sylla, n'existaient plus à Athènes du temps d'Auguste. Eu efî'et, à cette époque, la base fut retournée ou changea de face , et on y plaça les statues d'Auguste et des diflërents membres de sa famille. On lit, en effet, derrière l'assise 3 qui formait le centre du monument :

0 ofjijio^

Sîêauxôv Kaîaapaj

derrière l'assise 3 : ô ôiiiJi[o;l -

ApoOj[ov] ;

r£p[xavtv:ôv Kaisapa.

derrière l'iissisc 2 :

(18) Voy. Riioul Rochette, Leilre d M, Scliorn , p. 313.

Il est probable que l'assise 4 portait dans l'origine :

[0 2ï;(j.o;] [Tiêipiov Kai'japajj

et l'assise 1 : oïi[xo;]

[A^ptÂirav Ka(<japa].

C'est-à-dire Agrippa Postumus, fils posthume de M Agrippa, qu'Auguste avait adopté en même temps que Tibère , en ap- prenant la mort de Gaïus (19).

D'où il résulterait que ce monument avait subi la transfor- mation que nous avons mentionnée plus haut, entre l'an i de notre ère et l'an 7, Agrippa, par les intrigues de Livie, qui exagéra ses vices dans l'intérêt de Tibère, fut exclu de la fa- mille impériale et rélégué d'abord à Sorrentum et ensuite dans l'ile de Planasia (;20;. La base en question portait donc, au milieu la statue d'Auguste; à la droite d'Auguste, celle de Tibère , à la droite de Tibère celle de Drusus le jeune, fils de Tibère, qui ne porte pas encore le nom de César; à la gauche d'Auguste, celle de Germanicus, et à la gauche de Germaniiais, celle d'Agrippa Postumus.

Quoi qu'il en soit des noms gravés dans le principe sur le revers des assises 1 et A, il est certain que plus tard ils furent effacés et firent place à des inscriptions beaucoup plus longues en l'honneur de Trajan pi) et d'Hadrien (-2-2). Ces dernières sont donc deux véritables palimpsestes.

Après cet exemple si remarquable d'une même base por- tant les statues des différents membres d'une famille impé- riale, il est je crois superflu d'en produire d'autres encore (23).

Revenons à l'inscription de Clazomène. Je n'insisterai pas sur la restitution que M. Bailie a fait subir à ce monument, il voit une dédicace à Hadrien : elle ne saurait soutenir la criti- que. J'ajouterai seulement que des deux restitutions proposées par il. Bœckh pour le commencement de la ligne 3 [Kjp]=iva ou [IlaÀa-c]-;'/», j'ai CPU devoir préférer la première, parce que c'est à cette tribu qu'appartenait la yens Claudia dont Tibère, Drusus et Germanicus étaient membres et dans laquelle je suppose que Nicomachos était entré, en obtenant, grâce à eux , le droit de cité romaine. Ce classement de la gens Claudio dans la tribu Quirina est prouvé, indépendamment des pas- sages que eitePitiscus (24), par l'inscription n" 31 32 du Cor/j(«, trouvée sur l'emplacement présumé des Chytrii Clazomenio- riini , non loin de Clazomène, et dont j'ai pris sur les lieux une nouvelle copie que je reproduis, 132 du t. III des f»scri/t-

(19) Velleius Pateiculus , liv. 11 , cli. 102 , 103. Sui'tonc , Aug. , ch. 65.

(20) Suiîtone, ibid. Dion Cassius, liv. LIV, § 29.

(21) Voyage archéologique en Grèce et en Asie mineure, IXSCR., 1. 1 , pi. 1 , fig. 2, assise A.

(22) Keulé, ouïr, cil., 1. 1, p. 320, 43, Il u'en donne malhcurensemcnt que le préambule.

(23) Je me bonieiai à signaler les n"' 153 et 15-1 du t. 3 des Inscriptions re- cueillies dans mon voyagequi, comme jeleprouverai plus tard, appartenaient & l'arcliitrave d'nn monument surmonté des statues de Marc Aurèle et de ses huit enfants; le W 2972 du Corpus inscr. gr. gravé sur le fragment d'une base qui devait porter, au centre, la statue de Septime Sévtre, il droite celle de Caracalla et à gauche celle do Julia Domna ; et enfin le n" 3193 du même recueil gravé sur une base destinée à recevoir trois images, celle d'une prê- tresse anonyme de la mère des Dieux, adorée sur le Sipyle, celle de Fla\ius l'atcrniaiuis, père de son époux, et celle de ce dernier, T. Flavius Oncsimus Paternianus. Le recueil do Grnter offre aussi des exemples de cet usage, voy. p. CCXXXM, 9; CCXLIV, 2; CCXLVII, 6.

(21' Aiil. rom. Lez. t. 2, p. 999, col. 1.

24

BULLETIN ARCHEOLOGIOUE

Mars.

lions que j'ai recueillies dans mon voyage, et par un assez grand nombre d'inscriptions latines (2j).

La restitution de la ligne 4, y-acOio; û-=ay;xo, n'est pas sans iiutorité iH>': ; elle répond à la forinule latine /'/ jiroinixeraf (il). <>n sait que les candidats aux tVinelions municipales s'enga- geaient, s'ils étaient élus, à élever îles nionunicnls, à donner des jeux , etc. (28) ; c'est vraisemblablement en exécution d'une promesse de ce genre que Nicomachos avait élevé sur une base connnune la statue du successeur d".\uguste et de ses deux fils.

Mais plus tard, beaucoup plus tard sans doule, quand les statues eurent subi les ravages du temps, le du piédestal séparé de sa base fut sans doute creusé pour servir de sépul- ture à quelque obscur habitant de Clazomène, et dans la trans- formation qu'il sul)it, une partie de la décidace disparut. Plus tard, beaucoup plus tard, quand ce tombeau eut été fouillé par les barbares et abandonné , on l'appropria à un usage plus modeste encore et Ton fit du piédestal s'élevait autrefois le maître du monde et ses fils, la vasque d'une fontaine soir et matin les troupeaux du voisinage viennent se désaltérer.

/'/•/.v/^» destin df^ choses d'ici-bus !l Pu. Le Bas.

ANTIQUITÉS ORIEXTALES.

(Explication de la planche II. )

La collection des antiquités assyriennes du Louvre s'est en- ricliie de divers objets recueillis en Elgyiite par Clot-Bey, et, notanmienf. de plusieurs peignes d'un bois très-dur, qui parait être de l'ébène. Chacune des faces de ces peignes est décorée d'un petit bas-relief représentant un lion, un taureau, un lion ailé à tèle humaine rappelant le premier des quatre animaux symiioliqiies (pii' Kaniel vit en songe « dans l'année première du règne de Baltasar, roi des Giialdéens (1). » Enfin, sur celui dont nous publions aujourd'hui le dessin (voy. jA. Il, /(>/. 1 et 2) on remarque, d'un côté une vaclie allaitant son veau, vers laquelle s'avance un personnage vêtu d'une courte tuni- que, portant un vase sphérique; de l'autre côté on voit un lion aita(]uant une antilope.

La vache allaitant son veau se trouve figurée près d'un temple dans un bas-relief découvert à Khorsabad (2) ; un ivoire trouvé dans l'édifice de Xémrod représente le même animal retournant sa tète (.3'. Ce même sujet se retrouve encore sur lieux des coupes assyriennes d'argent doré découvertes à Agylla (i). La vache allaitant son veau a été aussi sculptée sur la tombe aux harpies, découverte à Xanthus, en Lycie (5), et gravée sur les monnaies du satrape Baganis ou Boges (G); ce type a pénétré en Ulyrie et se voit sur les monnaies d'.\pol- lonia, de IJyrrachium et des Enchelii.

Il avait été porté à Dyrrachium par les Corcyréens qui colo- nisèrent œlte ville, car le type de la vache allaitant son veau existe sur des monnaies frappées dans l'île de Corcyre, mon- naies dont le style est aussi ancien que celui des pièces d'ar- gent qui offrent le nom de Baganis écrit en piiéuicien (/*/. H , n" .4). Le revers des monnaies de ce satrape présente deux états du même symbole: l'un (connu sur les sceaux de terre

(2.5) Yoy. entre autres Gruter, LVI, 2- CCCLXXXVIII, .5; CCCLXXXIX 6; ULXXXI, 9; DGXXII, 3; DCLXXVI , 4, 10; UCCCXLVI, 10; MLXXXIX,9.

(2fi) \ oy. Inscript, recueillies par la Comm. de Morée, 1. 1, pi. 45, liv. 5 et 6.

(27) Ibid. 1. 2. Slaluam quam promiserat dans une inscription de l'Al- gérie, publiée par M. Léon Renier, p. 182 de ses ilrltnujes épigraphiques.

(28) Vny. Léon Renier, Archic. des Missions scieuli/. , t. 3 , n. 315 et sniv. Il) Dani,-1, Y1I,4.

l2j Botta, Monum. de iSinive, pi. 141.

13) Layard , The Mnniim. nf.Mneteli, pi. 91, n" 32.

(4| Grifi, MomimetWi di Cere antica, pi. IX et pi. X, n" 1.

(5| Ch. Fellows, AccounI of discoc. madein Lycia, 1841, pi. 21.

(6) Duc de Luyncs, .Vum. des Salrapies, pi. V, n "• 2 et 3, p. 40.

de Khorsabad), le roi vêtu de long, perçant de son épée un lion qui se dresse devant lui; l'autre, presque grec en raison «le la iiuditi' du dieu. Hercule tenant suspendu par la queue un lion qu'il i'rappe de sa massue, sujet tout à lait analogue à celui qui décorait les grands portails de Khorsabad. Bien qu'associé à des représentations religieuses , le type de la vaclie allaitant un veau n'a, sur aucun des monuments que nous avons cités, le caractère précis que lui donne la présence de l'homme qui lui fait une offrande. Il ne faut pas oublier toutefois que ce caractère religieux est on ne peut plus nette- ment exprimé dans les représentations égyptiennes d'une déesse qui nous parait empruntée à l'Asie, à une époque ex- trêmement ancienne. La déesse Hathor, identifiée avec Noub, la déesse d'or, laypjtr?, A-ipooiTT) d'Homère, suivant l'ingénieuse remarque de Champollion, est peinte sous la forme d'une vache accompagnée de son veau (7). Une belle monnaie d'ar- gent de Carystus d'Euliée nous montre aussi une \ ache qui retourne la tête en allaitant son veau, et c'était bien proba- blement une ligure semblable, qu'au dire de Pausanias (X, i<), (i), les habitants de Carystus dédièrent à l'Apollon de Delphes, après la défaite des Perses : à-ô tpio-j toô MrfivM'j, Peut-être cette représentation était-elle un trophée choisi parmi les dépouilles des Asiatiques. La présence d'une com- position religieuse sur un peigne aurait lieu d'ét(>nner si l'on ne tenait compte de cette habitude de symbolisme (pii présidait à la décoration des ustensiles chez les anciens. On voit d'ail- leurs, par un passage d'Apulée, que dans les pompes sacrées, des femmes portaient des peignes d'ivoire : Midieres candide

.yjlendentes fnnicimiiie pectines cburneos ferentes, gestit bra-

cJiiorum, flexuque diyilorum, ornatum atcjue oppexum crinium '/•('çioliiaii fin(jereut (8).

