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PROM FRANK WILLIAM TAUSSIG, PROFESSOR OF POLITICAL ECONOMY IN HARVARD UNIVERSITY. Received $....Â.dht. IÎ.Û..Û. BIBLIQTHftQlE WTOR1TOH1ALB DES SGIRKCBS NMMOfilQliBS G E 1 P U I S ÉDUCATION INTÉGRALE. - COÉDUCATION DES SEXES d'après les documents officiels et les publications de l'établissement Gabriel GIBOUD ANCIEN ÉLÈVE DE LORPHKLINAT DE CEMPUIS Orné de 48 gravures PARIS LIBRAIRIE C. REINWALD SCHLEICHER FRÈRES, ÉDITEURS 15, RUE DES ÛAINTS-PÈRES, 15 1900 Tous droit* réservés \b cLa. t^ i c ( i t',.i.j BIBLIOTHÈQUE INTERNATIONALE DES SCIENCES SOCIOLOGIQUES PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE A. HAMON PROFESSEUR A L'U NI VER SITE NOUVELLB DE BRUXELLES IX INTRODUCTION En avril 1875, un riche philanthrope, J.-G. Pré- vost 1 , commerçant retiré des affaires, mourait et léguait au département de la Seine toute sa fortune, dont la majeure partie se trouvait représentée à Cem- puis 2 , dans l'Oise, par les bâtiments d'une maison de 1. Joseph-Gabriel Prévost naquit à Cempuis, le 22 août 1793. Très jeune il quitta son village et vint à Paris installer une mai- son de commerce qui prospéra rapidement. Brisé dans ses affec- tions par la mort, en quelques années, de sa femme et de ses cinq enfants, il chercha dans la philanthropie un réconfort contre le chagrin. En 1832, il partit en Amérique pour rétablir ses affaires un instant obérées par une généreuse tentative de socialisme saint- simonien qui avait échoué. C'est en 1858 que, retiré à Cempuis, il y fit construire, pour les vieillards, une « Maison de retraite », dans laquelle il admit quelques orphelins, à partir de 1865. Cet homme de bien a laissé une quantité de notes qui montrent chez lui plus de bienveillance et de bonté que de culture scienti- fique et littéraire. Il ne parait pas, dans ces écrits, que Prévost ait eu des idées nettes sur l'éducation à donner aux enfants qu'il recueillait. Durant l'existence de Prévost, Cempuis fut un établis- sement de bienfaisance, rien de plus. Voulant assurer l'avenir de son œuvre, Prévost s'adressa suc- cessivement aux catholiques, aux spirites et aux protestants. Ce n'est qu'après de longues hésitations qu'il légua sa fortune au département de la Seine. 2. Cempuis est un petit village situé sur les confins de la Picar- die, dans l'angle formé par les limites des départements de la Somme et de la Seine-Inférieure. Sa population est d'environ deux cents habitants. La station de chemin de fer la plus proche est celle de Grandvilliers, chef-lieu de canton à 112 kilomètres de Paris, sur la ligne de Tréport-Mers. Cempuis manque absolument de cours d'eau. Cela provient de XIV INTRODUCTION retraite qu'il avait fondée et par une vaste propriété environnante. Les parents du donateur attaquèrent ce legs, et le Département ne put entrer en possession de rétablis- sement qu'en août 1880 1 . Dans son testament, Prévost indiquait nettement que le Conseil Général devait faire de Cempuis une institu- tion essentiellement laïque, destinée aux orphelins des deux sexes du département de la Seine 2 . En décembre 1880, M. Paul Robin, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, fut nommé, par arrêté préfectoral, directeur de cette institution nouvelle. Pour diriger rétablissement qui lui était confié, M. Robin s'inspira des principes pédagogiques qu'il avait développés en plusieurs circonstances et dans sa situation sur le faîte de la ligne de partage des eaux des bas- sins de la Seine et de la Somme, et c est probablement à cette particularité qu'il doit son nom : pour s'y procurer de l'eau, il faut percer des puits; c'est le village des puits nombreux, des cent puits. \. Pendant le procès engagé par les héritiers, l'établissement fut successivement dirigé par un instituteur et par M me Buisson, mère de M. F. Buisson, exécuteur testamentaire de J.-G. Prévost. Durant deux années, M me Buisson vécut au milieu des orphe- lins, leur prodiguant sans trêve ses soins et ses conseils, se montrant pour eux une vraie maman, dans toute l'acception du terme. Tous les enfants qui l'ont connue en ont conservé le plus cher souvenir. 2. Extrait du testament de J.-G. Prévost : « J'institue pour mon légataire universel, en toute pro- priété, le département de la Seine, à charge par lui d'affecter la totalité de ma fortune à l'entretien du plus grand nombre pos- sible d'orphelins des deux sexes dans ma maison de Cempuis. « Que l'établissement ait toujours pour directeur et sous- directeur, instituteurs et institutrices, des laïques, afin que tous les enfants y soient recueillis d'une façon égale et sans esprit de secte. » INTRODUCTION XV diverses publications, notamment en un travail remar- quable intitulé : F Enseignement intégrai, qui parut dans la Philosophie positive, revue dirigée par MM. Littré et Wyrouboff 1 . Il tenta de réaliser à Cempuis ses con- ceptions sur F éducation intégrale, dont l'un des plus importants chapitres est la coéducation des sexes, la vie en commun des fillettes et des garçons. Deux cours extraits de ses écrits résumeront sa doc- trine et donneront une idée de l'importance de sa ten- tative : « L'éducation intégrale, sans avoir la folle prétention de faire de tous des savants omniscients, comprend et réunit les trois divisions ordinaires, dites éducation physique, intellectuelle et morale ; elle s'applique à donner naissance et développement à toutes les facul- tés de l'enfant, lui fait aborder toutes les branches de l'activité humaine, de manière à ne lui inculquer que des notions parfaitement justes. Mais, après avoir offert à tous cette indispensable première base de réalités objectives, elle laisse à chacun le soin de continuer, 1. Ces articles parurent dans les livraisons de septembre- octobre 1869; juillet-août 1870, juillet-août 1872. Le premier traite de renseignement intégral au point de vue Général; le second, de l'acquisition spontanée des sciences et de leur enseignement dogmatique; le troisième esquisse, le plan d'un établissement d'éducation intégrale. Il est intéressant de noter que Littré fit paraître le second article avec ce renvoi : « Dans le passage si difficile et si controversé de l'éducation ancienne et présente à l'éducation future et positive, il n'est pas inutile de mettre sous les yeux du public des projets où l'expé- rience proprement dite cède le pas aux idées systématiques. Les idées systématiques sont des suggestions à examiner. (Note de la rédaction.) » XVI INTRODUCTION d achever son développement suivant les circons- tances, les nécessités, l'initiative personnelle, et de ne se rapprocher du savoir et de l'art complet que dans les branches desquelles dépend la satisfaction de ses besoins physiques et moraux 1 ... » « D'ailleurs, admettre que certains travaux devront être exclusivement réservés à l'un des sexes n'entraîne pas la nécessité de leur donner une éducation morale différente, ni de les élever séparément. Destinés à vivre ensemble dans la société, les hommes et les femmes doivent s'y habituer par la vie, les études, les travaux en commun dès leur plus tendre jeunesse. Il est cer- tain que des précautions nombreuses devront être prises au début pour empêcher les effets du perverlissement précoce dû à notre société corrompue; mais bientôt le mélange des sexes ne pourra plus nous faire redouter aucun fâcheux accident. L'immoralité, trop souvent constatée chez de très jeunes enfants, provient en effet non de la nature humaine, mais bien de l'éducation énervante donnée aujourd'hui dans les casernes-sémi- naires servant d'écoles publiques, de questions sca- breuses faites par les prêtres dans la confession auri- culaire, de l'étude plus ou moins prématurée de certains classiques, de la privation du mouvement si nécessaire aux enfants; elle disparaîtra entièrement par l'application de la méthode d'éducation 2 fondée sur la ' 1. Bulletin de V Orphelinat Prévost, n° 11, année 1890. 2. Sur V Enseignement intégral. La Philosophie positive de Littré et Wyrouboff, juillet-août, 1872. INTRODUCTION XVII connaissance des aptitudes et des besoins réels de la jeunesse. » On entrevoit l'idéal que M. Robin se proposait de réaliser. La hardiesse de la tentative exigeait que son promoteur fût en même temps un organisateur, un savant et un apôtre. M. Robin se montra à la hau- teur de la tâche dont il assumait la lourde responsa- bilité. Il présenta au Conseil Général et à l'Administration des rapports, indiquant les moyens de mettre en pra- tique, à Cempuis, avec les ressources dont il pouvait disposer, la plus grande partie de ses idées, et visant à faire de l'Orphelinat Prévost un établissement hors ligne pouvant servir de modèle et d'encouragement à tous ceux dont le but est de préparer un meilleur ave- nir à l'humanité. Ces rapports furent approuvés 1 . Dès lors Cempuis, le Cempuis qui appartient désor- mais à l'histoire pédagogique, était fondé 2 . Avec les libéralités du Conseil Général, il prit un immense développement : pendant quatorze années, cette Assem- blée aida, encouragea matériellement et moralement 1. M. Robin adressa son premier rapport à M. Carriot, directeur de l'Enseignement primaire de la Seine, en octobre 1880, environ deux mois avant sa nomination de directeur. Le 25 février et le 1 er septembre 1881, il développa ses projets dans de nouveaux rapports qu'il adressa au préfet de la Seine. Le Conseil Général adopta ses vues. Voir aux Annexes. 2. Officiellement c'est VOiphelinat Prévost /beaucoup l'appellent COrphelinat de Cempuis; pour la majorité du public, c'est Cempuis. Nous n'attachons d'importance particulière à aucune de ces dénominations, que nous emploierons toutes indifféremment. XVlll INTRODUCTION l'œuvre pédagogique de M. Robin, « elle la fit sienne » ! et désira qu'elle fût comme « le couronnement des diverses œuvres d'assistance instituées pour l'enfance malheureuse par la Ville de Paris ou le Département de la Seine 2 ». La volonté, l'énergie, l'intelligence, le grand cœur d'hommes comme MM. Faillet, Rey, Rous- selle, etc., y aidèrent dans une large mesure et firent que Cempuis put résister durant de longues années à la coalition clérico-réactionnaire ou même simplement opportuniste. Enfin dans l'accomplissement de sa tâche, M. Robin fut heureux de trouver deux collaborateurs dignes de lui. En 1882, il s'adjoignit M. Paul Guilhot et en 1892, réminent publiciste, M. Charles Delon vint aussi à Cempuis apporter à la cause de l'éducation intégrale, sa science, son talent d'écrivain, de vulgarisateur et de conférencier. Ecrire l'histoire complète de Cempuis, suivre pas à pas les modifications, les transformations successives 1. Extrait du compte rendu de la réunion de la Commission administrative de Cempuis, du 15 juin 1895, à l'hôtel de ville. « M . Le Roux, directeur des affaires départementales depuis 1 890. — L'Administration' est fermement disposée à continuer l'œuvre inaugurée à Cempuis par le Conseil Général et dont il convient d'attribuer le mérite à cette Assemblée et non à M. Robin. » « M. Roussette , président de la Commission. — Si le Conseil Général a fait V œuvre sienne, celle-ci a été conçue par M. Robin. .»> 2. M. Roux, directeur des affaires départementales, mort le 18 décembre 1889. — C'est en grande partie à son affection toute spéciale pour l'Orphelinat Prévost et à son parfait libé- ralisme qu'on put mener à bonne fin tant d'expériences péda- gogiques intéressantes, qui, au début, auraient pu faire naître la méfiance dans un esprit moins éclairé et moins largement ouvert que le sien. (Bulletin de l'Orphelinat Prévost, n° 9, mai 1884, et n°6 novembre-décembre 1889.) INTRODUCTION XIX de cet établissement, dater les innovations, montrer et apprécier le rôle de chacun, amis ou ennemis, énu- mérer les obstacles de toutes sortes dont il fallut triompher pour mener l'œuvre à bien, dénoncer et flétrir tous ceux qui tentèrent de la déprécier et de la faire échouer, demanderait plus d'un volume. Cela pourra être fait un jour, les documents ne manquent pas 1 . Mais tel n'est pas notre dessein. Nous désirons sim- plement faire connaître Cempuis au public, à tous ceux que préoccupent ou qu'intéressent les questions d'en- seignement ; nous le leur montrons tel qu'il fut pen- dant la période de son complet développement 2 , pour- rions-nous dire, si nous ne savions que M. Robin, au moment de sa révocation, considérait son œuvre comme un essai heureux, mais incomplet encore sur bien des points, évoluant, et ayant encore à se perfectionner beaucoup pour se rapprocher de l'idéal qu'il s'était tracé. Nous pensons que ce travail a sa raison d'être, car, dans Va/faire de Cempuis, la presse sympathique a souvent mal informé le public et la presse réaction- naire et cléricale l'a, d'une façon ignomineuse, sciem- ment trompé. i . Ces documents très nombreux, copies ou pièces originales, sont déposés en lieu sûr etpermettrontoVétablir un certain nombre de vilenies administratives dont il est inutile de se préoccuper pour l'instant. Nous allons au plus utile; plus tard nous ferons de la polémique. 2.1884-1894. XX INTRODUCTION Nous rétablissons la vérité par le simple exposé des faits. Cela nous est facile ; nous puisons largement dans ce qui reste de Cempuis: dans ses publications. Notre rôle se borne h coordonner, à compléter ou à résumer. C'est avec intention que nous nous sommes étendus sur certaines questions considérées comme importantes par nos maîtres, ou ayant donné à Cempuis les meil- leurs résultats, par exemple, sur le frœbelisme, l'anthro- pométrie scolaire, les excursions scolaires, les jeux de classe, la musique, la sténographie, etc. Nous sommes persuadés que les pédagogues chercheurs y trouveront profit. En somme, les véritables auteurs de ce livre sont nos maîtres, MM. P. Robin, Ch. Delon, P. Guilhot, qui, occupés à la réalisation de leur rêve commun, ont dis- persé leurs idées dans des feuillets, des brochures ou des livres difficiles à se procurer et qui donnent, iso- lés, une idée incomplète de leur œuvre. Que les gens de bonne foi veuillent bien lire pour parler ensuite et discuter en connaissance de cause sur une œuvre qui a été ridiculisée, vilipendée, mais qui n'en reste pas moins une des plus sincères et des plus belles conceptions pédagogiques de ce siècle, en même temps qu'une heureuse réalisation d'idées con- sidérées jusqu'alors comme appartenant « au domaine de la pure spéculation philosophique et des ingénieuses utopies ». G. G. GEMPUIS CHAPITRE I LES FONDATEURS DE GEMPUIS PAUL ROBIN. — PAUL GUILHOT. CHARLES DELON M. Paul Robin est né à Toulon, le 3 avril 1837; il a fait ses études aux lycées de Bordeaux et de Brest. Après avoir été quelque temps élève pharmacien de la marine, et pendant deux années maître d'études aux lycées de Rennes et de Brest, il est admis en 1858 à l'École nor- male supérieure; il en sort en 1861 et enseigne les sciences physiques et naturelles aux lycées de La Roche-sur- Yon (alors Napoléon- Vendée) et de Brest. Merveilleusement doué, M. Paul Robin a vite fait de dégager sa voie; tout jeune, il perçoit nettement ce qui est, pour lui, la vérité pédagogique. Il n'a plus dès lors d'autre but dans sa vie : mettre cette vérité en lumière et lui donner la consécration de l'expérience. Il se voue à cette œuvre avec son âme ardente d'apôtre ; il s'y consacre tout entier. II veut, pour chacun, « quelles que soient les cir- constances où le hasard Ta fait naître, le droit de développer le plus complètement possible toutes ses facultés physiques et intellectuelles 1 ». Il commence 1. De l'enseignement intégral. La Philosophie positive, sep tembre-octobre 1869. 1 2 CEMPLIS par se faire « intégral », et il y arrive dans le sens presqueabsolu du mot. C'est, uji cerveauencyclopédique, un ouvrier d'une étonnante habileté manuelle et un artiste. II a, au plus haut degré, les qualités du pédagogue, peut-(Hre bien parce qu'il possède celle qui engendre toutes les autres : un profond amour de l'enfance. Et au service de tout cela il peut mettre une rare volonté et cet instinct de combativité défensive qui fait que rien ne vous décourage et qu'on triomphe de tous les obstacles. A Brest, M. Paul Robin tente l'organisation d'un enseignement populaire supérieur; il introduit au lycée les excursions scolaires. Mais ces initiatives intelligentes sont entravées par l'autorité officielle ; aussi, en 1805, s'accommodant mal du régime impé- rial, il demande et obtient un congé illimité. A cette époque, il est, avec un certain nombre de personnalités d'avenir, présent au célèbre Congrès de Liège 4 , convoqué par l'Association Générale des Étu- diants de cette ville. La question de renseignement est à Tordre du jour; il prend part aux discussions. Il y fait la connaissance d'Aristide Rey, de César de Paepe, d'Hector Denis, de Victor Dave, d'Eugène Robert, de Guillaume De Greef, de Victor Arnould, d'Eugène Hins, avec qui il se lie particulièrement d'amitié. Puis il se lixe à Bruxelles et y vit très modeste- ment de leçons privées. Citons parmi les élèves d'élite qu'il a formés, MM. P. et L. Errera, tous deux pro- 1. Voir le compte rendu officiel et intégral de la première session du Congrès international des étudiants tenu à Liège, du 29 octobre au 1 er novembre 1865, p. 248 à 254. LES FONDATEURS DE CEMPUIS fesseurs distingués de l'Université libre de Bruxelles. Il collabore à la Liberté, fait partie de la Ligue de l'Enseignement de Bruxelles et du Conseil général belge de l'Association Internationale des Travailleurs. En 1868, il prend une part active au Congrès de Vue générale de l'Orphelinat Prévost. Bruxelles 4 , qui a porté à son ordre du jour la question de l'éducation intégrale; il y présente, au nom de la section bruxelloise, un remarquable rapport. Il fonde le Soir, journal d'enseignement populaire supérieur, donne des leçons publiques et gratuites de musique, de botanique et d'astronomie. Il travaille 1. Supplément au Journal des étudiants. Compte rendu officiel du Congrès des étudiants (2 # session, Bruxelles). Voir p. 8 et 9. 4 CEMPUIS beaucoup cette dernière science et élabore un projet d'observatoire populaire 1 . En février 1868, il épouse la fille de Delesalle, démo- crate et libre penseur bruxelloistrès connu. En avrill869 éclatent au pays de Liège et du Borinage des grèves qui ne tardent pas à devenir sanglantes. Trois nuits durant on sabre, à Seraing, les malheureux qui réclament une amélioration de leur sort. Des protestations s'élèvent de toutes parts ; le Conseil général de l'Association Internationale lance une pro- clamation dans laquelle il s'élève contre pareille tuerie, tout en engageant les ouvriers au calme et à la pru- dence. M. Robin, en la signant, a oublié qu'il est Fran- çais; le gouvernement belge lui signifie un arrêté d'expulsion. C'est en vain qu'il réclame le bénéfice de l'exemption de la loi Bara de 1865 et qu'il intente un procès au ministre de la justice ; il est débouté et quitte la Belgique en protestant contre la mesure dont il est victime et contre l'interprétation abusive que l'on fait de la loi. Il se rend h Genève, où il entretient sa jeune famille en faisant de la peinture sur émail. C'est en Suisse qu'il fait la connaissance de Michel Bakounine, avec qui il entretient les meilleurs rapports, et de Alexandre Herzen. En 1869 il prend part au quatrième Congrès de l'Association Internationale des Travailleurs à Bâle. C'est sur ces entrefaites, en septembre 1869, qu'il i. En 1874, il présenta ce travail à l'astronome anglais Sir Norman Loekhyer, qui félicita l'auteur. Il est curieux de noter ici qu'un projet du même genre (igure à l'Exposition de 1900, projet auquel M. P. Robin est absolument étranger. LES FONDATEURS DE CKMPCUS 5 publie, dans la Philosophie positive, la première partie de son étude très complète sur l'Enseignement inté- gral. En février 1870, il arrive à Paris, et bien qu'il soit obligé pour vivre et faire vivre les siens de donner des leçons, il trouve moyen de fournir huit heures par jour d'un labeur écrasant comme secrétaire du Conseil fédéral de l'Association Internationale. Le 22 juin 1870, il comparaît avec une trentaine de membres de la section parisienne, devant la 6* chambre ; on leur reproche de faire partie d'une société secrète ! M. Robin, que le procureur impérial daigne appeler « professeur distingué », se voit condamné à deux mois de prison et 100 francs d'amende *. Il est incarcéré à Sainte-Pélagie. Mais le gouvernement, craignant un mouvement révolutionnaire, le fait, ainsi que ses com- pagnons de lutte et de captivité, transférer à la prison de Beauvais. Survient le 4 septembre ; la république est proclamée et le directeur de la prison libère, dès le 5, les prison- niers politiques. M. Robin va rejoindre sa femme qui s'est réfugiée à Bruxelles- chez ses parents. Mais l'arrêté d'expulsion pris contre lui un an et demi aupa- ravant n'est pas rapporté, et, sur la dénonciation d'un policier français, il est arrêté et détenu à la prison des Petits-Carmes, pendant que Paris est investi par les Prussiens. Sur l'insistance de ses avocats, on le recon- duit à la frontière. Paris étant bloqué, M. Robin se rend à Brest, où, sans ressources et sans emploi, en 1 . Voir les Grands procès politiques. — Troisième procès de l'Association Internationale des Travailleurs à Paris, p. 167 à 175 et p. 178 à 182. Juillet 1870. Armand Lechevalier, éditeur, CEMPUIS désaccord avec sa famille, il se remet à faire, de la pro- pagande politique ; mais, sentant son impuissance, il se réfugie à Londres, où il se fixe dès lors jusqu'en 1879. 11 est mis par Hermann Jung en rapport avec Karl Marx 1 , qui lui procure des leçons de langue grecque; peu après, il entre comme professeur de français à la célèbre Ecole royale militaire de Woolwich (école formant les officiers d'artillerie et du génie). En 1876 il est adjoint aux professeurs de mathématiques et de mécanique du Collège de l'Université de Londres. Entre-temps, M. Paul Robin parfait son éducation technique et s'intéresse au mouvement néo-malthusien auquel sont mêlés les savants et les penseurs d'Outre- Manche. Pendant son exil, il collabore au Dictionnaire pédago- gique de M. F. Buisson 2 . En 1879 ce dernier l'appelle en France et le fait nommer inspecteur primaire à Blois. M. Robin se met à l'ouvrage avec son ardeur et sa conviction habituelles; il essaie de secouer la tor- peur des instituteurs en leur indiquant les voies nou- velles et écrit h leur usage un programme d'enseigne- ment différent de celui de l'Administration, niais approuvé par elle 3 , et applicable hors la classe. Les 1. M. P. Robin, membre du Conseil général de l'Association internationale des Travailleurs, eut un peu plus tard de vifs démêlés avec Karl Marx, au sujet de la campagne haineuse de diffamation que celui-ci avait entreprise contre Michel Bakou- nine et ses amis. Partisan, comme le célèbre révolutionnaire russe, des idées de liberté et d'autonomie au sein de l'Associa- tion, il dut se retirer devant l'autoritarisme sectaire et l'esprit dictatorial de Marx et de ses séides. 2. Articles : Corps simples, Cube, Familistère de Guise, Gaz d'éclairage, Houille, Hydrogène, Mercure, Métalloïdes, Métaux, Métiers, Sel marin, Sels, Silice, Soude, Soufre, Terres, Zinc. 3. Il fonda, en juillet 1880, le Cercle pédagogique de Loir-et- LES FONDATEURS DE CEMPUIS 7 vieux fonctionnaires font grise mine à son auteur. Mais M. Robin entraîne tout le monde et offre aux autorités des fêtes scolaires comme elles n'en ont plus vues de- puis. En désaccord avec le préfet, avec son inspecteur d'académie, fatigué de l'inutile paperasserie adminis- trative dont on l'accable, il sollicite son changement. Il allait être nommé à la direction d'une des écoles primaires supérieures de Paris ou d'une école profes- sionnelle, lorsque, par l'intermédiaire de M. F. Buisson et de M. A. Rey, alors conseiller municipal de Paris, il put visiter Cerapuis; l'occasion lui était enfin offerte de réaliser son rêve. Le 16 décembre 1880, il est nommé Directeur de l'Orphelinat Prévost. A M. Carriot, Direc- teur de l'Enseignement primaire de la Seine, qui s'étonnait de le voir accepter un poste « aussi humble », il répondit : « Accordez-moi en liberté ce qui manque en majesté. » Tout est à faire, tout est à créer. Il se met au travail sans tarder; quinze jours après son arrivée, il a déjà installé des ateliers, mettant entre les mains des enfants ses propres outils; ses livres, ses collections forment le premier fonds de la bibliothèque et le commencement du musée. Pendant quatorze années, il dépense sans compter sa science, son infatigable énergie, il donne le meilleur de lui-même a édifier pierre h pierre l'œuvre, but de sa vie, que nous allons étudier en détail. Pour réaliser un programme comme celui qu'il se proposait d'appliquer à Cempuis, en pleine région cléricale, mal- gré la mauvaise volonté de l'Administration, les diffi- Cher, le plus ancien de France. (Voir le Bulletin officiel de ren- seignement primaire de Loir-et-Cher, 1879-1880.) 8 CEMPUIS cultes inhérentes h toute innovation, le peu de valeur de collaborateurs insuffisamment préparés à leur tâche, il lui fallut une force de volonté indomptable. Aussi quoi d'étonnant qu'on ait critiqué son autoritarisme, né peut-être de la connaissance de sa valeur, mais certai- nement aussi de la conscience de sa responsabilité. .Ce défaut d'ailleurs, si c'en est un, lui sera facilement pardonné par tous ceux qui sont capables de com- prendre la beauté du but poursuivi par cet homme supérieur. En août 1894, il dut abandonner l'œuvre à laquelle il s'était si entièrement donné. Son départ fut la consé- quence d'événements auxquels nous consacrons un chapitre spécial 1 . Depuis 1880, Paul Robin est membre de la Société de physique et de la Société d'anthropologie ; jusqu'à son départ de Cempuis, il fit partie des Commissions météo- rologiques départementales; il est membre fondateur de la Société de sténographie Aimé-Paris et de l'Asso- ciation galiniste. En 1884 il fut délégué par le minis- tère de l'Instruction publique à l'Exposition de Londres. En 1885 on le nomma officier d'Académie. Au lendemain du jour où on l'obligea à abandonner Cempuis, le corps professoral de l'Université nouvelle de Bruxelles le chargea, à l'unanimité, de donner un cours de pédagogie à l'Institut des Hautes études Libre, M. Robin reprit immédiatement la lutte en faveur de ses idées. Dès le commencement de 1895, il fonde un périodique qui doit continuer celui de Cempuis : l'Éducation intégrale ; dans de nom- 1. Voir ch. vu, p. 208. LES FONDATEURS DE CEMPUIS 9 breuses conférences publiques, dans les sociétés de libre pensée, dans les réunions maçonniques, dans les Congrès 1 , il propage ses idées sur le néo-malthusia- nisme. Il considère la « question de population » en péda- gogue et en philosophe. Il est préoccupé de la néces- sité primordiale, pour la réussite de tout système éducatif, pour le perfectionnement et le bonheur de l'humanité, de combattre l'accroissement de popula- tion et d'empêcher ou tout au moins de limiter la procréation des dégénérés, scrofuleux, rachitiques, lourde tare, joug encombrant que l'ivrognerie, la débauche, l'hystérie, filles de notre état social incohé- rent, imposent à l'humanité. Il fonde la Ligue de la Régénération humaine et propage l'idée à l'aide d'une brochure traduite du hollandais, les Moyens d'éviter les grandes familles. Il publie en même temps toute une série de feuillets de propagande et diverses bro- chures dans lesquelles il défend sa théorie : Dégéné- rescence de l'espèce humaine, communication h la Société d'Anthropologie, Contre et pour le néo-malthu- sianisme, communication par le D r Javal à l'Académie de médecine et Réponse de M. Paul Robin 2 , et quelques articles dans la Revue blanche, notamment Malthns et les néo-malthusiens, etc., etc. M. Paul Robin a vécu quelques mois en Nouvelle- Zélande dans la communauté du professeur Rickerton, près de Christchurch ; il y a étudié le système éducatif et les effets de la doctrine qu'il a voulu propager en 1. Notamment au Congrès de la Libre Pensée, à Bruxelles, en septembre 1895. 2. Stock, Paris, 1896. 10 CEMPD1S France; cette doctrine officiellement très condamnée est, dans la pratique, très approuvée dans la colonie anglaise. Il y a préparé un livre dans lequel il montre le lien et la hiérarchie de ces trois questions : Bonne naissance, bonne éducation, bonne organisation sociale. Outre les ouvrages que nous avons cités plus haut, M. Paul Robin a encore écrit nombre d'articles et de brochures. Il a disséminé ses idées dans Y Éducation intégrale, la Réforme musicale, le Bulletin de sténogra- phie Aimé-Paris, etc., et publié diverses brochures de science et d'éducation ; citons une Méthode de lecture (1866), les Bases de la inorale humaine (1868), sous le pseudonyme de Bripon, Quelques mots sur la théorie des volcans et des tremblements de terre (1867), la Théo- rie de la gamme (1881), etc. M. Paul Guilhot est né à Toulouse, le 14 no- vembre 1846. De bonne heure il s'adonne à renseignement avec passion. Pendant plusieurs années, il se charge, à titre absolument gracieux, d'enseigner la musique aux élèves de l'école annexe et de l'École normale de Toulouse. Il institue en môme temps dans cette ville des cours publics de diction, de musique, de mnémotechnie, de comptabilité. A plusieurs reprises le Conseil municipal de Toulouse, à la suite de rapports très élogieux, lui vote de flatteuses félicitations. En 1878, M. Guilhot se fixe à Paris, où il vit de répé- titions et de préceptorat ; il fonde h Montmartre des cours publics de musique Galin-Paris-Chevé qui eurent LES FONDATEURS DE CEMPU1S M le plus grand succès; c'est un des meilleurs profes- seurs de l'Association polytechnique. A la fin de Tannée 1881, M. Guilhot fait, d'une manière toute fortuite, la connaissance de M. Robin; celui-ci ne tarde pas à découvrir en lui une vive intel- ligence, un esprit large, ouvert aux procédés nouveaux d'éducation. Paul Guilhot. M. Guilhot arrive à Cempuis en 1882 et y apporte son entrain méridional, sa gaieté débordante, son enthousiasme pour les nouveautés. Pendant treize années, il est le fidèle collaborateur de M. Hobin. Avec un rare dévouement, il l'aide de toute son énergie et de tous ses moyens. Excellent pédagogue, nul mieux que 12 CEMPTIIS lui ne transmet ses connaissances aux élèves; rares sont les professeurs qui savent enseigner avec un tel talent. Sa parole chaude et convaincante était fort appréciée des auditeurs des conférences pédagogiques instituées à Gempuis. D'une grande bonté, d'une modestie plus grande encore, M. Guilhot laisse un impérissable souvenir dans le cœur de ses élèves et de tous ceux qui ont eu des relations avec lui. En 1884 il fut délégué à l'Exposition de Londres par le Conseil général de la Seine. En 1890 on le nomma officier d'Académie. M. Guilhot influa beaucoup sur la propagation de la la méthode modale de musique ; il fit sur ce sujet en Belgique, en Suisse, en France, de nombreuses confé- rences. 11 a écrit une quantité d'articles de pédagogie musicale dans le Galiniste et dans la Réforme musicale. C'est lui, en collaboration avec M. Bonnet, professeur à Paris, qui est l'auteur de la plupart des livres d'en- seignement musical publiés par Y Association gali- niste. Après le départ de M. Robin, M. Guilhot et M. Delon restèrent encore h l'orphelinat Prévost environ deux ans, dans l'intention de maintenir la tradition péda- gogique qui faisait la raison d'être de Cempuis, et ils y sont arrivés dans la mesure du possible. M. Charles Delon est né à Saint-Servan (Ille-et- Vilaine), le 23 février 1839. LES FONDATEURS DE CEMPUIS 43 Ses parents, le destinant à la prêtrise, lui font faire ses études au séminaire. D'une intelligence supérieure, M. Delon étonne ses maîtres par l'indépendance de son esprit; il se livre aux études scientifiques et seul, tout jeune encore, par l'observation et la réflexion, il par- ^ Charles Delon. Cliché Neyrotid. vient à se débarrasser, non sans crise, non sans que sa santé en souffre, de la foi très vive que lui avait don- née l'enseignement religieux. 14 CEftfPCIS En 1855, à seize ans, il est reçu bachelier en môme temps qu'un de ses élèves. A vingt ans il est licencié es sciences. Comme tant d'autres, mieux que tant d'autres, il peut prétendre à une situation officielle; mais il refuse de prêter ser- ment à l'empire et se voue au professorat libre et aux études pédagogiques. S'étant fixé à Paris, il publie, en collaboration avec M me Pape Carpentier, un certain nombre de livres des- tinés aux écoles enfantines et maternelles. 11 n'est pas sans contribuer dans une large mesure h la notoriété dont cette inspectrice a joui dans le monde de l'ensei- gnement primaire. En 1867 il tente a l'école enfantine annexée à l'école Elisa Lemonnior, établie rue de Reuilly, et alors diri- gée par M me Delon, la réalisation des principes de l'en- seignement intégral. C'est à la suite de ces essais et d'une étude qu'il fait en Belgique des Jardins (T enfants qu'il publie son magnifique ouvrage Exercices cl tra- vaux pour les enfants* , dans lequel il présente la mé- thode Frœbel, dégagée de toute métaphysique, scienti- fiquement réformée et complétée. Pendant le siège de Paris, sous son influence, le Rapport à la Commission des Dames- formule pour le Gouvernement un splendide programme d'études inté- grales. Il crée, à la Société pour l'instruction élémen- taire, un cours de pédagogie générale et un cours pra- tique de méthode Frœbel. 1. Deux vol. in-8°, Hachette. 