La déesse Hathor, dont les Égyptiens ont orthographié le nom de façon à lui dtjnner la signification de demeure dHorus-, nous parait être la divinité éponyme de l'Atourie ou Assyrie; He Tohr signifie également lu niche et la colombf. Hathor était assimilée à Vénus, déesse à laquelle on sait que la colombe était consacrée en Syrie et en Cypre. Les représentiitions de Vénus Uranie, vêtue d'une robe semée d'étoiles et tenant une colombe, sont bien connues 9, mais nous croyons qu'on ne verra pas sans intérêt le dessin que nous publions (voy. jA. 11, n" 3), d'après une statuette de pierre du Louvre, rapportée de Chypre, avec beaucoup d'autres, par M. de .Saulcy. Cette figure de travail phénicien, malheureusement fort mutilée, tient.au lieu de la colombe, un jeune taureau, son synonyme, ou plutôt son homophone. Des monnaies frappées en Cypre, à Salamine, suivant M le duc de Luynes (10), représentent ce même taureau sur une face, et sur l'autre une colombe volant (voy. pi. H, .j). Elles portent en outre ce symbole qui res- semble à la croix ansée et qui sert encore aujourd'hui à dé- signer la planète de Vénus. On comprend mieux maintenant pourquoi il convenait de sacrifier une génisse à N'énus Lranie, au dire de Lucien : eùjai... ovr^^v.... tt, ojpavtaw... îi^naXtv (11).

Adrien i>e Longpérier.

{l\ Voy. le mémoire sur Soub. la d>^t'ss€ d'ut- des E(itjptiens^ inséré par M. Th. lievéria dans le t. XXII dos llém. de la Soc. des ani. de France, et les planches annexées , l'on voit la déesse Vacfie recevant des offrandes. On doit reconnaître, à ce qu'il nous semble , une réminiscence de ces repré - .*îentations égyptiennes dans le bas - relief romain du Vatican, Visconti, .Vus. Pio-Clem., t. V, pi. XXXIU.

(8: Metamorph., XI.

i9 Gerhard, l'eber Venusidole, Berlin, 1845. Tafcl. I , n«' 1 et 2, taf. II, n" 3, t.af. m , n" 4. Voir dans divers musées les ligures de bronze trouvées dans le lac de la Falterona. On remarquera que les Etrusques nomment leur Véims Touran.

)10i yumismatiiiue et inscript, cypriotes, 1852.

illi Dial. merelric. VII, 1.

Le direcleur-gcrant , LUDOVIC L.VLVNNE.

paris. Imprimé par K. Thisot et c, rue Itacinc, SC.

BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

V h.

L'ATHEN^mi FRANÇAIS.

AVRIL 1853.

SoJiMAlUE. La lilla d' lionne. Monnaies des Stieu-iJe.s- , frappées dans tes villes de la Phàiicie. SlHe de Quarta el de Uiogène. Inscriptions recueillies à Palmure.— Ileslilnliun d'iaïc épirjramme d'.lsclépiade. .\i>le supplémentaire sur le UUesbet des flmldéens. Antirpdtés rerueillies par M. Pnetié.

LA VILLA D' HOU ACE.

L'intérêt qui s'attache à l'un des plus grands poètes de l'antitpiité a fait rechercher avec soin , dès la renaissance des lettres, l'emplacement de la villa d'Horace, de cette villa qu'il a chantée et dont il se plaisait à décrire le site pittoresque au milieu des montagnes de la Sabine. Pics élevés, vallée prol'onde , source voisine de l'hal^i- talion , torrent impétueux emportant quelquefois dans ses crues rapides l'espoir du laboureur, chaque accident de terrain est retracé dans ses vers a\ec cet accent de vérité , cette propriété d'expressions qui n'appartiennent qu'aux poètes vraiment dignes de ce nom. Cependant, on a cherché longtemps. Trompé par la consonnance d'un nom de lieu , Flavio Biondo , dans la première moitié tiu x\'' siècle, prit Yaccone près (\ePo<ifjio J/Zr^e/o, à quinze milles de Rieti , pour l'emplacement du temple de la déesse Vacuna , près duquel se trouvait la maison du poëte (1) :

Ilœc tibi dictabam fanuin post {lutre Vacuna^.

(£j,.,l.I,in,v..l9.)

conjecture qui entrahia un grand nombre d'antiquaires commentant Biondo, le corrigeant dans quelques détails, le blâmant pour s'approprier son travail et adoptant ses erreurs.

Cluvier fut le premier, vers le commencement du xvii" siècle, qui reconnut, dans le bourg moderne de Vicovaro, l'antique Varia (2) se rendaient les colons cultivant les champs d'Horace :

Quiiique boiios solitum Variam dimittere patres.

(à'i)., 1. I,lt, V. 3. )

Mais il ne tira aucun profit de sa découverte, persuadé qu'il fallait placer au pied de Monte Libretli, près de Cures, la résidence du poète et le lleuve, le temple, la fontaine qui en étaient voisins. Holstenius, l'ami de Cluvier, son compagnon de voyage et son habile anno- tateur, fit faire à la <iuestion un pas de plus. 11 détermina ie nom du torrent moderne de Licenza, qui se jette dans r Aiiio à deux milles de Vicovaro, et retrouva dans ce cours d'eau la Digentia :

Mo quoties reficit gelidus Diguntia rivus Quem Mandela bibit...

(£j..,l.I, 18, V. loi.)

(1; Ilimetx autem sinislrorsum est propinquiim viltic nuitc oppidum Vacunna appettattim , cujus meminit Iloralius. Transmisso Cateniino casieltum est m coite Poggiuni mirtetum cui torrentutus adjacet Ivivus Solis dietus, lidelurque h esse quem Iloralius describil. liai, iltusir., lib. I, de l'mbria.

(2) Varia Tabutx Ilinerari.v quin sit idem oppidum quud vulgùnunc in deiira Anienis ripa rocalur Vicovaro dubium esse nuttum polesl , Cluv., /(<i/. ant., p. 783.

1855.

Puis dans liocca Giorane, petit village placé sur le sommet d'un pic aigu à quatre milles de Licenza, le Fanum pulre yantnœ,ce temple de Vacuna, qui déjà tombait en ruines au temps d'Horace, et qui fut réparé sous Vespasien, ainsi ffue le prouve l'inscription suivante existant encore dans le village je l'ai copiée :

imp. CAESAR.VESPASIANVS

pO N T I FE X . M A X I M V S . T R I B.

potcstATIS.CENSOR.AEDEM.VICTORI.AE

vctustAïE -DIL APSAM.SVA. IMPENSA

R E S T IT V I T

Or nous savons, par un passage d'Acron, le scoliaste d'Horace, que d'après Varron , Vacuna était chez les Sabins la même déesse qiie les Romains honoraient sous le nom de la Victoire (3). J'ajouterai qu'il est naturel que Vespasien , à Rieti , daus la Sabine, ait voulu ré- tablir le temple d'une divinité qu'il avait adorée dans son enfance, et à laquelle il se croyait sans doute rede- va])le de l'empire , bien que devenu le maître du monde romain il ait appelé cette divinité , dans l'inscription qu'il lui consacra , du nom qu'elle portait à, Rome.

Fabretti , dans sa seconde dissertation. De aqtiis et aqua-ductibus vcteris Romw, Revilla dans sa topographie du diocèse de .Tivoli, Ameti dans sa carte du Latium et de la Sabine , adoptèrent l'opinion de Holstenius, tandis que le P. kircher, Piazza , Volpi indiquaient chacun un lieu différent placé au gré de leur caprice ou de leurs préventions. Ce fut seidement au milieu du xviir siècle que la découverte d'une inscription près du village de Jiardella, à trois kilomètres de Vicovaro, prouva enfin, par le nom de ^FamMa qui y figure, toute la valeur des conjectures de Holstenius. Cette inscription, jusqu'à présent mal reproduite , et par conséquent mal comprise, indiquait cependant, d'une manière certaine, que le vil- lage appelé maintenant Cantalupo in lîaidolla , lief des marquis dcl Gallo, s'élevait sur les ruines de Mandela. Voici cette inscription, telle que je l'ai relevée dans le palais baronial dos comtes Bolognetti, à Vicovaro :

(3) Vacuna dea Sabinormn , Homanis Victoria juj-fo Varronem , dit Fea dans son commentaire sur Horace ; hoc ipsum lemptum sub romano Vicloriie nomine resliluluni fuisse ulpote jam pulre .veo Horalii a res,>asiano constat ex inscriptione prope ricum mine Rocca Giovanc rfjwr«i. En commentant le pas- sage d'Acron, qui donne diverses définitions théogoniques sur la nature de la déesse Vacuna, Holstenius ajoute : Oi<i''<i"' Dianam, nonuulli Venerem, alii Victoriam esse dixerunl. Hujus xdem retustate collapsam Vespasianus res- titua in pagn qui iiiiric Rocca Giovanc, quod ego pulre Vacunu- templum Horatio dictum ejistimo. (Adnot. in Cluv., p. 107.)

4

26

BILLET IN ARCHÉOLOGIQUE

Avril.

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Bientôt deux antiquaires , guidés par la précieuse indi- cation que leur fournissait le nom de Mandela, crurent retrouver dans quelques ruines romaines, situées sui- la rive droite de la Digenlia, à quatre milles environ du village de BardeUa, en remontant la vallée et à un Icilo- inètre du petit village de Lkcnza , le site précis de la villa donnée par Horace à Jlécène. La dissertation pu- bliée à Rome par l'abbé Domenico de Sanctis (1761 et 1768) , les trois volumes de l'abbé Capmartin de Gbaupy (Rome, 1769), contiennent à la fois et toutes les preuves qu'ils a\aient rassemblées à l'appui de leurs conjectures, et les arguments de la vi\e polémicpie qui éclata entre eux à l'occasion de la priorité que chacun s'attribuait dans la découverte. Quelle que soit, à ce propos, l'opinion des archéologues modernes , ils adoptèrent en général la décision , identirpie dans ses résultats , des deux antiquaires français et romain; de telle sorte que Féa, Nibby , Gell , sans procéder à une nouvelle encpiète , crurent devoir confirmer le jugement porté par de Sanctis et Chaupy sur l'emplacement de la -^illa d'Horace.