2. Rapport présenté au nom de la Commission des Dames, char- gée d'examiner les questions relatives à la réforme de l'instruction primaire, par M me Coignet, suivi d'un appendice par M mo Fanny Ch. Delon. Imprimerie administrative, Paul Dupont (1871). LES FONDATEURS DE CËMPUIS 15 M. Delon est lui aussi un intégral. Léon Clailel, qui le connaissait beaucoup, a dit de lui : «... Hier, il nous initiait à la Grammaire française daprès l histoire et nous démontrait par A -f-B, à l'instar d'un algébriste, que la plupart des vocables allemands, français, ita- liens, espagnols et bien d autres ont tous la môme ori- gine et tiennent de près au sanscrit, qu'il déchiffre et dont il glose, lui, comme jadis un Hindou du temps des Védas et du Ramayana; tantôt ici vous l'ouïrez, il disserte sur l'électricité, l'aérostation, la télégraphie, la navigation, la balistique, la téléphonie avec la môme facilité ; vous dépeint Baal, Jehovah, le dieu trinitaire d'aujourd'hui comme s'il avait vécu dans leur propre peau 1 .» C'est on 1892 seulement qu'il vint se fixer à Cempuis; mais depuis longtemps déjà il y était connu et apprécié. Plusieurs fois il y résida quelques jours. La plupart de ses excellents livres étaient entre les mains des élèves ou occupaient une place d'honneur dans la biblio- thèque. Dès l'origine on prit pour guide dans l'ensei- gnement des petites classes, son merveilleux ouvrage sur la méthode Frœbel. En 1892, 1893, 1894, M. Delon prit une part très active aux sessions pédagogiques instituées a Cempuis ; c'était le conférencier aimé des éducateurs venus là pour s'instruire. M. Paul Robin avait projeté de compléter Cempuis par une sorte d'école normale où se seraient formés les maîtres de l'enseignement nouveau, choisis en grande partie parmi ses anciens élèves. M. Ch. Delon devait 1. Notre capitale Paris, par Ch. Delon, préface do Léon Cladel. J6 CEMPU1S en être l'instructeur, le directeur. Malheureusement le départ de M. Robin empêcha la réalisation de cette idée, M. Delon collabora aux publications de rétablisse- ment, rédigea la plus grande partie du compte rendu des sessions, mais surtout dirigea l'instruction du per- sonnel des classes enfantines et maternelles, et donna aux élèves des leçons d'histoire... d'histoire telle qu'on la comprenait à Cempuis. M. Charles Delon est officier de l'Instruction publique. Ses ouvrages sont très nombreux et de premier ordre. Voici les principaux : La leçon de choses (Hachette, 1882). — Les paysans, histoire d'un village (1888, Orphelinat Prévost). — Notre Capitale, Paris (1888). — Cent récits ff histoire naturelle. — Cent tableaux de géographie pittoresque, 1889. — Les peuples de la terre. — Le cuivre et le bronze. — Le fer, la fonte et l'acier. — Mines et carrières. — Lectures expliquées. — Simples lectures préparant à l étude de V histoire. — Idylles enfantines. — Ma petite sœur Naïk, etc. M. Gh. Delon a collaboré en outre à de nombreuses publications pédagogiques, notamment au Manuel géné- ral de V enseignement primaire, à la Tribune des institu- teurs, etc. CHAPITRE II LA COÉDUGATION DES SEXES Conservant une division généralement adoptée en matière de pédagogie, nous envisagerons Cempuis au point de vue de l'éducation physique, de l'éducation intellectuelle et de l'éducation morale. Mais, imbu de cette idée, que tout se tient en matière d'éducation et forme «bloc», nous entendons bien que c'est là seule- ment un procédé méthodique, commode pour l'expo- sition. 11 est un point sur lequelnous insisterons immédiate- ment, avant son ordre, parce qu'il a été considéré comme la caractéristique de Cempuis, et qu'il a paru étrange, pour ne pas dire odieux. Ce n'est, à vrai dire, qu'un côté de l'éducation intégrale, d'une extrême importance sans doute, mais qui ne peut être séparé de l'ensemble : nous voulons parler de la coéducation des sexes 1 . 1. En 1880, aucune loi n'autorisait la coéducation des sexes. Les lois de 1884 n'en disent rien. Il faut donc savoir gré à M. Jules Ferry, alors ministre de l'Instruction publique et à M. Buisson, directeur de l'enseignement primaire, d'avoir libéra- lement toléré la tentative faite à Cempuis. La loi du 30 octobre 1886 contient l'article suivant, qui y fut introduit, un peu grâce à la réussite de l'expérience tentée à l'Orphelinat Prévost : « L'enseignement est donné par des insti- tuteurs dans les écoles de filles, dans les écoles maternelles, dans les écoles ou classes enfantines, dans les écoles mixtes. » « Dans les écoles de garçons, des femmes peuvent être admises 18 CEMPUIS Cempuis fut une grande famille où institutrices et instituteurs, garçons et filles, frères et sœurs, grands et petits, vivaient en commun, participant aux mêmes études et aux mêmes travaux, s'asseyant à la même table et partageant la même nourriture, ayant les mêmes récréations, les mêmes promenades, prenant part aux mêmes plaisirs et aux mêmes joies, menant en un mot la même existence. On aurait tort de croire toutefois que la coéducation des sexes est une chose si étrange et si absolument nouvelle que certaines personnes se l'imaginent. Elle a été expérimentée longtemps avant l'ouverture de l'Or- phelinat Prévost, dans une institution d'éducation très antique et fort connue, que Ton appelle... la famille. La nature réunit autour du même foyer des enfants d'âges divers, sans acception de sexe; et ce milieu, néanmoins, a toujours été considéré comme le milieu moral et moralisateur par excellence, comme l'école du véritable dévouement et des saines affections, à cette condition du moins que les éducateurs fussent eux- mêmes des êtres sains et moraux. Pourquoi ce qui est bon pour cinq ou dix enfants serait-il mauvais pour trente ou bien pour cent? Voilà ce qu'on peut se demander. Or Cempuis n'était pas autre chose qu'une famille sociétaire, en tout modelée sur la famille naturelle, mais à enseigner à titre d'adjointes, sous la condition d'être épouse, sœur ou parente en ligne directe du Directeur de l'école. » « Toutefois, le conseil départemental peut, à titre provisoire et par une décision toujours révocable : 1° permettre à un institu- teur de diriger une école mixte, â la condition qu'il lui soit adjoint une maîtresse de travaux de couture ; 2° autoriser des dérogations aux restrictions du second paragraphe du présent article. » (Tit. I, ch. i, art. 6.) LA C0ÉDCCAT10N DES 8EXES 19 sur une de ces familles où les mœurs sont pures et déli- cates sous la vigilance discrète d'un père et d'une mère capables de donnera la fois le précepte et l'exemple. Et cette tentative d'étendre au milieu social et général, et particulièrement à l'institution scolaire, cette condi- tion du régime familial, n'est pas non plus l'invention Bâtiment central de l'Orphelinat Prévost. plus ou moins hasardeuse, l'improvisation d'un esprit aventureux,[confiant dans sa théorie au point de risquer sur le vif une première expérience. L'éducation en commun des garçons et des filles n'est une nouveauté qu'en France... Etonnant pays que la France, pays où] lèvent bien des idées... Mais on ne les cueille -que lorsqu'elles ont fleuri ailleurs. Notre 20 CEMPUIS esprit national, si brillant et si avancé en théorie, est en pratique si routinier qu'il nous faut attendre que nos voisins aient accueilli une idée de progrès, l'aient largement et longtemps mise h l'épreuve, fait passer en courant usage, et en aient abondamment moissonné tous les premiers fruits, pour nous demander, bien timidement, si nous ne pourrions pas, nous aussi, essayer, oh! mais, dans un tout petit coin 1 !... C'est notre histoire en toute chose. La coéducation des deux sexes, objet d'étonnement et de suspicion chez nous, est depuis longtemps un fait constant, cou- rant, accepté universellement en Amérique. Et qu'on ne dise pas qu'en cela nos puînés d'Outre-Atlan- tique aient agi d'une manière téméraire, ou môme sim- plement bien précipitée, à l'Américaine ; non pas, tout au contraire. Ils ont procédé avec sagesse et avec pré- caution. Tous les éducateurs, tous les philosophes et les moralistes ont discuté la chose à fond; et quand, de la théorie, il s'est agi de passer h la pratique, on a con- duit l'expérimentation avec tous les ménagements, toutes les gradations, provoquant les enquêtes, contrô- lant sévèrement les informations, comparant les résul- tats à tous les points de vue ; on s'est avancé avec une certaine lenteur môme, ne risquant un pas en avant qu'après avoir pris point d'appui sur un terrain ferme et sûr. Ces faits ne sont pas arrivés à la connaissance du grand public, chez nous, où tant de journaux bourrés de bavardages et de petits potins ne trouvent pas une 1. Voir le travail de M. Paul Robin, sur l'Enseignement inté- gral (1870), et un article de M. Gaston Stiegler dans la Revue Socia- liste, mars 1895. LA COÉDUCATION DE8 SEXES 2l colonne pour la discussion sérieuse; ils ne sont pas restés inaperçus, cependant, dans le monde des éduca- teurs, des philosophes et des moralistes. Des auteurs en ont traité, dans des livres et des revues. L'Univer- sité elle-même et l'Administration en ont pris connais- sance. Il y a notamment un document très intéressant, très remarqué, plein de faits et qu'on ne saurait trop citer : c'est le Rapport officiel sur l'Instruction primaire à FExposition universelle de Philadelphie, par M. Fer- dinand Buisson, directeur de l'Enseignement primaire; pièce déjà vieille d'une vingtaine d'années, et dont l'au- torité n'a certainement pas été sans influence sur la création de l'Orphelinat mixte h Cempuis. « Parmi les particularités du régime scolaire amé- ricain, la plus célèbre en Europe et peut-être aussi la moins comprise est l'usage presque universel de donner en commun la môme éducation aux filles et aux gar- çons : c'est ce que les Américains ont appelé la coédu- cation des sexes. — L'école mixte, en Amérique, n'est pas un pis aller; elle est le type préféré 1 . » 11 y a, dit-on, des différences naturelles entre les deux sexes ; — soit ; il ne faut pas les exagérer artifi- ciellement. Les différences normales, voulues par la nature, conséquence des tempéraments et des fonctions, n'ont pas besoin de sauvegarde ; l'éducation commune ne peut avoir pour effet de les faire disparaître : le vou- lût-on, on n'y arriverait pas; et certes, on ne le cher- I. Rapport sur V instruction primaire à l'Exposition universelle de Philadelphie, par M. F. Buisson, ch. vi, p. 127. Voir en outre sur la question de la coéducation des sexes en Amérique : Paris en Amérique, de Laboulayk; le Rapport sur l'Instruction publique aux Etats-Unis (1864), de M. Hippeau, p. 110 à 114. 22 CEMPUIS chait pas à Cempuis. Mais cette exagération qui d'une diversité harmonieuse et heureuse fait une opposition tranchée et dure, un contraste hostile, cause de désu- nion profonde dans le milieu social et dans la famille, sème la défiance et constitue les deux sexes à l'état de guerre perpétuelle où les armes sont d'un côté, la violence et de l'autre, la ruse, cette opposition antinaturelle et immorale qu'ont portée à l'extrême les préjugés sociaux et religieux et qu'entretient soi- gneusement une éducation systématiquement sépara- tive et divergente; c'est elle qui doit disparaître, c'est elle que l'on combattait h Cempuis, elle que l'édu- cation en commun peut atténuer, puis détruire. La séparation des sexes dans la vie sociale et depuis l'enfance tend à faire des hommes brutaux et despotes, des femmes faibles et rusées. Nous pouvons en voir les résultats portés à l'extrême chez les hommes vivant entre eux, sans femmes, et les femmes vivant à part des hommes : d'un côté les soldats de profession et les marins, de l'autre les béguines... Et bien, vous en observez déjà de beaux commencements au lycée, d'un côté de la rue, et en face, au couvent. Deux êtres sortis de là, se rencontrant, ne peuvent raisonnablement pas faire autre chose que s'entre-dévorer... La préten- due union matrimoniale qui les enchaînera un jour ne pourra être, au fond, qu'une lutte sourde, une désunion radicale, un divorce d'âmes tempéré ou dissimulé pen- dant la courte trêve imposée par les attractions natu- relles, mais bientôt reprenant le dessus et séparant vio- lemment des êtres élevés pour se haïr. L'éducation en commun écarte ce danger factice. Avoir appris les mêmes choses sur les mêmes bancs, c'est être en voie de LA C0ÉDUCÀT10N DES SEXES 23 s'entendre. Les rapports journaliers, le rapprochement des enfants des deux sexes à l'école comme dans la famille adoucissent les contrastes, les harmonisent, les corrigent l'un par l'autre . Les garçons deviennent moins brusques, moins secs, plus délicats et plus gra- cieux; les jeunes fillettes plus franches d'allure et moins légères d'esprit, moins affectées de niaiseries, moins perdues dans les chiffons. Et d'ailleurs il n'y a pas deux sciences, deux vérités, une pour les hommes, et l'autre pour les femmes; il n'y en a qu'une seule pour tout le monde, qu'on peut connaître ou ignorer ; mais dès qu'on l'apprend à deux enfants, quel que soit leur sexe, on leur apprend néces- sairement la même chose. L'inégalité intellectuelle de l'homme et de la femme est encore, dans l'exagération qu'on y met, un pur pré- jugé ; et si tant est qu'elle ait quelque chose de réel, il faudrait l'attribuer h l'effet héréditaire d'une éduca- tion faite, de génération en génération, en raison même du préjugé. Et cela aussi est fort douteux, pour ne pas dire plus. « C'est un fait universellement attesté et qui, dans le cours de nos visites aux Etat-Unis et au Canada, nous a été cent fois confirmé de vive voix par les profes- seurs américains et étrangers, qu'il est impossible de découvrir une inégalité intellectuelle quelconque entre les enfants des deux sexes ; que, pour peu qu'on s'at- tache à les cultiver, les facultés de raisonnement n'ont pas plus de peine à éclore chez les filles que celles de l'imagination chez les garçons. « Habitués à vivre côte h côte, ils ne sont pas plus en danger que les frères et les sœurs dans la famille. r 24 CEMPUIS Moins on affecte de les séparer les uns des autres, moins il y a de mystères et par conséquent de curiosités inquiètes. Enfants, ils ne s'étonnent pas d'avoir en commun le travail et le jeu: adolescents, ils continuent de se trouver ensemble sans surprise et sans trouble ; ce commerce, aimable autant qu'innocent, ne leur étant pas nouveau, n'éveille pas chez eux d'émotions nou- velles. Ainsi se trouve résolu pour l'Américain, par la transition insensible de l'enfance à la jeunesse, un des plus graves problèmes de l'éducation morale. Ce pro- blème, chez d'autres peuples, ne se pose pas pendant la période scolaire; mais il se résout un peu après, avec plus de violence... Les Américains croient mieux faire en employant toute», l'enfance à conjurer cette heure d'orage, en prémunissant de bonne heure l'un et l'autre sexe contre les entraînements. « Nous nous sommes entendus citer vingt fois, aux Etats-Unis, ce mot de Jean-Paul : « La meilleure garantie de boune conduite, c'est l'éducation commune des deux sexes : deux garçons, dans une école, préserveront douze filles, et vice versa. Mais je ne garantis rien dans une école où il n'y aura que des filles, encore moins dans celle où il n'y aura que des garçons 1 .» — Il avait bien raison, ce brave Jean-Paul, de ne rien garantir: nous en savons tous quelque chose. En France, le problème n'est pas posé dans toute son étendue' 2 , puisque nulle part non plus qu'à l'orphe- 1. Rapport de M. Buisson, ch. x, p. 137 et suiv. 2. En 1889, M. Paul Robin fut invité par le Comité d'organisa- tion à prendre part au Congrès officiel international de 1 Ensei- gnement primaire, qui eut lieu à Paris du 11 au 16 août. Sur la S a. a o CJ .a r LA COÉDUCATION DES SEXES 27 linat Prévost, la coéducation des deux sexes n'est prolongée au-delà de la première adolescence avant la crise de l'âge, que rien dans cet établissement ne pro- deuxième question : Du rôle de la femme dans renseignement, il présenta le vœu suivant, qui fut repoussé à V unanimité : « Le Congrès émet le vœu : que sans aucune exception, toutes les fonctions de l'enseignement soient accessibles à tous les êtres humains sans distinction de sexe; que l'on travaille graduellement, avec prudence si Von vcut,mais sincèrement et activement, à rendre à tous les degrés, toutes les écoles, tous les cours mixtes, » Cette résolution était appuyée par ces considérants : Tant que l'église put régler, . sans conteste, les destinées du genre humain, son influence fit partout appliquer le fameux principe : diviser pour régner. C'était le seul moyen d'assurer la domination de l'erreur. Partout où, par la nature des choses, il existait une nuance, les institutions créèrent un abîme. Quelle distance, en effet, entre seigneurs et peuples, entre riches et pauvres. L'éducation officielle empirait sur l'état social : les garçons étaient livrés à des célibataires, les filles à des cloîtrées, dans des établissements fermés, et on les séparait par tailles et par âges. Or l'éducation réelle que donne la vie sociale normale est le résultat des influences exercées sur l'individu par l'ensemble des êtres avec lesquels il a affaire, vieux et jeunes, hommes et femmes, grands et petits. Dans un établissement basé non sur les préjugés métaphysiques, mais sur les réalités sociales, on doit faire effort pour réunir le plus possible ces éléments d'éducation. Cette vérité a toute l'apparence d'un axiome : la vie d'un groupe d'éducateurs collaborant à une même tâche doit être celle de braves gens actifs, affectueux, de bonne humeur et d'en- train, celle d'une grande famille de frères et de sœurs d'adop- tion où les éducateurs aux divers degrés jouent le rôle que remplissent dans la famille naturelle, frères et sœurs adultes, pères, mères, aïeuls. Supprimer l'un de ces éléments est lugubre dans la famille éducatnee comme dans la famille naturelle, plus encore, puisque la souffrance s'applique à un plus grand nombre d'êtres. Donc, à tous les degrés et dans tous les ordres, au nom de la meilleure éducation possible, l'école doit devenir mixte quant aux élèves et quant aux éducateurs. Ceci est, si possible, encore plus évident quant à l'instruction proprement dite : il ne peut ici être raisonnablement question du sexe des élèves et du professeur : les sciences, les langues, le dessin, la musique ne changent pas, suivant qu'ils sont enseignés par des hommes ou des femmes, à des garçons ou à des filles. C'est affaire de cerveau seulement, et l'enseignement doit être 28 CEMPUlS voquait avant l'heure, que tout au contraire, le régime physique et moral en entier, tendait à retarder jus- qu'au moment normal, tandis que d autre part la rai- son prend de l'empire 1 . Mais les Américains ont été plus hardis, si vous voulez, plus logiques. Ce n'est pas proportionné non au sexe ou à l'âge, mais à la capacité des auditeurs. 11 y a encore, chez un certain nombre d'hommes, un préjugé contre le manque d'énergie des femmes qui, pensent-ils, doit les écarter de certaines fonctions. Or nous avons tous connu des femmes énergiques et des hommes fort mous. Si la statistique, d'ailleurs difficile à établir, était encore, sous ce rapport, en faveur de l'homme, cela ne prouverait que fort peu, l'émancipation des femmes étani à peine à son aurore. Du reste, quelques-unes d'entre elles luttent pour la revendi- cation de leurs d roi Us avec une vigueur qui parfois même dépasse le but. Nous voulons partout les femmes à nos côtés, mais nous voulons partout être aux leurs. Nous ne voulons les chasser de nulle part, elles ne doivent jamais repousser notre collaboration. Notre union est indispensable à l'avenir de l'école comme à celui de la société; l'exclusion de l'un ou de l'autre est fatale partout. Que personne ne cherche à rétrécir cette grande question en prétendant déterminer a priori les cas où telle ou telle fonc- tion pourra être remplie par une femme, l'ne fonction doit être remplie par une personne capable; ou mieux encore, un en- semble de fonctions concourant au même but doit être rempli par un groupe capable ; et c'est tout ! La réunion constante des deux sexes et l'équivalence de leurs fonctions sociales est l'avenir heureusement inévitable vers lequel nous marchons à grands pas. Mille symptômes nous annoncent la réalisation très prochaine de celte large manière de voir : femmes bacheliers, docteurs, asssocialions .d'enseignement mixte en tout point, polytechnique, d'instruction élémentaire, de la jeunesse française,' etc..., examens et concours officiels mixtes : littérature enfantine plus ou moins officielle dont les récilscoutiennent inévitablement comme personnages des adultes et des enfants des deux sexes. Permettez-nous d'y ajouter avec fierté l'exemple donné par l'Orphelinat Prévost, où ces théories sont, sans aucune restric- tion, mises en pratique depuis neuf ans avec un parfait succès. Et le suprême argument, indiscutable ici, est la présence à ce congrès, sur le pied d'égalité, d'éducateurs et d'éducatrices de tous grades. » l. Sauf, si l'on veut, les cours des facultés, comme à la Sor- bonne, au Collège de France, et depuis quelques années à l'Aca- démie de médecine. LA COÉDUCAT10X DES SEXES 29 à renseignement primaire seul, mais à tous les degrés de renseignement, ce n'est pas à l'enfance seule, mais à la jeunesse même qu'ils ont étendu les conséquences du principe. Et l'expérience faite, ils n'ont pas eu de raison pour s'en repentir, ce qui les a décidés à con- tinuer. Les collèges, les universités, les écoles normales sont mixtes en grande partie 1 . Ailleurs, ce sont des établissements fondés seulement pour les jeunes gens et qui, exceptionnellement, admettent quelques jeunes filles ; le plus souvent, c'est le contraire : des écoles de jeunes filles parmi lesquelles on rencontre deux ou trois, ou cinq ou dix jeunes gens. On ne s'étonne point, là-bas, de ces choses. — Des enquêtes ont été faites, très sérieuses. « Les établissements mixtes de degré secondaire ou supérieur, dit encore M. F. Buis- son, furent tous passés en revue. Toutes les réponses s'accordèrent : non seulement il y avait unanimité dans les conclusions, mais des faits précis, des détails nombreux étaient allégués à l'appui de cette opinion par des hommes d'une incontestable expérience et placés dans des conditions très différentes. « Mais, dira-t-on, n'est-il pas probable que, dans de telles conditions, des attachements naissent? « Nous l'espérons bien ! répliquent nos Américains. Dans quelles circonstances des liaisons pour toute la vie pourraient-elles se former sous de meilleurs aus- pices' 2 ? » Voilà qui fera bondir telle mère française... la même qui pourtant compte sur les rencontres mondaines du \. Rapport de M. Buisson, ch. vi, p. 137 etsuiv. 2. Rapport de M. Buisson, t'6ïrf. 30 CEMPUIB b:ilou du tlu'àtrc pour marier sa jeune fille... Et il le faut bien, puisqu'il n'y a pas d'autres occasions, chez nous, de s'entrevoir. L'idée américaine nous parait plus sage, et au fond moins osée, moins hasardeuse. « La plupart des liaisons qui mènent au mariage, dit le D r Fairchild, président du plus ancien et d'un des plus grands collèges mixtes, celui d'Oberlin (Ohio) se forment entre seize et vingt-quatre ans, et c'est la période des études en commun. Ce serait donc une chose contre nature si de telles liaisons ne se formaient pas entre nos élèves. Mais là n'est pas la question. Ce qu'il serait raisonnable de demander, c'est si ces liai- sons, si ces engagements mutuels qui les suivent pourraient être contractés dans des conditions plus favorables, dans des circonslances offrant plus de choix réfléchi, et par conséquent de bonheur dans le mariage 1 . » « Est-ce à dire que maîtres et parents soient dispen- sés de toute surveillance et n'aient qu'à fermer les yeux? Les Américains eux-mêmes ne le soutiendraient pas. Mais, sans nier la nécessité du contrôle extérieur, ils comptent beaucoup plus sur le contrôle du soi par soi. En toute sincérité, c'est à cette vie en commun, c'est à cette liberté d'allure, établie dès le bas-àge, c'est enfin à ce qui, en apparence... constituerait le danger, que les Américains attribuent la plus grande efficacité pour préserver leurs enfants 2 . » « Des rencontres fortuites, à la dérobée, à longs intcr- 1. Rapport de M. Buisson, ch. vi, p. 147 et suiv. 2. Rapport de M. Buisson, p. 130. LA COÉDUCATION DES SEXES Zi valles, entre jeunes gens et jeunes filles, auraient de bien plus graves inconvénients que leur constante et régulière réunion aux mêmes heures et dans les mômes cours. » Sans doute; car l'un des plus grands dangers à cet égard, c'est de se faire réciproquement, l'un sur l'autre, des illusions romanesques qui peuvent amener à un choix inconsidéré suivi des plus cruelles désillu- sions. Or, se connaître, se voir journellement, dans la pratique de la vie courante et dans l'accomplissement des devoirs ordinaires, est bien la chose la plus propre h prévenir les engoûments irréfléchis. Toutes ces conclusions sont de la vraie sagesse, de cette sagesse qui ne s'effraie point de heurter certaines idées reçues, mais qui se fonde sur des raisonnements sérieux el sur l'expérience répétée de longues années. A moins de supposer que la nature humaine est complètement autre en Amérique que dans le reste du monde, comme le dit si judicieusement M. Buisson 2 , il faut bien admettre que les premières difficultés créées par le préjugé même étant écartées, cette coutume n'aurait pas plus d'inconvénients chez nous que chez les Américains. Et encore si ceux qui prétendent que ce qui est bon aux États-Unis est mauvais en France pouvaient arguer d'une différence de latitude, peut- être pourrait-on discuter : mais c'est une différence de longitude qui est en cause ! « Observons enfin que les Anglais ont déjà accueilli, jusqu'à une certaine limite du moins dans plusieurs de leurs institutions publiques, telles par exemple que l'University Collège à Londres, l'idée américaine de la 1. Rapport cité, ch. vi. 32 CEMPUIS coéducation, et ne s'en sont pas trouvés plus mal, au contraire '. » Les Hollandais ont, depuis longtemps, des établisse- ments d'éducation où tilles et garçons font en commun leurs études. Enfin les Belges, récemment, ont fondé un orphelinat mixte sur le modèle de celui de Cem- puis 2 . « Mais du moins, objectera-t-on encore, n'est-il pas à craindre que dans ce contact journalier avec des jeunes gens, et d'autre part soumise au môme régime intellec- tuel, recevant les mêmesleçons, la jeune fille ne prenne, même innocemment, des allures un peu masculines, en opposition avec la grâce et la modestie qui font l'or- nement de son sexe? — C'est encore l'expérience qui va répondre. Et tout justement l'effet de l'éducation en commun a été d'inspirer aux jeunes filles, au lieu d'airs pédants et hardis, une modestie, une réserve, une tenue féminine, sans lesquelles, elles le sentent bien, elles perdraient tout leur prestige aux yeux de leurs jeunes compagnons d'études 3 . » « Un autre effet de ce même sentiment est de susciter entre jeunes gens et jeunes filles une émulation qui tourne au profit de leurs études, aucun des deux sexes ne voulant se laisser convaincre d'infériorité. — Or cette même émulation se fait sentir non pas seulement à cet âge dont nous parlons, mais bien avant, entre garçonnets et fillettes de l'école primaire. A leur insu, les deux groupes réagissent l'un sur l'autre, se pro- t . Rapport cité, ch. vi. 2. Société coopérative de l'Orphelinat rationaliste.— Président: M. Deluc, 78, rue de la Croix, à Bruxelles; secrétaire : M. Chas- saing, 180, rue du Collège, Bruxelles. 3. Rapport cité, ch. vi. LA COÉDLCATION DES SEXES 33 voquent à l'étude, se stimulent, s'entretiennent sans effort dans une sorte de rivalité permanente qui ajoute à tous les effets de l'émulation individuelle ceux de l'émulation collective bien plus difficile à créer 1 . » — Et l'on peut ajouter, bien plus saine, bien plus morale que l'émulation individuelle, qui tourne si facilement à l'envie 2 . Par cette réflexion, qui nous ramène jusqu'au jeune âge et à l'école primaire, nous rentrons d'une façon toute naturelle dans notre sujet spécial et dans l'exa- men particulier des résultats obtenus à l'Orphelinat Prévost. L'expérience de quatorze années faites à Cempuis a eu des résultats qui confirment absolument les observa- tions faites en Amérique, elles conclusions de M. Buis- son; non seulement au point de vue de la moralité, mais encore au point de vue de l'enseignement, la nature humaine ne s'est pas montrée h l'Orphelinat Prévost attire qu'en Amérique. Ce qui frappait les visiteurs à Cempuis et les per- sonnes qui y séjournaient, c'était le visage réjoui, la mine éveillée, la franchise de l'allure et du regard des enfants, fillettes et garçons, c'était leur air de bonté, d'honnêteté, de loyauté, attestant la parfaite sérénité de leurs mœurs 3 . 1. Rapport cité, ch. vi. 2. Voir ailleurs, passim, l'idée dominante à Cempuis sur les prétendus bienfaits de l'émulation. 3. « Nous avons été frappés, mon collègue (M. Napias, aujour- d'hui Directeur de l'assistance publique), et moi, de la bonne mine, de l'attitude naturelle et franche des élèves, de la fraîcheur de leur teint, de leurs figures ouvertes et souriantes. Ils ont plaisir à vous regarder bien en face et sont heureux et contents quand on vient s'entretenir avec eux. Ils ne sont pas plus surpris 3 34 CEMPUIS A l'égard de l'égalité intellectuelle entre les deux sexes, dans la limite où il a été possible d'observer, c'est-à-dire entre cinq et seize ans, la conclusion con- corde avec celle que Ton a faite de l'autre côté de l'Atlantique. En examinant scrupuleusement, les édu- cateurs de Cempuis crurent apercevoir une faible diffé- rence d'un côté, puis de l'autre. En somme oscillation légère et finalement, en toutes choses, balance 1 . Mais, répétons-le, il faut envisager la coéducation des sexes dans l'ensemble; il faut placer ce puissant facteur moral qui lit l'originalité de Cempuis dans le programme tout entier, dans l'organisation tout entière de cet établissement d'enseignement intégral. M. Paul Robin et ses collaborateurs s'évertuaient à assurer chez tous les enfants l'équilibre musculaire et cérébral, par l'alternance fréquente et raisonnée des exercices du corps, des jeux, des travaux d'atelier, d'agriculture et de jardinage, des études classiques rendues attrayantes, des récréations artistiques, etc. La chasteté des sens et de l'esprit qu'ils obtenaient n'était pas due à la coéducation des sexes seulement ; elle se rattachait à tout un ensemble de saines habitudes, de se trouver ensemble, garçons et filles, que ne le sont nos enfants et les enfants de nos amis, ou des frères et sœurs jouant entre eux. » (Rapport au ministre de M. Jost, décembre 1892.) « J'ai vu surtout, et c'est sur ce point qu'ont porté mes observa- tions les plus attentives, —je diraimème les plus anxieuses, — des enfants des deux sexes vivânten commun et paraissant dénués de toute curiosité malsaine, de toute attirance inquiétante, paraissant s'ignorer eux-mêmes et ignorer leurs camarades de l'autre sexe. Je n'ai aperçu ni deviné aucune gaminerie... J'affirme que rien dans la tenue des enfants, dans leurs gestes, dans leurs regards, dans leurs sourires ne permet de soupçonner. » (M mB Pauline Kergomard, novembre 1892, Rapport au ministre.) 1. L'Education intégrale, n° 6, novembre-décembre 1892; — n° 1, janvier-février 1893 ; — n° 2, 1 er mars 1895, Ch. Delon. LA COÉDUCATION DES SEXES 35 essentiellement préservatrices, de sobriété, de régula- rité, de vie laborieuse et normale dans un milieu nor- mal, de goûts moralisateurs pour les plaisirs délicats et les distractions intelligentes. Cette grande variété d'occupations utiles et agréables, 'qui met en mouvement toutes les forces vives de l'en- fant, prévient une foule de fautes, de chutes morales, auxquelles ne peut que difficilement échapper celui dont le corps est affaibli, énervé par l'insuffisance de soins hygiénique* ou d'exercices physiques, tandis que le cerveau est surexcité par une activité manquant de régulateur pour l'équilibrer. CHAPITRE III ÉDUCATION PHYSIQUE 1. La préoccupation principale, constante, des édu- cateurs de Cempuis, fut l'hygiène. S'il est, en effet, une chose capitale et primordiale, c'est la santé, la santé organique sans laquelle il n'y a pas de santé morale ni d'équilibre intellectuel possible : elle man- quant, l'édifice pèche par la base, tout s'écroule... La première chose en éducation, a dit Herbert Spencer, c'est dese bien porter ; et déjà la sagesse antique avait formulé le même axiome dans un mot pittoresque : primum vivere, deinde philosophari : vivre avant de philosopher. 