Gejiendant, je me rendis sur les lieux l'année der- nière, et désirant faire dresser de la ^■allée de la Di- gentia nue carte exacte et détaillée , je pris pour com- pagnon de voyage il. Pietro llosa, architecte habile et instruit, auquel l'Inslitut arcliéologique de Home doit le tracé de la via Appia, pidilié dans les dernière vo- lumes de ses Annules, et auquel on devra bientôt une

(4} La l'orme des caractères ut la formule clirétioime qui termine l'inscrip- tion indiquent qu'elle ne remonte pas plus haut que le iV siècle. La sépara- tion tout arbitraire qu'on avait mise, en la reproduisant, entre les mots qui la conipofeut (voyez Nibby. .4iio(. dtUa carta dei ilinlorni di Roma, 1. 1, p. 295 ), n'a permis d'attacher aucun sens aux deux dernières lignes. On a lu : MASSE. JIAXDELANE. SEi'iiETORVjr , et Ce dernier mot cst devenu in- compréhensible ou a été expliqué d'une manière que la critique épigraphique ne peut ailinettre : les uns prétendant que les sei'retokes étaient je ne s.ais qtiels adorateurs d'Hercule, les autres voulant qiie chaque lettre de sepre- TORVM l'ùt considérée comme sipcle et qu'on lût SEPiWcAriim neslituil et ORiiarif \ilerius Wti.rimus. Or, selon moi, la division qui n'existe pas dans l'original doit se faire ainsi : MASSE,iiA>DEi.AXESE.PRETORVM.nERCri.ES. -L'inscription de Tivoli qui se conserve encore :\ la maison comnuine : HERCVtl . TIBVRT .VICT . ET.CETEKIS .DIS. PRAETorii.TIBVRTium,, ainsi que la lettre écrite au docteur Viola par le comte Borghesi à propos de cette même inscription', iwurront jeter quelque lumière sur la question, si l'on observe que Mandela dépendait du territoire de Tibur.

précieuse carte à grande échelle du Latium et des voies antiques qui le sillonnaient. Arrivés en remontant la vallée au ])oliit le torrent baigne le pied de la mon- tagne, sur la pente de laquelle s'élève Licenza, on nous montra sur la rive opposée au village le lieu quel- ques mines ont reçu , des doux antiquaires que nous avons cités, le nom de la villa d'Horace. Nous fîmes fouiller pour mettre à nu quelques pavés de mosaïque , composés de cubes blancs et noirs , dont les encadre- ments appartiennent évidemment, par l'ornementation, à une épo({ue postérieure au commeucement de l'empire et ne peuvent rappeler le siècle d'Auguste. Il en est de même de l'appareil de construction qu'on retrouve dans cpiekpaes massifs de murailles à demi renversées et en ])arlle recou\ertes de végétation. Si la maison d'Horace avait existé sur cet emplacement , elle avait disparu pour faire place à un édifice cpii datait de la décadence de l'empire. Dès lors il convenait d'examiner les cai'actères extérieurs, les reliefs du terrain, et de nous assui'er s'ils convenaient aux nombreux passages le poëte a parlé de sa retraite favorite. Or plusieurs de ces passages sont en contradiction avec l'aspect du lieu. Il est situé à quel- ques mètres à peine au-dessus du torrent , et par consé- quent dans le fond de la vallée. Horace , au contraire , parle du site de sa maison comme d'un lieu élevé :

Vestor, Camcense, vcster in arduos ToUor Sabinos.

(Lib.ni, odeS.)

Ei'go ubi me iu montes et in arcem es nrbe remoi.

(Saf., 1.11,6.)

Le temple de Vacuna , ce temple d'où le poëte datait son épitre à Ari.stius Fuscus, devait être, pour quicon- que cherchait à préciser l'emplacement de la vallée, l'un des points de repère les plus importants, puis- qu'elle .s'élevait derrière cet édifice pour quiconque venait de Rome : Bwc tibi diclaham fanum post putre Vacuno'. Or ce caractère manque également aitx ruines indiquées par Chaupy, d'où l'oiT ne peut apercevoir Rocca Giovane . cachée par la montagne et éloignée de plus de trois milles.

Enfin , cette fontaine si voisine de l'habitation :

Et tecto viciuus jugis aquœ fons.

[Sal., 1. II, li.i

on avait cru la retrouver dans mi affluent de la Digenlia. Nous a^•on3 remonté cet afllucnt jusque dans les anfrac- tuosités de la montagne, loin de jaillii- d'ime source unique, il est formé par le rassemblement des filets d'eau qui coulent de l'escarpement. Il y avait donc toute espèce de motif pour chercher ailleurs, sinon les ruines de la maison d'Horace que dix-neuf siècles ont pu faire disparaître de la surface du sol , du moins le site précis elle avait existé.

Resté dans la contrée jiour les travaux dont il s'était chargé à ma demande, M. Rosa y a fait de longues études et a exploré tous les alentours. L'examen simul-

4.

DE L'AT1IEX_«UM FRANÇAIS.

27

lané du terrain , des plans levés pour le cadastre et des pièces d'archives l'avait amené tout d'abord à reconnaître la voie antique qui se détachait de la Via Valeria pour se rendre de Tibur au temple de Vacuna , maintenant liocca Giovane. Là, et suivant cette même route au delà du temple, il est bientôt panenu, en s'élevant tou- jours, à une colline nommée dans le pays Colle del Poe- lello , à la suite de laquelle il a obser\é un terrassement artificiel régulier, maintenant en culture, et qui, toute- fois, a évidennnent servi d'aire à un édifice. Des briques rompues par le choc de la charrue et mêlées à la terre du champ , sont les seuls débris de construction anti- que restés sur le terrain ; mais la forme du terrasse- ment, son aplanissement, la régularité de ses angles, indiquent le tJ'avail de l'honune et présentent la dispo- sition des \illas romaines, dont les pentes des monts Vlbains ofl'rent aux environs de Tusculum, d'Alljano, de Lanuvium un si grand nombre d'exemples. Nous ne sommes plus dans le fond de la vallée, mais sur un plateau élevé : in arcem ex uibe reitiovi , et toutefois, ce plateau est parfaitement abrité à l'orient par le monte délia Costa, au midi par le iVonte del Corgnaletlo, dont les cimes se rapprochent :

Coiitinui montes nisi dissocientur opnca Vullo

défendant le plateau contre l'ardeiu- du soleil ou les pluies qu'apporte le vent d'est dans cette partie du littoral de la Méditerranée :

Velox amceniim sa'pe Lucretilcm Mutât Lycœo Fiumus et igoeam Défendit œstatem capellis Usque meis pluviosque ventos.

(Orf., 1.1,17.)

Que le Cor(jnalelto soit précisément le Lucrétile, nous en trouvons la preuve dans un passage d'Anastase le bi])liotliécaire. Rendant compte, dans la vie du pape saint Sylvestre, des dotations faites par l'empereur Con- stantin à l'église de Saint-Pierre et Saint-Marcelin sur la via Lahicana, Anastase cite un fonds de terre dans la Sabine, appelé Ad duas casas, et placé sous le mont Lucrétile : « l'ossessio in terrilorio Sabinensi qucB cofjno- minalur ad duas casas sub monte Lucrelio {h). » Cluvier avait déjà reconnu que le mons Lucretius, de l'auteur du Liber Pontificalis , ne pouvait être que le Lucrétile chanté par Horace : Ifaud dubie mons Lucretius idem est qui Lurrelius diritur ab Uoralio; mais trompé par quel- que rapport de nom, il crojait reconnaître le mont Lu- cretius à monte Librotti , jirès de Cures, , ainsi que nous l'avons déjà dit , il plaçait la villa d'Horace. Ce- pendant , dans les pièces d'arclii\es annexées au registre du cadastre di-essé pour la vallée de Digenzia, il est fait mention du Fundus ad duas casas , sur le sol duquel s'élè\e maintenant une petite église construite vers le xvi° siècle , et devenue , par une transformation de nom

(5) Voy. .-Vnast. clans Muratori, Scripl. rerum llutic, t. III, p. lin.

qui constate son origine, la Chiesa délia madonna délie case. C'est donc bien véritablement la cime du Lucrétile qui domine et abrite ce terrassement artificiel, sm- le- fpiel nous croyons que s'élevait la villa du poëte. Si les soins (le la culture pendant un grand nombre de siècles ont adouci les traits du tableau, si le noyer, le chàtai- gner, le figuier ont renq)lacé le chêne et l'yeuse, ({uercus et ilex, si les moissons et la vigne croi,ssent croissaient la prunelle et le cornouiller :

Ruljlcunda benigui

Corna vêpres et pi-una ferunt.

(£,,.,1.1,16.)

c'est f[ue le travail de l'homme peut changer l'aspect du sol et en exiger des produits plus utiles à son bien- être. Mais les reliefs du terrain , les grands traits de géographie physique ne changent pas, et ils sont en- core dans la petite vallée de la Digenzia ce qu'ils étaient au siècle d' Vuguste. Nous devions donc retrouver au- près de la villa d'Horace cette limpide fontaine dont il a célébré l'abondance et les bienfaisantes qualités en homme qui n'a\ait à offrir à ses hôtes que le vin âpre de la Sabine , et encore dans de petites coupes :

Vile potabis modicis salinum Cantharis.

(L.I,ode20.)

En effet, à quelques minutes du terrassement arti- ficiel que nous croyons avoir servi d'aire à la maison d'Horace, tout auprès de l'église de la Madonna délie case, au pied d'un roc, on voit une source dont feau fraîclie et pure sort du rocher assez abondante pour former de suite un niisseau qui va se jeter dans la Di- genzia, offrant cette circonstance remarquable que la Digenzia, aujourd'hui la Licenza, ne porte ce dernier nom qu'à partir du point elle reçoit cet affluent : jusque-là on l'appelle simplement II rico :

Fons ctîani, vivo dare uoineii idoneui,

a dit Horace dans son épître à Quinctius (6). J'ajouterai que cette fontaine , aimée du poëte , porte dans le pays le nom de Fonte delV Oratini, et (pie nous avons parlé tout à l'heure du Colle del Poetelto. Je ne veux pas donner à ces rapprochements de noms une \ aleur trop grande : c'est à tort fpi(> Flavio lîiondo croyait troiner à Vaccone , non loin de Rieti , le tenq)le de la déesse Va- cuna ; c'est à tort aussi qu'on a voulu placer une viJla d'Horace à Prœneste, parce qu'il s'y trouve une pro- priété appelée la lenula di Campo-Orazio. Cependant on sait avec quelle ténacité certains noms se conservent à travers les âges, et si Yaceone, par exemple, ne nous in- dique pas le temple clianté par Horace, n'y aurait-il pas lieu de croire qu'il [indique les bois de Vacuna, près de Reale, aujourd'iiui Rieti; bois dont parle Pline en faisant la'descrlption d(^ la quatrième région de l'Italie. La fontaine de VOralini, voisine de la maison du poëte, doit-elle être identifiée à la fontaine Bandnsie?

fi) Éj.., 1. 1, ni.

28

BULLETIN ARCHÉOLOGIOUL

AviUL.

il y ;i de fortes raisons d'en doutei-. (le nom de liun- ditsia , Horace ne l'a écrit qu'une fois ; c'est dans la trei- zième ode du livre m. Oi' rien n'indique, dans cette ode charmante, que la fontaine Ikndusie, à laquelle il s'a- dresse , soit située près de sa maison de campagne. Peut- être est-ce un souvenir de Venttsia, sa patrie; on pour- rait en trouver une preu^■e dans le Indlairc romain. Lne bulle du pape Pascal II, datée de l'an 1103, parle non- seulement d'un bourg Ba'idusium, placé près de Yenouse, mais encore d'une église de Saint-Gervais et Saint-Protais, qui s'élève dans le même lieu, sur les bords de la fon- taine de Randusie : Beatœ Mariœ Canohiuin et omnia qnœ ad illud pertinent... Vidi-licet erclesiiim .S'. Salvatoris cum alii<i ecclesiis de Caslello Bandusii... Item ecclesiam 55. MM. Gervasi et Protasi in Bnndusino fonte apitd Venu- siani (7). On peut supposer , il est vrai, (jue par souvenir de sa patrie, Horace avait appelé ces eaux limpides qui donnaient tant de charmes à son habitation, du nom de la fontaine à laquelle il avait sou\ent l'afraîchi ses lèvres pendant les jeux de son enfance ; mais ce n'est qu'une conjecture, puisque, partout il a parlé de la fontaine voisine de son toit, tecto vicinus aquœ funs, il ne lui a pas donné de non].