11 va sans dire que partout, à Cempuis, l'air et la lumière pénétrent h flots : dortoirs, réfectoires, classes, ateliers, etc., tous les locaux, autant que leur disposition le permet, sont le plus largement possible aérés et éclairés. Des mesures hygiéniques minutieuses sont prises et l'observance de la plus scrupuleuse pro- preté est exigée dans le nettoyage des locaux, nettoyage que les enfants font eux-mêmes, aidés par les adultes. Au reste, un des soucis des éducateurs de Cempuis était de n'avoir pas pour leurs élèves toutes les belles et vastes installations que possèdent aujourd'hui un certain nombre d'établissements scolaires. Ils y sup- ÉDUCATION PHYSIQUE 37 pléaient par une active surveillance et tâchaient de faire vivre leurs enfants le plus possible au grand air. Jamais de séjour prolongé dans les locaux : de l'air à profusion. Tous, et les petits surtout, passent la majeure partie de leur journée dans le parc ou dans les champs; quand le temps "le permet, la classe elle- *l w : "tl Bassin de natation de l'Orphelinat Prévost. même se fait au bois, dans les jardins, dans les champs, par un beau soleil, sous le ciel bleu. Réveillés au son du clairon de bon matin, k cinq heures, les enfants, à peine debout, passent aux lava- bos. A Cempuis, où tout appartient h tous, le lavabo est, avec naturellement la lingerie, le seul endroit où la propriété individuelle se fait forcément sentir : chaque enfant possède terrine, savon, petit sac h main en 38 CEMPCIS étoffe spongieuse pour le lavage de la ligure, brosse à tête, timbale, brosse à dents; les fillettes avaient, en plus, un démêloir, un peigne fin, une brosse à peigne. Dès le lever, l'enfant procédait à sa toilette : lavage à l'eau fraîche, de la tète, du torse, du cou, de la bouche, des dents et des mains. Là, surtout, se fai- saient sentir les bons effets d'une organisation tou- chante, dont nous aurons a reparler : celle des petits papas et des petites mamans '. Chaque grand élève veillait h la propreté d'un petit et l'aidait dans sa toi- lette. On ne descend pas du dortoir sans avoir retourné et exposé à l'air les draps et les matelas. Dans les internats, surtout lorsqu'ils sont peuplés d'orphelins, le rôle à remplir par les éducateurs doit ôtre avant tout celui de tendres pères et mères de famille, remplaçant les parents absents. Ces idées sont bien loin d'être généralement admises et appliquées; il existe encore un trop grand nombre d'instituteurs et d'institutrices à tendances aristocra- tiques qui croient déroger en s'occupant de la pro- preté réelle et non apparente et superficielle des enfants qui leur sont confiés; qui trouvent au-dessous de leur dignité de veiller et de travailler à la propreté minu- tieuse de la tête, des pieds, de tout le corps de l'en- fant, de le faire moucher ou de le moucher au besoin, 1. « J'insiste. J'explique de nouveau que chaque grand est chargé d'un enfant du môme sexe que lui, parce que ce système est dénaturé dans les journaux hostiles. Peut être aurait-if mi eux valu employer les noms de « frère et sœur », au lieu de « papa et maman »... « Mais les personnes de bonne foi ne pensent pas toujours assez tôt à se mettre en garde contre les malveillants. » (M mc P. Kergomard, Rapport au ministre.) ÉDUCATION PHYSIQUE 39 de lui faire couper ou de lui couper eux-mêmes les ongles des pieds et des mains, pour ne citer que ces exemples entre tant d'autres. Ceux qui trouvent répugnant de donner leurs soins à celte partie primordiale de l'éducation de l'enfance sont indignes du beau nom d'éducateurs, et il serait désirable, dans l'intérêt de l'enfance, de ne pas la leur confier. Bien avant de rechercher si un enfant possède des connaissances officiellement réputées plus ou moins indispensables, avant de s'informer s'il sait bien lire, écrire sans fautes d'orthographe, s'il connaît la série des rois, des batailles et des traités, il faut savoir s'il a acquis le sentiment de la propreté individuelle et de l'ordre qui doivent lui assurer la santé, le bien-être, les premières jouissances de la vie. L'enfant aux habits duquel il manque des boutons, dont les bas tombent sur les pieds, dont les souliers sont mal assujettis, dont la tête, les yeux, le nez, la bouche, les mains, les pieds sont malpropres, peut-il jouir de la plénitude de sa santé? Peut-il éprouver le bien-être indispensable pour le disposer convenable- ment aux jeux, aux petits travaux et aux premières études en rapport avec son âge? Non, certes! L'enfant, mal guidé, mal surveillé à ce point de vue, s'habitue à son malaise et se trouve dépourvu du légitime senti- ment de bien-être individuel ; il manque et manquera plus tard dans la vie du ressort physique et mental indispensable pour lui faire accomplir les efforts néces- saires au prix desquels il pourra seulement assurer son existence et son bonheur. Sans cesse, M. Paul Robin, dans des entretiens parti- 40 CEMPLIS culiers, dans les réunions générales, enseignait ces idées à ses instituteurs et institutrices et aux grands élèves. Voici, du reste, le résumé des prescriptions qu'il donnait à son personnel d'éducateurs pour les visites ou inspec- tions quotidiennes d'hygiène et de propreté : examiner les mains, la bouche, les dents, les commissures des lèvres, le nez, les yeux, les cils, le cou, les oreilles, la tète, les pieds; veiller à la bonne répartition des aliments, à la propreté dans la ma- nière de les manger, ne rien laisser absorber entre les repas pour éviter la fatigue de l'estomac, etc. ; s'assu- rer chaque jour, et surtout pour les petits, que l'évacuation quoti- dienne a eu lieu; veiller à ce que les bas soient bien tendus, les jar- retières bien étalées, fi ce que les souliers soient souples et luisants, les galoches huilées, à ce qu'entin chaque élève ait ses cordons de chaussures toujours bien au com- plet, ses bretelles en état avec bou- cles et pattes, ses vêtements toujours propres et sans déchirures et les poches vides de tous les objets inutiles ou dangereux que les enfants ont l'habitude d'y emmagasiner. Et tous ces conseils étaient accompagnés de détails de la plus extrême minutie. M. Robin ne craignait pas d'insister sur des choses qui peuvent paraître puériles et prêter à rire, mais qui, quand on y réfléchit, sont de la plus grande importance. Élève de Cempuis (Costume d'été.) .s ÉDUCATION PHYSIQUE 43 Lorsqu'un petit enfant bien stylé, tout joyeux, venait spontanément faire vérifier qu'il se portait bien, qu'il avait chaud aux mains, qu'il était propre et sans déchi- rures à ses habits, que son nez était sec, ses dents bien lavées, qu'il ne lui manquait aucun bouton, que les cordons dé ses chaussures étaient bien attachés, qu'il n'avait perdu ni mouchoir, ni mitaines, etc., il était félicité par ses maîtres tout comme s'il avait brillam- ment répondu aux interrogations de la classe ou comme s'il avait < xécuté un travail soigné à l'atelier. Voici comment se faisait, pour les petits enfants, la visite de propreté, qui avait lieu immédiatement après le lever. On y procédait avec méthode. Les enfants sont disposés sur un rang; la maîtresse, passant devant le rang, comme pour une revue, exa- mine successivement chaque élève, tout d'abord pour la tête : elle vérifie si la chevelure est propre et en ordre, s'il n'y a pas trace d'envahissement de para- sites; faisant pencher alternativement la tète à droite et à gauche, elle regarde si les oreilles ont été bien nettoyées, au dehors, dans le conduit auditif, derrière le pavillon; elle constate si le cou est bien lavé, en arrière et sur les côtés, en avant enfin, en faisant pencher la tète de l'enfant en arrière. En môme temps elle constate si l'ablution du visage a été faite convenable- ment, si les narines sont en état de propreté, enfin si les yeux sont bien nettoyés, ne sont pas chassieux, si les paupières ne sont pas rouges, surtout par les temps de froid. Une cuvette, un broc d'eau fraîche, des éponges, des serviettes sont sous la main, tout enfant dont la toilette du visage et de la tète n'est pas bien faite, sera obligé de faire un supplément de nettoyage 44 CEMPUIS séance tenante, avec l'aide de la maîtresse autant qu'il est nécessaire, "surtout pour les plus petits. L'institu- trice note ceux qui ne sont pas bien tenus, pour en faire l'observation, non seulement à l'enfant lui-même, mais encore et surtout à son petit père, si c'est un petit garçon, à sa petite mère, si c'est une fillette. La tournée des tiMes achevées jus- qu'au bout du rang, la maîtresse revient sur la ligne en faisant l'ins- pection des mains : elle exige que les mains, les poignets, les avant- bras soient bien lavés, fait relever la manche au besoin ; elle regarde si les ongles sont propres et bien taillés. En môme temps elle ins- pecte les vêtements dans l'ensem- ble, prenant note de ceux qui sont salis, ou trop usés, ou déchirés, aux- quels il manque des boutons, etc., ou bien qui ne sont pas bien pro- portionnés à la taille de l'enfant. Elle constate si les pantalons, les bas ne tombent pas; elle fait repla- cer les bretelles et les jarretières mal mises. A un signal donné, les petits relèvent leur blouse de manière à découvrir l'ex- trémité des bretelles; à un autre signal, ils relèvent le bas de leur pantalon jusqu'au-dessus du genou : un coup d'œil suffit pour s'assurer que tout est en ordre. . Le troisième et dernier tour est consacré à l'inspec- tion des chaussures ; on regarde d'abord par devant, si tous les cordons sont bien attachés ; on fait renouer Fillette de Cempuis. (Costume d'été.) ÉDUCATION PHYSIQOE 15 ceux qui sont en désordre. Alors les enfants font demi- tour et relèvent en arrière le pied droit : un coup d'œil suffit pour constater si les semelles ne sont pas en mauvais état; puis, à un nouveau signal, tous lèvent de même le pied gauche. L'ensemble de la visite, dans les cas ordinaires, doit durer de dix à quinze minutes environ. Elles ne sont pas perdues. Pendant cette inspection qui porte sur l'hygiène autant que sur la propreté, l'institutrice note sur son calepin : 1° les enfants qui ont les vêtements, chaus- sures, etc., endommagés ou hors de mesure; une cou- turière, présente à la visite, exécute, séance tenante, les petites réparations urgentes et qui ne nécessitent qu'un instant; les enfants dont les vêtements sont plus grièvement endommagés ou sont disproportionnés de taille seront conduits à la lingerie, à l'heure réglemen- taire, pour qu'on leur répare ou échange ces pièces du costume; 2° les enfants qui ont de petits bobos, écor- chures, boutons, rougeurs, lèvres gercées, éruptions, orgelets, etc., pour les envoyer à l'infirmerie, à l'heure désignée, pour recevoir les menus soins de l'infir- mière. Elle s'informe si quelque enfant est enrhumé du cerveau, ou de la gorge; l'hiver, surtout, elle note les enfants dont les mains présentent des signes pré- curseurs de gerçures ou d'engelures, prend soin que ceux-ci aient leurs mitaines. Elle saura qu'elle doit envoyer de môme, chaque jour, à l'heure réglemen- taire, les enfants qui souffrent de ces petites maladies, prendre à la pharmacie les remèdes ou les pansements nécessaires, jusqu'à complète guérison, et de même 46 CEMPCIS ceux qui ont besoin de soins préventifs pour éviter les atteintes de ces mômes petits maux. C'est enfin à celle heure de la visite que les enfants eux-mêmes doivent se plaindre, s'il y a lieu, des petits inconvénients dont ils pourraient souffrir, afin qu'on y porte remède, et des incommodités que pourraient pré- senter leurs vêtements, par exemple d'une chemise trop étroite, d'une bretelle trop longue ou trop courte, d'une insuffisance de couverture, s'ils ont eu froid dans la nuit, etc. ! . Une telle minutie indispensable avec les petits n'avait plus sa raison d'être avec les plus grands élèves, qui, habitués dès l'âge le plus tendre au bien-être phy- sique, éprouvaient spontanément le besoin de le recher- cher. Néanmoins tous les enfants de Gempuis étaient soumis à de fréquentes inspections, qui, pour n'être pas aussi minutieuses, étaient cependant d'une extrême importance. M. et M mc Robin, les instituteurs et insti- tutrices, veillaient à l'observance des sages prescrip- tions sur lesquelles nous nous sommes étendus plus haut. En classe, h l'atelier, on apportait les mêmes soins à veiller sur la santé des enfants jusqu'en des points pouvant paraître inutiles ou indifférents à certains édu- cateurs 2 . 11. 11 va sans dire que le matériel scolaire élait 1. Voir sur ce sujet V Education intégrale, n° 2, 1891: Codes côtés du rôle d'éducateur; et les Fêtes pédagogiques, 1 er volume, p. 333. 2. On rappelait notamment aux enfants qui avaient la funeste habitude de se ronger les ongles qu'il ne fallait pas le faire, en leur mettant au cou un morceau de corne attaché à une ficelle, qui servait d'instrument obsesseur. ÉDUCATION PHYSIQUE 47 au courant des idées scientifiques modernes. Les bancs- tables des classes étaient construits sur le modèle théo- rique très étudié du D r Liebreich, qui permet une excellente tenue 1 . Mais, même avec un bon mobilier, les mauvaises habitudes qu'on laisse prendre ou qu'on communique h l'enfant sont telles qu'il arrive à s'y mal tenir, de même d'ailleurs que certains arrivent à avoir une tenue fort passable avec un mauvais mobi- lier. A Gempuis on conseillait aux enfants de se tenir le corps tou- jours droit, les reins appuyés au dossier du banc, la tête peu penchée en avant, les bras pen- dant dans la position naturelle, les poignets sur la table, jamais les coudes, et pas de bras croisés 2 qui compriment le cœur et les poumons, créant ou développant ainsi les maladies de ces précieux organes. Si Ton n'y veille pas, les enfants, pour écrire, se calent sur le coude gauche, penchant la tête à gauche, rendant l'œil gauche myope, l'œil droit inactif (asthé- nope) ; tendant à courber la colonne vertébrale, d'où résulte la déformation nommée scoliose*. M. Truphème, 4 Bulletin de l'Orphelinat Prévost, n°4, 1890. Article : Bien assis avec figures cotées. 2. A Paris, dans les écoles communales, on exige des enfants, les bras croisés pendant les leçons ou les interrogations. C'est une règle sans exception, croyons-nous. 3. C'est la tenue indiquée par un grand nombre de méthodes d'écriture. Élève de Cempuis. ( Costume d'hiver. ) 1 48 CKMPU1S sans penser à mal, a, dans un beau tableau, immorta- lisé cette abominable tenue; et il y a encore des maîtres qui la considèrent comme normale. Après les avis si souvent répétés des savants hygiénistes, cette ignorance est simplement criminelle dans ses résultats. L'écriture droite, sur papier droit, permettant de tenir le corps droit, était la règle adoptée àCcmpuis. III. Le vêtement était d'une grande simplicité, sou- ple et non sans élégance. Les garçons portaient le pantalon court et la blouse à ceinture; le tout en étoffe bleue très légère Tété; l'hiver la culotte de drap bleu et la vareuse de drap noir à ceinture, les bas foncés; comme coiffure le béret, non point le lourd bé- ret béarnais, feutré en une seule pièce, mais le léger bé- ret de drap bleu très souple et dont le modèle fut pour la première fois porté à Cem- puis (1882) 1 . L'hiver les gar- çons avaient en plus, pour les sorties, une pèlerine à capuchon. Dans son ensemble, le vêtement des fillettes présen- tait un joli modèle de costume marin : jupe courte froncée, très ample; blouse flottante maintenue juste au-dessous de la taille par une ceinture peu serrée. La Fillette de Ceinpuis. (Costume d'hiver.) 4. Voir Fêtes pédagogiques, I er volume, p. 93. ÉDUCATION PHYSIQUE 49 jupe de drap bleu, détachée, laissait à découvert un court pantalon de môme étoffe terminé par un élastique au-dessous du genou, formant avec la blouse un ravis- sant costume de gymnaste ou de cycliste. L'hiver un manteau à capuchon complétait le vêtement. IV. V alimentation était abondante, simple, un peu rustique, variée cependant. Les heures des repas étaient réglées; trois repas par jour, à sept heures et demie, à midi et à six heures du soir. Le déjeuner se composait d'une abondante soupe (le plus souvent au lait), ou de purée de gruau d'avoine d'Ecosse (scotch oatmeal) 1 , ou enfin d'une pré- paration au cacao Van Houten. Le diner comprenait, chaque jour, soupe, viande et légumes (pot-au-feu trois fois par semaine); le sou- per, viande et légumes. Presqu'à chaque repas dessert. Le pain était donné à discrétion. Comme boisson le cidre, breuvage du pays, et mieux encore le bon, l'excel- lent coco. Les légumes 2 fournis aux enfants en grande partie par les jardins de l'établissement étaient frais et abondants : pommes de terre, fèves vertes, pois, hari- cots, salades diverses, etc. Ajoutons les légumes secs et le riz; prunes, pommes, poires, étaient données en quantité suffisante et venaient à la fin du repas réjouir tout ce petit monde. Des fromages faits à la ferme, du beurre, des œufs, des fraises et des cerises récoltées 1. Faute d'en trouveren France, on faisait venir le scotch oatmeal directement d'Ecosse. 2. Pendant six mois environ, on fit avec les élèves qui le voulaient bien une expérience d'alimentation végétarienne. Gênée par les préjugés, cette expérience fut abandonnée sans avoir donné de résultats probants. 4 50 CEMPU1S dans le bois et les jardins de la propriété par les élèves eux-mêmes, de la charcuterie et du jambon préparés à la maison, variaient encore les repas. Au réfectoire se retrouvait toute la communauté. Les tables étaient de douze élèves et de deux grandes per- sonnes au moins ; un grand à côté d'un petit, une petite à côté d'une grande, filles et garçons, petits Creusement de la piscine par les élevés de Cempuis. papas et petites mamans veillant avec soin sur les bébés qu'on leur confiait. Et la, comme partout ailleurs dans rétablissement, nulle contrainte ; point de ce silence morne des sémi- naires et des couvents. La causerie, sur toutes choses, sur le travail entrepris, sur les jeux de tout à l'heure, sur la prochaine fête ou la future excursion. ÉDUCATION PHYSIQUE 51 On excluait généralement de l'alimentation les exci- tants ; pas de vin, pas de café, sauf exceptions moti- vées. V. En dehors des bains de propreté (sponging bath). Tété, les enfants prenaient trois fois par semaine des bains dans une piscine de 120 mètres cubes, dont l'eau était souvent renouvelée et salée au sel marin. Tous les enfants de dix à douze ans ayant passé à l'orphelinat une couple d'étés savaient nager et deve- naient bien vite les professeurs de natation d'un groupe de deux ou trois nouveaux venus. Les maîtres nageurs généralement faisaient baigner tous leurs élèves avant de se baigner eux-mêmes. Du haut d'une passerelle ils soutenaient le moins possible les plus craintifs à l'aide d'une corde passée sous les aisselles; mais, la plupart des débutants, entraînés par l'exemple, se lançaient sans aide et résolument dans l'eau à 2 m ,30 de profon- deur, faisant de leur mieux quelques brasses ; quand cela devenait nécessaire, le maître nageur tendait h son élève une perche que celui-ci devait prendre par le bout, d'une main seulement, en continuant ses efforts. Le spectacle le plus réjouissant était de voir ensuite une cinquantaine de bons nageurs, grands garçons et jeunes filles, s'ébattre avec la plus belle gaité dans le bassin de natation creusé il y a une quinzaine d'an- nées par leurs aînés. Un véritable tableau vivant de tritons et de naïades, une belle apothéose des exer- cices physiques 1 . Ce fut un déchaînement dans la presse quand on connut ces bains en commun. Et cependant ne voit-on 1. L'Éducation intégrale, n° 2, 1894, article « Nager ». 52 CEMPUIS pas sur toutes les plages, les enfants des familles bour- geoises, garçons et fillettes, se baigner ensemble avec ou devant leurs parents et danser en rond dans la vague? Ce qui est correct au Tréport ou à Trou ville, à Paramé ou à Etretat, était sans doute d'une extrême inconvenance dans le bassin de natation de Gempuis, où les enfants s'ébattaient bruyamment sous les yeux de leurs instituteurs et institutrices ; serait-ce parce que c'était de l'eau douce ! Une baignade à Gempuis. Au reste, les enfants de Cempuis se montraient tou- jours corrects, puisqu'à l'instar des plus riches bour- geois, ils villégiaturaient à Mers-les-Bains (Somme) et y prenaient des bains en commun. VI. Eté comme hiver, tout le monde était nu- ÉDUCATION PHYSIQUE 53 tête à l'extérieur comme à l'intérieur; pour les prome- nades hors de rétablissement, le léger béret seulement; un chapeau de paille en été servait à garantir des ardeurs du soleil dans les travaux en plein air. Point de cache-nez, et sauf les cas exceptionnels, pas de ces emmitoufflemenls de la tête et du cou qui procurent ou favorisent refroidissements, rhumes, bronchites, etc. Les garçons portaient les cheveux ras, coupés à la tondeuse d'ordonnance. Les fillettes conservaient les cheveux longs. Vil. La journée d'un orphelin de Cempuis était divisée par des récréations au grand air, dans le bois, le parc ou la cour. Les enfants absolument libres dans ces vastes espaces se livraient aux jeux de leur âge, à cette gymnastique naturelle qui consiste a grimper, courir, sauter, à se mouvoir sans autre impulsion que celle de l'attrait du mouvement, sans autre règle que l'instinct et la fantaisie. On facilitait, on encourageait ce libre exercice en plein air ; les enfants avaient à leur disposition, constamment, des jeux variés et nom- breux : sautoir, cerceaux, jeux de tonneau, d'anneau, passe-boules, balles, ballons, cerf-volant, des échasses en quantité, quilles, une boule et un cylindre sur les- quels la plupart d'entre eux montaient habilement, des cordes, des raquettes, des jeux de grâce, jeux de croquet, etc. VIII. A cette gymnastique naturelle on ajoutait la gymnastique scolaire artificielle. Les élèves, à partir de l'école primaire, étaient divi- sés en quatre sections, composées en tenant compte de la force et du degré d'instruction, plutôt que de l'âge et de la taille. Les filles y étaient comprises 54 CEMPC1S comme les garçons, et elles prenaient part aux mêmes exercices, mêlées dans les groupes d'exécutants; la gymnastique des mouvements d'ensemble est de telle nature qu'elle convient également h l'un et à l'autre sexe ; il y a cependant une exception à faire à l'égard de certains exercices plus violents que les autres. En dehors de cette restriction, le mélange des enfants des deux sexes dans les exercices de mouvements d'ensemble n'offrait aucun inconvénient et avait de nombreux avantages. 11 n'y avait pas jusqu'à l'aspect des exercices qui n'y gagnait en intérêt, en pitto- resque et en grâce. C'était charmant de voir ainsi manœuvrer tout ce petit monde, les chevelures nouées de rubans et les robes courtes, parmi les têtes tondues et les blouses à ceinture. Chacune de ces sections était en outre, pour la com- modité de renseignement, divisée en deux escouades. Enfin, les élèves les plus instruits qui remplissaient les fonctions de moniteurs étaient souvent exercés à part, et spécialement en vue de leurs fonctions. C'étaient eux qui, d'une façon générale, et chacun à leur tour, com- mandaient les exercices des escouades, sous la direc- tion du professeur, et avec son intervention autant qu'il était nécessaire 1 . De cette façon, le professeur était suppléé dans certaines de ses fonctions, à un moment donné, près d'un groupe d'élèves, et pouvait s'occuper d'un autre groupe, ce qui épargnait du temps. Les élèves exécutaient soit des mouvements de déve- loppement et d'assouplissement à mains libres ou avec instruments : engins légers ou lourds, barres à sphères 1. Fêtes pédagogiques, I er volume, p. 316 à 330. Gymnastique, Ch. Delon. ÉDUCATION PHYSIQUE 55 ou haltères, soit des mouvements d'ordre, des aligne- ments, des évolutions, des marches, etc. Les garçons seuls prenaient part aux leçons de boxe, de canne, gymnastique trop violente pour les fillettes et exécutaient des exercices très hardis d'équilibre : pyramides, avec ou sans engins. Cempuis possédait un gymnase couvert très pourvu d'agrès, et Ton ne négligeait pas les exercices d'appli- Jeux dans la cour de recréation. cation aux agrès fixes : échelles, barre fixe, barres paral- lèles, etc., ou mobiles, cordes à nœuds, échelle de cordes, trapèze, anneaux, etc. IX. L'hiver, les enfants disposaient de* patins à glace, en tout temps de patins à roulettes; presque tous y étaient fort habiles. Par les beaux temps d'hiver, par 56 CEMPUIS le froid sec, ensoleillé, vivifiant, les enfants, garçons et filles, se donnaient à cœur joie de la glissade, du pati- nage, du traîneau. Le cyclisme fut en honneur à Cempuis dès les pre- mières années, dès 1881 1 ; ce furent d'abord les lourds bicycles de bois, mais dans les années qui suivirent, une vingtaine de bicyclettes et de tricycles roulaient constamment dans les allées du bois, de la cour et du parc. De temps à autre, la manœuvre de la pompe à incendie remplaçait un exercice gymnastique ou était considérée comme récréation. Les élèves eurent à plu- sieurs reprises l'occasion, dans des incendies, de mon- trer leur vivacité, leur adresse et leur endurance*. Tous les garçons, dès l'âge de dix ans, apprenaient le maniement du fusil. Le bataillon scolaire de l'orpheli- nat Prévost fut fondé avant ceux de Paris; il vécut après leur disparition 3 . Fréquemment des exercices de tir au revolver, à la carabine, au fusil Gras avaient lieu. Les enfants y montraient quelque adresse. On n'y prenait le tir que comme récréation et exercice d'adresse, 1. Les enfants de Cempuis sont certainement parmi les pre- miers qui utilisèrent la bicyclette. Les fillettes qui y montaient aussi bien que les garçons ont contribué à propager cet exercice parmi les dames. 2. Notamment le 24 mars 1890. Voir Bulletin de UQrphclinat Prévost, n° 3, mai-juin 1890. 3. Les enfants manœuvraient fort bien ; si on leur demandait la tenue correcte et l'ensemble dans les mouvements, on n'exigeait cependant pas d'eux la figure renfrognée et sévère des vieux militaires ; ils pouvaient sourire sous les armes. « Pendant 1 enquête de 1894, on présente à MM. Jacoulet et Pissart le bataillon scolaire. Un des jeunes élèves déride son front et sourit. Pourquoi? peu importe. Mais M. Pissart, cassant, s'écrie : <« On ne rit pas sous les armes î... » Il n'y manquait plus que le mot de Ramollot. » (G. Nissen, VOrphelinat de Cempuis. Notes d'un témoin oculaire.) ÉDUCATION PHYSIQUE 57 et on avait soin de légitimer par là un exercice dont le but est généralement barbare 1 . Certains dimanches, les plus grands élèves recevaient des leçons iïéquitation. Quelques-uns d'entre eux firent de bonne heure d'excellents cavaliers. Élèves de Cempuis en promenade scolaire. Et dans tous ces exercices, aucune idée de sport excessif, de championnat occupant l'esprit des élèves 1. « Nous qui n'aimons pas la chasse, plaisir barbare, et encore moins la guerre, comment pouvons-nous justifier l'exercice du tir dans ses diverses variétés? « Il n'est pas sûr que nous ayons raison, mais à tout hasard, donnons les raisons banales usuelles : il faut être prêt à se défendre dans les diverses circonstances contre les gens et contre les animaux... « Le fait est que nous avons pris le tir comme récréation, sans plus. C'est une récréation amusante... » (Fêtes pédagogiques, année 1891, p. 21.) 58 CEMPIIS d'une façon malsaine. Point de vanité, de jalousie, de dépit, de découragement. Etre un quelconque au milieu d'athlètes égaux, tel est l'idéal plus digne, plus humain qu'on cherchait à inspirer aux élèves. X. Dans l'éducation physique des petits, les marches, les rondes, les évolutions, les jeux gymnas- tiques figurant une action quelconque, imitant les mouvements d'un métier, par exemple, et accompagnés de chants, prenaient une grande valeur par l'entraîne- ment qu'ils communiquaient. La préoccupation des maîtresses des classes enfantines était d'en varier le répertoire. On ajoutait h cela des mouvements exécutés à mains libres et ne différant de ceux des grands que par les ménagements que commandait la faiblesse de l'âge. Dans un but de variété et d'animation, on don- nait aux petits, pour les mêmes mouvements, des engins d'une grande légèreté : baguettes, arceaux, barres à sphères. XI. — Les promenades et les excursions étaient en grand honneur à Cempuis. Outre la promenade habi- tuelle du dimanche, on entreprenait par les beaux temps et en toute saison, dans la semaine, sans souci des fêtes, n'ayant pour guide que le soleil et pour but que le profit physique, intellectuel et moral des enfants, de grandes promenades, de longues excursions qui, quel- quefois, pendant les vacances, duraient plusieurs jours. Les grands seulement prenaient part à ces dernières. Graduellement entraînés, ils parvenaient à faire de longues, très longues courses 1 . 1. Nous avons noté dans le Bulletin de VOrphelinat Prévost le compte rendu de plus de trente excursions en dehors de celles ÉDUCATION PHYSIQUE 59 Le plus souvent on partait de très bonne heure, l'hi- ver, lorsque le ciel resplendissait encore d'étoiles, l'été quand le soleil commençait à se montrer au-dessus de l'horizon. On revenait au crépuscule ayant allègrement marché une bonne partie de la journée ; quand le four- gon suivait, portant les vivres, on s'arrêtait n'importe où, à l'heure de midi, sur le bord d'une route ombra- gée, dans une prairie près d'un ruisseau, dans un val- lon, et on s'installait pour le repas; le chant, la fan- fare ou le clairon, la botanique, la conversation animée, les mille spectacles de la nature, faisaient oublier la longue route et, à peine à la fin de la journée un des plus vaillants avait-il le pied blessé par la faute d'un pli de bas. Ses camarades trouvaient l'occasion de montrer leur esprit de solidarité en se disputant le plaisir de l'aider... Et puis ces excursions avaient tou- jours un but, la santé des enfants ou leur instruction, la visite d'une usine, d'une fabrique, la vue d'un spec- tacle de la nature, d'une source, d'une vallée, d'un monument historique ou préhistorique 1 , leçon vivante de science, de géographie, d'histoire et de morale. des vacances et des promenades du dimanche. La plus courte fut de 18 kilomètres, la plus longue de 40 kilomètres. Pendant les vacances de 1891, les élèves de Cempuis firent une excursion pédestre d'une durée de seize jours, par Rouen, le Havre, la côte de la Manche jusqu'au Tréport. (Voir à ce sujet les FiHes pédagogiques, p. 233, et les Vraies Vacances scolaires, par A. Suys, directeur de l'Ecole normale de Bruxelles, Revue péda- gogique belge, 1891.) 1. Le 26 février 1893, les élèves de Cempuis étant en promenade avec un de leurs professeurs ont fait la découverte d'une station préhistorique appartenant à l'âge de pierre et à la plus ancienne époque. Cette station (atelier de taille) fut signalée à la Société d'Anthropologie, et deux savants y vinrent faire des fouilles. (Bul- letin de rOrphelinat Prévost, n° 2, avril 1893.) Pendant les promenades, les élèves cherchaient aussi des pierres chantantes. Ils purent ainsi en avoir vingt-trois dont huit 60 CEMPUIS Il nous paraît utile d'insister ici sur les détails pra- tiques de l'organisation adoptée à l'Orphelinat Prévost, car les excursions sont maintenant à Tordre du jour dans l'enseignement, et peut-être l'expérience des péda- gogues de Gempuis profitera-t-elle à d'autres. Des excursionnistes à Taise, voyageant en petit groupe, dépensent de 10 à 15 francs par jour (chemin de fer non compris). Dans ces conditions, ils n'ont pas à se préoccuper des détails matériels, couchent dans des lits, mangent a table d'hôte... Cela n'est pas praticable pour les voyages scolaires. D'abord, c'est beaucoup trop cher : avec les dépenses d'un seul touriste, il faut pouvoir faire voyager huit ou dix écoliers ou ne pas s'en mêler. Ensuite, si on trouve dans les hôtels des petites villes, accommoda- tion pour cinq ou six personnes, une troupe de cin- quante écoliers n'est logeable à la manière ordinaire que dans les chefs-lieux, et non sans embarras. Parlons d'abord des repas. Ce qui coûte dans un repas de restaurant, c'est moins ce qu'on y mange que tout l'accessoire, linge, vaisselle, services, loyer, patente; risques, bénéfices du patron. On peut dans la communauté donner à un écolier un plantureux et succulent repas qui ne coûte pas plus de 40 à 50 centimes, et le restaurateur le plus modéré ne pourra demander moins de deux fois et demi ou trois fois ce prix. Pour diriger une troupe d'écoliers voyageurs, comme bonnes ou très bonnes et quelques doubles pour cadeaux ou échanges. Avec ces pierres ils constituèrent un lithophone donnant la gamme chromatique de ré d 4 à ut 5 et se régalèrent plusieurs fois de ce qu'on a appelé plaisamment la musique préhistorique. ÉDUCATION PHYSIQUE Cl du reste des soldats en manœuvres ou en campagne, il faut éliminer toute difficulté, toute dépense accessoire, s'arranger pour être immédiatement à Taise partout. Règle générale, résultant de notre longue pratique : chaque écolier (ainsi que chaque éducateur guidant ou suivant l'excursion) apporte dans sa musette, assiette en fer blanc, gobelet, cuiller, fourchette, couteau et serviette. Promenade scolaire, déjeuner sur l'herbe. ' Premier cas. — Voyage en pleine campagne déserte ou inconnue. — Apporter, en outre, avec soi, toutes les provisions pour la journée moins l'eau que Ton doit toujours pouvoir trouver (le contraire augmenterait la charge de 1.000 à 1.500 grammes) : 6 h 800 grammes de pain, auxquels on peut ajouter une centaine de grammes 62 CEMPU1S de viande, œufs durs, fromage sec, noix, amandes, noisettes, pruneaux, raisins secs. Dans les vingt-quatre heures, on trouvera sans doute où renouveler la pro- vision. Deuxième cas. — Si les touristes sont accompagnés d'une voiture ou (f un fourgon, cela ajoute beaucoup au confort, au luxe même. On peut y charger les grosses provisions, le pain, les boîtes de viande conservée, et y ajouter quelques ustensiles commodes quand on est en grand nombre, plats, soupières, avoir aussi certains aliments dont il est moins facile d'emporter sa part individuelle, haricots, pois, riz, purée de pomme de terre, fromage frais, confitures... et, enfin un petit appareil à faire le café, excellent aliment de conserve dont il faut se garder d'abuser pour les enfants, mais dont on peut user modérément dans le cas d'un effort sortant de l'ordinaire, excursion, fête gymnastique ou musicale, examens. Le fourgon devient du reste assez indispensable si Ton doit rester plusieurs jours hors de portée de centres de ravitaillement en rapport avec l'importance de la troupe touriste. Toutefois des enfants de dix à quinze ans, garçons et filles, physiquement bien élevés, doivent être capables de se suffire pendant une journée entière, depuis un lever matinal jusqu'à la rentrée tardive au gîte. Troisième cas. — Voyage avec séjour dans grandes ou petites villes. — S'entendre d'avance avec le pos- sesseur d'un local suffisant quelconque, café, restau- rant, ferme, grange. Qu'il vous mette, à heure dite, dans une grande marmite, eau, légumes, sel et 1 kilo- gramme de viande par huit à dix petits voyageurs ÉDUCATION PHYSIQUE 63 (compter les adultes pour deux). La troupe trouve à l'arrivée la soupe chaude, bœuf et légumes, met elle- même son couvert sur des tables, des bancs, des ton- neaux, des planches ou par terre, sans donner d'em- barras sérieux h l'hôte obligeant. Il ne s'agit pas ici d'un service difficile, souvent même impossible, pour qui n'est pas organisé d'une manière permanente, mais d'une simple chauffe comme on en fait chaque jour dans les gros ménages ou dans les fermes. 11 n'y a pas à payer un tant par tête, toujours très cher, mais à rembourser le prix des matières pre- mières, du combustible, du travail, et à ajouter tel modeste bénéfice qu'un industriel peut honnêtement compter. Les correspondants naturels auxquels peuvent et doivent s'adresser des excursionnistes scolaires sont les maires et les instituteurs, qui toujours se hâtent de fournir les renseignements voulus, ou mieux, de faire eux-mêmes tous les arrangements nécessaires. La troupe de Cempuis n'a jamais trouvé d'exception que de la part d'un maire de grande ville qui depuis a racheté sa faute. Le contraire est plutôt h craindre, surtout lorsque, comme les enfants de l'Orphelinat Prévost, Ton offre aimablement quelques fêtes et réjouissances aux habi- tants : musique vocale, instrumentale, gymnastique, diction, pièces de théâtre, etc. Ces excursions, accompagnées de fêtes encore si rares, font un ïgV plaisir aux municipalités et aux populations des communes traversées qu'il faut | presque tou- jours lutter pour tempérer leur enthousiasme. lui- 64 CEMPUIS tiateurs, en cela comme en bien d'autres choses, les éducateurs de Cempuis ne voulaient pas profiter égoïs- tement d'une aubaine exceptionnelle; ils voulaient contribuer à établir des traditions. Que partout Ton reçoive bien les écoliers en voyage, que tous les écoliers voyagent à leur tour ! Et pour cela il faut s'en tenir h ce qui reste cons- tamment possible, praticable en tout temps et pour tous : remboursement des dépenses et paiement du travail, ce qui n ôte rien à la gratitude que conservent les écoliers pour ceux qui leur ont montré de la bien- veillance. Parlons maintenant du coucher. Les excursions se font surtout pendant les vacances, 11 y a des locaux vides dans les écoles, les écoles nor- males, les collèges. Quand les jeunes touristes y trouvent de bons lits gracieusement offerts, tant mieux pour eux ! Les élèves de Cempuis apprécièrent cet avantage à Beauvais, à Amiens, à Abbeville, et en outre nos fillettes à Breteuil, à Gournay, à Neufchàtel, à Arques; mais ce qui donne une singulière saveur h cette chose que tant de gens considèrent comme banale : coucher dans un lit, — c'est de savoir aussi coucher sur la paille. Au début, allant en petit nombre et un peu au hasard, les élèves avaient simplement couché tout habillés sur la paille des granges; mais enfin, comme il ne faut pas être systématiquement sauvage, ils avaient vite adopté, en l'arrangeant, le système militaire dont ils usèrent au concours fédéral de gymnastique de Vincennes, en juin 1889. Chaque touriste a deux sacs : l'un facultatif en toile ÉDUCATION PHYSIQUE 65 à matelas, ouvert sur le côté dans toute sa longueur et pouvant se fermer avec cinq ou six cordons; on peut partout le remplir avec de la paille qui ne perd guère de sa valeur quand on a couché une fois dessus. Un second sac, celui-ci presque indispensable, de fort coton, ouvert et fendu sur les côtés à un bout, rem- place les draps; comme le soldat, l'enfant s'y introduit déshabillé. Une légère couverture ou simplement les habits étendus complètent le couchage. C'est une bonne et hygiénique habitude que de dormir la tête assez basse. D'ailleurs les sybarites peuvent se faire un oreiller en entourant un bouchon de paille dans leur serviette. Serviette, disons-nous, car il ne faut pas oublier que le jeune excursionniste, qui ne va pas coucher à l'hôtel doit avoir dans sa musette outre son service de table, ses objets de toilette : serviette, savon, brosse à dents, brosse à tête, peignes. La toilette se fait au grand air, à la matelotte : on va, suivant les occasions, à la rivière, à la pompe ou au grand baquet communautaire, et on frotte ferme face et torse du sommet delà tête h. la ceinture. On n'ajoute pas au bagage individuel le linge de rechange indispensable, si l'excursion se prolonge. S'il ne faut pas alourdir le troupier adulte, h plus forte raison l'enfant. Suivant les circonstances, on use du fourgon ou du transport par voiture publique ou che- min de fer. Il est bon de faire d'avance un bon plan d'excursion. Tout en laissant à son projet assez d'élasticité pour profiter d'une bonne occasion imprévue, se tirer d'un mauvais pas, ou réparer un accident, il faut peu laisse 5 66 CEMPUIS au hasard. Il faut étudier sa route sur une carte, faire la part approximative de chaque jour. Malheureusement, les cartes françaises sont infé- rieures. Si la planimétrie est exacte, le relief du terrain, aussi bien sur celles d'État-Major que sur celles du Service Vicinal, est absurdement représenté par un vilain barbouillage, qui assombrit le dessin et n'indique rien du tout. Donc, à moins qu'une heureuse chance ne mette entre les mains une carte à courbes de niveau propre- ment tracées, il faut aller de l'avant sans se préoccuper des montées et des descentes. Ce dernier point, moins intéressant pour les pédes- triens, est d'importance capitale pour les cyclistes. Espérons que leur influence, qui grandit si vite en ce moment, contribuera à faire avoir bientôt pour toute la France des cartes comparables à celles des environs de Bruxelles et de Londres. Un très heureux procédé employé avant une excur- sion était, à Cempuis, d'en exposer la carte sous verre ; un trait tracé à l'encre sur le verre indiquait le tracé projeté. Les jeunes touristes venaient discuter le projet, étudier la carte avec une passion géographique des plus réjouissantes. D'ailleurs, ce projet lui-même était fait en collabo- ration avec les élèves les plus avancés, à l'aide des géo- graphies locales de Joanne, de Cortambert ou d'autres, mais surtout du très admirable Bottin. Pendant l'excursion il faut emporter la carte; on faisait ainsi à Cempuis. A un voyage à Beauvais, ce fut la carte sous verre accrochée au fourgon; pendant ÉDUCATION PHYSIQUE 67 une grande excursion en 1888 par le pays de Bray, Neufchàtel, Dieppe, Tréport, chaque excursionniste avait une carte avec un texte résumé, le tout chromo- graphié par l'un d'eux ; le plus souvent, c'étaient des quarts de feuilles d'Etat-Major. Pour la topographie on emportait également le pris- matic compass (boussole de réflexion), précieux instru- ment inconnu en France, le baromètre anéroïde, le po- Les bicyclistes de Ce m puis. domôtre et parfois le sextant de poche et le niveau d'Àbney, plus quelques autres appareils pour les excur- sions spéciales de géologie et de botanique. On n'oubliait pas la petite pharmacie de poche pour le voyage, en cas d'accident, chute, blessure, insolation, fatigue anormale, etc» 68 CEMPUIS Tous les grands garçons étant d'excellents bicyclistes, on aimait bien à avoir, pour les voyageurs h pied, un ou deux vélocipèdes qui servaient aux éclaireurs et pouvaient être utilisés dans tous les cas où une mis- sion imprévue devait être rapidement exécutée. Suivant les circonstances d'une excursion ou de ses diverses phases, on cheminait lentement dans une douce flânerie, s'arrêtant auxdiverscharmes de la route, fleurs, papillons, oiseaux, frais ombrages, points de vue, sites, Retour d'une promenade à lu'cycielte. cultures, monuments, manufactures... ou on se rendait d'un pas ferme vers un but donné. Dans ce dernier cas, la musique offre le plus pré- cieux concours. Que de fois un solide pas redoublé, joué par la fanfare, enleva les pédestriens à la fin de la sixième, de la huitième, même^de la dixième lieue, au ÉDUCATION PHYSIQUE 69 point de faire croire qu'ils commençaient la première. A défaut de ce luxe, quatre à huit solides clairons, alternant solos et ensembles, remplissent le môme but. Mais encore ceci n'est pas donné à tous et Cempuis ne l'eut pas dès l'abord. Un simple flageolet, un de ces sifflets en fer blanc d'un sou (flûte hongroise) peut déjà produire un bon effet d'entraînement. Knlin et toujours, avec ou sans les moyens qui pré- cèdent, le chant en chœur. Il nous souvient d'un retour de 5 kilomètres sous une pluie battante avec des grands (!) enfants de douze à quatorze ans et quelques petits imprudemment amenés en voyant le temps splendidc au départ. M. Robin s'était mis en tête, chantant un chant d'école anglais très entraînant. (Voir sa traduction : // nous faut de bons enfants, dans le recueil de f Association Galiniste.) D'abord les enfants rient, ne comprenant pas. Toujours au pas accéléré, M. Robin expliquait, traduisait, répétait un seul vers à la fois, que les enfants répétaient après lui, puis les couplets entiers; tantôt on revenait aux vieux refrains français, puis au chant anglais. Et la joyeuse troupe, ne sentant pas la pluie, avec les petits tantôt sur un dos, tantôt sur un autre, atteignait le home désiré, sans s'apercevoir que l'on venait de trotter dans la boue près d'une heure. Point n'était besoin du reste de pluie ni d'anglais. L'inépuisable recueil ne perdait rien au beau temps. Disons encore comment on ajoutait à un chant une variété qui est charmante dans l'entrain d'une prome- nade et paraîtrait peut-être monotone et fatigante dans la froideur d'un salon. 10 CÈMPUlg Un soliste, maître ou élève, chantait un couplet. La troupe le répétait en chœur. Il était repris en ritour- nelle par un flageolet si Ton veut, ou encore par la troupe à bouche fermée. Autre couplet, autre soliste, autre reprise. Avant que, par exemple, les onze couplets de la charmante ronde marche La goutte rTeaa aient été ainsi tiercés, on a enlevé un fameux kilomètre 1 . Mais, ne l'oublions pas, il faut pour ceci la musique facilement apprise, et la pratique du seul moyen qui y conduise infailliblement tous les écoliers, la méthode modale Galin-Paris-Chcvé. Il faut encore la mémoire d'un bon nombre de chants ayant le sens commun, chose rare, et non les absurdes et abrutissantes rapso- dies que Ton entend si souvent, hélas ! sortir des bouches enfantines, ou de celles de nos braves soldats durant leurs étapes. Terminons par un court résumé de l'hygiène des pédeslriens : Lever h quatre ou cinq heures; 6 à 8 kilo- mètres ; déjeuner; petit repos, la grande trotte ; diner, repos, promenade (ne jamais manger et très rare- ment boire en dehors des repas), fin de la marche du jour, arrivée au gîte, souper, coucher. Les circons- tances peuvent forcer à faire encore un bout de route après souper ; il faut l'éviter si possible. Mais si ce ne Test pas, on ne doit jamais être vaincu par une diffi- culté, et quoi qu'il arrive au physique comme au moral, avoir pour devise, surtout en tourisme": En avant-! XII. Une question qui se lie à la précédente est celle des colonies scolaires de vacances. 1. L'auteur de cette jolie ronde est inconnu. 2. Les Excursions scolaires, détails pratiques. Bulletin de l'Or- phelinat Prévost, n° 2, mars-avril 1890. ÉDUCAttON PHYSiQUË }1 Elle fut résolue pratiquement dès 1883 pour les enfants de Cempuis. Ici encore, donnons quelques détails pratiques. On peut bâtir n'importe où, sur une côte, sur les bords pittoresques d'une rivière, près d'un bois, etc., Villa scolaire de Mers-les-Bains. sur un terrain d'un quart d'hectare, une maison pou- vant loger en été cent enfants avec trois ou quatre chambrettes de maître, cabinet du Directeur, cuisine, petit atelier pour 30 h 35.000 francs, compris terrain, construction et ameublement très simple : Intérêt de l'argent, 1.500 francs à répartir sur 80 à 100 jours à la belle saison ; soit de 8 à 10.000 journées à fr. 20 Il faut ajouter par tête et par jour, pour nourriture et extras 1 30 Frais de surveillance et imprévus 50 Soit au total par tête et par jour 2 fr. 00 72 CEMPUIS Combien de parents dépensent beaucoup plus d'ar- gent avec beaucoup moins de profit et seraient heureux de payer une pareille somme pour donner h leur enfant une bonne provision de santé et de sains plai- sirs. On ne serait pas exigeant en leur demandant 2fr. 50 ou môme 3 francs, ce qui permettrait d'avoir un cinquième ou un tiers des enfants admis gratuite- ment aux mômes avantages, sans compter ceux que pourraient y ajouter les municipalités. Ces huit à dix mille bonnes journées pourraient se répartira raison de huit à dix pour mille enfants, ou mieux d'une quinzaine pour six cents, mieux encore d'une bonne vingtaine pour quatre ou cinq cents 1 . Les élèves de Cempuis, par groupes d'une cinquan- taine, jouissaient de ce dernier avantage. Ils passaient, chaque année, une vingtaine de jours h Mers-les-Bains (Somme) dans une petite maison perchée sur la falaise, bâtie en 1883 par M. Robin et offrant un type assez réussi des constructions de ce genre 3 . Elle contenait au rez-de-chaussée une vaste salle (15 mètres X 5 m ,50) avec cinq fenêtres donnant sur la mer; à l'étage se trouvait une autre salle égale aux trois cinquièmes de la précédente ; le reste formait quatre chambrettes pour les logements du personnel adulte. La salle du rez-de-chaussée était la chambre de jour i. Voyages de vacances, voies et moyens. Bulletin de VOrpheli- nat Prévost, n°2, mars-avril 1890. 2. M. Hobin ne construisit qu'une aile du plan total qu'il avait conçu. Cette maison a été achetée en 18% par le département de la Seine. Le Conseil général a construit un nouveau pavillon à côté de l'ancien et lui a donné le nom de Pavillon Ernest Hous- sellc, en souvenir d'un des présidents de la Commission adminis- trative de Cempuis. ÉDUCATION PHYSIQUE 73 pour tout le monde. C'était le réfectoire, la salle d'études, lorsque le mauvais temps empochait de sortir. Le soir, les tables à tréteaux se démontaient, étaient dressées contre une des murailles. Une série de coffres semblables aux bastingages des vaisseaux entouraient la salle. On en retirait une trentaine de couchettes, matelas, draps et couvertures, et les garçons s'en fai- Les tentes de Gempuis sur la place de Mers-les-Bains. saienl des sortes de hamacs dont les coffres soute- naient la tête et dont les pieds étaient suspendus à un tabouret. Le matin, après aérage, tout l'appareil disparaissait dans les coffres jusqu'au soir. Les fillettes couchaient au premier, sur de très petits 74 CÊMÊUtS lits de sangle en fer dont les pieds pouvaient se replier en dessous. Généralement cette salle n'avait pas d'autre usage, et les lits restaient montés toute la journée. Mais, en cas d'utilité, les vingt lits pouvaient être empilés les uns sur les autres en trois ou quatre tas à l'extrémité de la chambre. m ' tggfi | Pataugeage à marée basse. Derrière la maison, et appuyée sur elle, se trouvait un long appentis en planches goudronnées qui fut construit avec l'aide des grands élèves. Il contenait cui- sine, magasin, atelier et écurie pour l'âne et la vache qui accompagnaient la troupe au bord de la mer. La vie, à Mers-les-Bains, différait une peu de celle ÉDUCATION PHYSIQUE 75 de Cempuis : moins de classe, pas de classe du tout même, un emploi du temps extrêmement élastique et changeant, suivant les circonstances. Quand le temps était beau, les bains, les jeux sur le sable, le paleau- geage a marée basse pour chercher des objets d'his- toire naturelle, la contemplation de la mer, les visites de navires, les promenades en bateau, etc., remplis- saient agréablement la journée. Une petite partie du ^rt** 1 Le repos sur la plage de Mers-les-Bains. temps était consacrée à la musique, au dessin, à de courtes rédactions. Ces dernières occupations prenaient plus d'importance quand le mauvais temps rendait les sorties impossibles ou rares. Au train-train habituel, aux divers services de pro- preté, cuisine, nettoyage de l'écurie, soins donnés à la 76 CEMPD1S vache et à l'âne, aux commissions, voyages au marché, s'ajoutaient l'entretien et l'embellissement de la villa. On se livrait à des travaux d'atelier d'utilité et de fan- taisie. On construisit une périssoire à deux places qui donna aux enfants une somme considérable d'émotions salutaires et de joies; on fabriqua des filets, tous, filles et garçons se livraientà cet exercice avec d'autant plus de bonheur que ces engins servaient quelquefois à pécher assez de crevettes pour le repas commun; on eut des aquariums, etc., etc. Les bains se prenaient sur la plage, près de la falaise de Mers. Les garçons se déshabillaient comme les sol- dats, en lignes parallèles au bord de la mer ; les filles sous une tente. Comme on le voit, ces enfants goûtaient là un doux repos de corps et d'esprit : ils y prenaient une provi- sion de santé, se pénétrant de cet air salin qui est l'un des plus puissants reconstituants. X11I. Bien que le règlement d'admission à l'Orphe- linat Prévost indiquât un choix à faire parmi les mieux constitués des orphelins de la Seine, les enfants qui arrivaient à Cempuis étaient généralement débiles ou lymphatiques. En peu de temps un tel régime les trans- formait et, quelques mois après leur arrivée, ils jouis- saient d'une santé florissante. L'infirmerie n'existait pour ainsi dire que de nom, et les visites du médecin pour les cas graves étaient d'une extrême rareté. Faut-il ajouter qu'il arrivait parfois à M. Robin et à M. Delon de faire des opérations de petite chirurgie et d'administrer des remèdes avec l'assentiment du doc- teur local? L'un et l'autre le faisaient avec une grande compétence et... une extrême prudence. Disons que ÉDUCATION PHYSIQUE 77 tous deux sont des adeptes de la médecine dosimé- trique 1 . XIV. Enfin cet entraînement physique, tendant à rendre normal le développement de l'être tout entier, se faisait sous le contrôle des mensurations anthropo- métriques. On suivait et on notait soigneusement le Le départ pour la baignade. développement du corps de l'enfant. Les éducateurs de Cempuis attachaient une grande importance à cette question; ils entrevoyaient là un. monde riche de découvertes... pour leurs successeurs. \. Voir la Santé de V enfant à la maison, à l'école, à l'atelier. Guide pratique, par Jle D r Toussaint, secrétaire de laj Société d'hygiène de l'enfance, avec préface par Paul Robin (1893). g 78 CEMPUIS Vous savez comment les vieux magisters prati- quaient le principe de la Bible : « Qui aime bien châtie bien. » Quand la peur du châtiment l'emportait chez un enfant sur le plaisir de la faute, il s'abstenait de celle-ci. Mais était-il corrigé? Gare au moment où la peur n'existait plus. Comme il se rattrapait parfois! A Cempuis, pour améliorer l'enfant, on faisait le plus possible appel à son intelligence, à son intérêt bien entendu, à ses bons sentiments naturels ou héri- tés. On lui parlait de sa santé physique et morale ; on l'entourait surtout de soins attentifs plus éloquents que les paroles, et l'on réussissait ordinairement à le rendre bon, ou au moins meilleur. C'est que, laissant de côté toute métaphysique, il y a une foule de prédispositions physiologiques et psy- chologiques ignorées et contre lesquelles on est parfaite- ment impuissant. Les hérédités fatales : phtisie, scro- fule, épilepsie, alcoolisme, etc., épouvantables fléaux contre lesquels ou commence à lutter, se reconnaissent quand ils se présentent franchement, et on remporte parfois sur elles des ombres de victoires. Mais, que faire contre les obscurs résultats du mélange confus de ces tristes atavismes? On faisait à Cempuis des expériences rationnelles. Et certes, il serait à souhaiter que cet usage des mensurations se répandit par toute la France et par le monde. Dans cet amas d'observations il y aurait des erreurs, certes, du triage et un choix à faire ; les savants sauraient bien coordonner les résultats et constituer la vraie méthode pédagogique. L'application aux qualités intel- lectuelles et morales sera au siècle prochain, souhai-» ÉDUCATION PHYSIQUE 79 tons-le, entre les mains des pédagogues chercheurs le triomphe de l'anthropométrie éducative. Mais nous ne sommes qu'à l'aurore de ces heureux temps; on n'a encore, môme à Cempuis, abordé que les problèmes les plus élémentaires 1 . Le nombre des observations anthropométriques qui Cliché Grégoire. Baignade à Mers-les-Bains. intéressent la science pure et de celles qui peuvent venir en aide aux hygiénistes et aux pédagogues est infini. Il existe déjà bon nombre de questionnaires, souvent plus détaillés que ceux auxquels le commun des observateurs pourraient songer à répondre et sou- vent aussi faits pour des sujets que Ton ne voit qu'une fois. Après quelques années d'essais rationnels, on \. Fêtes pédagogiques y p« 139* 80 CEMPCIS s'était arrêté à Cempuis à un système de mesures très régulièrement pratiqué et approuvé par nombre de savants compétents 1 et actuellement appliqué ou imité dans plusieurs autres centres d'éducation. Voici le questionnaire qu'on employait et auquel les anthropologistes purs reprocheront certains points qui, peut-être, se rapportent plutôt à la physiologie; mais ces derniers sont précieux pour l'hygiéniste et le péda- gogue. Les observations se divisent en quatre groupes : les premières à faire à des périodes éloignées, quinquen- nales ou même décennales; les secondes sont annuelles; les troisièmes sont fréquentes, en général mensuelles, mais pour les tout petits, elles peuvent être plus fré- quentes encore, hebdomadaires par exemple, ou même journalière; les dernières sont occasionnelles et consti- tuent de véritables amusements que Ton peut multi- plier à plaisir . Observations quinquennales ou déoennales Ages aux époques des observations Cheveux ordinaires, frisas, noirs, bruns, châtains, blonds, blancs, clairs, fon- cés Yeux bruns, verts, bleus, gris, clairs, foncés Peau découverte (figure) rosée, jaunâtre, brunâtre Peau couverte (bras, cuisses) rosée, jau- nâtre, brunâtre Particularités, anomalies 10 15 20 1. Notamment le professeur Brocaet M. le D T Bertillon père. 2. Pour les détails sur ces observations, voir : V Anthropométrie à Vècolc dans Bulletin de V Orphelinat Prévost, n<> 9 3, 4 et 5, 1886. ÉDUCATION PHYSIQUE 81 Observations annuelles Ages aux époques des observations Distance des centres des pupilles.. Longueur du nez Largeur des ailes du nez Tête, diamètre antéro-postérieur maximum Tête, diamètre transverse maxim Hauteur du vertex à la racine du nez. Hauteur du vertex à l'interstice des dents Hauteur du vertex au menton. . Hauteur de la fourchette sternale au sol De l'ombilic au sol Envergure Taille assis Taille à genoux Coudée Longueur du coude à l'extrémité du cubitus Largeur du poing fermé à la base des phalanges Longueur du pied Circonf. au-dessus des mamelons. — à la taille — à l'ombilic Largeur maximum aux épaules. . — entre les crêtes iliaques. Observations annuelles 1897 1898 l Dates . . Tailles.. f Poids.. i Dates . . Tailles.. ( Poids . . Observations oooasionnelles Dates des observations Force au dynamomètre, main droite — — — gauche — — de bas en haut pieds joints Vitesse du coup de poing horizontal Hauteur maximum du saut à pieds joints Longueur maximum du saut avec élan Temps employé pour parcourir 100 mètres Temps employé pour parcourir 1 kilomètre 82 CEMPCIS Capacité des poumons Force d'expiration Force d'inspiration Nombre des pulsations à la minute Durée maximum d'un son chanté Sentiment de la division d'une ligne Sentiment de l'anele droit Sentiment des angles de 60°, 45°, etc. Acuité visuelle Vision normale, amétropie Acuité auditive des bruits Acuité auditive des sons aigus Sensibilité de la peau, langue — — doigts — — front — dos Les mesures anthropométriques à Cempuis. Quant à l'organisation de ces mensurations les enfants étaient, soit du côté des filles, soit du côté des garçons, divisés en quatre quarts et les deux mesures ÉDUCATION PHYSIQUE 83 mensuelles, taille et poids, pour chacun, étaient prises le dimanche qui se trouvait compris dans le quart pen- dant lequel il complète un nombre entier de mois; les mesures annuelles se faisaient, pour chaque enfant, le dimanche le plus voisin de son anniversaire, ce qui constituait pour lui une sorte de fête civile. Les obser- vations occasionnelles constituaient, certains dimanches ou pendant les moments de libre exercice, les récréa- tions, de véritables jeux variant les jeux habituels. Une feuille spéciale était attribuée à chaque élève. Pour se rendre compte des observations de toutes sortes ; mais surtout du poids et de la taille, on employait le procédé fécond et très connu aujourd'hui du tracé des courbes 1 . En observant ces courbes, on doit voir la variation continue des organes; si la courbe cesse d'indiquer une variation régulière, si elle a des sou- bresauts, quelque chose ne va pas; on doit chercher le mal et y apporter remède 2 . Tel était à Cempuis le régime de la vie physique. On y sapait le vieux préjugé du mépris du corps, on chérissait la guenille, on l'entourait de soins minutieux, on en établissait le culte rationnel 3 . 1. Un réseau accompagnait la feuille destinée à chaque élève, que nous avons donnée plus haut. 2. Dans le rapport du Jury international de l'Exposition de 1889, M. B. Buisson, rapporteur, s'exprime ainsi à propos de l'hygiène : «... en parcourant les cahiers d élèves nous avons trouvé quelques traces trop clairsemées d'enseignement de l'hygiène à 1 école primaire. 11 y est obligatoire; le règlement officiel inscrit ces conseils d hygiène dans le programme du cours supérieur. Mais ce n'est encore que de rares établissements qui ont pris goût à cet enseignement nouveau, par exemple, l'Orphelinat Prévost à Cempuis (aise), où l'anthropométrie estpratiquée et régulièrement organisée... », p. 201. Classe 6, Ed. 3. Voici le témoignage d'un homme dont on ne saurait récuser ni l'autorité, ni l'impartialité : le D r Legroux, professeur agrégé à 84 CEMPUtS la Faculté de médecine, médecin de l'hôpital Trousseau, venu à l'Orphelinat pour étudier une maladie du cuir chevelu qui s'était déclarée chez quelques enfants, a terminé son rapport rassurant l'Administration par les lignes suivantes : « En terminant, il me sera permis d'exprimer mon admiration pour l'organisation toute spéciale de cet orphelinat où le mélange des sexes, comme cela est pratiqué dans certaines maisons d'éducation américaines, m'a paru ne présenter aucun inconvénient, grâce à la bonne direc- tion de M. Robin; où l'instruction professionnelle est donnée dans les conditions les plus remarquables, où V hygiène la mieux entendue assure la bonne santé des pensionnaires; organisation enfin au moyen de laquelle un nombre considérable d'enfants orphelins peuvent recevoir l'instruction indispensable qui doit en faire des citoyens utiles et honnêtes. » CHAPITRE IV ÉDUCATION ORGANIQUE. - TRAVAUX MANUELS I. Entre cette éducation hygiénique A'élevage et l'éducation intellectuelle, non sans de nombreux points de contact avec Tune et l'autre, vient logique- ment se placer ce que nous appellerons, faute d un mot consacré, Y éducation organique, qui tend à déve- lopper l'acuité, la précision, la délicatesse des sens, à perfectionner les instruments d'expression et de tra- vail, particulièrement cet outil merveilleux d'universa- lité qui est la main 1 . C'est par les sens que l'enfant a la première notion des phénomènes extérieurs; c'est donc par eux que doit commencer l'éducation, leur emploi constituant le premier mode d'exploration scientifique : l'observa- tion. Sur ce point, le but à atteindre est triple: perception des sensations faibles, distinction prompte et exacte des sensations différentes, et enfin, autant qu'il est possible, mesure de ces sensations. Les sens doivent être exercés sans auxiliaire ou pourvus des aides que la science fournit, et qui en 1. Voir Manifeste des partisans de Vcducation intégrale^ Annexes. 86 CEMPUIS étendent si notablement le domaine dans les trois directions indiquées. Donnons quelques courts détails de ce qui se faisait à Cempuis, moins dans des leçons organisées à l'avance, ayant lieu il heures déterminées, qu'à tout moment et en profitant de toutes les occasions qui ne manquaient pas de s'offrir dans la variété des exercices de la jour- £ )1 HtPwB t* tllMlTIÎI Mkl'fM* {il ri il i i_^- — _^- — -ju . Les ateliers de l'Orphelinat Prévost. née, en promenade, pendant la récréation, au réfec- toire, au cabinet de chimie, à l'atelier, au cabinet de photographie, etc. En ce qui concerne l'œil, les enfants spnt exercés à la vision exacte de près, de loin, à la distinction pré- cise des formes, des couleurs, à l'appréciation, à un ÉDUCATION ORGANIQUE. — TRAVAUX MANUELS 87 dixième environ, des longueurs relatives dans diverses dispositions, à la rapidité du coup d'œil, à la décou- verte d'objets peu visibles parmi beaucoup d'autres. Mille jeux ingénieux que les maîtres inventent ou font sans peine et mieux encore inventer parles enfants. A côté d'enfantillages que nous ne pouvons nous amuser à décrire ici, mais que Ton ne négligeait pas, se placent des exercices plus utiles pour l'instruction et tout aussi amusants, par exemple, en classe, les pre- mières notions de lecture et de grammaire donnaient lieu à des jeux 1 qui, en môme temps qu'ils instruisent, exercent à la rapidité du coup d'œil. Pour les autres sens, bien que la précision soit moins grande et qu'elle diminue graduellement pour chacun d'eux, on calque simplement les mêmes exer- cices. Les enfants sont exercés h la perception des sons faibles, à la distinction des sons différents sous les rapports d'intensité, d'acuité, de timbre, h l'apprécia- tion des bruits, à la reconnaissance d'un effet acoustique déterminé au milieu d'autres. Toujours les jeux variés sont les moyens d'action. Parmi les exercices intéressants de l'oreille, on n'omet pas la musique, et nous verrons plus loin (éducation intellectuelle) quel développement lui est donné. Distinguer un bruit au milieu de plusieurs autres, entendre et comprendre une seule personne au milieu de plusieurs autres parlant en môme temps, sont des 4. Voir plus loin la lecture et la grammaire par les jeux : jeu des substantifs, des pronoms, des verbes, etc. 88 CEMPUIS exercices propres h développer la vivacité de l'oreille. Ils donnent lieu à des instants de saine gaieté, quand un enfant mis sur la sellette doit rendre compte des .discours qu'il a entendus. L'expérience a prouvé, d'ailleurs, que certains élèves sont capables de suivre, un moment, deux ou trois conversations différentes. Il est évident qu'on ne doit pas abuser de cet exercice, de peur de nuire à la faculté, déjà si rare chez les enfants, de pouvoir prêter une attention soutenue. Quant au sens du toucher, on habitue les élèves à la distinction délicate des formes, des surfaces, et comme application, à la reconnaissance, d'après ces indices, de corps déjà connus, h la recherche d'objets dans l'obscu- rité, à la lecture sur des caractères en relief, etc. Les sens du goût et de l'odorat ont aussi leur part d'exercices; on leur donne la môme culture, précision à part, à l'aide de jeux analogues. Par exemple, on fait reconnaître certains corps à leur goût ou à leur odeur, apprécier le plus ou moins de sucre ou de sel, do vinaigre, etc., contenus dans une dissolution, trouver des analogies entre certaines odeurs, certaines saveurs et en faire des classilications 1 . On familiarisait les enfants avec le maniement des auxiliaires des sens les plus connus; on excitait ainsi leur curiosité. Tous les grands élèves ont à leur disposition des loupes fabriquées par eux et peuvent librement utili- ser le microscope, la lunette astronomique, etc. Ils se servent de tous les instruments de mesure de lon- 1. Voir VEnscignement intégral et Exercices des organes des sens. Bulletin de t Orphelinat Prévost, n° 3, mai-juin 1889. ÉDUCATION ORGANIQUE. — TRAVAUX MANUELS 91 gueur, depuis le micromètre jusqu'à la chaîne d'arpen- teur. Le maniement du cornet acoustique, de la balance, des dynamomètres de flexion et de torsion, des thermomètres, du baromètre, du sablier, de la clep- sydre..., etc., leur est familier. On a objecté que l'emploi de quelques-uns de ces instruments suppose des connaissances théoriques assez étendues ; l'expérience a prouvé que ces con- naissances naissent de l'usage purement pratique de ces instruments. Et puis il faut aussi rejeter la crainte de les voir détériorer par des mains inexpérimentées, si l'on a soin de les construire solidement; au début, il est inutile d'avoir des instruments trop précieux et trop précis, c'est môme en général nuisible, la préci- sion s'obtenant à l'aide d'accessoires compliqués, qui empochent les jeunes intelligences de se rendre compte de la partie fondamentale. Comme on le voit, si des exercices spéciaux, appro- priés, peuvent être nécessaires dans une certaine mesure, d'une manière générale l'éducation des sens et celle de l'adresse manuelle se font par la pratique des observations et manipulations. 11 faut ajouter à cela les travaux manuels et les études d'art, éléments très négligés par l'ancienne pédagogie et auxquels, à Cempuis, on faisait au con- traire une très large part. II. Le point sur lequel nous voulons insister par- ticulièrement est celui de l'enseignement manuel pro- prement dit. Tous les enfants de Cempuis, sans aucune exception, garçons etiillettes, participaient aux travaux manuels. Le but que se proposaient à ce point de vue M. Robin 92 CEMPris et ses collaborateurs était essentiellement pédago- gique : il s'agissait, pour eux, de faire acquérir aux enfants une adresse générale de la main et une sûreté de coup d'œil utilisables plus tard dans l'apprentissage de tout métier manuel, quel qu'il fût, beaucoup plus que de leur faire commencer, dès leur jeune âge, l'apprentissage spécialisé d'un métier déterminé. Cette remarque est très importante. Une des difficultés de l'organisation était de faire concorder cette espèce d'entraînement manuel avec la progression des différentes classes. La solution con- sista à subordonner cette gradation h celle des études générales, sans chercher à procéder par sélection par- ticulière, d'après l'âge ou les aptitudes spéciales. Comme pour les études, on divisait l'enseigne- ment manuel en quatre degrés correspondant : 1° aux classes naturelles et enfantines; 2° au cours élémen- mentaire; 3° au cours moyen; 4° au cours supérieur. Au cours complémentaire, tous les élèves étaient apprentis. 111. Dans les petites classes, la méthode employée est la méthode généralement connue sous la dénomina- tion de Méthode Frœbel, du nom d'un de ses plus célèbres promoteurs; mais la méthode Frœbel dégagée de toute métaphysique. Les maîtresses des classes maternelles et enfantines prenaient pour guide l'admi- rable ouvrage de M. Ch. Delon, Exercices et Travaux pour les enfants *, véritable chef-d'œuvre pédagogique dans lequel l'auteur réforme et complète la méthode frœbe- lienne, en fait une doctrine scientifique, en lui donnant 1. 