Quoi qu'il en soit , si aucun des rapprochements que nous a\ ons pu faire entre les documents Iburnis par Horace et l'aspect des heiLx , n'est parfaitement concluant par lui-même pour déterminer l'emplacement de la villa du poëte , il me paraît résulter de cet ensemble de té- moignages une forte présomption. Distance à partir du temple de Vacuna, abri des montagnes, position élevée, identité de Lucrétile avec le Corgnalello, a oisinage d'une source dont l'abondance et la fraîcheur se rencontrent rarement dans ce massif de l'Apennin, noms conservant à tra\ers les siècles le souvenir d'Horace, tout me semble réunir sur ce point de la vallée de la Digentia les chances les plus favorables pour y reconnaître l'emplacement de cette maison modeste , seule possession du poëte qui s'y trouvait si heureux :

Satis beatus iinicis Siiliinis.

(L. II,odul3.)

NoEL DES Vergers.

(7) Pascal II, an 1103. Diillar. ttom., t. II, p. 133. Chaupy, le premier, découvrit ce texte, et en conchit qne la fontaine Bandusie devait se trouver R six milles de Venosa, dans le l>ourg de Pu!a:zo, existait autrefois l'église de Saint-Gervais et Saint-Protais, mentionnée par la bulle. [Décoii- rerle de la maison de campagne it Horace, t. III, p. 537.) Dans un mémoire sur la topoftrapliie des anciennes villes de la Basilicate composé en 1833, M. LombarcK assure que des fouilles récentes ont fait retrouver la fontaine de Bandusie à un demi-mille à l'est de Palazzo, nu Ueu nommé Boschetto di Paglioiic. [Saçjijio suUa Topografia délie antirhe rillà comprese neW odimia Basilicata. Mém. de l'Inst. de corresp. arcliéol., 1833, t. I, n" 6.) M. le b.aron ■Walckenaer a adopté cette position dans le travail si complet qu'il a con- sacré à Horace. [Hisloire de la rie el des poésies d'Horace, t. II, p. 26.) Quant nu nom de Fonte deir Oralini, M. l'abbé Cbaupv en avait eu quelque con- naissance, bien qu'il l'ait altéré et l'ait appelé fontaine de liatini M»U dominé par un système d'idées préconçues, il l'avait déplacé en l'attribumt a 1 .affluent de la Digentia, dont nous avons parlé plus haut, et qiu, loin de sortu- < une source unique méritant le nom de fontaine, se compose des filet. d eau descendant des escarpements de la montan-ne.

NOTE SUR QLELQLES MONNAIES DES SEEELCIDES

FRAPPÉES DANS LE.S VILLES DE LA PUÉyiClE.

La série numismatique des Séleucides offre une classe particulière de monnaies frappées dans les principales villes de la cote ])iiéiiicienne, et dont les types pi'é.sen- tent une analogie complète avec ceux qui se rencontrent constamment sur les monnaies frappées par les Lagides dans toute l'étendue de leur empire. Un très-intéressant mémoire a été publié par .M. François Lenormant sui' les monnaies émises par les Ptolémées , afin de subvenir aux exigences du commerce, et ce mémoire nous a fait con- naître une ample série de villes monétaires, dont les noms abrégés se rencontrent sur les tétradrachmes de Ptolémée Soter et de ses successeurs immédiats. Le type de l'aigle des Lagides s'y montre sans exception, et les principales villes de la Pliénicie ont fourni un contingent assez riche à cet intéressant catalogue; en retrouvant ce même type sur des tétradrachmes et des didrachmes des Séleucides frappés dans les mêmes localités, il était assez naturel de se demander ce qui avait pu en moti\er l'adoption. M. François Lenormant a très-nettement résolu ce petit pi'oblème numismatique, en faisant voir que de tous les rois séleucides ou soi-disant de cette noble race, Alexan- dre Bala était le premier qui l'eût adopté, lorsque vou- lant usurper les États des descendants légitimes de Séleu- cus Nicator, il prétendit appuyer ses droits d'hérédité .sur une alliance .ivec la fille du puissant roi d'Egypte , Ptolémée Philométor. A peine fiancé à Cléopâtre, Alexan- dre Bala, probablement pour flatter l'amour-propre de son beau-père, s'empressa d'adopter le type monétaire de celui-ci, comme l'eût fait un véritable feudataire. Mais rappelons les faits généraiLx de cette tentative d'u- surpation.

Pendant que Démétrius Soter, dans les dernières années de son règne, attirait sur lui la haine et le mépris des Syriens, Alexandre Bala, que les auteurs profanes décla- rent n'avoir été qu'un fils supposé d'Antiochus IV Fpi- phane, tandis que le livre des Machabées (1. X. 1), auquel nous devons ajouter foi, l'appelle positivement fils d'Antiochus, quitta Bhodes et partit pour Borne, avec l'assentiment de la nation syrienne, afin de revendiquer aiq)rès du sénat la coiu'onne de son père. Démétrius Soter se hcàta de son côté, et envoya en même temps à Rome sou jeune fils Démétrius , afin de contrecarrer les projets d'Alexandre, qui se présentait d'ailleurs sous la protec- tion de Ptolémée Philométor, d'AUale, roi de Pergame, et d'Ariarathe, roi de Cappadoce. Il était accompagné eu outre de l'orateur Iléraclide qui de\ ait soutenir ses droits devant le sénat. Le départ d'Alexandre eut lieu en l'an- née 159 de l'ère des Séleucides (15à avant Jésus-Christ); dès l'année suivante un séiiatus-consulte accordait à Alexandre le dioit de tenter la conquête des États de son pèle c[ui avait été l'ami des Romains, et lui promettait même des secoui's. Aussitôt Alexandre Bala se hâta de

li.

DE I/ATIIEN^UM FRANÇAIS.

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quitter Rome; il vint débarcpier à Ptolémaïs, oîi la popu- lation se déclara en sa faveur, et il prit dès ce moment le titre de roi (160 de l'ère des Séleucides, 153 avant Jésus- Christ). Démétrius se met immédiatement en mesure de résister et réunit des troupes, en même temps qu'il offre à Jonathan Machabée une alliance offensive et défensive. Alexandre Bala fait les mêmes offres au prince des Juifs, et c'est de sa part qu'elles sont acceptées. Mais dans un premier combat Alexandre est battu par l'armée de Démé- trius, ainsi que nous l'apprend Justin (161 des Séleu- cides, 152 avant Jésus-Christ). Hientôt, aidé par les troupes de Ptolémée, d'Attale et d'Ariarathe, le préten- dant tente de nouveau la fortune des armes, et plus heu- l'cux cotte fois, il met en fuite l'armée de Démétrius fpii périt bravement l'épée à la main (1(52 des Séleucides, 151 avant .lésus-Christ) . Ce fut dans cette même année , suivant le livre des Machabées , fpie fut célébré le ma- riage d'Alexandre Bala et de Cléopâtre. Très-probable- ment, avant la bataille dans laquelle intervinrent les auxi- liaires égyptiens , le mariage du futur roi de Syrie avec la fille du roi d'Egypte avait été convenu ; ce qui est bien certain, c'est que dès l'année 161 des Séleucides, Alexan- dre Bala frappa des monnaies à son efligie , mais avec les types du système égyptien. Tous les numismatistes connaissent en effet le rare tétradrachnie à l'aigle, frappé à Sidon a\cc la date aep, 161 , et cpii faisait partie de la collection Pemln'oke. Notons en passant qu'il existe des monnaies de Démétrius Soter avec la date nsp de l'année sui\ an te.

Est-ce comme futur gendre , est-ce simplement comme allié du roi d'Egypte qu'Alexandre adopta le type égyp- tien? Il n'est guère possible de le décider ; mais à coup sûr l'une de ces deux raisons a pu seule déterminer le choix d'un type monétaire que les rois de Syrie avaient jusque-là rejeté. Voyons maintenant combien de temps et sous (piel règne ce type fut en usage.

Il se rencontre sur les monnaies d'Alexandre Bala, tétra- (h-achmes et didrachmes, à Tyr de l'année rïP (163) à zïp (167), et à Sidon, de l'année ah:p (161) àÇ"H:p (166); mais ce qui est très-curieux, c'est que dans l'année EïP (1 65) Alexandre renonça à frapper à Sidon dos monnaies au type égyptien et y substitua momentanément l'efligie de Jupiter Nicéphore assis (Mionnet, pièce de la col- lection Cadalvène). Il est assez diflicile de se rendre compte de ce fait numismatique sans admettre l'existence, à cette date, d'une rupture entre Ptolémée Pliilométor et son gendre. Ce qui est certain , c'est que peu de temps après (167, 1/|6 avant Jésus-Cin-ist), Ptolémée envahit la Pliénicie avec une jjuissante armée , sous le prétexte de venir au secours de son gendre, mais avec le dessein bien arrêté de s'emparer de ses Ltats. Déjà dès l'année précédente (165, 148 avant Jésus-Christ), Démétrius, fds de Démétiius Soter, avisé de la iiaine f[u'Alexandre a\ait attirée sur son nom, avait atta([ué la Cilicic à la tète d'une armée, et nécessité la présence à Antioche d' Alexan-

1855.

dre Bala, qui ne s'était éloigné qu'à regret de la Phénicie, théâtre de sa dépravation. Alexandre, à l'annonce de cette agression , avait-il demandé à son beau-père des secours que celui-ci lui refusa ? La chose est fort possible , pro- bable même, mais l'histoire ne nous l'apprend pas, et la monnaie dont je viens de parler nous le laisse seule- ment soupçoimer. En 167, Alexandre Bala perdit la cou- ronne a\ec la vie, après a\ oir subi tous les affronts les plus cruels. Ainsi Ptolémée Philométor prit un instant sur sa tète la double couronne de la Syrie et de l'Egypte, et c'est à cet événement qu'il faut attribuer l'existence du magnifique tétradrachnie à l'aigle, mais sans date, frappé à Ptolémaïs avec la légende nominale basiaeûs nTOAE- AiAior eeor «maomutopos. En même temps ce prince reprenait à Alexandre Bala Cléopâtre sa fille , dont il of- frait la main au nouveau prétendant Démétrius II. Les dates numismatiques sont d'accord avec l'histoire, puis- que nous connaissons des monnaies d'Alexandre frappées à Sidon dans l'année ZSP (167), tandis que le même atelier monétaire nous fournit déjà à la même date des monnaies de Démétrius IL Nous trouvons de ce jeune roi des pièces au type égyptien à Tyr de zïP (167) àrop (173) (la date AGP restant encore à trouver) ; à Sidon, de ZHP (167) àBOP (172), et à Joppé en ZEP et hïp (167 et 168).