2 vol. in-8°, chez Hachette. ÉDUCATION ORGANIQUE. — TRAVAUX MANUELS $3 pour base les principes de l'éducation intégrale et en modifiant l'organisation des exercices. Ainsi transfor- mée, la méthode Frœbel n'est, en somme, que tout l'enseignement intégral au premier degré. Aux exercices de tressage, de tissage, de pliage, de découpage, de piquage, de dessin, d'enluminure, généralement pratiqués dans les bonnes écoles, on ajou- tait, à Cempuis, le modelage de l'argile et de la cire. Le modelage était une des plus grandes joies des enfants. On les laissait le plus souvent aller à leur fantaisie. Ils ébauchaient d'une façon assez vive des fruits, de petits animaux, tels que colimaçons, lézards, serpents, etc. ; les uns façonnaient des nids, d autres de petits paniers avec des légumes, les plus audacieux abordaient le bonhomme, la forme humaine, mode- lant des poupées en diverses attitudes : tout cela très naïf, incorrect, sans doute, mais non sans observa- tion. Le plus souvent qu'il est possible, on leur faisait exécuter de courts travaux, qu'ils avaient le plaisir de voir utiliser tout de suite. Dans cette catégorie se trouvent :1e triage d'objets mêlés (débris de bois, papiers, chiffons, ferraille, bou- tons, clous de diverses formes et dimensions, carac- tères d'imprimerie); l'épluchage de légumes pour la cuisine et des fruits pour la confection des confitures; l'enlèvement soit des mauvaises herbes des jardins et des champs, soit des cailloux à transporter ensuite dans les ornières des chemins, etc.. IV. Dans les cours élémentaire et moyen, les élèves continuent, en les développant, quelques-uns des travaux que nous venons de signaler, et ajoutent, 94 CEMPU1S surtout durant quelques-unes des longues heures d'étude libre des soirées d'hiver, les exercices et tra- vaux de couture, tricot, crochet, tapisserie ; bon nombre d'élèves ont la satisfaction de voir servir à leur usage personnel les vêtements, bas, manchettes, gants, mitaines, etc., confectionnés par eux ; quelques-uns font également ces mômes objets, soit pour leurs camarades empochés, soit pour les tout petits auprès desquels ils remplissent la mission de petits papas et de petites mamans. Mais, en plus de tous ces travaux d'une valpur édu- cative certainement très importante, les élèves font leur entrée dans les ateliers et en continuent la fréquentation régulière, graduelle et quotidienne, à rai- ron d'une heure et demie par jour. D'après un roulement établi pour que tous les enfants puissent travailler dans tous les ateliers, cha- cun d'eux papillonne successivement par périodes mensuelles, dans la série de ces ateliers depuis sa hui- tième jusqu'à sa onzième année, âge moyen du pas- sage dans le cours supérieur. V. Arrivés au cours supérieur, les élèves pra- tiquent les travaux manuels dans les ateliers durant trois heures par jour et continuent le papillonnement jusqu'à leur douzième année dans les conditions que nous venons d'indiquer. Les élèves ayant atteint l'âge de douze ans, auquel ils doivent généralement posséder leur certificat d'études, forment le cours complémentaire ; ils com- mencent alors leur spécialisation, c'est-à-dire l'appren- tissage d'un métier choisi définitivement d'après les dispositions, les aptitudes et les préférences indivi- ÉDUCATION ORGANIQUE. — TRAVAUX MANUELS 95 duelles qui se sont fait jour durant le papillonnement. Ainsi préparé par une large initiation, ce choix, qui présente toutes les garanties désirables pour être judi- cieux, devientdéfinitif à la suite d'une entente préalable entre l'élève, les parents ou tuteurs et le directeur de TOrphelinat. Ajoutons qu'on engage les élèves à ne pas se désintéresser d'une manière complète de ce qui peut se faire dans les autres ateliers 1 . VI. La plupart des ouvriers, qui ont appris ce qu'ils savent, en fait de métier, en attrapant, pour ainsi dire au vol, les notions pratiques et les procédés, en voyant faire, en écoutant parler, pendant la longue fréquentation d'un seul atelier ou de plusieurs ateliers absolument de môme spécialité, sont persuadés qu'il faut au moins quatre ou cinq ans d'apprentissage pour devenir un bon travailleur. Beaucoup de personnes d'ailleurs éclairées, mais qui n'ont pas exécuté de tra- vaux manuels, acceptent volontiers, à cet égard, l'opi- nion des simples praticiens. Et cependant il y a là une erreur qu'il importe à tous de détruire. Mettant hors de cause quelques spécialités professionnelles extrême- ment difficiles, appartenant vraiment à l'art, dont il ne saurait être question ici, on peut dire et prouver que pour la grande généralité, la presque totalité des métiers, l'apprentissage peut et doit être beaucoup plus court et plus facile, à la condition d'être bien pré- paré et bien dirigé. S'il coûte tant d'années, une si grande part de la vie de production du travailleur, c'est qu'il est mal préparé et mal dirigé. i. Les travaux manuels à l'Orphelinat Prévost, bulletin n° 6, mai- août 1887, et Fêtes pédagogiques. 96 CEMPUIS Observons d'abordfque les procédés du travail manuel ne sont pas autre chose que la mise en œuvre des con- naissances dont l'ensemble constitue les sciences. Chaque métier, pris à part, correspond plus spéciale- ment à une science donnée qui en est la base ; la science est la théorie, le métier, l'application. La connaissance raisonnée des formes, par exemple, des matériaux, de la structure des machines et des outils, des forces qui les font mouvoir, tout cela, c'est la science; et le métier consiste dans la réalisation adroite des formes, le maniement habile des outils, l'exécution des opéra- tions dont la science explique le pourquoi et le com- ment, le but et les moyens. L'art du tailleur de pierre, si vous voulez, est une application de la géométrie; l'art du menuisier, du mécanicien, de même; l'art du teinturier est une application de la chimie, etc. Or, aujourd'hui encore, la grande majorité des ou- vriers est malheureusement d'une ignorance effrayante, non seulement des éléments des sciences en général, mais de la science particulière, qui est le fondement même de leur profession; ils n'ont pas même l'idée que cette science existe. Volontiers ils se moqueront plus ou moins agréablement de l'amateur qui leur en parle, qui « n'est pas du métier », etc. ; ils croient qu'il y a encore, comme au moyen âge, des secrets de métier... C'est en vain qu'il y a un siècle et demi Diderot et les Encyclopédistes ont montré l'intime rela- tion existant nécessairement entre les études théoriques des savants et les travaux d'exécution des artistes et des ouvriers, relation qui est pourtant tout à l'honneur de ceux-ci; c'est en vain que Destuttde Tracy a établi, ainsi que nous le disions, « que tout art, tout métier, ÉDUCATION ORGANIQUE. TRAVAUX .MANUELS 97 a pour base une science » ; qu'Auguste Comte a montré le rôle de chacune des sciences abstraites ou de théorie à côté de celui des sciences concrètes ou d'application. Tout cela, ils l'ignorent, eux qui auraient tant d'intérêt à le savoir. Non seulement ils l'ignorent, mais plus d'un, pour ne pas dire presque tous, se vantent de l'ignorer. Ils vous diront qu'ils ont bien appris le métier sans cela. Soit; mais au bout de combien de temps, et avec combien de peine; à force de voir faire et d'essayer, en un mot par routine. Qu'il se présente, et cela arrive à chaque instant, une chose qu'ils n'aient pas vu faire, le moindre imprévu, le plus petit incident en dehors des con- ditions de leur pratique cou- rante, les voilà arrêtés court. Tandis qu'un amateur éclairé, à plus forte raison un ouvrier instruit dans la théorie et ayant en plus les tours de main de la pratique, comprendra tout de suite le cas, devinera, inventera ou réinventera le moyen, le pro- cédé; il trouvera les analogues dans les autres métiers voisins, appréciera les bons côtés, les points faibles, corrigera, perfectionnera. La connaissance des éléments scienti- fiques lui a appris à observer, à raisonner les effets, h conclure. Au contraire, la routine anti-scientifique des ateliers ordinaires éloigne l'ouvrier des raisonne- 7 Costume des gymnastes de Cempuis. 98 CEMPLIS ments et le rend dupe des préjugés les plus insensés. Et puis enfin, avec cette éducation routinière, l'ouvrier apprend-il un métier? Non pas, mais une partie du métier, un petit coin de métier, comme on dit, une spécialité. Que cette spécialité, pour une cause quel- conque, par l'encombrement, ou par l'emploi d'une nouvelle machine, vienne à lui manquer, le voilà exposé au chômage; ou bien va-t-il falloir faire un nouvel apprentissage? D'un autre côté, comment se fait, en général, l'appren- tissage, dans les ateliers? L'apprenti fait les commis- sions du patron et des ouvriers, balaie l'atelier, sert les compagnons. Quand lui donne-t-on renseignement technique? Qui lui donne l'explication des moyens? Qui lui fait faire les essais indispensables ?« Je ne peux pas passer mon temps à lui montrer, dira le compagnon; il faut que je fasse mon ouvrage. » — « Faire des essais, gâcher des matériaux ! » répliquera le patron. Mais alors? L'enfant, s'il a quelque bonne volonté, attrapera quelques bribes, regardera faire en passant, demandera quelques mots d'explication qu'on lui jettera au plus bref. Ce n'est qu'à la fin de son stage, quand il va bientôt passer ouvrier, qu'enfin on lui donnera quelques instructions, qu'on lui mettra sérieusement l'outil en main. Mais mettez bout à bout les heures et les minutes de leçons pratiques, de démonstration sur le vif, d'essais à main guidée, combien cela fera-t-il, en tout, je ne dis pas d'années, mais de mois, mais de semaines de véritable apprentissage? — Et tout le reste a été temps perdu, non pas certes pour le patron, mais bien pour le futur ouvrier. L'expérience de Cempuis, longue de quatorze années. ÉDUCATION ORGANIQUE. — TRAVAUX MANUELS 99 variée, attentivement suivie sur un vaste ensemble, permet d'affirmer que l'apprentissage spécial d'un métier est chose très courte lorsque l'éducation générale a été bien faite. A Cempuis, dès l'enfance, le futur travailleur est soumis à un régime hygiénique, alimentation, exercice physique, etc., qui lui donne la vigueur corporelle et la fermeté des muscles ; d'autre part, progressivement, il reçoit V éducation organique qui, au moyen de tra- vaux manuels appropriés et gradués, développe chez lui l'adresse manuelle, la précision du coup d'œil et qui, par le maniement, non pas des outils spéciaux d'un seul métier, mais des outils d'emploi général et appartenant aux diverses professions, lui fait acquérir Yhabiletê applicable à toute chose, à tout travail. Ce côté physique est complété par une instruction générale élémentaire, mais suffisante, qui ouvre l'intel- ligence à toute nouveauté, par un enseignement scien- tifique fait au point de vue de l'observation et de l'application aux arts et métiers : ceci pour le côté intellectuel. Arrivé, alors, à l'âge où l'enseignement professionnel proprement dit, Y apprentissage, enfin, doit moralement commencer, que lui reste-t-il k acquérir, à l'adolescent ainsi préparé, pour devenir un bon ouvrier? La connaissance spéciale d'un certain nombre de moyens et de procédés, le maniement de quelques outils particuliers à la profession, la pratique de quelques tours de main : ce sera bientôt fait. Intel- ligent, — oh ! non pas un génie, mais une bonne intelligence ordinaire convenablement cultivée, — observateur par habitude, raisonneur, adroit de ses mains, vif de coup d'œil, pour qu'il apprenne vite et iOO CEMPL1S bien son métier, il n'y a plus qu'une condition, c'est qu'on veuille bien s'occuper de le lui montrer. Si cet enseignement professionnel, ainsi que nous l'avons dit, se fait généralement très mal dans les ate- liers, il y a une excuse : c'est que l'ouvrier, le compa- gnon à qui l'apprenti sert d'aide, a autre chose à faire ; il faut qu'il travaille, qu'il produise; il est producteur et non pas instituteur. Peut-être, malgré cela, avec un peu de bonne volonté, se souvenant de la peine et du temps dépensés en vain par lui, lorsqu'il était lui- môme apprenti, pourrait-il dispenser aux autres d'une façon moins parcimonieuse ses explications et ses con- seils. Mais en somme, ce qu'il faut pour que l'éduca- tion professionnelle soit bien faite et faite dans T inté- rêt du travailleur, ce sont des écoles professionnelles bien dirigées, et des ateliers spéciaux d'apprentissage, sous la direction d'ouvriers instruits h la fois dans la théorie et dans la pratique, (f ouvriers-professeurs, dont le premier devoir soit, non pas de produire, mais d'enseigner. Indépendamment des conseils qu'ils reçoivent de leurs maîtres, les plus jeunes élèves de Cempuis s'adressent aux atnés, les aident dans leurs travaux, en font les parties les plus faciles, et les anciens les guident et leur montrent l'usage des outils. Une bonne organisation rendait possible la pratique des divers instruments en évitant les dangers profes- sionnels, encore accrus par l'inexpérience des enfants, montrait comment on peut distribuer l'outillage et la matière première en évitant le gaspillage, et préparait l'esprit des enfants h la conception de l'économie qui, ÉDUCATION ORGANIQUE. TRAVAUX MANUELS 101 dans sa large acception, est à la base de l'industrie moderne. On les voyait alors couramment, au bout de deux années d'apprentissage d'un métier, même en consa- crant une moitié de la journée à compléter leur édu- cation générale, devenir déjeunes travailleurs instruits et adroits, connaissant non pas seulement une étroite spécialité, mais le métier dans toute son étendue. Il ne leur manque plus, pour être des ouvriers parfaits en toute chose, que le surcroît de vigueur et de résistance physique que leur apportera la vingtième année et la maturité d'esprit que l'expérience de la vie leur fera promptement acquérir 1 . VI. Vers l'âge de douze ans, tout élève ayant choisi un métier était apprenti. Pour lui, la durée des travaux manuels était d'une moyenne de cinq heures par jour ; mais ces travaux, bien entendu, étaient toujours accom- pagnés des études classiques dans lesquelles le dessin, les sciences, la comptabilité, la technologie occupaient une place importante. Sans perdre de vue renseignement théorique des travaux manuels et les exercices d'application qu'ils comportent, les éducateurs de Cempuis leur avaient donné dès le commencement un but utilitaire. Dans un tel établissement on trouvait largement, parle fonctionnement des divers services, la réparation et l'entretien des immeubles, du mobilier, du matériel, de l'outillage, etc., les transformations et les édifications nouvelles exigées par les développements successifs de 1. V enseignement d'un métier. Voir V Éducation intégrale, n° 6, novembre-décembre 1893 et mai 1895. 102 CEMPU1S l'Orphelinat, de quoi alimenter les divers ateliers de travaux immédiatement utilisés. Un reproche presque constamment mérité par les établissements de bienfaisance ou de correction (?) vivant en totalité ou en partie de subsides extérieurs est de faire confectionner par leurs habitants des objets indus- triels ordinaires fournis au commerce à des prix réduits. Ces institutions à prétexte charitable font ainsi une abominable concurrence au travail libre et sont une des grandes causes de l'abaissement des salaires; elles sou- lagent quelque peu les misères d'un petit nombre, mais augmentent terriblement celles de la grande masse. L'Orphelinat Prévost n'a pas mérité ce reproche. Tout au contraire. Ses travaux, faits dans ses ateliers, ont en grande partie été utilisés dans l'établissement pour augmenter le confort et même le luxe de la vie des enfants, avantages dont on se serait passé, s'il avait fallu les obtenir dans les conditions commerciales ordi- naires, le budget étant déjà totalement employé. Les divers ateliers relatifs à l'industrie du livre et annexes ont entrepris pour la propagande des bonnes méthodes éducatives, des travaux qui, promettant à des éditeurs tout le contraire de bénéfices, auraient été refusés sans hésitation. Quelques-uns du reste l'ont été. Cempuis, en éditant les nombreuses publications énu- mérées plus loin, n'a donc fait de tort à aucun travail- leur libre. Si ses produits ont été meilleur marché que les similaires de l'industrie privée, c'est que les auteurs et les éditeurs, c'est-à-dire M. Robin et ses collaborateurs ont, peut-être à tort, vu la suite de l'histoire, renoncé à tout droit, à tout bénéfice personnel. Les prix étaient calculés sur les salaires payés d'après les séries des ÉDUCATION ORGANIQUE. — TRAVAUX MANUELS 103 corps de métier, augmentés d'un quart pour l'usure du matériel ; puis doublé pour le cas des remises à faire à des intermédiaires. Quand on traitait, comme le plus souvent, directement avec les clients, on faisait des remises de 20, 30 et même 50 0/0 suivant les cir- constances. On se couvrait ainsi des frais de port et d'une partie des dépenses forcées d'envois gratuits aux officiels et aux parents d'enfants. L'Orphelinat publia ainsi les œuvres du directeur et des professeurs, et de quelques étrangers, les bulletins et les autres travaux de la Société de sténographie Aimé-Paris et ceux de l'Association Galiniste. Chose remarquable, pour cette dernière, la demande devint si considérable qu'elle dépassa la force de pro- duction des ateliers de Cempuis et que pour les réédi- tions des méthodes de musique l'on dut traiter avec un éditeur franco-belge 1 , qui, depuis huit ou dix ans, paie à V Association Galiniste, impersonnelle, des droits d'au- teurs. Nous avons donc raison de dire « tout au con- traire », puisque loin de lui faire concurrence l'indus- trie de l'Orphelinat a été pour l'industrie libre une cause de travaux qui n'eussent pas été faits si réta- blissement subventionné n'avait pas commencé leur mise en train. VIL Voici la nomenclature des travaux manuels simultanément pratiqués par les enfants, d'après le sys- tème de papillonnement indiqué jusqu'à l'âge de douze ans, et parmi lesquels ceux-ci choisissent alors pour s'y spécialiser jusqu'à leur seizième année, ainsi que nous l'avons déjà dit, avec le concours compétent des 1. Lebègue etC ie . 104 CKMPUIS maîtres ouvriers, des professeurs, du directeur, et avec l'assentiment des familles ou tuteurs, le métier qui a fixé leurs préférences et pour lequel ils ont le plus de réelles aptitudes : 1. Agriculture, travaux de ferme. — 2. Jardinage, horticulture, apiculture. — 3. Couture, lingerie (con- fection et entretien des vêtements). — i. Cordon- nerie (confection et entretien des chaussures). — 5. Blanchissage, repassage. — 6. Cuisine, soins du ménage. — 7. Boulangerie. — 8. Infirmerie, phar- macie. — 9. Terrassement, maçonnerie. — 10. Travail du hois, charpente, menuiserie, tournage. — 11. Tra- vail des métaux, fils métalliques, zinguerie, plomberie, forge, serrurerie, mécanique, ajustage, tournage. — 12. Peinture, vitrerie. — 13. Modelage, moulage, scuplture. — 14. Imprimerie, clichage, galvanoplastie. — If). Lithographie, zincographie. — 16. Photographie. — 17. Cartonnage, reliure, encadrements. — 18. Ma- chine h écrire. — 19. Travaux divers et occasionnels (vannerie, rempaillage de chaises, céramique, exer- cices de télégraphie, etc.). Il est bien évident que quelques-uns de ces travaux, en raison des forces musculaires qu'ils exigent, ou plutôt des traditions établies étaient plus particulièrement pratiqués par les garçons et que d'autres étaient prin- cipalement attribués aux filles. Mais, dans ce système rationnel d'éducation, dans cet établissement où tous les enfants vivent en grande communauté, on trouvait avantageux, pour eux, et. pour les familles qu'ils pourront fonder plus tard, de faire participer, occasionnellement, les filles aux tra- vaux spéciaux des garçons, et inversement de faire ÉDUCATION ORGANIQUE. — TRAVAUX MANUELS 107 exécuter par ceux-ci des travaux généralement attri- bués aux filles. Osera-t-on donner tort à M. Robin? Ne paraît-il pas salutaire qu'une mère de famille sache, au besoin, manier la pelle et la pioche, le marteau, le rabot et la scie pour les mille petits travaux d'agencement inté- rieur qui lui permettent d'entretenir le logis familial dans un état de coquette propreté tel que chacun le trouve beau, s'y plaise et l'apprécie comme le vrai sanctuaire du bonheur? D'autre part, le chef de famille ne doit-il pas, en toute occasion et principalement dans les moments difficiles, dans les cas de maladie des siens, aider et suppléer la mère pour l'entretien des vêtements, les travaux du ménage, les soins médicaux, etc., coudre un bouton, rapiécer un vêtement, préparer un repas, faire une tisane? Oui, les travaux manuels scolaires conviennent éga- lement et presqu'au môme titre, pour les tilles et les garçons; tout le monde a besoin, dans la vie, du pre- mier degré d'habileté manuelle et de la connaissance des procédés généraux du travail. C'est pour cela que, tout en suivant dans leur ensemble les usages établis, on se faisait à Cempuis Un principe de n'être pas exclusif, et qu'on cherchait à étendre, dans la plus large mesure possible, la sphère de l'activité individuelle. VIII. Disons quelques mots de chacun des prin- cipaux ateliers de l'Orphelinat Prévost 1 . i. Les ateliers de l'Orphelinat Prévost, disséminés d'abord dans les salles disponibles de rétablissement, furent réunis dans un seul bâtiment spécialement aménagé et construit à la place de la 108 CEMPUIS Tout d'abord V industrie du livre. L'établissement possède une collection assez importante de caractères courants, à laquelle s'adjoignent des casses spéciales pour la composition des formules mathématiques, de la musique chiffrée et de la musique sur portée. Elle est pourvue d'une presse mécanique, de la presse à bras Stanhope et d'une petite presse à main pour les travaux dits de ville. 11 s'y joint, comme travaux accessoires, la stêréotypie, c'est-à-dire la fabrication des flans (moules) et des clichés, pour laquelle il y a un outillage suffisant. 11 a même été fait des expé- riences et des travaux de gravure chimique, de photo- gravure et de clichage galvanique. Les presses tiraient régulièrement le Bulletin bimen- suel do l'Orphelinat, publié sous le titre de l'Éduca- tion intégrale, le Bulletin mensuel de l'Association Galiniste (aujourd'hui la Réforme musicale), enfin des publications pédagogiques de toutes sortes, en outre de travaux destinés au service intérieur, registres, pièces de comptabilité, etc., et enfin des travaux de pur appren- tissage. Le personnel se compose régulièrement de l'ouvrier professeur et de sept apprentis, plus des jeunes élèves, dits papillons, qui passent successivement dans les divers ateliers. La lithographie emploie une machine et deux presses à bras, sans compter quelques petits engins d'appren- tissage. On y exécute des travaux de lithographie en noir et chapelle devenue inutile depuis 1882. Les journaux cléricaux enregistrèrent avec indignation ce remplacement d'un bâtiment par un autre. ÉDUCATION ORGANIQUE. TRAVAUX MANUELS 109 en couleur. L'atelier, en outre des travaux d'appren- tissage et des tirages pour le service intérieur des classes, ateliers, bureau, etc., produit régulièrement le Bulletin mensuel de la Société de sténographie Aimé-Paris, et plusieurs autres publications sténogra- phiques, des ouvrages importants de musique chiffrée, notamment l'Instituteur et l'Élève musicien, enfin des brochures autographiées, dj?s dessins et images d'en- seignement, etc. Elle emploie un ouvrier professeur et quatre apprentis, plus les jeunes élèves à tour de rôle. Les machines de la typographie et de la lithogra- phie sont mises en mouvement par un moteur à gaz de deux chevaux. Avec une telle production de livres et brochures, l'atelier de reliure est indispensable. Il est pourvu d'un outillage assez complet, pressée percussion, lami- noir, presse h rogner, couteau mécanique dit massicot, couteau à débiter le carton, etc. Il est dirigé par un ouvrier professeur et emploie une ouvrière brocheuse, en outre des trois apprentis et de nombreux papillons. L'atelier de forge et ajustage, pourvu de tours, rabo- teuses, machines h forer, à cintrer, à étamper, poin- çonneuse, permet de fabriquer non seulement les ferrures et autres pièces ou machines pour le service des bâtiments, des ateliers, de la ferme, etc., mais des travaux de précision ; on y construit notamment des vélocipèdes pour l'usage des élèves. Il est sous la direction d'un ouvrier professeur, lequel s'occupe des petits travaux des élèves des cours élémentaire, moyen et supérieur, et de l'instruction manuelle pra- tique des six apprentis réguliers. 110 CEMPUIS L'atelier de menuiserie, qui en outre de l'entretien de la maison, du mobilier, du matériel classique, du matériel des expositions, etc., a rendu de très grands services dans la construction des nouveaux bâtiments , contient dix établis pourvus de leur outillage ordi- naire, des tours, des scies circulaire et à ruban. Sous la direction de Touvrier-professeur, travaillent quoti- diennement et à tour de rôle les sections des jeunes élèves qui ne sont encore admis qu'au papillonnage et les huit apprentis qui ont adopté ce métier. L'atelier de cordonnerie, qui ne suffit qu'à une partie de la consommation intérieure, est dirigé par un ouvrier, aidé d'apprentis et papillons. C'était une industrie h développer; les locaux étaient très exigus. L'atelier de couture, où tous, filles et garçons, passent successivement, contribue pour une grande part aux travaux du service intérieur: ce qui n'est pas peu de chose, ni une économie négligeable ! 11 possède des machines à coudre, des collections de patrons, etc. Sous la direction delà maîtresse de couture, on a formé une demi-douzaine d'apprenties, en outre du passage des papillons des deux sexes 1 . La buanderie et le repassage étaient devenus des ate- liers d'apprentissage très importants, auxquels les enfants se rendaient avec plaisir; tout le blanchissage et le repassage du linge de plus de 200 habitants de la maison s'y faisait régulièrement, sans qu'il fût besoin de recourir au dehors. IX. Le bel et vaste atelier des agriculteurs et hor- ticulteurs n'est autre que celui que constituent les 1. L 'Enseignement de la couture. Voir Fêtes pédagogiques, p. 87. ÉDUCATION ORGANIQUE. TRAVAUX MANUELS 111 champs et les jardins d'une contenance de plus de 15 hectares. La ferme fournit à une partie de l'alimen- tation de rétablissement. Elle comprend des granges, une étable d'une dizaine de vaches, une écurie de deux chevaux, une porcherie, une lapinière, une basse- cour, etc. Il faut citer aussi, comme s 'étant agrandie Une répétition de musique à Cempuis. dans les dernières années et perfectionnée, la partie horticole à laquelle fut consacré, en outre de deux jardins, un terrain pris sur le champ de culture et dont les produits, légumes et fruits, sont très impor- tants. Il faut enfin mentionner une jolie serre, de récente construction, destinée à l'enseignement et à la reproduction. Ces travaux, sous la direction du pro- 112 CEMPLIS fesseur on titre, emploient un agriculteur fermier, cinq apprentis horticulteurs et autant d'agriculteurs, et le service temporaire de nombreux employés. L'exploitation agricole de l'Orphelinat, quoique citée comme une des meilleures des environs, était loin cepen- dant d'être ce que la désirait M. Robin. Cela tenait à des causes diverses, notamment à la répulsion inintel- ligente que manifestaient la plupart des parents ou tuteurs des enfants pour les travaux de la campagne et aux nombreuses difficultés matérielles d'appliquer pratiquement les théories et les méthodes nouvelles de culture rationnelle ! . X. Peu d'élèves choisissaient la profession de maçon ou de terrassier... Mais un fait intéressant à signaler est celui du terrassement et de la construction en 1889 d'un bùtiment. Tous les élèves, selon leurs forces, y prirent part, par groupes, se remplaçant d'heure en heure. C'est une gymnastique comme une autre, non sans un but d'utilité compris par les enfants; c'est en même temps un enseignement. XI. Les fillette* apprenties, outre qu'elles parti- cipent aux travaux de couture, de buanderie, de repas- sage, de lingerie, sont initiées aux devoirs des mères de famille en donnant, tous les jours, leurs soins cons- tants et affectueux aux plus jeunes fillettes. Le fonctionnement régulier des nombreux services de rétablissement, la propreté constante dans laquelle devaient être maintenus les divers focaux : dortoirs, lavabos, réfectoires, classes, ateliers, etc., la distribu- i. Cependant une demi-douzaine d'élèves de Cerapuis entrèrent, à leur sortie de rétablissement dans des écoles d'agriculture ou d'horticulture pour y compléter leur instruction. ÉDUCATION ORGANIQUE. — TBAVAUX MANUELS 113 tion hebdomadaire des effets d'habillement, les chan- gements périodiques, la bonne tenue et la réparation de ces mêmes effets; la mise et le lever rapide du cou- vert dans les réfectoires ; la répartition générale des aliments et leur distribution à chacun; l'application des remèdes généraux prescrits ; le pansement des petites blessures, engelures, etc.; la participation aux travaux de la cuisine; la confection des pâtisseries, confitures, etc., constituaient un ensemble d'exercices quotidiens ou périodiques qui étaient la meilleure pré- paration des enfants à la vie sociale. L'expérience journalière montre combien leur pra- tique donne sans cesse occasion à observation et à rai- sonnement, complétant l'éducation intellectuelle et réalisant matériellement l'application des notions et des combinaisons de l'intelligence. CHAPITRE V ÉDUCATION INTELLECTUELLE L L'éducation intellectuelle, à Campais, n tond h favoriser le développe me 1 ni simultané l'équilibre île toutes tes Facultés sans exclusion ; facultés d'assimila- tion et de production, facultés d'ordre scientifique pi d'ordre artistique, esprit d'observation, jugement mémoire, imagination, sentiment du beau. « L'instruction intégrale, réciproquement but et moyen d'éducation, se définit : un ensemble complet, enchaîné, synthétique, parallèlement progressif, en in ut ordre de connaissances, ei cela à partir du plus jeun* âge et «les premiers éléments. Dans toutes les grandes branches do savoir humain <|in plus loin vont en se ramifiant à L'infini, il est 6 l'origine, h la base des vérités a impies, primordiales, fondamentales, Facile* mi-nt observables et intelligibles même pour les jeunes entente ; elles doivent constituer le premier trésor de nul ions possédé par le petit élève et destiné à S'enri- chir graduellement. » Appelons il notre aide une ligure pour préciser nos idées, Symbolisons ce que Ton appelle, par une belle métaphore couramment reçue, le champ des connais- sances humaines, par une surface indéfinie en étendue, sans bornes, reculant sans cesse : représentons-nous les ÉDUCATION INTELLECTUELLE 115 diverses sciences, figurées par des lignes rayonnuntes ? divergentes, à partir d'un point central, s'éloignant dans toutes les directions, divisant l'étendue en sec- teurs contigus, sans interruption et sans vide. Le point central signifiera le zéro du départ, l'ignorance absolue, mais provisoire, du petit enfant. Représen- Les élèves de Gempuis à la ferme. tons maintenant par une petite étendue prise sur le champ du savoir universel un premier degré de con- naissance : ce sera un petit cercle, ayant pour centre le point noir, un cercle étroit, mais entier, achevé en son contour, rendant sensible aux yeux cette idée que les premières notions, qui sont à l'origine de toutes les sciences et leur servent nécessairement d'introduction, 116 CEMPriS empruntent également en tous sens, sans lacune, sans espace noir, sur le terrain des choses intelligibles. Et maintenant imaginez que ce petit espace s'agrandisse, s'élargissant régulièrement de toutes parts, que ce cercle aille se dilatant progressivement, semblable aux belles ondes circulaires que Ton voit s'étaler à la sur- face des eaux tranquilles : cette image expressive et si fidèlement correspondante au concept d'instruction intégrale n'est pas autre que la traduction du mot si heureusement trouvé par nos précurseurs et initiateurs du siècle dernier : encyclopédie, instruction en cercle... « Le programme correspondant à cette idée peut se résumer en un mot : de tout. De toute science et de tout art, non pas de vagues lueurs, mais de solides no- tions, précises, quelque élémentaires qu'elles soient 1 . » Quant à la méthode à suivre pour l'enseignement, il n'y en a qu'une, pour tous les degrés, basée sur l'obser- vation et le raisonnement. Cette méthode, on Ta appelée scientifique, parce qu'elle a pour fondements les principes désormais inébran- lables de la science; on a employé le qualificatif de rationnelle, non moins justifié, puisqu'elle est la « voie logique môme » ; on la dit méthode naturelle pour signifier conforme à la nature des faits réels, et en même temps à la nature du sujet ; souvent on la qua- lifie iï expérimentale , parce qu'elle prend son point d'appui sur l'expérimentation ; quand il s'agit de son application au premier enseignement et aux jeunes enfants, on emploie volontiers l'expression d'intuitive, ce qui est au fond la môme chose. 1. Manifeste des partisans de l'éducation intégrale. ÉDUCATION INTELLECTUELLE 117 A toutes ces dénominations qui ont leur justesse, les éducateurs de Cempuis préféraient celle d'intégrale qui les contient toutes, qui résume tous les attributs, indique la mise en œuvre de tous les moyens de con- naître, sans exception d'un seul, de tous les modes de raisonnement, l'emploi de tous les procédés : l'intui- tion, la parole, le livre, qui exprime le concours de toutes les facultés, l'étendue universelle, en hauteur et en profondeur, la compréhension de tout le champ des connaissances humaines actuelles et futures même : car l'avenir pourra bien créer de nouvelles sciences, il n'ajoutera point de facultés nouvelles à l'intelligence. Elle exprime en outre le rapport logique du but et du moyen en rattachant par le môme qualificatif la mé- thode et Y éducation intégrale à laquelle elle correspond nécessairement , . L'enfant n'est pas un être autre que l'homme ; c'est l'homme considéré à un moment donné de sa vie, à un certain degré, le degré inférieur et premier de son évolution. 11 a toutes les facultés essentielles de l'in- telligence humaine, au degré près ; il a les mêmes moyens de connaître et pas d'autres. L'enfant perçoit et observe, analyse et abstrait, fait sa synthèse ; il compare et généralise; il raisonne comme nous, par induction et par déduction. Dans l'observation et dans la communication par le langage, ses moyens sont les nôtres. 11 n'y a pas deux logiques, une pour l'enfant, l'autre pour l'adulte; il n'y en a qu'une seule pour tout le i. Fêtes pédagogiques. Compte rendu des sessions normales à l'Orphelinat Prévost, 2 e vol., p. 21 à 31. 118 CKWPLIS monde. La méthode étant « la voie logique même», il faut bien conclure qu'il n'y a et ne peut y avoir qu une seule méthode essentiellement identique pour l'enfant et pour Thomme fait. Mais, les facultés de l'enfant différant des noires par une moindre puissance et une moindre fixité, il est nécessaire d'adapter les procédés h la faiblesse et à la mobilité de l'intelligence enfantine. Dans l'enseigne- ment des enfants, on doit faire appel aux sens, aux pro- cédés concrets; observation au point de départ, raison- nement appliqué sur le vif au fait observé, marche d'ensemble inductive, du particulier au général, de l'idée saisie sur les choses à la notion constituée dans l'esprit, fixée ensuite dans la mémoire. On appliquait à Cempuis cette méthode aux faits de tous ordres, à toutes les branches des connaissances humaines, à . toutes les sciences, quel que fût leur objet. Tout renseignement s'y fait par /eçons de choses, c'est-à-dire en partant des faits. Tantôt c'est la leçon qu'on peut appeler développée ou mieux classique faite en classe régulièrement à une heure déterminée, sur un objet prévu d'avance et sur un plan étudié, la leçon préparée, organisée, faite dans des conditions qui comportent l'emploi de tous ses moyens et la mise en œuvre de toutes ses ressources, qui est la base de tout l'enseignement intuitif; tantôt c est la leçon adventive, occasionnelle, irrégulière, qui peut se faire en classe, mais aussi bien dehors, en tout lieu, h toute heure, brève, esquissée, non pré- parée, improvisée, en présence de tout objet qui s'offre imprévu à l'œil des enfants et pour tirer parti de l'occasion : passée en constante et courante pratique, ÉDDCATION INTELLECTUELLE U9 elle est l'auxiliaire le plus heureux de renseignement. Dans les petites classes, on emploie couramment les jeux, les exercices et les travaux frœbeliens. Les maî- tresses des classes enfantine et maternelle suivent les conseils de M. Delon et prennent pour guide, nous l'avons dit déjà, son livre : Exercices et travaux pour les enfants 1 . Aux constructions avec des cubes, des prismes, des briques, etc., qui se prêtent à d'innombrables petits cal- culs, prétextes k causeries utiles et animées, aux jeux de bâtonnets, anneaux considérés comme première initiation au dessin, aux pliage, piquage, broderie, découpage, au dessin sur ardoise quadrillée et sur papier quadrillé ou pointillé, avec ses diverses variantes, enluminure en couleur, etc., dont on trouvera les détails dans le livre de M. Delon, on ajoute des exercices inspirés du môme esprit, mais n'appartenant pas au fond primitif frœbelien : jeu des lettres, jeu sténogra- phique, jeu des substantifs, des verbes, etc. Nous en parlerons plus loin avec quelque détail. On accueille pour cet enseignement au premier 1. Depuis la publication du livre de M. Ch. Delon, l'idée a fait quelque chemin, les procédés frœbeliens se sont répandus et sont mis en œuvre du moins partiellement, fragmentairement, dans d'assez nombreuses écoles en France et à 1 étranger, notamment en Amérique. Presque partout les réformes, dont M. Ch. Delon fut le promo- teur, ont été plus ou moins adoptées. Ce qui prouve qu'elles étaient urgentes et en rapport avec les besoins de l'éducation moderne . Cet ouvrage a été traduit en toutes les langues plus ou moins complètement, et ce sont des dessins, des découpages, etc., selon la méthode dite française, que les petits Américains, les petits Ita- liens, les petits Anglais, et, ce qui est assez piquant, les petits Allemands aussi, pour la plupart, envoient aux expositions péda- gogiques. 120 CEMPIIS degré toutes les formes d'exercices, tous les jeux et les travaux inspirés par la même idée pédagogique, propi es à développer le goût, le coup d'oeil, l'adresse manuelle, l'esprit d'invention et susceptibles de donner occasion à un enseignement positif. II. Mais, dira-ton, Y arithmétique , la géométrie, sont des sciences abstraites, déductives... Sans doute, mais aussi le nombre et la forme sont choses observables, et l'idée première en est venue par l'observation. L'homme n'aurait jamais raisonné sur les propriétés du triangle, si d'abord il n'avait vu le triangle. Si nombre de gens ont une réelle aversion pour les mathématiques, c'est que Ton en commence presque toujours l'étude par la partie la moins intéressante, le calcul des nombres, étude que Ton rend plus aride encore en exerçant, avant tout, les enfants sur des nombres abstraits et très grands. C'est dans la vie commune un peu raisonnée, dans les ateliers, les champs, les jardins, que Ton doit cher- cher les problèmes pratiques demandant des solutions immédiates et approchées. On faisait à l'Orphelinat Prévost des séries d'exercices amusants, combinés, pour bien pénétrer l'esprit des enfants, des quantités et des unités fondamentales des mathématiques, source inépuisable d'idées justes, pré- cises, contrepoisons de cette fausse science sans calcul que l'on a si malheureusement vulgarisée. Pour cette partie si importante de l'enseignement, nous engageons nos lecteurs à lire attentivement et à. se pénétrer des articles fort intéressants publiés dans le Bulletin de V Orphelinat Prévost, notamment de ceux intitulés: compter, mesurer, peser; longueur, masse, ÉDUCATION INTELLECTUELLE 123 temps ; éloquence des nombres ; résultats concrets ; géo- métrie accélérée, etc. (3 e série. — 1889-1890), De temps h autre, le musée mathématique conçu par M. Robin et encore h l'état d'embryon au moment de son départ s'augmentait d'une pièce nouvelle. On y remarquait la Règle à calcul de Gunther, Y Abaque de Lalanne, dont presque tous les grands élèves savaient se servir; des tableaux numériques ; le crible d'Eratos- thène donnant jusqu'à dix mille le plus petit diviseur de chaque nombre ; puis des tracés géométriques inté- ressants donnés par l'Harmonographe, combinaison du mouvement de deux pendules à oscillations perpendi- culaires (Lissajoux); des modèles faits de longues aiguilles h tricoter attachées avec de la laine, illustrant un grand nombre de vérités de la géométrie projective et remarquables par leur mobilité. (La géométrie pro- jective très peu enseignée est encore dans quelques écoles d'enseignement supérieur à des débuts on ne peut plus élémentaires. Elle réduit, pour ainsi dire, à rien des démonstrations autrefois difficiles.) Puis le jeu des polygones 1 , des représentations en fil de soie de diverses couleurs, des surfaces réglées, notamment des hyperboloïdes, paraboloïdes, hélicoïdes, etc. ; des figures simples exécutées en carton, intersections de plans, polyèdres ; d'autres eu zinc, en fil de fer soudé, que les enfants exécutaient aux ateliers; des polyèdres réguliers, demi-réguliers (de Catalan), étoiles (de Poinsot), des polyèdres enchevêtrés, cubes, octaèdres inscrits dans le dodécaèdre, l'icosaèdre, etc. Ces ligures I. Pour le jeu des polygones, voir l'article de M. Robin dans la Nature (juin 1887) et dans le Bulletin de V Orphelinat Prévost, juil- let-août 1888. 124 CEMPD1S étaient les unes en aiguilles piquées dans de la cire (en attendant une structure plus solide), les autres en plâtre. Toutes étaient calculées de manière à être ins- criptibles dans des sphères de m ,05, m ,10 et m ,20. Une collection de sphères de m ,05 de diamètre por- tait les dessins de polyèdres inscrits, formant ainsi de curieux polyèdres sphériques. Il y avait aussi des entassements de petites sphères qui ne sont que des nombres figurés, des piles de boulets, pyramides, octaèdres, cubes, etc., en plâtre; des systèmes arti- culés, créés par Peaucellier, Harl, Kempe, exécutés en zinc ou en réglettes d'imprimerie, etc. ; enfin de jolis mouvements mécaniques apparents fournis par le phénakisticope, le zootFope, le praxinoscope, etc. ; déplacements de points sur des courbes, ellipses, hyperboles, cycloïdes; mouvements planétaire, vibra- toire, oscillatoire, etc., etc. A cet enseignement mathématique jconcret, on ajou- tait renseignement de l'arithmétique, de la géométrie et de l'algèbre élémentaires tel qu'il est généralement pratiqué dans les classes primaires. III. L'établissement possédait un cabinet de phy- sique et de chimie assez bien pourvu. Des expériences étaient présentées en classe et piquaient au plus haut point la curiosité des enfants ; on les exerçait aussi à manipuler eux-mêmes. Dans les petites classes, les expériences se réduisent à montrer aux enfants les choses les plus simples : réalisation d'un fil à plomb avec une clef et une ficelle, pour apprendre la direction de la verticale ; rayon de soleil passant par une fente du volet et renvoyé avec un miroir au plafond, pour expliquer ce que c'est que ÉDUCATION INTELLECTUELLE 125 la réflexion ; sucre ou sel dissous dans l'eau pour montrer le phénomène de la dissolution, etc. Les élèves plus avancés observent les phénomènes d'une manière un peu plus précise, mais avec des instruments très simples ingénieusement façonnés, semblables à ceux de M. René Leblanc. On faisait prendre quelques mesures, exécuter quelques calculs. Une des plus heureuses disciplines à laquelle on puisse soumettre l'écolier et qui développe en lui l'esprit de méthode, de régularité, de parfaite sincérité scientifique, d'appréciation mathématique pouvant lui rendre plus tard d'immenses services, appliqué en toute autre circonstance de la vie, est l'observation journalière des phénomènes du temps. Les observations météorologiques étaient très en hon- neur à TOrphelinat Prévost. Les élèves les faisaient à tour de rôle, et assez bien pour avoir mérité les félici- tations de M. Renou, directeur de l'Observatoire de Saint-Maur. La station météorologique comprenait: un baromètre Renou à échelle compensée, un psychromètre Alver- gniat, un thermomètre à maxima, un thermomètre à minima, un pluviomètre (modèle du Bureau central), un héliographe de Campbell, un thermomètre enregis- treur Richard et un baromètre enregistreur Richard. Les observations étaient envoyées mensuellement au Bureau central météorologique. Il y avait un règlement et une organisation régu- lière pour ces observations : 1. Les observations sont faites à six heures du matin, midi et neuf heures du soir. 2. Le matin, on observe, h l'extérieur, la quantité 126 CEMPCIS d'eau tombée pendant la nuit, le thermomètre sec, le thermomètre humide; h vue, l'état du ciel, l'intensité du vent ; à l'intérieur, la direction du vent donnée par la girouette, la hauteur du baromètre et du thermo- mètre qui y est fixé. 3. A midi, même chose, avec l'observation du ther- momètre mini ma. 4. Le soir, comme le matin, avec l'observation du maxima en plus. 5. Deux élèves font les observations indépendam- ment sur une ardoise ou sur un carnet. Leurs nombres sont comparés et vérifiés par l'un des élèves nommés méléoro/ogistps ; après la vérification, ils sont immé- diatement inscrits sur le cahier. (>. La copie destinée au Bureau central et les réduc- tio s sont faites chaque jour après l'observation de midi suivant le même système. 7. A ce moment, on date le carton brûlé indi- quant la présence du soleil du jour précédent ; on compte la durée de cette présence, et on l'indique sur le carton. 8. Trois minutes doivent suffire à l'observation du matin et h celle du soir ; dix aux observations du milieu de la journée, aux réductions, à la transcrip- tion. 9. Le lundi, à dix heures, les feuilles des ins- criptions sont changées ; sur chacune d'elles, on marque les dates et les heures, à l'aide d'une petite croix, des vingt et une observations des instruments fixes correspondants. 10. Les totaux et les moyennes sont faits par mois, le 1 er ou le 2 du mois suivant, par les meilleurs ÉDUCATION INTELLECTUELLE 127 observateurs désignés par le météorologiste de ser- vice. 11. Chaque élève doit observer, quinze jours de suite, l'un d'eux changeant chaque semaine. Le l or de chaque mois, le météorologiste remet à son successeur le soin des observations et s'assure qu'il n'y aura pas d'interruption. Le 2, au soir, il remet au Directeur tout ce qui concerne le mois précédent. \'Z. Le tableau des météorologistes et des obser- vateurs, tenu à jour, existe dans la salle des observa- tions et dans le bureau du Directeur, avec dates d'ins- cription et de radiation. 13. Les changements se font à tour de rôle dans l'ordre du tableau. Le nom du météorologiste mensuel et des observateurs sont marqués sur le cahier d'obser- vations. Dans la cour de récréation, accroché bien visible- ment à un mur, se trouvait un tableau approprié, modèle du Bureau central, sur lequel tous les élèves pouvaient noter les phénomènes naturels qu'ils avaient pu observer, dans le bois, dans le parc, dans les champs : l'époque du premier bourgeonnement, de la feuillaison des arbres, de la floraison d'une plante, la première apparition d'un oiseau, etc. On considérait comme très important de donner aux enfants l'habitude d'observer intelligemment et d'inscrire les phénomènes pouvant se constater dr visu, de s'intéresser aux faits naturels, de s'occuper des choses ambiantes que tant de personnes ne regardent même pas, vivant en étran- gères au sein de la nature, et gardant toute leur atten- tion pour les petits faits communs de la vie sociale, indifférents aux grands spectacles du ciel et de la terre, 128 CEMPLÏS au lever de l'aurore, aux splendeurs des couchants et se passionnant pour de vulgaires commérages. IV. La minéralogie, la géologie et la botanique font naturellement partie du programme d'enseigne- ment; le musée s'enrichissait, à chaque excursion, de quelques nouvelles pièces. Des plantes rares, prises au loin, venaient grossir l'herbier. Les jours de prome- nade, des boîtes pour herborisation, des transplan- toirs, des marteaux de géologue et des sacs de toile à bretelle pour recueillir les minéraux étaient mis à la disposition des élèves qui, presque tous, se passion- naient pour les recherches minéralogiques et bota- niques. L'établissement possédait un jardin botanique 011 les élèves se promenaient librement. On donnait aux enfants les notions indispensables de zoologie, d'anatomieet de physiologie. Ils étaient exercés aux dissections d'animaux : les villageois savaient très bien cela et apportaient quelquefois à l'établissement des oiseaux ou de petits animaux morts dont on empaillait quelques-uns. Un modèle d'anatomie, genre Auzoux, un squelette et de nombreux tableaux servaient aux maîtres pour les leçons dans les classes les plus avancées. V. Souvent, le soir, par les beaux temps d'hiver, M. Robin entraînait sans peine, malgré le froid, les plus grands des élèves et au dehors, en présence du ciel étoile, dans le silence de la nuit, il leur faisait d'atta- chantes causeries astronomiques. Il leur citait les prin- cipales constellations visibles, donnant des indications permettant de les retrouver d'après leur forme et leur position relative; il y ajoutait quelques mots sur l'his- toire de leurs noms, sur les particularités que peuvent ÉDUCATION INTELLECTUELLE 129 présenter certains de leurs éléments : couleur, varia- bilité, multiplicité, distance. De telles causeries en pré- sence d'un si magnifique spectacle avaient un côté essentiellement moralisateur. Plus d'un parmi les élèves quittait la leçon, l'imagination sainement enflammée et le cœur ému. Le musée de rétablissement possédait les belles cartes célestes de la Société britannique pour la diffu- sion de la science utile (U. K. B. A.), l'atlas des étoiles si remarquablement fait de Proctor et nombre de des- sins et de photographies représentant la lune, les pla- nètes, des nébuleuses, des appareils des grands obser- vatoires. On y voyait encore le miroir d'Uranie et la lunette à quinze sous, imaginée par M. Robin et fabri- quée dans les ateliers 1 . A travers ces lunettes, et une bonne lunette astrono- mique donnée par un généreux industriel de Paris, les élèves pouvaient admirer les objets célestes : groupe d'étoiles, la planète Jupiter avec ses satellites, la curieuse surface de la lune, etc. VI. L'enseignement de la géographie, outre qu'il avait lieu en classe, était donné aussi pendant les nombreuses promenades et excursions. Les instituteurs appelaient l'attention des élèves sur les phénomènes et les faits de tous ordres qui pouvaient se présenter. Cempuis, placé sur le faite d'une ligne de partage des eaux, est dépourvu de sources et de cours d'eaux ; mais, le dimanche qui suit la leçon, on emmène les élèves aux rivières environnantes, aux sources intermittentes de la Mertru, aux vallons du Mont-Saquin, etc. 1. Voir Bulletin de V Orphelinat Prévost, mai-juin 1888 et Revue pédagogique (Delagrave). 130 CEMPUS On suit la rivière en causant, on s'arrête et, dans la prairie, groupés autour du maître, les élèves apprennent sans efforts, sur la nature, toutes ces expressions géo- graphiques dont la nomenclature et l'explication sont toujours arides et monotones, môme dans une classe bien faite. Les élèves sont exercés à l'étude des cartes, à la lec- ture des courbes de niveau : on leur fait faire des reliefs géographiques en argile, etc. Les excursions n'ont pas lieu sans que Ton emporte les cartes d'état- major des régions traversées. VII. L histoire est actuellement une science dont il est presque impossible de donner des notions sérieuses aux enfants. Si l'on repousse, comme à Cem- puis, la base providentialiste et l'enthousiasme patrio- tique exagéré de renseignement ancien, on ne peut expliquer les crimes sans nombre dont on doit faire le récit que comme des aberrations de l'esprit humain, ce qui a pour effet de jeter un trouble funeste dans de jeunes cerveaux. La partie philosophique de l'histoire est donc inaccessible aux enfants. Les nécessités des examens obligeaient à suivre en partie la routine pour cet enseignement. Les élèves l'étudiaient comme dans les autres écoles primaires de l'Etat: mais on avait soin d'ajouter, sur la trame obligée des événements politiques, l'histoire de la civilisation et du progrès, l'histoire raisonnée des idées, des mœurs, l'histoire des mythologies, de toutes les mythologies, l'histoire du travail, des arts, de l'industrie, des inven- tions et découvertes, l'histoire pittoresque de la vie intime, de la manière de bâtir, de se loger, de s'habil- ler, de toutes ces choses qui sont, au fond, la vie des ÉDUCATION INTELLECTUELLE 131 peuples. On faisait observer aux enfants que la plupart des événements politiques n'interviennent qu'à titre d'accidents, de catastrophes, pour tout brouiller, retar- der ou détruire. Dans ce nouveau plan, les despotismes célèbres, les conquêtes, les batailles, au lieu d'être, comme encore aujourd'hui, les points importants de l'histoire, ne sont plus que les causes perturbatrices des progrès de l'humanité. On épargnait le plus possible à l'imagination des tout jeunes enfants les cruautés de l'histoire, sans trop les cacher aux plus âgés; aussi peu que possible de batailles, descènes de carnage et de supplices. On leur montrait l'ignorance, le mensonge, la violence comme l'origine des grands maux sociaux, oppression, escla- vage, guerre et misère 1 . Il n'est pas honnête de tromper, comme on le fait si souvent, les enfants en exaltant leur chauvinisme, en les berçant des mots vides, de gloire et de lauriers, en cherchant h leur faire croire à la noblesse, à la gran- deur de la guerre qui n'est réellement qu'une chose horrible et absurde. — Mais la revanche ! — Toutes les guerres ont été des guerres de revanche ou ont eu ce mot pour prétexte. On aurait trop à dire si Ton voulait appuyer cette affirmation sur des exemples. Inspirons plutôt un autre but aux prétendus instincts belliqueux des jeunes Français : montrons-leur que la guerre n'est en somme pour les soldats que « se battre sans savoir pourquoi, ni contre qui ». 1. V Enseignement intégral, Paul Robin (1870). — L'Histoire qui convient aux enfants, Ch. Delon. Fêtes pédagogiques (1893). 132 CEMPUIS Parlons-leur de doubles conquêtes a faire, et ils en prendront le goût, quoiqu'elles soient pacifiques. Introduire en France un produit, un appareil, un procédé, une institution utile ; faire qu'une œuvre française dans Tordre matériel ou moral soit adoptée par l'étranger! Ces deux actes ont bien le caractère de victoire, de Les élèves de Cempuis visitant un port. conquête, c'est-à-dire de vol et d'oppression : en effet, dans le premier cas, on a bien volé l'étranger; dans le second, on lui a imposé quelque chose. Seulement le volé s'enrichit et n'a pas lieu de se plaindre, et celui qui n'a été vaincu que par la force persuasive du bien n'a qu'à se réjouir de l'avantage ÉDUCATION INTELLECTUELLE 133 nouveau que \\xi ont imposé ses semblables de la con- trée voisine. Apprenons la langue des pays voisins et voyageons. Nous trouverons parfois aussi h l'étranger des gens trompes, croyant follement qu'il n'y a en dehors de leurs compatriotes que des sauvages et des brigands, qu'eux seuls [sont |les possesseurs de la vraie civili- sation. Que leur erreur nous préserve de la nôtre. 11 y a hélas ! partout de tristes cerveaux, mais partout aussi il y a nombre de braves gens, que, si nous voulons mériter le titre de civilisés, d'humains, nous ne devons jamais molester, ni en actes, ni paroles, ni même en désirs, mais que nous devons aimer comme des com- patriotes, quelle que soit la contrée qui les ait vus naître 1 . On ne laissait pas non plus croire aux élèves, comme dans l'immense majorité des écoles, que la grande révolution a parachevé la transformation de l'humanité et qu'elle a apporté le bonheur universel et la parfaite justice. On la leur montrait comme un pas estimable dans l'histoire, mais non comme le premier, ni comme le dernier, et on leur expliquait, en classe, ou dans des entretiens, sur la route, en promenade ou partout ail- leurs, que tant qu'il y aura ignorance, misère, injus- tice, il y aura revendications, révoltes, révolutions. Tout monument est prétexte à causeries, à souve- nirs historiques; les élèves connaissaient les cathé- drales de Beauvais, d'Amiens, de Rouen pour les avoir \. Bonne guerre, vraies conquêtes. Voir Bulletin de l'Orphelinat Prévost f m ai -juin 1890. *34 CEMPl'IS visitées plusieurs fois, les monuments principaux de Bruxelles, d'Anvers, de Gand. de Bruges, etc. « Ils sont en promenade, et les voici près d'un vil- lage 1 , devant une immense plaine, un beau champ de bataille. Le maître leur montre plusieurs centaines d'hectares légèrement ondulés, s'étendant à perte de vue, agrémentés de quelques bouquets d'arbres, de quelques rares hameaux, pouvant fournir matière à des surprises, des incidents et ne laissant pas craindre la platitude d'un combat livré sur une monotone plaine champenoise. « Et voyez, dit-il, tout autour une ceinture de col- lines où les souverains et les généraux pourraient, tout h leur aise, établir leurs observatoires et jouir, sans courir aucun danger de la splendeur du coup d'œil; rien ne leur échapperait des mouvements des pions sur le noble échiquier de la guerre, ni les glorieuses montées à travers la mitraille où l'on part cinq cents et Ton arrive cinquante, ni la chasse aux vaincus, ni les dernières luttes, dans les débris des villages effon- drés par l'artillerie, ni l'incendie final des derniers refuges. « Rien ne serait plus facile aux rois qui auraient perdu la partie, ajoute-t-il, que de descendre de l'autre côté de la colline et, comme le grand homme, à Wa- terloo, de se hâter de mettre en sûreté leurs précieuses personnes. Ils n'auraient même pas besoin, comme lui, de faire couper les ponts, après leur passage, pour ne pas être gênés par la tourbe des fuyards, plus encore que par les cavaliers ennemis. Les obstacles naturels offerts par l'amphithéâtre des collines suffiraient. 1. Saint-Sulpice, dans l'Oise. ÉDUCATION INTELLECTUELLE 135 « Le maître évoque le souverain victorieux. Quelle soirée, quelle splendide nuit il passera ! La victoire s'achevant à ses pieds, l'incendie animant en divers points l'immense panorama, dont les bleuissantes col- lines de Picardie forment un suave dernier plan ; les hommages des officiers venant lui faire honneur de sa victoire, les étoiles distribuées aux braves, le joyeux festin, les hourrahs sans interruption des chefs sur la colline, des soldats dans la plaine. « Point de soucis des maladroits qui se sont trouvés sur le chemin de la mitraille. La Croix Rouge et les Femmes de France s'en occupent : à qui en sauvera le plus! c'est encore un nouveau combat que se livrent les groupes humanitaires; mais c'est moins intéressant que la vraie bataille. « Le Grand Roi va prendre quelques heures de repos bien gagné, et demain il continuera sa glorieuse che- vauchée ayant h sa droite le nouveau maréchal, duc de Saint-Sulpice. «< Les enfants restent songeurs. Et le maître ajoute bientôt en donnant le signal du départ : « Sur ce, mes amis, aimons-nous les uns les autres, et vivons en paix 1 . » VIII. Ce qu'on enseigne sous le nom de grammaire et qui coûte tant de peines aux instituteurs et tant d'années aux élèves est pour une bonne moitié faux et pour la moitié du reste inutile. La grammaire ne peut s'enseigner efficacement aux enfants par règles et par principes : les règles doivent être les conclusions, tirées par les élèves eux-mêmes 1. Un beau champ de bataille. Voir Bulletin de VOrphelinat Prévost, n° 4, juillet-août, 1889. 136 CEMPUIS d'une longue suite d'observations. En grammaire, il faut observer la relation entre les mots et la pensée : il faut montrer les pensées dans les mots. Contrairement à ce qui s'est fait pendant longtemps et jusque dans ces derniers temps, l'enseignement de la grammaire ne peut commencer par l'analyse des mots, mais par l'analyse des pensées. Les faits gram- maticaux sont des faits observables, et c'est par la méthode intuitive qu'il convient de les enseigner. Ces idées ne purent être appliquées à Cempuis, et l'enseignement de la grammaire s'y fit tant bien que mal, comme dans la plupart des écoles primaires 1 . Néanmoins on s'efforçait de s'en rapprocher le plus i. Il y eut en 1889 un mouvement accentué en faveur d'une réforme orthographique. M. Paul Robin adressa, le 23 février 1889, au ministre de 1 Instruction publique, une lettre relative à un programme d'instruction, et de réforme orthographique dont voici les passages principaux : « Monsieur le Ministre, j'ai l'honneur de vous adresser une respectueuse pétition pour obtenir une modification complète dans les conditions d'examen pour le certificat d'études pri- maires. « Quelque radicale que soit ma proposition, elle est appuyée d'arguments irréfutables. « Je ne demande pas moins que la suppression absolue de l'épreuve d'orthographe. « Cette épreuve n'a qu'une qualité : elle est tout à fait commode pour les examinateurs ; mais en ce qui concerne les candidats, elle est injuste et nuisible. <« Plus des trois quarts des candidats refusés à l'écrit le sont pour l'épreuve d'orthographe. A peine quelques-uns le sont pour l'épreuve d'arithmétique. Pour peu qu'une copie sur ce sujet pré- sente la moindre lueur de raisonnement, tout jury se hâte de lui accorder le point qui sauvera le candidat de l'épreuve nulle et lui permettra de se rattraper à l'aide des autres épreuves. Au contraire, le candidat qui dépasse ou atteint (?) les cinq fautes, comptées parfois avec indulgence par moitiés ou quarts, Jesl rejeté ! Or, veuillez remarquer, monsieur le Ministre, que le futur paysan ou ouvrier qui n'a fait que 25 fautes dans une dictée de 450 mots en a écrit correctement 125, c'est-à-dire les 5/6 et cela ÉDUCATION INTELLECTUELLE 139 possible et, en tous cas, de rendre cet enseignement attrayant, surtout dans les petites classes, au moyen ne lui vaudra pas un seul point, pas même cette fraction de point de miséricorde accordée si souvent à un problème faux! Injustice évidente ! Arrivons au côté nuisible de cette épreuve. On se plaint de ce que les campagnes soient désertes, que les métiers manuels soient abandonnés par tous ceux qui le peuvent, que des jeunes gens qui auraient fait d'excellents travailleurs industriels ou agricoles aillent augmenter le nombre des déclassés et deviennent de pauvres employés de bureau, sans espoir d'arriver jamais au chiffre d'appointements qui permet d'élever convenablement une famille. N'est-ce pas la faute du préjugé orthographique aggravé aujour- d'hui par les programmes du certificat d'études ? Les enfants du peuple passent cinq ou six ans à n'apprendre que ce qui leur permettra le déclassement et les y poussera, la belle écriture, l'orthographe, et ne consacrent que des bribes de temps à ce qui leur ferait aimer le travail de l'atelier ou de la terre, les sciences fondamentales : mathématique, physique, chi- mie, biologie ; les arts qui élèvent le cœur et charment les loisirs. L'orthographe, la grammaire, l'histoire, simples affaires d'opinion, et encore de l'opinion très contestée d'une petite minorité, prennent dans l'éducation populaire presque toule la place déjà si mesurée et que rempliraient bien mieux la connaissance des faits heels, indépendants de toute métaphysique, les sciences d'obser- vation et d expérience, auxquelles on ajouterait à haute dose l'éducation physique, gymnastique, éducation des sens, habileté manuelle, culte des arts plastiques et de la musique. Mon vœu est qu'au point de vue dit littéraire l'école primaire ne donne que le strict nécessaire, la possibilité de correspondre clairement par écrit pour les choses usuelles de la vie. Les circons- tances ont fait que j ai eu à lire à diverses époques des milliers de lettres plus ou moins complètement dépourvues d'orthographe. Je les ai toujours facilement comprises sans me préoccuper de l'ornement conventionnel qui leur manquait ; j'ai quelquefois souri en lisant les missives dans lesquelles mes braves correspondants ajoutaient, à tout hasard pour me faire honneur, une quantité de lettres superflues, mais j'ai toujours admiré ceux qui avaient le bon sens de supprimer toutes celles qui ne leur paraissaient pas indispensables. Si au lieu de ce nouveau blason si absurde et si coûteux qui rrmet à moins d'un million de Français de constituer une classe part de gens n'ayant que la vaine distinction des lettrés (sou- vent très ignorants), notre pays était doué d'une écriture à carac- tères simples, d'arrangement immédiat, quelle immense somme de bonheur ce serait pour nos compatriotes. Cette écriture existe : c'est la Sténographie créée par Aimé Paris ; 140 CEMPUIS de jeux de grammaire inventés et mis en œuvre à l'établissement : jeu des substantifs, jeu des verbes , jeu des pronoms, jeu des conjonctions. Le premier de ces jeux que les enfants désignent volontiers par le nom de jeu des petits ronds consiste en petites gravures coloriées et représentant des per- sonnages, des animaux, des objets divers. Nous don- nons ici un spécimen au trait noir, montrant les dimen- sions des images et l'intention de leur signification. Ces dessins doivent être collés sur carton et décou- pés en rond. Voici leur emploi et leur utilité. 1° Exercice de la vue, rapidité de coup d'oeil. — Les cartons, tous ou en partie, sont étalés au hasard sur une table ; trouver parmi eux un objet nommé. On peut organiser ainsi le jeu : un groupe de 6 ou 8 enfants est autour de la table, l'un d'eux nomme un elle est parfaite, comme presque tout ce qui est sorti de sou incomparable cerveau. Les systèmes postérieurs n'en ont été que des plagiats plus ou moins maladroits. Cinq ou six ans de joie rendus à l'enfance à la place d'insipides travaux ; communication facile entre tous les Français ; suppres- sion du préjugé inique qui déconsidère immédiatement auprès de nos mandarins le correspondant qui a commis le moindre outrage contre la mode grammaticale du jour, pour tous une immense économie de temps...., voilà de quoi séduire l'esprit de nombreux réformateurs î... » (Suit le programme d'instruc- tion.) ÉDUCATION INTELLECTUELLE 141 des objets dessiné, celui qui le touche le premier le prend, en nomme un autre, et ainsi de suite. Le pre- mier qui en a cinq est classé 1 er ; il les remet, brouille et cesse de jouer; les autres continuent et sont classés jusqu'à épuisement. 2° Exercices gradués de style. — Nommer de vive voix ou par écrit un certain nombre d'objets montrés; y ajouter, une, deux... épithètes indiquant la forme, la couleur... faire une phrase indiquant l'origine, l'usage..., ajouter une réflexion relative à son utilité, ses dangers, etc. 3° Dessin. — Ces dessins ne sont pas destinés h ser- vir de modèles ; mais presque tous indiquent dans leur simplicité la manière dont les enfants doivent arriver à savoir faire un croquis rapide des objets naturels. 3° Exercices de classification et de discussion. — Grouper des objets d'après les idées qu'on doit pou- voir exposer et défendre dans une discussion. Le jeu des verbes est constitué sur le modèle de celui des noms; seulement, pour éviter la confusion, les images, cette fois, sont carrées. 142 CEMPU1S 1 er Exercice. — Nommer d'une façon abstraite l'ac- tion indiquée par le dessin, sans faire connaître qui fait ou qui subit l'action. C'est sans doute le meilleur moyen de faire comprendre l'infinitif aux enfants. 2 e Indiquer d'abord celui qui fait l'action, puis l'indi- cation de cet acte au présent. Exemple : un enfant des- sine. D'où la notion du sujet des verbes. 3 e Y ajouter un régime indiqué par le dessin ou imaginé par l'élève. Exemple : un enfant dessine des fleurs. D'où première idée du régime. 