Je n'ai pas à m' occuper ici des monnaies d'Antio- chus \T Dionysus, fils d'Alexandre Bala, ni de sou tuteur Tiyphon , qui assassina son pupille afin d'usurper la couronne; ces monnaies ne sont pas, et pour cause, munies du type égyptien ; je me bornerai à dire que nous connaissons des monnaies d'Antiochus VI, des an- nées UZP à op (168 à 170) frappées à Tripoli , et proba- blement au nord de la Syrie (1) . Frœiich était dans l'incer- titude sm- la véritable date de l'avènement de cet enfant- roi, date qu'il laissait llotter entre la fin de l'année 168 ou le commencement de l'année 169. Une monnaie de Dionysus, portant la date UïP, tranche définitivement la question (drachme de ma collection). Tryphon a frappé de rares moimaies, généralement sans date, et a\ec les différents monétaires de Tripoli, d'Ascalon et de Dora. Je n'ai à m' occuper ici que d'un rarissime tétradrachme de ce prince, frappé à Ptolémaïs avec le type égyptien, et la dateix, année 111. C'est en 170 qu'Antiochus VI fut assassiné par son tuteur, qui n'osa pas prendre im- médiatement le titre de roi. Il paraîtrait que Tryphon n'a conq)té sa troisième année de règne qu'en 172, si nous nous en rapportons au dire de Josèphe ; dès lors sa troisième année tomberait en 175: mais c'est en 175 que Tryplion a péri à Apamée, après avoir réussi, dans l'an- née précédente, à s'enfuir par mer de Dora, il était étroitement bloqué, pour gagner d'abord Ortiiosia et en- suite Apamée. 11 n'est donc guère possible que Tryphon ait |)u frai)per cette belle monnaie à Ptolémaïs après le

,\) .4iiii<ii. Heg. et nr, Syrir, 1750, p. 72, et pvoleg. part. III, cap. V, p. 47.

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BULLETIN ARCHÉOLOGIOUE

AvRir,.

commencement de l'année '17/i , dans laquelle Antln- clnis YII vint lui faire la guerre ; c'est donc au coniincii- cement de 17/| au plus tard que Tryphon a compte la troisième année de son règne, ce rpii mettrait la pre- mière en 17J. Ceci semble parfaitement d'accord avec riiistoii-e, i)aisqiie nous savons, par le témoignage de Diodore de Sicile, qu'en 17J, des ambassadeurs, en\(>yés à Rome par l'usurpateur, ne purent obtenir pour lui qu'il fût reconnu comme roi ; le sénat rejeta sa demande , et peut-être fut-ce cet acte qui décida Ti^phon à se passer de l'assentiment cpi'il avait sollicité vainement, et à s'at- tribuer le surnom d'ArTOKPATap. Quoi qu'il en soit, c'est très-probablement vers le commencement de 17/j que notre tétradracbme fut frappé à Ptolémaïs, avec le type égyptien et une date qui constatait un rejet de l'ère des Séleucides. Pourquoi l'un et l'autre de ces deux carac- tères? la cbose n'est pas très-facile à deviner. Quant à la date , il est vraisemblable que celui (pii avait trenq-)é ses mains dans le sang du rejeton des Séleucides, aliii d'usurper son trône , avait voulu créer pour son com])te une dynastie nouvelle, à l'avènement de laquelle s'ap- pliquerait une ère nouvelle aussi : quant à la présence du type égyptien , je ne vois aucun fait qui puisse en rendre compte, si ce n'est le désir de continuer un type monétaire reçu avec faveur par la poindation. J'a\oue toutefois (pic cette explication ne me satisfait guère , et que j'aimerais mieux supposer l'existence de quelque tentative faite par Trypbon aiqirès de Cléopàtre, afin d'obtenir d'elle qu'elle renonçât en sa faveur à son époux, prisonnier cbez les Partbes, et qui d'ailleurs s'était mon- tré assez peu soucieux de sa femme, puisqu'il en avait épousé une autre, dès son entrée en captivité. Peut-être donc Trx'plion osa-t-il solliciter une imion que Cleo- pâtre rejeta, en appelant Antiocbus Vil sur son trône et dans son lit. Comme ceci se passa en 173, s'il était pos- sible d'admetti-e l'explication que je ne hasarde qu'en désespoir de cause , il faudrait du même coup admettre que Tryphon compta réellement son règne à partir de la mort d' Antiocbus Dyonisus.

Revenons aux princes de la dynastie de Séleucus. ])é- métrius H venait de ^oir naître de sa fenmie Cléopàtre Antiocbus VIII Gryiîus (fm de l'année 171 des Séleucides, Mil avant Jésus-Christ) , lorsqu'il se décida i\ entrepreudre une campagne contre Arsace V I , surnonnué JVIithradate. D'abord il eut quelque succès, mais peu après le sort des armes tourna contre lui : il fut vaincu et fait prisonnier (172, 1/il avant Jésus-Christ). Mithradate le traita en roi , et l'envoya en Ilyrcanie , après lui avoir donné sa propre fdle pour fenmie. C'est du moius ce que raconte Justin , tandis qu'Appien prétend ([ue Démétrius vécut tranquillement à la cour d'Arsace Phraate , frère et suc- cesseur d'Arsacellitbradate, après avoir épousé Rhodo- gune, sœur du monarque. Cléopàtre, ainsi séparée d'un mari qui l'oubliait, et se voyant d'ailleurs en butte aux entreprises de Tryi)lion, résolut de se mettre à l'abri en

pro])osant à Antiochu.sVlI , frère de son mari Démétrius, de l'épouser et de partager le trône avec elle. Ce prince était à niiode. iors(jueces oll'res lui furent faites. Il s'em- pressa di! les accepter et d'assurer ses desseins en solli- citant l'alliance de Simon, prince des Juifs. Son mariage et son accession au trône de Syrie eurent lieu en 174 (139 avant Jésus-Christ), et il prit le surnom d'Évergète. Les monnaies de ce jjrince, émises en Phénicie, fuient natu- rellement empreintes du type égyptien, et nous en con- naisons de Tyr des années aop (174) à iiP (180) (la date EOP (175) n'ayant pas encore été retrouvée). De Sidon nous en connaissons des années aop (174) à DP (180). Les pièces de l'année uop (178) manquent en- core, et il est bon de remarquer rpie les tétradrachmes tyriens de cette même année, ne ])résentent pas le type égyptien de l'aigle, mais bien celui de Pallas Nicéphore, f[ui est le type le plus vulgaire des tétradrachmes d'An- tiochus VllEvergète. D'un autre côté Duane (2) a publié xm Démétrius II de Sidon, portant la date HP que nous re- trouvons a\ ec certitude sur les monnaies de Tyr. De plus une pièce de cuivre, de Sidon, offrant l'effigie d' Antio- cbus VII, porte la date ahp (J 81) et des pièces indubitables de Tyr, avec les dates bup (182) etrnp (183), appartien- nent aussi à Antiocbus VII. 11 existe aussi des tétradrach- mes du roi Antiocbus VII, frappés à Tyr, sans date et a\ec les dates iiop et bup, offrant le type de la Pallas debout. Enfin je mentionnerai des tétradrachmes d' Antiocbus VII , au type de la Minerve, et frappés à Dora et à (iaza avec les monogranunes faciles à reconnaître ^ et /q . Dans cette même année on a recommencé à frapper à Tyr des monnaies de Démétrius II , cpii ont contuuié à être émises jusqu'en l'année zap (187). Seulement dans l'année EIIP nous rencontrons à Tyr des monnaies à l'ai- gle et un tétradracbme avec le type de Jupiter Nicé])hore assis, type que nous trouvons aussi à Sidon avec la même date edp. Cet atelier de Sidon nous offre . de Démétrius II, une pièce de cuivre (collection Combe) et des monnaies d'argent à l'aigle des années rrip, aiip et EDP (183 185).

L'atelier de Ptoléma'is nous fournit dans l'année EilP un beau tétradracbme de Démétrius II , dont la tête porte une forte barbe, tandis que toutes les autres pièces phé- niciennes de ce prince . frappées en Phénicie . le repré- sentent constamment imberbe , notamment à Tyr et à Sidon , et précisément dans la même année. Ajoutons que toutes les autres pièces d'argent émises hors de la Phé- nicie par Démétrius II , depuis son retour de capti\ ité . offrent constamment luie efligie remarquable par une ample barbe. Je ne me charge i)as d'explitpier cette sin- gulière anomalie et encore moins celle que prosente l'exis- tence d'un tétradracbme à l'effigie barbue frappé à Sidon dans l'année Enp.

(2) Coins of Ihc Srieuciilj; kings of Syria. Loiidon, 1803, iii-4, p. 95.

N" li.

DE L'ATHEN^UM FRANÇAIS.

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Voyons luauitenant comment les dates historiques se combinent avec les dates monétaires.

Dans l'année 179 (13/i avant Jésus-Christ) eut heu de la part de Démétrius II une première tentative d'évasion; deux ans après, en 181, le roi captif essaya encore de recouvrer sa liberté, mais sans plus de succès. En cette année Antiochus VII s'apprêtait à attaquer le joi des Partlies, et en 182 (131 avant .lésus-Clirist) il gagna sur eux trois batailles successiv es. lin 183 Arsace Phraate , pour entraver les projets d' Antiochus Ml , rendit la li- herlé à son frère Démétrius II, devenu son rival ; il mar- cha lui-même à la tète d'une armée puissante et Antiochus vaincu périt dans uue bataille. Après cette victoire, dit-on, Arsace en\'oya des cavaliers à la ])oursuite de Démétiius dont la liberté ne lui était plus utile, mais le jinnce syrien pan int à se soustraire à leur's recherches et à rentrer dans ses l'Jtats. Il est loin d'être certain du reste qu' Antiochus VII ait péri dans la guerre contre les Parthes, et l'on doit même croire que Démétrius II , en remontant sur son trône, partagea en quelque sorte l'autorité royale avec An- tiochus, ou ({ue du moins il lui laissa quelques provinces orientales, dans lesquelles ce prince alla passer les der- niers temps de sa vie. (^loi qu'il en soit Frœlich , à l'aide, des dates monétaires, a constaté que le roi Antiochus VII a vécu environ trois ans encore, après la bataille dans la- quelle certains auteurs prétendent qu'il perdit la vie; quant à Déiuétrius II , il mourut assassiné à Tyr en 187 de l'ère des Séleucides (12(i avant Jésus-Chril).

Résumons : Démétrius II ne recouvra sa liberté qu'en 183 (rnp) , que devieiment alors les pièces de Démé- trius II de l'année IIP (Duane) et de l'année biip (Combe) (3)?

Je suppose que pour la première la date est incom- plète, mais que la seconde peut réellement exister; en ce cas la captivité de Démétrius II aurait véritablement cessé en 182 de l'ère des Séleucides.

La monnaie la plus récente que nous ayons île Dé- métrius II, est celle qu'il a frappée à Tyr à la date znp de l'année même dans laquelle il mourut dans cette \ille, qui fut sa dernière possession. Il \enait, lorsfpi'il s'y ré- i'ugia, d'être chassé de Ptolémaïs par sa fennne Cléopàtre qui ne voulut pas l'admettre en sa présence. Nous avons vu que Cléopàtre avait, pendant la capti\itéde Démétrius, épousé son beau-frère Antiochus Évergète ; cette princesse dans l'année eue (1 8()) lit frapper à Sidon des monnaies de cuivre, à l'elligic d'Ajitiochus \ U auquel elle restait fidèle ; mais dès l'année suivante ziip (187) , année pendant la- quelle Démétrius régnait encore à Tyr, Cléopàtre frappait de beaux létradrachmes au type égyptien à Sidon , avec son effigie accolée à celle de son jeune fils Antiochus VIII. 11 est donc très-probable que la mort d' Antiochus Évergète eut lieu de 180 à 187. C'est elVectivement vers la fin de l'an 186 que le second livre des Alachabées (1-10 et sui-

(3) W't. i>vii. et fC'j. Nu/N(., p. 208, n" 8.

vants) , à propos d'mi Antiochus qui ne peut-être qu' Éver- gète, raconte que ce prince étant en Perse, et \ oulant dé- pouiller de ses trésors un temple de Nanea (Auahid, Tanit, Diane) , fut, avec ses acolytes , lapidé par les prêtres de la déesse , dans l'enceinte sacrée qu'il prétendait violer.

La monnaie d' Antiochus VII, frappée à Sidon en 18(3, s'explique donc à merveille. Cléopàtre savait c[ueson troi- sième mari n'était pas mort, et elle ne se considérait en- core que connue fennne du roi. L'année suivante elle était veuve , et l'on conq)rend qu'elle se soit attribué le premier rang, pendant que son fils .Vntiochus VllI était encore enfant.

En 185 de l'ère des Séleucides (128 avant Jésus-GIu'ist) , les populations d'Antioclie, d'Apamée et d'autres villes de Syrie, en haine de Démétrius dont l'orgueil était in- tolérable , abandonnèrent son parti et firent supplier Pto- lémée Physcon de leur donner lui autre roi de la race des Séleucides. Le roi d'Egypte leur envoya AlexancU-e Zebiua, qui était fils d'un marchand et qui se prétendit fils d' An- tiochus IV ou d'Alexandre IJala. Frd'lich a publié des mon- naies de ce prince portant les dates aup, ehp, rup et znP; et de la présence de la première de ces dates, il résulte que la venue d'Alexandre Zebina en Syrie eut lieu dans l'année des Séleucides 184 et non 185, comme Frœlich le dit dans son texte historique. Dès l'année 189, cet usm- pateur vit sa fortune décliner rapidement, et il momiit de mort violente, mais on ne sait trop ni ni comment, au commencement de l'année 191 des Séleucides.

Pendant le règne éphémère d'Alexandre Zebina, et dès l'année znp (187), Cléopàtre, veuve d'Antiochus Éver- gète , mit la couronne sur la tète de sou fils Antiochus VIII Epiphane, surnommé Grypus à cause de .son nez aquihn. Cette princesse était maîtresse de Sidon en cette année znp, puisque nous connaissojis des tétradrachmes aux deux edigies royales accolées et au type de l'aigle, frappés cette année dans cet atelier monétaire et à Sycaminon, la moderne kliaïfa, au pied du Carmel. De l'année UUP nous avons un tétrailrachme semblable de Sycaminon ; de eup un tétradrachme de Ptolémaïs; de l'année i|P ou ne con- nail que des pièces de cuivre; de l'année Aip' (191) un tétradrachme de Sidon, et enfin de l'année Bi|P (192) un tétradrachme de Sycaminon. Je citerai encore im tétra- drachme aiLx efiigies accolées, sans date, frappé à Sycaui- nion, et oITrant le type de Jupiter Nicépbore assis.

Dans l'année, ri|P (193), Antiochus VllI Gr-ypus com- mença à paraître seul sur les monnaies au type égyptien frappées dans quelques villes de Phénicie. Je dis quelques villes, parce ([u'à partir de ce moment les atefiers moné- taires de Tyr et de Sidon paraissent n'avoir plus éiuis d'espèces de cette classe. Je sais bien que .Mionuet attri- buait à Sidon plusieurs pièces d' Vntiochus VIII, olïrant le monogramme lYl ; mais j'avoue ijuc cotte classifica- tion ne me séduit pas; pourquoi, eu elVet, ce uiouo- grauune , s'il appartenait réellement à Sidon, se jiréscn- terait-il toujours placé de façon à lire forcément un .m au

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BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE

Avril.

lieu d'un x? D'ailleurs , la seconde lettre qui se montre dans ce nionogranune est unv; on pourrait donc être tenté de lire sv pour Sycaminon plutôt que si pour Sidon, si nous n'avions reconnu le ^éritable monogramme de Sycanmion , lequel est ainsi fomié ■£ . Ce serait donc bien plutôt MV ou VM qu'il l'audrait lire, et avec ces deux leçons, je ne connais aucune localité dont le nom puisse se retrouver sous le juonograiume en question : d'ailleurs, je dois l'aire observer que bon nombre de pièces frappées à Tyr par Démétrius II présentent ce même monogramme associé avec celui de la ville de Tyr elle-même. Les pièces d'Antiocluis VIII au type égyptien , et présentant le mo- nogramme indéterminé tYl , sont des années ri|i', Çi|p et zi|P (lît3, 197 et 100).

Un tétradrachme du même type et de l'année Z(|P oflVe le monogramme ^ de Dyospolis, l'ancienne Lydda. Sur un autre se trouve le monogramme ^ et la date hi|P. Faut-il y voirie nomd'Aradus? Je le crois. Sui' un autre je trouve le monogramme A/ d'Anthedon et la date las (201). Enfin, un dernier tétradrachme inédit, de ma col- lection, frappé à Ascalon, offre la même date las avec la légende AS lEP A^ (À<ixa).uvoc Upa; osuXou). 11 ne nous reste plus à mentionner qu'un beau tétradrachme sans date frappé à Sidon par Antiochus VIII, et offrant l'image en pied du mois Dius.

Voyons maintenant si toutes les dates monétaires dont nous venons de constater l'existence, s'accordent a.\ec les documents historiques.

Nous avons dit plus haut que la reine Cléopàtre com- mença à frapper des monnaies à son nom et à celui de son fils Antiochus VIII, dans l'année 187 des Séleucides (126 avant Jésus-Christ). Antiochus VIII était le plus jeune des fils que Cléopàtre avait eus de Démétrius II. L'aîné, Séleucus V, que sa mère voulait dépouiller de la couroinie au profit d'Vntiochus, parvint à se faire pro- clamer roi (187). Mais suivant Frœlich (i), il ne régna pas une année entière , et il périt victime de la haine , sinon de la propre main de sa mère, en 188. Celle-ci partagea sur-le-champ la couronne avec son fils Antiochus VIII. Ces dates ne peuvent être exactes, puisqu'il existe des pièces indubitables de l'année znp (187) frappées au nom de Cléopàtre et d' Antiochus, avec la tète seule de ce jeune prince. Probablement ce sont les premières monnaies frap- pées après la mort de Séleucus V. Ce qui est sûr, c'est que, presque aussitôt après, Cléopàtre tint ;\ faire paraître son effigie sur les monnaies du royaume , puisque nous avons des monnaies de ce genre de l'année znp frappées à Sidon. C'est donc bien à l'année 187 (120 avant Jésus- Christ) qu'il faut reporter la première apparition des monnaies de Cléopàtre et d'Antiocluis VIII son fils. Nous avons, d'un autre côté, des monnaies de Démétrius II de la même date znP. Il est donc bien clair que le règne de Séleucus V n'a pu être que de très-courte durée. Tite-

(4) Aimai. Heg. Stjr., p. 88 ail cale, et !'l.

Live, effectivement (Kpit. , 1. 60), nous apprend que ce prince n'a pas régné ime année entière. Quelles sont les monnaies qui lui reviennent de droit? 11 me serait bien difficile de le dire, bien qu'il soit fort probable qu'on les retrou\era fjuelque jour.

Après la ruine de son rival Alexandre Zebina , Antio- chus VIII, qui supportait assez difficilement l'ambition effrénée de sa mère , commença à lui montrer moins de déférence et de tendresse. Cette princesse , qui \ oulait être reine à tout prix, alla jusqu'à préparer un breuvage empoisonné pour se débarrasser de son fils. Mais celui-ci, averti à temps de ce qui se tramait contre lui, fit consta- ter, en présence de sa mère, l'existence du poison, et il la força à le boire elle-même. A propos de cet événement , Fro'lich s'exprime ainsi : <( Ea mors non nisi post au- tumnum liujus anni accidit, testibus numis cum nota anni 101. » (5) Nous sommes en mesure aujourd'hui, grâce à la présence du tétradrachme de Sycomnion de l'année liijp, de faire descendre cet événement à un an plus tard, c'est-à-dire en 102. Une fois seul maître du trône, Antio- chus VIII régna paisiblement pendant huit années , sui- vant le témoignage de Justin , et ce ne fut qu'au bout de cette période de temps qu'il eut à résister aux attaques de sou frère , Antiochus IX , le Cyzicenien , fils d'Antio- cluis VII Ëvergète et de Cléopàtre. Ce fut en 198 que ce dernier prince épousa Cléopàtre la Jeune, sœur de Ptolé- mée Lathyre , et se présenta en Syrie avec l'appui de l'É- gyjite. Bientôt il se fut rendu maître d'une grande partie du pays et d'Antioche même (199). L'année suivante, les deux frères se trouvèrent en présence. Antiochus VIII fut vainqueur, et reprit Antioche, il laissa Tryph;pna , sa femme , propre sœur de la Cléopàtre qu'avait épousée Antiochus IX, faire assassiner celle-ci, après l'avoir arra- chée à l'asile qu'elle avait cherché dans un temple (200). Une année ne s'était pas écoulée (201) qu'Antiochus IX ressaisit la victoire, détrôna son frère, et fit mettre à mort Trypluena , la meurtrière de sa femme. Antio- chus VIII, dépouillé de la couronne, se réfugia à Aspen- dus, en Paniphylie.

En 202, Antiochus VIII par\int à se créer une armée; il s'empara de la Syrie, tandis qu'Antiochus IX restait maître de la Cœlésyrie. Dans cette même année . les deux frères firent la paix , se partagèrent l'Empire, et se flat- tèrent de vivre tranquillement désormais; mais il n'en fut rien. Eeurs querelles devaient miner la dynastie des Sé- leucides, et, toute autorité royale s' éteignant , l'on vit, par exemple (208) , surgir en Phénicie une espèce d'état indépendant cniposé des villes de la Tour de Stra- ton et de Dora, dont un chef nommé Zo'ïle était parvenu à s'emparer. De son côté , Alexandre lannéas , roi des Juifs , profita des dissensions qui déchii'aient la famille royale, })our assiéger Ptolémais. Ni Antiochus Mil. ni Antiochus IX , ne purent \ enir au secom"S des places as-

[ô] Atiïial, Iieg,Syr., p. ?!.

1N° II.

DE L'ATIIEN^UM FRANÇAIS.