4 e Changer les temps du verbe, imaginer de nou- veaux sujets aux diverses personnes, développer ces régimes directs ou indirects, etc. 5° Se servir ainsi de ce jeu comme du loto ordinaire ainsi qu'il a été dit pour le jeu des substantifs. Généralement les images sont très claires. Cependant il est des verbes qu'on pourrait interpréter de deux manières, comme courir ou jouer. Mais, qu'importe? D'ailleurs, si on tient h retrouver l'idée du dessinateur, la lettre initiale placée dans un coin du dessin rend la chose suffisamment facile. Nous nous en tiendrons h l'explication très abrégée de ces deux jeux; les autres se prêtent à des exercices de mômè ordre 1 . IX. L'enseignement de la lecture commence de très bonne heure h Cempuis, mais il est présenté sous forme de jeux et d'exercices attrayants. Les anciennes t. Pour le jeu des pronoms y voir VEducation intégrale . n°2, mars - avril 1893, et pour celui des conjonctions, même publication, n° 6 , novembre-décembre 4893. ÉDUCATION INTELLECTUELLE 443 méthodes avec leur épellation somnifère y sont abso- lument condamnées. La lecture et l'écriture sont les deux faces d'un môme art : la représentation de la parole au moyen de signes tracés. Il suit déjà de là que la lecture et l'écriture ne doivent pas être enseignées séparément, comme on le faisait autrefois, mais simultanément, l'une avec l'autre, Tune par l'autre. L'enfant doit apprendre à connaître les lettres en les traçant, en les combinant lui-même. La pratique a sanctionné cette conclusion du raison- nement. Dans l'enseignement de la lecture, il faut considérer deux parties : 1° la lecture des mots phonétiquement écrits, où chaque son, chaque articulation se figure par une lettre, toujours la même, sans exception, sans double signe ni double emploi de signe, enfin sans aucune des complications qui constituent l'orthographe traditionnelle ; 2° la lecture des mots présentant les unes ou les autres de ces difficultés. Il faut naturel- lement commencer par la première. Dans la représentation de la parole par des signes, c'est-à-dire dans l'écriture et la lecture, il y a deux termes à connaître et à comparer : 1° les éléments phoniques delà parole, les sons et les articulations; 2° les signes tracés, les lettres. Ces deux choses doivent s'apprendre simultanément. Les enfants apprennent les lettres et leur valeur en traçant les signes, ou, ce qui revient au même au point de vue de l'observation, de l'aspect, en manipulant, assem- blant, distribuant, triant des lettres toutes faites ou des éléments de lettres, des pièces pouvant former des 14i CEMPUIS lettres par leur assemblage. On commence, naturelle- ment, par la combinaison des lettres et pièces mobiles, qui épargnent aux enfants le souci du tracé des formes et divisent ainsi la difficulté. Toutefois il faut reconnaître que lescnfants habitués, selon la méthode frœbelienne, h manier la craie, le crayon, éprouvent bien peu de difficulté à tracer des formes de lettres reconnaissables : il ne s'agit pas ici de calligraphie ! Les enfants divisés par groupes autour des tables s'occupent aux divers exercices des jeux des lettres. On emploie deux sortes de jeux des lettres. Dans l'un, on donne aux petits élèves des lettres toutes faites, imprimées en gros caractères sur des fiches de cartons. Dans le second, on leur met en main des pièces mobiles, parties de lettres qu'ils doivent rajuster pour reconstituer la forme de la lettre. C'est une tran- sition pour passer au tracé. — On commence parles lettres entières. Les enfants reçoivent une boîte à compartiments où les lettres imprimées sur des fiches sont renfermées. Le premier exercice auquel on occupe les plus petits, les commençants, consiste simplement h trier les lettres, h classer séparément sur la table les semblables avec les semblables, des lettres de trois ou quatre sortes seulement qu'on leur a données mêlées. Ils sont ainsi exercés à discerner, par l'œil seulement, la figure de ces espèces de petits dessins, sans en connaître la valeur, tout d'abord, sans même savoir, si l'on veut, que ce sont des lettres. Ils s'habituent ainsi bien vite à les reconnaître. Quand ils en connaissent bien quelques-unes, on passe ÉDUCATION INTELLECTUELLE 145 à d'autres; on leur en fait comparer les formes, etc. Il n'est pas besoin d'attendre que les enfants con- naissent ainsi par l'œil tout leur alphabet, avant de leur indiquer les sons et articulations que représentent les lettres déjà connues; mais il n'est pas non plus nécessaire qu'ils sachent la valeur de toutes les lettres pour commencer à leur enseigner à assembler, d'abord deux à deux, celles qu'ils connaissent déjà, en les jux- taposant sur la table de manière à composer des syl- labes simples : ma, la, tti, etc. ; en même temps on leur apprend à combiner dans la parole l'articulation et le son, la voyelle et la consonne, en leur donnant, pour désigner les lettres, non pas le nom alphabétique du signe, esse, erre, effe, etc., mais le son pur et simple de la voyelle, le bruit de la consonne : sss, rrr, ///... On arrive ainsi graduellement, sans hâte, sans efforts, à leur faire, alternativement, composer en lettres mo- biles une syllabe (simple) énoncée, et réciproquement à lire une syllabe composée. Lorsque ces enfants ont saisi le mécanisme de l'assemblage, ils font des progrès rapides en appliquant le môme principe à toutes les combinaisons simples de lettres; puis on passe à de petits mots de deux ou trois syllabes, tou- jours exempts de toute complication orthographique: ils ne sont pas les plus nombreux, il faut les choisir. — Mais déjà, arrivés là, les enfants, d'autre part, ont été exercés au tracé des lettres à la craie sur le tableau et sur l'ardoise, puis au crayon sur le papier ; ils vont être mis aux prises avec les plus communes des applications orthographiques, qui leur seront pré- sentées dans un ordre méthodique 1 . 1. Fêtes pédagogiques, page 237. 10 146 CEMPUIS Le jeu des lettres, analogue au travail de la composition typographique, restera pour eux une variante amu- sante des exercices de lecture et d'écriture. On peut faire ranger par les enfants les lettres mo- biles dans les coulisses d'une sorte de casier en bois (que l'on fabriquait à l'Orphelinat) ; mais il est aussi bon et plus simple de les leur faire ranger à plat sur la table. Dès que l'enfant sait reconnaître la forme, non pas même de toutes, mais de quelques lettres du moins, on aborde et on continue simultanément l'autre jeu, celui dans lequel on forme le dessin de la lettre elle- même au moyen d'éléments mobiles, de pièces rajustées, posées sur la table : ceci est, avons-nous dit, un ache- minement vers le tracé. Ce jeu, qui a quelque analogie avec le jeu de patience, amuse beaucoup les enfants et fixe bien dans leur esprit la forme des lettres ; il n'emploie que quatre sortes de pièces mobiles, au moyen desquelles on peut figurer avec une exactitude suffisante la forme de toutes les majuscules. Les pièces mobiles, servant h constituer les lettres, sont taillées en zinc mince, pour la solidité, et conte- nues en provision dans les boîtes en fer-blanc ; chaque boîte renferme 132 pièces. Les pièces peuvent être jux- taposées bout à bout, ou superposées en partie, pour obtenir le contour net de la lettre. Il y a souvent plu- sieurs combinaisons possibles pour une même lettre ; et c'est à qui, une de ces combinaisons étant trouvée, euinventera une autre. Nous reproduisons ci-contre la forme des quatre éléments mobiles. On peut se reporter, pour l'emploi de ces éléments ÉDUCATION INTELLECTUELLE 147 mobiles, a une notice publiée dans le Bulletin de l'Orphe- linat Prévost, n° 7, 1887, sous ce titre, l'Enseignement de la lecture. Après la première initiation au moyen de jeux, les tracés à la craie au tableau et sur l'ardoise, puis au crayon sur le papier, sont introduits par gradation, et deviennent les moyens principaux de renseignement de la lecture, concurremment avec les tableaux et les livres de lecture que Ton aborde alors. À partir de ce moment, les jeux de lettres et de pièces mobiles tombent au second plan comme moyens, mais restent au programrrie à titre de variantes et d'exercices amu- sants 1 . X. L'écriture usuelle est très défectueuse à bien des points de vue ; on s'est plu à l'orner de toutes ma- nières, pleins élégants, fins déliés qui augmentent encore la durée déjà si considérable de son tracé. Au nom de l'utilité d'aller vite et de -faire l'écriture la plus claire possible, on supprime à Cempuis toutes ces super- tluités et on adopte la parfaite simplicité : traits de 1. Un des meilleurs livres d'enseignement de la lecture, le meilleur peut-être est la méthode du D r Javal (Alcide Picard et Kaan). Il est regrettable que certains récits chauvins, donnés aux enfants, nous empêchent de le trouver parfait. 148 CEMPUIS même épaisseur, queues courtes ayant au plus la lon- gueur de l'œil de la lettre (dans l'imprimé elles n'en ont que la moitié). Une mode déplorable moins vieille que le siècle, imaginée par les calligraphes, condamnée par les physiologistes Liebrech, Gariel, Javal, Pécaul et autres, a été de donner aux lettres une pente consi- dérable. L'écriture quasi officielle des écoles normales a une pente de 3 sur 4. Très peu, ou pas de pente du tout, telle est la règle à Cempuis, et comme Ta dit excellemment George Sand : écriture droite, papier droit, corps droit. Cela surtout au nom de l'hygiène. XI. La sténographie est enseignée depuis les petites classes, où elle se présente sous forme de jeu sténogra- phiqiœ jusqu'aux classes complémentaires, où elle revêt la forme quasi professionnelle. Le système en usage était le st/stènie Aimé-Paris, remarquable par sa logique, sa simplicité et sa puis- sance. Il est absolument phonique, c'est-à-dire corres- pondant exactement, sauf les nuances* extrêmement délicates dont on peut faire abstraction sans inconvé- nient, à la parole : un signe pour vn son, toujours le même signe pour le même son. En conséquence de cette propriété, il est le seul parmi tous les systèmes connus jusqu'à ce jour qui, indépendamment de' la question de vitesse extrême, concernant exclusivement les professionnels, convienne au rôle de graphie générale, c'est-à-dire d'écriture uni- verselle, et d'autre part satisfasse aux exigences de la pédagogie, en constituant un parfait instrument scolaire, utilisable en plus d'une circonstance, à l'exclusion de tous les autres systèmes qui, n'ayant en vue que larapi- ÉDUCATION INTELLECTUELLE 149 dite exigible pour l'usage professionnel, ou omettent les voyelles, ou échangent des signes, ou enfin allèrent en quelque manière que ce soit le rapport absolu du son au signe : ce que ne fait jamais le système Aimé Paris considéré au premier degré, c'est-à-dire à l'état de sténographie scolaire, conservant tous les signes acces- soires diacritiques, sécantes et points, accessoires que Ton omet, plus ou moins complètement, à titre d'abré- viations,^/ second degré, c'est-à-dire dans la sténogra- phie coinçante, et à plus forte raison au troisième degré ou sténographie professionnelle. Cette sténographie était utilisée comme écriture d'ini- tiation et considérée comme moyen d'apprendre l'ortho- graphe dans les exercices grammaticaux et les dictées par transcription. Pour remplacer par un travail de transcription la dictée orale, exercice scolaire si pénible pour les maîtres et qui prend aux élèves tant de temps, voici comment on procède. Les élèves reçoivent des livres où est indi- qué le passage qui doit servir de texte à l'exercice d'orthographe usuelle ou de règles grammaticales; ils transcrivent en sténographie les lignes désignées. Puis, les livres étant rendus aux maîtres, ou fermés seule- ment et replacés dans les cases des pupitres, ils doivent reproduire en écriture ordinaire et avec l'orthographe voulue tout ou partie de ce môme texte, d'après leur sténographie. Les élèves, sachantqu'ilsauront à retrans- crire leur sténographie, regardent comment les mots sont écrits : chose qu'ils ne font guère en lisant : ce qui rend si lente et si pénible pour eux l'acquisition de l'orthographe d'usage, qui ne s'apprend que par l'œil. Les avantages de ces sortes de dictées silencieuses sont 150 CEMPUIS visibles : les divers élèves d'une même classe peuvent recevoir des lextes différents, de longueur et de diffi- culté proportionnées à leur force, et les transcrire simultanément, ce qui n'est pas possible avec les dic- tées orales. Le maître aussi peut, pendant ce temps, s'occuper d'autre chose, de préparer la leçon qui va suivre ou de corriger des devoirs; d'autre part, la fatigue du larynx que coûte la dictée lui est épargnée. — Selon les cas, la retranscription du devoir peut être immédiate, ou, ce qui vaut mieux, être renvoyée à une distance de quelques heures ou au lendemain, ce qui oblige les enfants à se mettre dans la mémoire l'ortho- graphe des mots. Ce procédé a été imaginé et mis en usage il y a plus de vingt ans par M. Delon, à l'école professionnelle de la rue de Reuilly, à Paris ; on l'accueillit avec empres- sement à Cempuis, et il y a donné les meilleurs résul- tats 1 . XII. L'enseignement des langues vivantes, une des préoccupations des éducateurs de Cempuis, ne présenta jamais la complète réalisation de ce qu'ils concevaient. Leur tendance était de faire acquérir les langues à leurs élèves, d'une manière essentiellement pratique, laissant de côté le haut point de vue littéraire. Les moyens d'acquisition pratique d'une langue étrangère sont, d'après eux, les suivants : 1. Vers 1892, une machine à écrire fut mise à la disposition des grands élèves. Vers la môme époque, on confectionna un appareil Morse sur lequel les enfants s'exerçaient. Il y eut même un télé- {>hone reliant l'établissement à la maison du Directeur et que es grands élèves savaient manier. ÉDUCATION INTELLECTUELLE loi Connaissance à l'aide d'objets et d'images, d'un cer- tain nombre de substantifs concrets; à l'aide d'actes exécutés ou simulés et d'images, des verbes les plus usuels. Etude parlée des pronoms et des adjectifs se greffant sur les deux premières espèces de mots et entraînant la conjugaison des verbes. Comme application dès le premier jour, souvent môme précédant la règle, acquisition par répétition orale des phrases les plus usuelles dans la vie de l'en- fant : levez-vous, asseyez-vous, venez, partez, l'heure sonne, allons dîner, c'est le temps d'aller au lit, etc.. En même temps étude de chants scolaires, soit par audition, soit lus à vue suivant la capacité de l'élève; enfin, aide de la graphie rationnelle d'Aimé Paris, dont nous avons parlé plus haut. En un mot on désirait, suivant l'expression si juste de Macaulay, que les enfants apprennent les langues, sans savoir d'où, ni comment, et les parlent avant d'avoir la moindre idée de leur structure et de leur grammaire 1 . XIII. La diction occupe une place importante dans les études à Cempuis ; elle prépare les élèves à pouvoir se faire entendre dans les diverses circonstances de la vie où ils devront exprimer leurs pensées. Par des exercices gradués, individuels ou d'ensemble, comprenant la prononciation, l'intonation, la durée, l'intensité, l'expression, on obtenait de forts bons résultats. L'établissement possède un théâtre où, presque chaque dimanche soir, une petite fête était don- 1. Voir Fêtes pédagogiques, p. 137, I er volume. 152 CEMPUIS née; le programme facilement composé, trop chargé môme quelquefois, comprenait des pièces classiques à la portée des enfants et de nombreux morceaux de récitation dits par les élèves depuis ceux de la classe enfantine jusqu'aux grands du cours complémentaire. Le difficile était le choix des morceaux, car la litté- rature enfantine n'existe pour ainsi dire pas, si Ton met à part les nombreux recueils imprégnés de méta- physique, de superstition, de fanatisme, ou composés de pensées que les jeunes esprits ne comprennent pas et de sentiments qui, n'étant pas les leurs, ne font rien vibrer en eux. On parvint cependant k constituer une collection de morceaux de prose et de poésie offrant matière suffi- sante à X enseignement littéraire des élèves. Considéré au point de vue classique proprement dit, cet enseigne- ment était plutôt restreint à Cempuis; on ne laissait cependant pas ignorer aux élèves les principaux chefs- d'œuvre de notre littérature, non plus que les éléments de l'histoire littéraire de notre pays. Des leçons de versification leur étaient données régu- lièrement. On les habituait k exprimer oralement et par écrit leurs idées sur quelque sujet que ce soit : à raconter une excursion, à rendre compte d'une promenade; on les exerçait à y mettre la forme la meilleure possible, sans préîendre en faire des écrivains ou des artistes. Us avaient à leur disposition une bibliothèque de quelques centaines de volumes choisis, dans lesquels ils puisaient le soir, dans les études libres, le complé- ment de l'enseignement donné en classe. XIV. L'enseignement de la musique atteignit h Ou a -& ÉDUCATION INTELLECTUELLE 155 Cempuis la perfection. Les élèves se montraient musi- ciens hors pair. Il est douteux que Ton puisse trouver, en France tout au moins, un groupe d'enfants d'école primaire aussi merveilleusement entraînés dans cette branche que les élèves de l'Orphelinat Prévost 1 . I. Les résultats obtenus à Cempuis en ce qui concerne la musique attirèrent de tout temps l'attention. En 1888, M.Jost, ins- pecteur général de l'enseignement primaire, et M. Danhauser, inspecteur principal du chant dans les écoles de la Ville de Paris, furent chargés de faire un rapport sur renseignement de la musique et du chant à l'Orphelinat Prévost. Ce rapport est intitulé : Rapport à M. le Directeur de l'Enseigne- ment primaire sur l'Enseignement de la musique et du chant à l'Or- phelinat Prévost, à Cempuis (Oise). Examens et constatation des résul- tats dans le cours de ma visite du 25 mai 1888 en compagnie de M. Danhauser, inspecteur principal du chant dans écoles de la Ville de Paris. 11 est des plus élogieux et conclut en faveur de la méthode Galin-Paris-Chevé. Nous en extrayons le passage suivant, qui a plus particulière- ment trait à la vie des enfants à Cempuis : «... En approchant de la maison, nous sommes frappés, mon compagnon de route et moi, par les sons harmonieux d'une fanfare accompagnant un chœur: c'était l'heure de la récréation et, sous les arbres, à l'en- trée de l'établissement, se trouvaient réunis les élèves, garçons et jeunes filles depuis le petit enfant de quatre ans, élève de la classe enfantine, jusqu'à celui de douze et plus, élève du cours complémentaire, avec tout le personnel enseignant, institu- teurs et institutrices, contremaîtres des différents ateliers de tra- vail manuel, employés, qui tous exécutaient admirablement le beau chœur de Grétry, dans « Lucile ». Où peut-on tHre mieux qu'au sein de sa famille ? sous la direction du professeur de chant de la maison qui n'est autre que M. Guilhot. « Ce spectacle de toute une maison de maîtres et de leurs femmes, des enfants et des jeunes gens, chantant, sous ce beau ciel bleu, dans ce cadre délicieux de feuilles et de fleurs, nous toucha vivement et... souriez si vous le voulez... nos lèvres trem- blèrent, nos paupières se mouillèrent, tant celle scène nous alla au cœur ! Nous ne pouvions mieux commencer notre visite de cette intéressante institution. « Les morceaux que nous avons entendus, M. Napias et moi, ne ressemblent en rien à ceux des bruyantes fanfares des autres écoles. Il y a là un sentiment de l'harmonie, un goût musical, qui sont vraiment surprenants chez d'aussi jeunes enfants. » « Dans mes missions à l'étranger, je n'ai pas vu une seule école, ni en Allemagne, ni en Suisse, ni en Autriche (où cependant la musique est l'objet de soins tout particuliers), dans laquelle le 456 CEMPUIS Le système employé était le système modal d'après les principes et les applications de Jean-Jacques Rous- seau, Pierre Galin, Aimé Paris, Emile et Nanine Chevé. Dans celte méthode, les faits sont admirablement observés; les idées sont nettement et logiquement exposées; les signes mimés, parlés et écrits sont peu nombreux, mais au complet, simples, de facile assimi- lation, et toujours en parfaite concordance avec les idées à exprimer; les moyens pratiques enfin sont aussi simples dans leur conception qu'infaillibles dans leur application. L'enseignement était donné par les instituteurs ou institutrices pour les dernières classes et par un profes- seur pour les classes plus avancées. Nous ne pouvons exposer ici cette théorie musicale ni les procédés pédagogiques nombreux et ingénieux (phonomimie musicale, méloplaste et main musi- cale, etc.), employés dans la pratique. Nous nous bor- nons à renvoyer les lecteurs que cela pourrait intéresser aux livres publiés par l'Association Galiniste 1 . chant fut supérieur à ce qu'il est à Cempuis. » (Jost, Rapport au Ministre, 4« r décembre 1892.) « 11 y a deux enseignements qu'il faut d'abord distinguer: celui du dessin... et celui de la musique dont les résultats sont tout à fait exceptionnels... C'est merveille de voir tous les enfants lisant sur les doigts de leur professeur et solfiant des phrases musicales très compliquées... C'est merveille d'entendre la fanfare, compo- sée de garçons et de filles, jouant une fantaisie de Faust et un duo de Norma. »> (P. Kergomard, Rapport au Ministre, novembre 1892.) i. Ces livres, dont les auteurs sont presque tous des professeurs de Cempuis, sont publiés maintenant à Bruxelles, chez Lebègue et C i0 , 46, rue de la Madeleine. S'adresser aussi à M. J. Bonnet, professeur de musique de la Ville de Paris, secrétaire-trésorier de l'Association Galiniste, 8, rue Caplat, Paris. ÉDUCATION INTELLECTUELLE 157 « A l'aide de cette méthode, les enfants de Cempuis font des merveilles. Ils ne se bornent pas à chanter, comme bien des sociétés, quelques morceaux péni- blement appris et répétés pendant de longues et ennuyeuses séances. Les chœurs qu'ils chantent sont au-dessus de tout éloge; ils les exécutent avec une expression exquise. Le nombre des chants qu'ils peuvent faire entendre à tout moment est considérable; cependant on ne leur en apprend aucun par l'abomi- nable méthode de serinage encore en usage dans la plupart des écoles. Ils lisent leurs recueils de chants aussi facilement que leurs livres 1 . » Que de ressources pour les fêtes, les excursions, et même pour les simples changements d'exercices, pour les entrées et sorties des classes, du réfectoire, des ateliers, etc. Partout du chant à Cempuis, partout de la joie 2 ! 1. Sluys, directeur de l'Ecole normale de Bruxelles, VEducation intégrale à VOrphelinat Prévost. Brochure extraite de la Revue pédagogique belge du 15 décembre 1890. Cette brochure se vend au profit de l'Orphelinat rationnaliste belge. 2. Un de plus éminents journalistes et publicistes parisiens, Af. Léopold iMcour, a traduit l'émotion que sa visite ù Cempuis lui a causée, par ces lignes : « Au moment d'écrire ce dernier article, je m'avoue très ému : je voudrais tant que la voix du Vrai fût assez forte, ici, pour convaincre. Au moins j'espère avec passion que tous les lecteurs, et aussi les lectrices de bonne foi, dans notre public, réfléchiront et ont déjà réfléchi. « L'enseignement donné à Cempuis, si varié, si moderne, utili- taire et humanitaire, intellectuel et manuel, odieusement calomnié par l'esprit de routine universitaire et par le vieil en- nemi féroce du penser libre, le catholicisme ; cet enseignement Rabelais, Montaigne, Locke, l'eussent admiré. Il a pour but : la vie, à laquelle il prépare tout le jeune individu harmonieusement cultivé; et c'est dans la joie que le reçoivent les enfanls. « Oui, pour la vie I dans la joie ! Voilà Cempuis ! (Humanisme intégral, Stock, éditeur.) 15S CEMPUIS Les deux cents élèves, garçons et fillettes, répartis en huit groupes, recevaient des leçons de musique ins- trumentale; il y avait deux divisions de vingt petits clairons; deux divisions de vingt grands clairons; deux petites fanfares de quinze instruments chacune, une moyenne fanfare de trente instruments et enfin une grande fanfare de plus de cinquante instruments 1 . Dès qu'un élève avait fait des progrès dans son groupe, il montait dans les groupes supérieurs. Les grands élèves exécutaient admirablement des morceaux d'une extrême difficulté parfois. Ils obtinrent dans les concours d'innombrables récompenses aussi bien pour la partie chorale que pour la partie instru- mentale; mais, ce qui vaut mieux encore, ils eurent les comptes rendus les plus flatteurs et furent compli- mentés par d'éminents artistes 2 tout étonnés de voir \. «Je contestais vraiment, avant mon séjour à Cempuis, ren- seignement de la trompette aux petites filles. Il me reste encore quelque préjugé à cet égard. Je dois avouer cependant que les petites filles ont besoin comme les garçons de fortifier leurs poumons, que la trompette est un des meilleurs moyens à em- ployer pour obtenir ce résultat. Je me suis déclarée aux trois quarts convaincue, puisque les allures des petites filles n'en souffrent pas. » (M me Pauline Kergomard, Rapport au Ministre.) 2. Parmi les nombreux éloges qui furent donnés aux petits, élèves de Cempuis, je citerai au hasard ces deux appréciations de jury de concours. Concours de Paris, 1885. — Honneur, section internationale (enfants). — Jury : MM. Oscar Comettant, président; Julien Tor- chet, secrétaire ; Ch. Brun et A. Wormser. — Orphelinat Prévost. Je disais plus haut que l'exécution des enfants est toujours mé- canique. Je me trompais, n'ayant pas encore entendu cette charmante petite société aussi agréable à voir qu'à entendre. La tenue de ces enfants est parfaite, et l'on a grand plaisir à les voir dans leur costume bleu marine avec leur béret de même couleur. Interprétation intelligente : ces enfants chantent avec style ; les voix font des inflexions du meilleur goût. Concours deBeauvais, 1885. — Chorales, Lecture à vue. — Dans, la division spéciale, deux groupes ont pris part au concours : le directeur de l'école communale de chante avec ses élèves, et ÉDUCATION' INTELLECTUELLE 159 de si jeunes élèves s'atlaquer aux œuvres des Meyer- beer, desRossini, des Auber, etc. On donnait aussi aux enfants qui se faisaient le plus Une leçon de cécilium h Cempuis. remarquer par leurs aptitudes des leçons de violon, de piano, d'harmonium. Enfin on avait à Cempuis Ton n'entend que rarement la seconde partie. Travaillez le solfège et surtout ayez une discipline plus énergique. A la manière dont ces enfants ont arraché (littéralement) les feuilles des mains du professeur, au désordre général, à la longueur du placement des exécutants, le jury voyait d'avance que la lecture serait au moins médiocre. Cette discipline est si indispensable qu'il n'est pas dou- teux nue Tordre constitue la moitié du succès. Bien différente était la tenue des enfants de V Orphelinat de Cempuis. À mesure que ces intéressants élèves entraient dans la salle du concours, ils allaient à leur place tranquillement sans bruit et sans préci- pitation. Le directeur donne le ton et... le jury entend une lec- ture charmante, très bien nuancée et chantée avec style. Tous nos compliments (1 er prix médaille de vermeil). Le Président du Jury : Edmomd d'Ingrande. H) 160 CEMPU1S quelques exemplaires d'un curieux instrument appelé le cpcilium; ces instruments obligeamment prêtés par l'inventeur 1 servaient aux plus grands élèves. Toute cette organisation de la musique était, au mi- lieu du bourdonnement incessant de la ruche, un élé- ment de gaieté qui frappait le visiteur. XV. L'enseignement du dessin dans son ensemble, dépassait de beaucoup la moyenne des écoles primaires. Tous les enfants le recevaient. A la classe enfantine, c'était surtout le dessin frœbelien donné selon les indi- cations du livre de M. Ch. Delon. Pour tous les autres cours, cet enseignement revê- tait une forme identique, et les exercices étaient les mêmes au degré près. Mais, ce qu'on cherchait surtout à créer, c'était le milieu; il s'agissait beaucoup plus pour M. Robin d'en- traîner que d'enseigner : ses maîtres tâchaient de don- ner aux élèves le goût, l'envie de dessiner. On travaillait fort peu d'après le modèle dessiné, beaucoup d'après le relief, d'après la nature. On s'efforçait d'obtenir des ensembles justes, des propor- tions convenables, des perspectives comprises, et étant donné le temps relativement court qu'on pouvait attri- buer à l'enseignement du dessin d'une part, et de l'autre les besoins des jeunes enfants, lesquels se pré- paraient h être des ouvriers adroits, non des artistes spécialistes, on laissait forcément au second plan la perfection du fini 2 . 1. M. de Gromard, à Eu, Seine-Inférieure. 2. « Le dessin donne des résultats tout à fait exceptionnels la musique et le dessin sont hors de pair (M mo Kkrgomard, Rap- port au Ministre.) « ... La méthode fait défaut. L'enseignement n'est pas gradué suivant les difficultés. On fait dessiner d. a hommes et des ani- ÉDt CATION INTELLECTUELLE 161 En un mol, on désirait voir les élèves dessiner pas- sablemenl de (oui : formes géométriques, objets usuels, Ornements, ligure môme, ileurs T paysages, etc., plu M, que de les confiner dans l'étude d*nn seul de ces genres. Au beau temps, ces leçons se donnent dehors; un matériel spécial et léger permet le déplacement et les enfants s'installent soit au bois, soit au village, en faee «II» l'église, sur la place de Cemptite, près du sentier du llaïuel et exécutent un croquis* Les plus grands et les plus soigneux ont chacun leur botte de couleur et l'utilisent passablement* Enfin ceux i ) 11 ï b 1 désirent peuvent achever pendant leurs loisirs «m dessin ou une aquarelle commencée* 11 faut ajouter tpie tous peuvent avoir un carnet, porté constamment sur eux, leur servant à prendre des eroquîs pendant les promenades ou a faire le plan d'un objet ConQU par eux et exéVulable à l'atelier, on d'un appareil vu dans une usine, i*tc. Le mùdetagè est logiquement inséparable du dessin. De toules b i s occupations manuelles, c'est celle qui exerce le plus sûrement l'œil et la main et qui déve- loppe le mieux le sentiment esthétique. Dans l'ensei- gnement des enfants, le modelage a ceci d'intéressant qu'il est fort peu coûteux; l'outillage nécessaire est très restreint. Nous avons dit quelques mots du modelage à la niiiux qui ne sont que des caricatures. On ftiii dssstnST m c - me a cernent de Tannée, à la classe J< j C« jour, un squelette humain, avant d£ faire avatil tout l'éducation circonstances, et&ï il faudrait îles volumes pour relater les exemples d'actes identiques déclarés sublimes ou criminels, h telles ou telles époques, dans tels ou tels pays, et entraînant pour leurs divers auteurs tantôt les [plus éclatantes glorifications, tantôt les plus cruels sup- plices. Les erreurs et les préjugés séculaires nous enserrent de toutes parts avec une telle puissance qu'il est bien difficile de s'en affranchir complètement (Jui osera dire où commencent et finissent le bien <*l le mal? Et dans cette incertitude d'appréciations et de définitions, quel est l'audacieux psychologue qui peut indiquer avec précision les moyens à employer pour conduire au bien et éloigner du mal? IL Les religions, dans leurs lois divines préten- due ment révélées, faisant intervenir les Suprêmes puiçss uces extra-terrestres, récompensant ou punissant souverainement les humains, durant leur existence nu après leur mort, ont pu facilement établir un code moral; mais on constate que cette perspective di* 18 178 CEMPUIS récompenses et de punitions futures perd de plus en plus son influence sur les hommes; aussi les représen- tants de ces lois divines n'ont pas manqué de faire pénétrer leurs idées dans les lois civiles qui, si elles n'ont rien à nous offrir pour remplacer le ciel, pro- mettent du moins assez de châtiments immédiats pour faire considérer la terre comme une succursale de l'en- fer promis. On avait résolument rompu k Cempuis avec toutes les mythologies et toutes les conceptions métaphysiques; on se bornait k faire, k l'occasion, avec les grands élèves, quelques études élémentaires sur les religions compa- rées, en leur faisant remarquer l'influence néfaste qu'elles ont presque toujours exercée sur la marche de l'humanité et observer aussi combien les idées surna- turelles perdent leur influence en face des conquêtes incessantes de la réalité scientifique. L'enseignement n'était ni polythéiste , ni monothéiste, ni déiste, ni panthéiste, ni athée. Il était purement et simplement humain. On ne niait pas Dieu à Cempuis, on l ignorait [ . A notre époque d'observations positives, les enfants ne s'inquiètent pas du problème scienti- fique de l'existence de Dieu, si on les y a pas excités artificiellement par un enseignement approprié. Des enfants élevés dans une vie large, en face de la nature et de l'art, avec le maximum de liberté possible, n'ima- gineront pas Dieu, et, si môme on le leur a appris, cette vague notion s'évaporera bien vite de leur cerveau devant les réalités naturelles, artistiques et industrielles. 1. « M. Robin et moi nous ne sommes pas de simples athées; nous ne nions pas Dieu, nous l'ignorons. » Déposition de Gh. Delon devant la Commission du Conseil général de la Seine, p. 203. ÉDUCATION MORALE 179 Pour M, P. KoI.hu, Dieu est le produit de l'îmagi*- nation et du sentiment; l'idée de Dieu, suivant lui, n'a aucune base scientifique, elle est sans aucune utilité pratique, elle est même un mal. Cependant , il ne pense pas que l'athéisme [misse servir de fonde- ment à un enseignement pour les enfants. On n'ensei- gnait donc aux élèves que ce qui est démontrable, et on se gardait de les entretenir de questions métaphysiques ri extra-terrestres, mystérieuses et mystiques, sur les- quelles les plus grands génies de l'univers ne sont pas parvenus à se mettre d'accord. On leur apprenait à étudier la nature, à l'admirer, mais aussi à la combattre ou a prévoir ses coups pour les éviter. Il ny avait pas, à vrai dire, de leçons de morale dogmatique à heure ti\e ; car la moralité, de même que h raison, lient à l'ensemble; c'est la résultante des divers actes de la vie des relations et du milieu. L'idéal îles éducateurs de Comptiis ne dépassait pas l'humble terre où vivent misérablement ei soutirent une trop grande quantité d'humains : le but qu'ils poursuivaient était de faire que chacun mette son propre bonheurë travailler, comme l'ont dit le chimiste Priestley el Le chef des atilitariens itenlham, pour lr piuê ffrand bonheur t/tt pius grand nombre , afin que la terre, qui est encore un terrible enfer pour beaucoup, devienne un vrai paradis [tour tous sans exception. La fraternité el la solidarité humaines leur semblaient être très bien formulées ainsi, el rVsl ce qu'ils cherchaient à faire mettre en pratique par les entants qui leur étaient cou liés, lit. Tout d'abord oïl avait créé la coédiicalion des sexes : ainsi que nous l'avons dit, les élèves sont habi- 480 CEMPUIS tués à vivre comme frères et sœurs; ils participent constamment côte à cote, suivant les hasards de classifications par ûge, par taille, etc., aux leçons, aux travaux manuels, à la gymnastique, aux récréations, aux fêtes et aux promenades. Cette m première expérience, que beaucoup de per- sonnes considèrent comme redoutable, a complètement réussi, et chacun de ceux qui ont pu vivre avec les enfants de Cempuis ont été édifiés sur ce point. Indé- pendamment des remarques générales sur la bonne santé des élèves, la fraîcheur naturelle de leur teint, l'attitude franche et éveillée, il a été fait des observa- tions plus positives, résultats d'une constante et dis- crète surveillance. Les physiologistes savent bien la solidarité étroite existant entre l'organe vocal et les organes sexuels ; or la voix des enfants de Cempuis, même ayant atteint leur seizième année, ne muait jamais prématurément; tous participaient avec leurs douces voix d'enfants à l'exécution des chœurs, donnant une preuve matérielle de la pureté de leurs mœurs et de l'absence de vices honteux qui sont la plaie de tant d'internats réservés à un seul sexe. Comme suprême objection paraissant à première vue faire une impression sans réplique, on dit : « C'est très bien d'avoir réussi par votre système d'éducation à laisser arriver vos enfants sans précoce maturité à l'époque normale de leur puberté, c'est-à-dire à leur seizième année, et à les avoir ainsi préservés des désirs sexuels prématurés; mais ces enfants ainsi diri- gés seront aulant sinon même peut-être plus exposés que les autres, ensuite, en entrant dans la société où ÊMJCÀT10IS HOftALE INI ils ne retrouveront j>;i> 1rs mêmes conditions, les mêmes sauvegardes qu'à l'Orphelinat contre tes entraînements de nouveaux milieux, de nouvelles fréquentation»- w L'objection touchait |> n M. Ilobin et ses collabo- rateurs : « Sans doute, répondent-ils, les conditions Jes dans Lesquelles nos enfanta se trouveront, comme tous tes autres, lorsqu'ils devront aller gagner leur pain, sont terriblement redoutables, et 1rs prin- cipes qui ont présidé à leur éducation peu vent malheu- reusement ri iv d'une puissance insuffisante pour 1rs sauver! Mais il en sers de même pour nos enfants que pour les jeunes arbrisseaux scientifiquement surveillés, soignés, préparés et amenés jusqu'à teur développement d'adultes. Ils auront dans tous le ? cas, et i\ périls égaux, plus de force de résistance el inns. elles ont été modérées; les querelles y ont été rares et les batailles à peu près inconnues. 