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siégées , et les habitants de Ptolémaïs implorèrent l'as- sistance (le Ptoloniée Latliyre. Dès l'année 205, beaucoup de villes de Syrie , profitant de la faiblesse des deux frères rivaux, cherchèrent le moyen de secouer l'autorité royale , en demandant et obtenant de l'un ou de l'autre , soit de gré, soit de force, les privilèges de l'autonomie. Aussi trouve-t-on des monnaies réellement autonomes de Tyr et d'Antioche, de l'année Cs (206). La guerre civile allait toujours s' aggravant, etCléopàtre, reine d'Egypte, soutenait le parti d'/Vntiochus YIII, tandis que Ptolémée Lathyre condwttait pour Antiochus IX (2J3). Dans l'an- née 21(j (07 avant Jésus-Christ), Antiochus Mil périt assassiné par les ordres de son favori Héracléon ; il était alors âgé de quarante-cinq ans , et avait porté pendant vingt-huit ans le titre de roi. En mourant , il laissa cinq fils, qui devaient se disputer les lambeaux de la royauté. Ce furent Séleucus VI, puis Antiochus XI et Philippe , qiii naquirent jumeaux, puis Démétrius III et Antiochus XII. Séleucus YI, qui succéda à son père, déclara sur-le-champ la guerre à son oncle Antiochus IX. Il le vainquit , et An- tiochus , pour ne pas tomber entre les mains de son ne- veu, se donna la mort. Séleucus VI s'empara alors de presque tous les états d' Antiochus IX , et rentra triom- phant à Antioche. Antiochus IX ne laissait qu'un fils, An- tiochus X Eusebès , qui chercha à défendre son héritage contre son cousin Séleucus VI.

Les seules monnaies à moi connues d'Antiochus IX , et qui soient munies du type égyptien , sont une pièce de Sidon de l'an s (200) , une que je crois de Ptolémaïs , de l'an L.cs (200) , et enfin des tétradrachmes de Sycami- non de l'année las (201).

A partir d'Antiochus IX, les rois de Syrie, de la dynas- tie de Séleucus, ne frappèrent plus de monnaies phéni- ciennes au type égyptien.

Je crois l'espèce de catalogue que je viens de donner aussi complet ([ue possible , et j'espère n'avoir négligé aucun des faits qui pouvaient jeter quelque intérêt sur cette aride nomenclature. , F. de Saulcy.

UEiMARQDES SUR L^E STEf.E GRECQUE DU MUSEE DE LEYDE.

La slMe funéraire, dont nous reproduisons ici le dessin, n'offre au premier coup d'u-il rien do remarquable que son extrême simplicité. M. Janssen , conservateur du musée royal des antiques de Lryde , qui a pul)lié ce monuuient , nous ap- prend qu'il est de marbre pentélique, qu'il a appartenu au bourgmestre d'Amsterdam , N. Witsen , avant de passer dans la collection de Papenbroek (1). Le bas-relief représente une

(1) Grielische en romeinsche iirafrdivfs uit het Miiseuw van Oudlieden te Leydet\ 1851, f°, p. 10, 9. La sti'le av:iit été figurée assez ini'xactumeiit clans l'ouvrago (l'OvuIoiuIorp : icf/u/r Ptijienbrnelciani breiis (/pscrfj)/io, p. 7, n°4; tab. 1, 2, ut c'est sur la toi de Dorvillc que les auteurs du Corpus inscript. gr.rc. (u" 33-12 ) out pensé que le monument provenait de Smyrne. M. Jaussen ne parle pas de cette origine : ■■ De/.e grafsteen, dit-il seulement, is zeer, •• waarscbijnlijk uit Grickenland afkonistig. ••

femme voilée assise, devant laquelle se tiennent debout une jeune fille et un jeune garçon, auxquels s'adressent les adieux funèbres inscrits sur le marlire Koip-:a Ba/.yjou ya'pr , ^'.o-^i'/r^

KOA PTA X AIPB

A 10 TE NH Ls A k>K lOY X A 1 PE

Baxyfou /.aips. Il paraît probable, sans toutefois qu'on puisse l'aflirmer, que la femme assise est l'épouse de Bacchius, la mère de Quarta et de Diogène (-2). L'absence d'une indication plus précise tient sans doute à ce que l'auteur du mon ument ne s'est préoccupé que des deux noms chers à une mère ac- cablée par la douleur et s'oubliant elle-même.

Le nom de Quarta, transcrit Koip^a (de même que nous trouvons KOlNTOi: pour Quintiis dans quelques inscriptions), montre, aussi bien que le costume des trois personnages, que la stèle a été sculptée à l'époque de la domination romaine, vraisemblablement au siècle des Autonins.

Jusqu'ici on n'a fait aucune observation au sujet de la forme insolite des deux X du nom de b^x/jù;. Le trait vertical qui traverse ce caractère en fait un monogramme ; et, autorisé du reste par l'aspect général du monument , nous considé- rons ce monogramme comme un signe de christianisme. Les lettre l, X sont les initiales de ir^io'j; Xptirô; 3); et il n'y a rien d'extraordinaire à ce que des chrétiens, à une époque oii ils étaient obligés à gard(>r une grande réserve, aient adopté une

(2) M. Janssen djt a ce sujet : •• Meer onzekcr is lict, of de attende vrouw " liunne moeder moct verbeelden ; beido opscliriften zoudcu intasschen in >• den mond ceuer moeder zer gepas zijn. »

(3) V. Letkonne, dans les Me'm. tir l'Arad. des iiurr., t. XVI, p. 219. On trouve des monogrammes de cette forme simple dans Gruter, MLX, 1; dans CiAMDNi, IX. nioiiini., tab. LXVI, 1, et LXVII, I , t. Il, pi. XIX. Arrixgiii, floHi. subi. Paris, 1636, p. 306, 33-1. Monnaies d'or d'Ân- ibeniius et d'Auastasc.

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BULLETIN ARGIIÉOLOGIOUE

AvniL.

combinaison de lettres qui leur permettait de faire une pr(j- l'ession de toi sans exposer à la destruction la stèle dun tom- beau. C'est ainsi que les premiers chrétiens de la Haute Éf^ypte se sont servis de la croix anséc en lui domiant une valeur dé- tournée, puisqu'ils l'assimilaient au monogramme du Sau- veur. Une inscription chrétieime du cimetière de Pretextatus, à Rome, est ainsi conçue : EVX^VXI CEKOVNAA 0VA6IC AOANATOc PHriTANA(4j; l;i c'est le w qui a servi à former le monogramme. Nous rappellerons encore la monnaie si connue île AI;eonia de Lydie, frappée sous Trajan Dèce, au revers de laquelle le titre de l'archonte Apphianus a été gravé do façon à former un monogramme chrétien (3). Un uiiicolo, donné par M. de Lescalopier au musée du Vatican, présente le mot iN^erc, et nous connaissons d'autres exemples du monogranmie introduit au milieu d'un mot : IVSJ^TVS ASELLVS IN PAGE(6), ouencore:DEFVNGT>^VS(7), et dans une inscription d'Egypte : KAeo -^ AIKn -j- EK- KAn^CIA(8).

On n'objectera pas contre l'origine chrétienne que nous as- signons à la stèle de Leyde la présence du mot XAIPE, puis- que cette formule se lit sur d'autres monuments chrétiens '9), ni le sens païen du nom de Diogène, car les anciens ne répu- diaient pas leur nom lorsqu'ils se convertissaient; ou, lorsqu'ils étaient chrétiens eux-mêmes, ne craignaient pas de donner à leurs enfants des noms rappiiant les divinités du polythéisme. Sans parler de saint Ai)ollon, de saint Mercure, de saint Her- mès, de sainte Lucine, de saint Télesphore , on connaît par les inscriptions un nombre considérable de chrétiens nommés Jovius, Dionysius, Posidonius, Afrodisius, Apollonius, Am- monius, Nemesis, Demetria , Athenodorus, Herculius, Ve- neria, Artemidorus, Baechilus, etc. Diogene et Diogenia se trouvent aussi plus d'une fois.

L'absence de tout symbole, de tlcurs, de couronne sur le tynqian de la stèle s'accorde bien avec ce que Tertullien rap- porte des chrétiens qui refusaient de décorer de branches de laurier la porte de leur maison (10); et il n'est pas jusqu'à l'attitude grave et chaste des deux enfants de Bacchius qui ne rappelle les personnages figurés sur les verres dorés des catacombes romaines.

Un sonniie, la stèle de Leyde nous paraît être un monu- ment discret du christianisme, exécuté à une époque il pouvait être dangereux de se montrer plus explicite; et c'est ici le lieu, en mentionnant le titre du Mémoire si<r l'impéra- irice Saloiu'ne, dans lequel M. J. de Witle a fait voir 1(> sens

|4) liuoSAKRUOTI, Vasi aiit. di veiro, y,. liiS.

(5) V .70H. Tjîistax, C-om»i. hisl., t. II, p. 595.— Le Calai, des méd. de M. d'Eimcry, 1T8B, p. 433, ii" 2430, contient cettft note : «Le monogramme du Christ, dont l;i place ;i été méucigée dans le milieu précis de la partie su- périeure de ce médaillon,... mérite considération. .• Eokhel, pul)liant six ans plus tard la description des monnaies de la Lydie, so tait sur ce sujet. Jacques Basnage (170ti| s'était fait un argument de cette monnaie de Dèce contre la signification chrétienne du monogramme XP, et Domiu. Giorgi, en lui répondant (De jiioiior/i-. Christi Domiiii, 1738, p. 43), prouve bieu, par la manière dont il lit la légende, qu'il n'avait jamais vu la monnaie. Le mo- uogi-anmie est connu sur des monuments du temps d'Adrien, d'Antoniu et de Dioclétien. V. Bosio, Arringhi, Buonarruoti.

(6) JMUHATOKI, A'or. Ihes. iiisc, 1832, 4.

(î| FAïutETTi, Inscripl., p. 51)3, u" 102. Yoy. des exemples du monogr. placé .au couraut des inscriptions ; McjUT., 1873, 5.— 1895, 4,-1908, 2.— 1912, 10. BiONARKUOM, Velr. tint., p. xni.

(8j Letuoxne, Jtem. de l'Acad. d.wiiwcr., t. XYI, p. 256.

(9) Muiu.Toiii, 1883, 2.— 1885, 4.

(10) Apolcgelk., cap. 35.

chrétien de la formule I.\ PACK, qui se ht sur les deniers de l'épouse de (jallien, de dire combien nous attachons d'im- portance à cette opinion du savant antiquaire.

AdRIE.N de LoNGPÉniER.

\OTE

Î5UR (QUELQUES INSCRIPTIONS RECUEILUE.S A PALMVRE.

De toutes les ruines qui jonchent le .sol de la Syrie, les ])hi.'; riches en inscriptions sont les ruines de Paliuyre. Toutes les colonnes qui forment ces longues avenues ad- mirées des voyageurs , celles qui ornent les cours et les portiques des temples, portent, engagées dans leur fût, des consoles destinées à recevoir des statues honoiifiques. Au-dessous, une inscription , généralement bilingue, in- dique le nom et les services du citoyen qui a mérité cette distinction. De même tous les tombeaux du Wadi-el-Ke- boiu' sont couverts d'inscriptions indiquant les noms et les filiations de tous les membres d'une même famille déposés dans le monument. est retracée en quelques lignes la vie intime d'une grande cité : on y retrouve les intérêts, les relations, les luttes, les amitiés, les haines, les fonctions publiques, les réputations de province, les -gloires domestiques , tout ce qui agite les hommes et remplit leui' existence. Tantôt c'est lui général heureux cpii reçoit les félicitations de ses concitoyens , un ma- gistrat récompensé pour les soins donnés à la chose pu- blique, à l'entretien des fontaines, ou à l'ordre des mar- chés, un soldat de la légion Parthique qui rend hommage à son chef, un client fier des succès de son patron , les marchands empressés autour du guerrier qui a protégé contre les Arabes du désert les caravanes de Vologésias, et qui , de retour dans sa patrie , reçoit l'expression de la reconnaissance publique ; tantôt c'est un préfet du prétoire dont le nom est martelé à cause de ses crimes, un sénateur qui élè\ e pour sa famille un tombeau qu'il croit éternel.

On conçoit l'intérêt archéologique cpii s'attache aux inscrii)tions de Palmyre. L'histoire de cette ville , une des plus anciennes du monde , son organisation inté- rieure, ses rapports avec les Romains et les populations du contre de l'Asie, l'origne de .sa splendeur, la religion et la langue de ses liabitanls, sont autant de points qu'elles peuvent éclaiicir. Plus de cent inscriptions en langue paimyréuienne sont encore inédites, et attendent qu'un nouveau voyageur ait la patience de les copier. Quant à mol , par une fatale négligence, je n'avais pas empoilé la liste des inscriptions connues, et j'ai perdu un temps précieux à relever celles qui ont été très-exac- tement rapjiortées ])ar Wood , traduites par Barthélémy et Swinton. (}iicl(iue ])eu iiom])ieux que soient, par suite de cet oubli , les documents nouveaiLX que j'ai ra])portés, je n'hésite jiourtant pas à les publier, à cause de l'intérêt involontaire (jui s'attache à tout ce qui porte le nom de Paluivrc.

N" l[.

DE L'xiTHEN^UM FRANÇAIS.

35

L'inscription suivante , qui est bilingue, se lit sur une pierre tuniulaire qui a été employée par les Arabes comme linteau de la porte moderne du village de Tedmour :

TOMNHMIONTOTTA(})eC0NOC€KTIC€N CZIAICJNCenTIMIOCOAAINATOCO

AAMnPOTATOCCTN KAH AlPANOT

OTABAAAAOOTTOTNACCUPOYATTOJTe KAITIOlCATTOTKAlTICONOICeiCTO nANTeAeCAIGJNIONTClMHN

Le texte grec a déjà été publié par Wood {Marm. Palmyr.^n" XXVI) , Muratori, Eckhel, et d'après eux par Boeckli {Corp. f)isr. , \o\. III, u°/i507) . Le texte palmyi-énien a été donné dans la relation du voyage de Bernard et Smith au xvii'" siècle {Philos. Traiisurl., vol XIX), mais les lettres étaient tellement défigurées, qu'il n'a pu être traduit. Je dois jioartant ajouter que , quoique imparfaite- ment figurée, la copie est très-complète, et qu'elle m'a servi à restaurer les lettres II, 12 et IS qui manquaient dans la mienne. Voici la transcription eu caractères hé- braïques, et la traduction latine que je propose :

(1: xaSvS "-"^SNjiiSi

ScpiiIrrHii) liocere.ril Oilevcilli senalor, filius Alrniii Va-

ballaihiNossori, sihici fiUis suis et iiepolibus suis in (vlcrniim.

On voit ([u'elle est bien conforme comme sens à l'in- scription grecqiie dont voici la transcription :

XaixTTpoTatoc <;'jv-/).T,Ti/tô; Alpàvou OùaSaXÀàOo'j toû Natjtûpou Tjzùt ■zt y.a! u'oï^ aÔTOÙ y.a". u'novoTç el? ici •jra'/'ïîXs; aîoVnov -=i|x'(J'/, ,.

Nous sa\ ous par les travaux de Barthélémy et de Swin- ton ([ue la langue paimyrénienue est un dialecte syro- chaldéen , se rapprochant de l'hébreu et mélangé de mots grecs. O nouveau texte en est une preuve.

On retrouve la forme emphatique ilans les deux pre- miers mots, f|ui sont du chaldéen pur. Il en est de même du troisième , qui est la forme clialdaï(|uc du verbe naa , finxit , crcxil.

T T '

Les deux dernières lettres du nom d'Odenadi, le noun et le tan, sont liées. Les ligatures sont fréquentes dans les inscriptions de l'almyre; on peut le constater en par- courant celles recueillies par Wood, principalement dans laV'et]aXill% qui contiennent le nom d'Odenath et le mot schrnalh, année, terminés de même.

Le mot.srna/CHr manquant dans la langue dePalmyre, a été remplacé par le mot grec auY/.XriXtv.o,-, écrit à l'orientale Skltiha : ailleuis (Wood, V.) il est écrit .S'ij/.7(ita, d'après la forme grecque corrompue ajvxXr,-:i-/-.c;,-. C'est ainsi que

il| Kobra iknnh tmna Oilenath suhlelika bar Aimn Ouabahilh iVaLsour lah ou l-betio^ ou l-bctitibpnot^ I~olma.

dans les autres mscriptions ou trouve Eplrpa pour È-i-

■zpÔT.oi, Boula ou DWOS, pour r, gùuÀT, y.aî ô o^[Jio;, DJinra

pour iojxTjvapîoç, qui lui-même était la transcrijition grecfpie du mot latin fJurenarius, etc.

Le mot Bar, dans le sens de fils , a])partient surtout au syriaque. A Palmyre , il est indistinctement employé avec le mot hébraïque Ben , comme on peut le vérifier dans la présente inscription. C'est une particularité de ce dialecte, car les autres adoptent l'un ou l'autre des deux mots, et s'en servent rarement simultanément.

Les trois noms propres qui suivent, sans rinter])osition d'un signe quelconque de filiation , semblent avoir appar- tenu au même personnage, ce cjui ne s'accorde pas avec le Toû Naoatôpo'j du texte grec. De quel côté est l'erreur ? .le serais plus disposé à l'attribuer au gi-ec, langue onicielle, qu'au palmyrénien, langue populaire de la ville. On pourrait alors rapprocher le mot Xatsuur de la racine li" , Nalsar, qui signifie défoulre, sauver, quelquefois briller, et le considérer comme une épithète correspon- dante au Àarji-pÔTaTo:; de l'inscription grecque , et dont le sens aura échappé au scribe grec. Celui-ci, ne pouvant comprendre, se sera borné à transcrire le son, en faisant précéder le mot ainsi formé de l'article toù, comme il con- vient à un surnom ou à un nom propre. La présence de cet article ne suflit donc pas pour prouver l'existence d'un Aassoi-us, ancêtre d'Odenath, et autoriser l'introduc- tion d'un autre toj entre Alpâvou et OjaSa),),àeou. Ce second article n'existe pas sur le monument , et on a bcasé sur sa restitution une filiation imaginaire qui est délruite par la connaissance du texte palmyrénien (2).

La première lettre du nom Airan est douteuse, et ne se rencontre dans aucun aljihabet. Elle présente quelque analogie avec une ancienne forme du tau , dans une des inscriptions de Rome. Il est à remarquer que dans la V' inscription de Wood,

AIPANHN OAAINA 0O Y

est rendu par : AT ' Z è^ tJ ^ X 'J^

ce qtte Swinton a traduit : ru'TX 1; p*x , quoique la pre- mière lettre eût aussi une grande analogie avec le tau ordi:iaire palmyrénien. Je me suis conformé à cette lec- ture, d'après l'autorité du célèbre orientaliste, sûr, si je me trompe, de me tromper en illustre compagnie (3).

I .a fin do rinscri])tion est intéressante en ce qu'elle nous olfre un exemple de conslruction gi'aminaticale. On voit qu'elle est conforme aux règles chaldaïqnes. Le datif est rendu ])ar la préposition '•7. et les suffixes possessifs de la troisième personne singulier sont avec un mot au singulier n^— ^ , et avec un mot au pluriel 'nn— .

(2] Longin se plaignnît tle trouver awc peine dans la ville <le Palœrre un liomnif qnî sût coi>ier le ffrcc.

Salscvr fait involontairement penser il la famille des .^VI«r, célébrée par les autours arabes : maisTanaloi^ie deson nV-st pas suffisante pour ridcntiHcation.

(3 11 pourrait se fairo que cette lettre fut un Ain déformé, ce qui réa- dmit indubitable la lecture .Mran.

36

BULLETIN ARCHÉOLOGIOUE

AVIUL-

Quant au mot que j'ai traduit par Nepotes, il oITre trop d'analogie avec le mot lié])raïc[uo D'33*32 [benihenim] , }}elits-[ils, descendants , pour qu'on puisse hésiter un in- stant à l'accepter.

Le dernier mot répond à l'expression hébraïque ahvjh qui se rencontre souvent dans la Bible dans le sens de in œternum. Il est formé de la préposition S et de la forme emphatique ^înVJ^ On le trouve plusieurs fois employé dans les inscriptions de Palmyre.

Le texte grec de cette inscription, publié seul jusqu'à présent, a donné lieu à de longues dissertations à l'effet d'identifier le sénateur S. Odénath avec le Sept. Odénath de l'histoire , celui qui fut associé à la dignité impé- riale, et épousa la célèbre Zénobie. Mallieureusement les preuves annoncées par Saint-Martin n'ont jamais paru , et en présence des données insuflisanles fournies par les monuments et les auteurs, nous sommes obligés de rester sur la réserve. Le nom de Septimius paraît avoir été porté par tous les membres de la famille d'Odénath , comme un hommage rendu aux bienfaits de Septime Sévère ; c'est la seule considération qni nous permette de rattaclier l'au- teur de notre inscription à l'illustre roi de Palmyre.

On a peine à s'expliquer le silence des monuments sur Odénath et Zénobie, les deux seuls noms que l'histoire ait conservés, tandis qu'ils célèbrent en termes pompeux ime foide de personnages dont les noms n'éveillent aucim souvenir. Serait-ce que les riches négociants de Tadmor étaient moins sensibles à la gloire des armes qu'aux ser- vices rendus à leurs opérations commerciales ? On serait tenté de le croire envoyant plusde sixinscriptionsenl'hon- neiH' de Septimius Yorodès , le représentant de l'empe- reur, ÈTtÎTporoç.SsSdtcrrou, qui gardait la capitale, et veillait à la sûreté des caravanes, et pas une en l'honneur de son maître qui, pendant ce temps, courait de l'Euphrate à la mer Noire, de Ctésiphon à Antioche, battant les Perses et les Scythes, tenant tête aux Romains, et arraciiant au fai- ble Gallien la confirmation de son titre d'Auguste. Ou bien les colonnes qui portaient l'histoire de ses triom- phes sont-elles tombées sous les coups des soldats d'Au- rélien ? faut-il compter les victoires par les lacunes qui interrompent la longue colonnade