11 194 CEMPris Le plus grand nombre éLuit généralement obligeant envers tout le monde et toujours disposé à rendre un bon office, même dans les moments les plus intéres- sants de leurs récréations. Les principaux obstacles que Ton rencontrait prove- naient d'une part du déplorable atavisme dont quelques malheureux enfants portaient dans leur corps et leur esprit les tristes empreintes ; à ce point de vue, il serait très instructif, en étudiant attentivement l'enfant dès le berceau, de pouvoir faire pour chacun la part aussi exacte que possible de l'hérédité et de l'éducation; M. Robin avait pensé à créer un pouponnât pour se livrer a cette étude expérimentale qui pourrait rendre d'immenses services. D'autre part on se heurtait aux difficultés de recru- tement. En effet les orphelinats ont encore dans l'opinion publique, beaucoup plus la réputation A* asiles, de refuges plus ou moins charitables pour les enfants pauvres abandonnés ou coupables, que celle de véri- tables maisons d'éducation comme l'était Cempuis. A peine les idées commencent-elles à être fixées sur les différences. L'exploitation bien connue de l'enfance dans bon nombre d'orphelinats fait que les établissements por- tant ce nom sont peu en faveur. Aussi est-il facile de comprendre que les familles ne se résignent à y mettre leurs enfants que réduits k la dernière extrémité, et encore n'y laissent-ils aller géné- ralement que ceux qui les gênent le plus par leur caractère peu relevé et leurs dispositions naturelles mauvaises ou médiocres. ÉDUCATION MORALE 195 Les parents s'imposent au contraire les sacrifices et les privations 1rs plus grands pour conserver les enfants dont l'intelligence et les bons sentiments leur donnent de belles espérances. Il faut bien reconnaître que c'est souvent aux parents , futetira et amis des enfants qu'on devait l'ai tonnât ion [liulnis jjrav^ des bons eilWs de se système d'éducation. On leur recommandait notamment de ne rien apporter individuellement aux enfants qui avaient tout le néces- saire et pas mal de superflu dont ils jouissaient frater- nellement en commun; on leur faisait remarquer que celte recommandation avait pour but de cultiver l'éga- lité parmi les membres de la grande famille el d'éviter l'éclos ion de mauvais sentiments dêgoïsme chez les uns, d'envie chez les au 1res. Tous reconnaissaient, devant M. Hobin ou ses colla- borateurs, la sagesse de ces recommandations, mais un êertaiû nombre s'empressaient de les éluder dès qu'ils étaient hors de leur vue, bouleversant ainsi la cons- cience des enfants et paralysant les plus persévérants e Morts. Aussi était-on obligé de faire l'éducation des corres- pondants en même temps que celle des enfants, Lea prescriptions ci-apivs destinées aux familles don- neront une idée des difficultés auxquelles on se heur- tait ; elle nous fourniront en même temps quelques préceptes et quelques applications de la morale préfé- rée à Ce tu puis : « Dans leurs relations avec les enfants, correspon- dances et visites, les parents protecteurs et amis sont instamment priés de ne pas provoquer, comme ils le font sans le vouloir, chez eux la tristesse, l'ennui, 196 CEMPUIS les regrets maladifs, la nostalgie, en leur donnant à entendre soit par des paroles imprudentes ou peu réfléchies, soit par des larmes sans sujet, que c'est un grand malheur pour eux d'avoir été obligés de les pla- cer h l'Orphelinat. Agir ainsi, et les bercer de l'espoir d'une félicité sans mélange h leur sortie, c'est démo- raliser les enfants, c'est les rendre malheureux, c'est fausser leur esprit, c'est les dégoûter du travail, c'est paralyser enfin les bons effets de l'éducation de premier ordre que nous nous efforçons de donner aux enfants de l'Orphelinat. Que les parents réfléchissent à cela. « Sans doute on ne fait pas tout ce que Ton veut, sans doute il y a des séparations cruelles, on ne peut pas toujours être auprès de tous ceux qui sont chers, on peut avoir parfois un légitime chagrin de leur absence, mais l'ennui à l'état chronique est une mala- die contagieuse dont il faut se garder soi-même et qu'il faut se garder de communiquer aux enfants. « Il est très démoralisant de dire ou d'écrire k des enfants qui ont besoin d'encouragement et de réconfort ces phrases débilitantes aussi peu sensées que peu fran- çaises : Je m'ennuie de /oi, ne t'ennuie pas de nous. Môme, sous cette dernière forme fallacieuse de bon conseil, elles font plus de mal que de bien ; elles sus- citent des regrets que leur vague rend difficilement consolables et que l'on voit souvent se traduire dans les réponses et dans la vie des enfants. « Vivre dans la réalité, engager les enfants à savou- rer leurs joies, à ne pas exagérer leurs petits chagrins, les exhorter sans cesse à se bien conduire, h bien travailler ; les pousser à profiter de tous les avan- tages présents pour arriver par l'honnêteté, le savoir^ ÉDUCATIF IftOU VLE 191 et l'habileté manmdlr à triompher plus facilement des difficultés réelles (te l'existence qui 1rs attendent à leur sortie do l'Orphelinat, voilà de quoi servir di- thème inépuisable aux correspondances et aux conver- sations. « tin effet tes enfanta n'iiuronl pas toujours les mêmes sources de bonheur qu'ils onl ici : confortable à tous les points de vue, travaux 1res variés, jouissance d'une belle propriété, jeux de toute espèce, gymnase, théâtre, instruments de musique de toute sorte; ils n'auront plus les mêmes Facilités de parcourir en vrais privilégiés, comme ils le font, des départements entiers, de passer annuellement quelques semaines aux bains de mer» « Donc ni discours, ni lettres de lamentation qui déconcertent et amollissent les enfants; ils ne sont pas à plaindre; leur sort au contraire est des plus enviables, age 280* une rireulaîre complète, type qui fui envoyé aux candûats vu avril im^l 2, Au nombre de ces excellents collaborateurs de M. Paul Hobin, figureiiL M. Gabriel Nissm, actuellement professeur à l'Université nouvelle tîv Bruxelles, M. KIîk Ruben, i lui M institu- tion à Paris; M. Y. Leleti; M. Mayaux, instituteur dans 11 Haute-Saône ; M. Capron, instituteur dans l*Oise ; M. ri M mr Caron, instituteurs dans l'Oise ; M* F. Compère, M' Ll Z, Têtevuîde ; etc. 230 CEMPUIS faire l'administration ; depuis le départ de M. Paul Robin, Cempuis n'a pas eu moins de quatre directeurs; les changements du personnel y sont fort communs et cependant, point très important, les instituteurs ont été, tout d'un coup et comme par enchantement, assimilés aux instituteurs publics. Voilà donc qui est bien établi. En ce qui concerne le recrutement du personnel, il eût été difficile de mieux faire que l'ancien directeur de Cempuis; aux besognes écrasantes qu'il avait d'autre part, l'administration ajouta une responsabilité qu'elle ne voulait pas assu- mer. Sur le second point, l'internationalisme, M. leministre de l'Instruction publique n'a pas été mieux renseigné que sur le premier. 11 est évident que sur cette ques- tion on peut approuver ou désapprouver M. Paul Robin, selon les convictions qu'on s'est faites. M. le ministre lui donne tort; à notre humble avis, M. Paul Robin a raison et, pour laisser au public le soin de trancher la question, nous citerons un article qui parut en juin 1894, dans l'Education intégrale, et qui donne une idée de ce qu'on entendait à Cempuis par éducation patriotique l : « Les métaphysiciens ont beau protester, ils n'arri- veront pas à changer la hiérarchie naturelle de nos amours. « En fait, ce que nous aimons avant toute chose, c'est nous-mème. Cet égoïsme absolu que nous dégui- sons toujours, parfois même oublions à un certain âge et avec une certaine culture cérébrale, brille de tout 1. Cet article est intitulé : Nos Amours. Voir l'Éducation Inté- grale, juillet-août 1894, et le Vrai patriotisme , Éducation Intégrale, mars-avril 1893. LA RÉACTION CONTUE GEMPLUS 2a i son éclat chez l'enfant le mieux doué et olVrant les plus belles espérances ei élu-/ l'affamé. « Vient ensuite et 1res vite l'amour du groupe fami- lial ; il est généralement intense; puis celui du groupe tle iim^ iuuis el connaissances. « Cela est, a été et sera de tout temps. ** Faisons une grande enjambée. I /humain person- nellement heureux, au cerveau bien équilibré, aux facultés puissantes, a les meilleurs sentiments pour tOUl ce que peuvent attei&dre ses sens, s;i pensée, sou imagination. Non seulement il ne haïra pas a priori un de ses semblables, mais il sera toujours prêt a Tassis- ter* Loin île faire du mal aui petites bétes, il disposera une paille pour aider à sortir de Terni une abeille en danger, tirand ami des Heurs, il se permeltra peut-être dVn cueillir une pour l'admirer de [dus près; mais il en laissera l'élégante masse continuer à charmer d'autres yeux que les siens : il n'en moissonnera pas inutilement un gros bouquet ilesïîné à devenir rapide- ment du fumier (I aura pour tout produit industriel ou artistique, livre, monument, tableau, statue, outil, machine, les plus délicates précautions, évitant tout dommage, mais ayant toujours en vue en toute chose le maximum «l'utilité, déplaisir. n Son cœur s élèvera jusqu'aux étoiles qui le bercent des splendeurs de Tinl'oii, jusqu'aux habitants pro- bables dea autres mondes mystérieux qu'elles éclairent, êtres qui, sans doute enuime nous, luttent »"l souffrent h Entre ce sommet d'amour et les premiers échelons, il y en a une foule d autres, plus ou moins nombreux, plus ou moins espacés. Nous aimons la cité où nous avons nus habitudes, où sont, outre nos connaissances 232 CEMPCIS plus intimes, dos gens dont nous sommes accoutumés à voir les figures et que nous pourrons avoir h mieux connaître. Nous aimons la province où l'on a les mêmes usages, les mômes vêtements que nous, la contrée où l'on parle notre langue, ou des dialectes qui ne diffèrent pas trop du nôtre. « Nous aimons l'agglomération politique où le hasard nous a fait naître, et où tous ceux qui l'habitent jouissent des mêmes avantages que nous et, ajoutons-le à regret, souffrent des mêmes maux. Vient ensuite la sympathie plus grande, parfois même injuste, pour ceux de notre race, de notre couleur. Elle se sent surtout lorsqu'on est loin du pays natal et qu'elle se divise entre un moindre nombre d'êtres. Si tendres que nous soyons pour l'animal, nous lui préférons naturellement notre semblable, quelles que soient sa race, sa couleur, et n'hésitons pas à sacrifier le premier au second. « Des illuminés, sinon des charlatans, peut-être un mélange des deux, se cramponnent à l'un de ces éche- lons et n'en veulent connaître aucun autre. En parais- sant élargir le mot de patrie (pays du père), en l'éten- dant au groupe politique, ils en ont rétréci l'idée à la taille de leur cerveau. Nous devons aimer tous les Français, même les moins aimables, même eux! (ils ne nous aiment guère pourtant, contrairement à leur théorie) : soit! mais, en outre, nous devons haïra mort le plus honnête des Allemands! Dans mon enfance, c'était aux Anglais que devait s'adresser ma haine, à ces bourreaux du Grand Napoléon! Plus tard, ordre officiel d'aimer les Anglais : « Hourrah pour la France et pour l'AngleteiTe», et haïr... les Russes; on nous apprenait au collège une bête de chanson qui finissait : '_ " r*^ : . - **■* ! — -*- F — ■**!3B Cw|fl f •£w- <>-^jjjË 3* 5^3E*S i P |^| ■ - CL S LA RÉACTION CONTRE CEMPU1S 235 a Tu danseras, papa Nicolas. » Aujourd'hui, selon ces maniaques, je ne serai un bon patriote que si j'adore le Russe et fais la nique à l'Anglais. Eh bien! non, a priori, nous aimons tout le monde ; ensuite, avec regret, nous retirons notre affection aux individus qui s'en rendent indignes. Il n'y a que des primitifs, des attar- dés, des dégénérés ou des farceurs qui puissent con- damner ces doctrines; et nous n'avons point affaire à ces sortes de gens. Point ne nous soucie de ce qu'ils pensent ou font semblant de penser. « C'est nous qui sommes les vrais patriotes! Notre patriotisme est fait tout d'amour, non souillé de haine, « Notre amour pour notre pays, nous le prouvons par nos actes, et non par de vaines paroles. Nos conquêtes sur l'étranger « béni » consistent à faire connaître à nos compatriotes des vérités utiles, nées ou dévelop- pées chez nos voisins, à importer leurs utiles inven- tions. Au lieu d'imposer à ces voisins « aimés » des lois oppressives, nous leur avons apporté de bons pro- duits intellectuels ou matériels d'origine française. « Voilà la bonne guerre, les vraies conquêtes, la saine émulation internationale ! Voilà la seule vraie gloire, les seuls nobles lauriers! ph-(ittbrirl Prévoit À\erli par l'état de ma sunté *ju"il est temps de prendre des précautions contre une mort subite, je profite dfi la parfaite liberté d'esprit dont je n*ai cessé de jouir jusqu'à présent pour écrire mes dernières et fermas volontés. Mon [dus grand désir est d'assurer le maintien à per- pétuité de l'œuvre que j'ai entreprise il y a plusieurs années en Formant rétablissement de Ompuis, Tous les membres de ma famille sont assez riches polir n'avoir pas besoin de ma fortune, qui ne servirait qu'à leur donner du superflu, tandis qu'elle peut sauver de la misère et du vice des milliers d'êtres humains. C'est pourquoi j'institue pour mon légataire univer- sel, en toute propriété, le département de la Seine* à charge par lui d 7 affecter ht totalité de ma fortune a l'en- tretien du plus grand nombre possible d'orphelins des denx sexes, dans ma maison de Cempuis. Sauf quel qu es legs particuliers, je fais don au dépar- ie ment de la Seine de tout ce que je posséderai au moment de mon décès, avec les prescriptions sui- vantes : n 258 CEMPL'IS 1° Que le département s'engage, en acceptant ce legs , à remployer en totalité à l'entretien et au développe- ment de l'orphelinat de Cempuis. Je ne veux pas que cet argent soit versé dans les caisses de l'Assistance publique pour ôtre employé au gré de l'administration ; j'entends qu'il soit perpétuellement et exclusivement affecté à la désignation spéciale que je lui assigne; 2° Que l'établissement ait toujours pour directeur et sous-directeur, instituteurs, institutrices, des laïques, afin que tous les enfants y soient recueillis d'une façon égale et sans esprit de secte. Enfin je nomme et constitue un Comité de patronage de on/e personnes qui servira de trait d'union entre moi et l'administration du département de la Seine, et je décide qu'au fur et à mesure des décès survenant dans ce Comité ce sera le Conseil Général de la Seine qui avisera avec les membres survivants de ce Comité. II LeSift-rûppori adtmée par M, Paul Rabin à M. Carriat, directeur de C Enseignement primaire dr ht Seine ^ en octobre issu. MONSIKLH LE blhKCTELH. J ai visité rétablissement de Gempuis. Il nie parait susceptible duu grand développement* Presque immé- diatcment, il est possible dédoubler nu moins la popu- lation en utilisant le bâtimeût ouest actuellement à peu près vide. Ce bâti mont, composé du rcz-de-c haussa et de deux étages, ayant sept fenêtres de façade, est divisé par des cloisons en un assez grand nombre de petites chambres. La suppression de ces cloisons aux deux étages les transformerait eu dortoirs. Un cote du rez- de-chaussée pourrait être partagé en deux classes, dont Tune aurait, il est vrai, une forme et un éclairage défectueux; l'autre, formant une salle unique, devrait être conservée pour les Tètes, les réunions, le musée. Je considère cette salie comme très importante. Le bâtiment rentrai où se trouvent actuellement logés, dans des conditions hv> imparfaites, tous les enfants et la plupart des employés, contiendrait le réfectoire, les logements du personnel et des ateliers provisoires. Sur Tétendue d'environ 18 hectares dont est formé la propriété, on pourra ultérieurement ajouter ce que 260 CEMPUIS Ton voudra aux constructions actuelles. C'est un pro- jet à étudier plus à fond. Au point de vue de l'éducation, voici comment, en gros, je proposerais d'employer le temps des enfants de l'âge moyen (environ dix ans). Sommeil 9 h. Soins personnels, propreté, repas, récréations. 3 h. Travaux scolaires, d'après les programmes des cours de l'enseignement primaire compre- nant: lecture, écriture, langue française, calcul, leçons de choses, dessin, chant 4 h. Travaux collectifs pour la maison, partici- pation à la cuisine, nettoyage et entretien du local, réparation des vêtements 2 h. Travaux industriels, agricoles, horticoles.. . 3 h. Occupations facultatives 3 h. Ce dernier point me paraît d'une extrême importance. Il correspond au temps de liberté de l'enfant dans la famille. C'est alors que l'éducateur peut étudier les dis- positions des enfants, les encourager ou les modifier. C'est durant ce temps que les élèves peuvent dévelop- per leurs goûts pour les sciences, les métiers ou les arts d'agrément et se livrer avec une entière liberté et dans la plus large mesure aux travaux qui peuvent les intéresser plus particulièrement : photographie, pein- ture, sculpture, musique, etc. C'est aussi à ces moments de loisir que les enfants prennent note de leurs impressions journalières ou hebdomadaires ou men- suelles : excellente habitude à contracter dès l'enfance. Enfin les élèves les plus jeunes ou à nature exubérante peuvent avoir, pendant ce temps, le supplément de récréation bruyante qui leur est nécessaire. ANNEXES 261 Beaucoup de raisons rendraient purement illusoire un emploi du temps établi pour chaque jour de Tannée. Il est indispensable de laisser leur légitime influence aux accidents journaliers et de se plier aux conditions atmosphériques ou autres. Dans tous les cas, rien ne serait laissa au hasard. L'horaire serait établi chaque semaine d'avance, et les cas de modification pourraient être ainsi mieux prévus; il en résulterait moins de perte de temps. Les après-midi du jeudi, du dimanche et, suivant le temps, celles d'autres jours seraient consacrées à des promenades, à la confection d'herbiers, de collections diverses, etc. Veuillez agréer, etc. Paul Robin. III Extrait du mémoire adressé par M. Paul Robin au Préfet delà Seine, le 1 er septembre 1881 ! Monsieur le Préfet, • > Je considère comme admis que l'être humain doit recevoir dans toutes ses parties une éducation harmo- nique. Les sens, les organes du mouvement ont besoin d'être exercés comme l'organe de l'intelligence. Il faut au début chercher beaucoup moins à faire acquérir aux enfants un grand nombre de notions qu'à dévelop- per leurs facultés. A la sortie de l'école primaire, vers treize ans, les enfants doivent avoir les sens capables de perception rapide et nette, la main habile, les muscles souples et robustes, être habitués à observer avec précision, à appliquer mentalement ou autrement le calcul de leurs observations ; ils doivent connaître, au point de vue pratique seulement, la langue nationale, lire et comprendre ce qu'ils lisent, écrire à très peu près suivant les conventions orthographiques actuelles, s'exprimer correctement d'une voix claire et haute, savoir compléter leurs paroles h l'aide de croquis 1. Le 25 février 1881, un rapport de M. Paul Robin, contenant celui-ci presque en entier, avait été envoyé au préfet de la Seine. ANNEXES 263 rapides et clairs ; ajoutons-y les notions indispensables sur la géographie de la France, sa situation actuelle aux divers points de vue, son histoire contemporaine et enfin la lecture et l'écriture musicale, art d'agré- ment le plus propre à égayer les études de l'enfance et les travaux de l'adulte. La première difficulté consiste à faire un emploi du temps dans lequel chaque exercice ait sa part conve- nable. Celui que vous avez bien voulu adopter en prin- cipe est le fruit de longues méditations; j'espère ne pas avoir de modification essentielle à faire. Le travail intellectuel diffère peu de celui des bonnes écoles primaires ; on y a réduit la part donnée à l'étude théorique de la langue, on a donné plus de part aux travaux pratiques, dessin appliqué aux diverses branches, rédactions, lecture à haute voix, exercices de système métrique... Les travaux manuels sont de deux sortes: les pre- miers comprennent le service de rétablissement; la production est la partie principale, l'apprentissage, l'accessoire. Tels sont la cuisine, la boulangerie, la buanderie, le service de propreté; ils ont déjà été réduits autant que possible et le seront encore par l'introduction d'appareils plus perfectionnés. Dans les seconds, l'apprentissage est l'essentiel, la production l'accessoire. On leur consacre deux heures et demie obligatoires chaque matin et bien des moments d'occupation libre. Je me suis efforcé d'introduire dans l'emploi du temps des exemples de toutes les principales industries élémentaires Le travail des corps à deux dimensions, papier, étoffe, carton (plus tard zinc, fer blanc), est le 264 CEMPUIS début; les enfants élevés dans les écoles frœbeliennes y sont déjà exercés et y font des progrès rapides. Là s'offrent des applications de géométrie plane parfois élevées et beaucoup d'occasions de développer chez les enfants l'esprit inventif. Le modelage est aussi de bonne heure un exercice inséparable du dessin et une préparation à tous les travaux qui se résument en une modification géométrique de la forme. Le travail du bois, menuiserie, tour; celui du fer à l'étau, au tour, à la forge, sont le partage des plus avancés. Je com- prends sous le nom de divers une multitude d'exer- cices qui n'ont pas une importance théorique suffisante pour revenir périodiquement et qui s'exécutent suivant les besoins accidentels, travail de la feuille de verre, vitrage, peinture, polygraphie dans toutes ses branches, travail des cordes, des fils métalliques, etc. Une autre difficulté était la rédaction d'un pro- gramme pour chaque exercice ; je le considère comme toujours insoluble, et je pense qu'on ne peut qu'indi- quer en gros de faire passer entre les mains des enfants les principaux instruments de chaque profession, et pour le détail s'inspirer des circonstances si diverses quant aux travaux que Ton indique à chaque enfant. Le jardinage et les travaux de la terre ont reçu une grande importance dans notre orphelinat agricole, importance qui s'accroîtra encore à la belle saison. La gymnastique, pour laquelle nous avons déjà un matériel passable, dont l'amélioration sera un des pro- chains travaux des enfants, a été et continue à être bien enseignée par le maître-adjoint. Des observations régulières de météorologie et d'an- ANNEXES 265 thropologie excitent l'intérêt et la fierté des enfants qui y prennent part. Pour tout ce qui concerne le matériel, j'ai d'abord mis h la disposition des élèves l'outillage d'amateur assez considérable et les instruments de toute nature dont je disposais. Au fur et h mesure que les finances de l'orphelinat le permettront, ces appareils seront remplacés par des appareils lui appartenant en propre. Il m'a paru, avant tout, indispensable de commencer vite, de mettre en train sans perte de temps. C'est fait; reste h coordonner, h développer, à introduire partout un ordre minutieux. Sous ce dernier rapport, nous manquions de ce qui est nécessaire. Les enfants pen- dant ce mois ont activement travaillé au mobilier sous la direction et avec l'aide du menuisier ; j'espère qu'après un autre mois notre mobilier comprendra le strict nécessaire et que l'organisation complète pourra être considérée comme établie. ... Les programmes sont ceux des écoles primaires publiques déterminés par la loi du 15 mars 1850 et les additions introduites par diverses lois, décrets et arrê- tés, notamment par la loi du 10 avril 1867 et les circu- laires ministérielles récentes... ... Pour ce qui concerne l'école enfantine, je prends pour guide la méthode Frœbel, telle qu'elle est modifiée par l'ouvrage de M. et de M me Delon, sur l'enseignement intuitif. (Hachette.) Dans l'école primaire, une part importante est donnée à l'étude du dessin appliqué aux diverses branches. Quelques enfants ayant des dispositions spéciales arriveront sans doute et prendront plaisir à faire des 266 CEMPUS dessins finis quelque peu artistiques; mais, pour la plupart, il ne s'agit que de leur apprendre h exprimer clairement leurs pensées avec le crayon comme avec la plume et la parole, à dessiner un objet naturel soit à vue, soit iï l'échelle, de manière à donner au tableau ou sur le papier des idées précises sur sa forme et ses dimensions. La méthode suivie consiste à faire dessiner le plus possible d'après nature et à montrer seulement des dessins, afin de faire comprendre de quelle manière il faut copier les objets naturels. Le modèle le plus simple, le plus intéressant, le plus varié, sans prix ici, est la feuille d'arbre à plat, puis la fieur dans une position spéciale vue juste de face ou de profil. Le droit de colorier un dessin réussi est un grand encouragement. A l'école enfantine surtout, mais encore plus tard, les élèves sont exercés à faire sur cahiers quadrillés des dessins, de symétries diverses ; sur ces mômes cahiers ils apprendront à faire des reproductions agrandies ou diminuées de toutes sortes. Les élèves ont aussi à reproduire, d'après des mo- dèles ou des objets, des dessins historiques représen- tant une arme, un vêtement, un logement, avec dates et légendes; ils copient des caries et en font de sou- venir au tableau ou sur leur cahier. J'ajouterai à ce que j'ai déjà dit dans mon rapport du 25 février une simple nomenclature des travaux à pratiquer dans les diverses branches sans leur assi- gner a priori une durée relative. ANNEXES 267 Motfrhtf/e Annexe : moulage du plaire, «.lu soufre, île ht vire. Moulage sur nature* CartQîtnage Couture des cahiers, couture des livres pour la reliure, endossage et cartonnage simple des livres. Réparation des livres. Coupage du carton à la pointe. Collage des caries, dessins, lableaux sur carton et sur toile. Fabrication de boîtes à échantillons. Découpage et assemblage de dessins pour construc- tions et mécanismes. Annexe : coupage de la peau, fabrication de gants de Ira va il . Travail tht huis Rabotage de planches à plat. Rabotage de prismes à base carrée, usage de l'équerre et du trousseqirin. Prisme octogonal, cylindre, Sciage a la scie ïi main, a la scie allemande, à la scie circulaire, à la scie :i ruban (ces dernières pour les grands seulement et toujours surveillés). Les assemblages divers. Fabrication des boîtes et antres menus travaux de fantaisie suivant les circonstances, les besoins et comme récompense de la bonne exécution des travaux précédents. 268 CEMPL1S Zinc, fer -blanc Coupage du fer blanc ave? la cisaille. Coupage du zinc avec la cisaille et la pointe. Pliage sur la tranche, usage du maillet. Soudure. Annexe : travail du Kl de fer, anneaux, chaînes, marquage avec les autres poinçons. Fer Manier la lime, lime;- à plat. Faire un carré de tôle épaisse, un octogone. Prisme carré, puis octogonal, puis cylindre tiré d'une barre ou d'un prisme carré. Limer des ornements, des lettres en tôle. Couper sur l'enclume avec tranche à chaud ou à froid. Manier le marteau par devant. Forger, souder, braser. Eléments de serrurerie, remise en état des serrures. Divers Coupage du verre au diamant, à la pointe chaude, vitrage. Travail des cordes, épissures, tressage, maçonnerie, peinture. Travaux extérieurs Ferme, basse -cour, lait, beurre, fromage. Culture. Jardin potager, jardin fleuriste. Terrassements, maçonnerie. Quand les enfants ont obtenu le certificat d'études ANNEXES 269 primaires, s'ils en sont dignes par leur conduite, je proposerai de les conserver quelques années de plus à l'orphelinat eomme relèves ïigricul leurs ou horticul- teurs, et exceptionnellement comme apprentis menui- siers, tourneurs, forcerons, Ferblantiers, Ces derniers, en petîl nombre, ne resteraient qu'un certain lemps comme moniteurs des travaux manuels et iraient compléter leur apprentissage dans un atelier spécial ou une école industrielle eomme celle ri a la Vilîelte* Je m'imagine que quelques-uns aimeraient plus tard à revenir a l'orphelinat développa comme ouvriers ou demi-ouvriers, el y rendraient de grands services tant par l'ouvrage effectue que par l'instruc- tion qu'ils donneraient à leurs jeunes camarades. Les élèves agriculteurs et horticulteurs pourraient mener loin leur instruction théorique el pratique ; l'orphelinat devrai I avoir toujours, comme à présent, un instituteur ayant la il preuve d'une instruction spé- ciale en agriculture et en horticulture; le chef de cul- ture devrait cire, comme en ce moment, un praticien habile et bienveillant pour ses élèves, et je oa'effor- ceraî de trouver un jardinier ayant les mêmes qualités. Les élèves suivraient Iklclemeiil les leçons que donnent au chef-lieu de canton les professeurs envoyés périodi- quement par les sociétés d'horticulture de TOise, Enfin il y aura lien d'examiner, dans les cas particu- liers, s'il sera boude compléter l'éducation agricole des meilleurs par un certain lemps d'éludé a l'école de Uriguon ou a l'institut agronomique de Paris, L'avenir de ces jeunes gens sera de devenir de bons jardiniers, d'excellents chefs agriculteurs et de contribuera la transformation de la moyenne en grande 270 l.CMFCIS culture, indispensable selon beaucoup de personnes au salut de la production dans notre pays. En ce qui concerne les orphelines, il n'y a que des modifications de détail à ajouter à ce qui précède ; celles qui, ayant obtenu le certificat d'études, seraient jugée> dignes d'être conservées à l'orphelinat seraient initiées à tous les travaux de femme, nécessaires dans l'établissement ou ailleurs, ferme, basse-cour, cuisine, buanderie, couture, etc. : les plus intelligentes pourraient devenir institutrices. Dans un temps plus éloigné, le personnel adulte de l'orphelinat pourrait, en grande partie, être composé du premier choix de ceux et de celles qui y auraient été élevés. Je demande la création d'une commission appelée à se prononcer sur l'admission des orphelins des deux sexes à Cempuis. Cette commission se réunirait tous les deux mois. A chaque séance, elle examinerait les demandes, verrait les candidats et se prononcerait pour ou contre l'admission provisoire. Après deux mois de séjour à l'orphelinat, chaque enfant serait l'objet d'un rap- port du Directeur à la Commission, après lequel la Commission déciderait s'il doit être renvoyé ou admis définitivement k l'orphelinat. Si, comme il y a lieu de le supposer, le rapport de M. Rey est transformé par le Conseil Général en décision, l'orphelinat devra rece- voir exclusivement les enfants robustes, bien doués d'atavismes supérieurs. La Commission aurait à s'inspirer de cette résolu- tion, et Ton cesserait d'accorder au hasard le privilège AN SEXES 271 d'une éducation qui sera, selon le rapporteur, conduite an i t; mêîhùde et sciettcr. Quant à ceux c|uî n'ont reçu de leurs ascendants >** tut cerveau suffisant^ ai un corps sain, l'établissement où la société peut en tirer le parti b fc moins mauvais doit Aire complètement diiïérenl de celui qui est des* lîué au* enfants sains à tous It*s points de vue. POUF œa derniers, il faut chercher à développer toutes les facultés physiques, morales, intellectuelles, leur apprendre par la pratique à se bien conduire, leur faire comprendre eomineni la bonne conduite est basée .sur le sentiment de la dignité personnelle et la solida- rité humaine, et, en même temps qu'ils obéissent avec entrain à de Sages prescriptions, leur apprendre a com- mander avec sagesse un pelil groupe accomplissant un travail d'ensemble, Pour arriver il ce résultat, il faul des établissements vastes ru in me est, et mieux encore comme deviendra, je l'espère, celui de Cempuis; il faut de l'espace, une certaine somme do liberté organisée. La surveillance par des adultes de jeunes travail- leurs assez dispersés ne peut porter que sur l'ensemble; elle est forcément intermittente et doit être complétée parcelle qu'exercent les élèves gradés. IV PROJET DE DÉLIBÉRATION Le Conseil général, Vu le mémoire, en date du 10 octobre 1881, par lequel M. le sénateur, préfet de la Seine, lui rend compte de la suite donnée à la délibération du 27 no- vembre 1880, relative au legs Prévost et lui soumet diverses propositions destinées à assurer la prospérité de l'Orphelinat Prévost de Cempuis ; Vu les pièces annexées à ce mémoire ; Délibère ; Article premier. — 11 y a lieu : 1° D arrêter définitivement à la somme de 15.474 fr. 25 les comptes produits par les administrateurs provi- soires de la succession de M. Prévost et d'approuver pour régularisation les dépenses qui ont été imputées sur le reliquat et qui s'élèvent à 13.475 fr. 30; 2° De fixer h 83 c. 33 le prix de journée de chacun des enfants que l'Orphelinat de la Seine place à Cem- puis; 3° D'ouvrir au budget rectificatif de 1881, sous-cha- pitre vin, article 21, un crédit complémentaire de 15.000 francs pour frais d'administration de l'Orpheli- nat Prévost, en 1881. A ht. 2. — Sont approuvés le plan général d'éducation ANNEXES 273 établi par M. Robin, directeur de cet établissement, ainsi que les propositions relatives au mode futur (Fad- mission des orphelins. Art. 3. — M. le préfet de la Seine est invité à mettre définitivement à l'étude les projets d'agrandissement et d'aménagement des bâtiments actuels de l'orpheli- nat, en vue de porter à 121 ou 150 le nombre des enfants admis ; le tout dans la limite d'une somme de 120.167 fr. 34, qui sera inscrite au budget départe- mental de 1882, soit 70.000 francs au sous-chapitre n, article 30 ; 50.000 francs au sous-chapitre xx, article 6. Le projet devra prévoir les constructions nécessaires pour l'installation d'un Orphelinat de trois cents enfants. Art. 4. — Les propositions inscrites au projet de budget sont approuvées. 18 CONDITIONS D ADMISSION Conformément aux intentions du fondateur, M. Pré- vost, l'orphelinat est exclusivement réservé aux enfants des deux sexes du département de la Seine 1 . Sont considérés comme orphelins du département de la Seine : Les enfants des deux sexes, orphelins de père et de mère ou de l'un d'eux seulement, et dont les parents comptent au moins deux années de domicile dans ce département. Pourront être seuls admis les enfants de quatre à dix ans particulièrement bien doués et aptes par leurs qualités physiques, morales et intellectuelles, à profiter de l'éducation spéciale donnée dans rétablissement 2 . Les demandes d'admission doivent être adressées à M. le préfet de la Seine (direction des Affaires dépar- tementales, l™ division, 1 er bureau) avec des rensei- gnements de nature à faire juger de la valeur des can- didats et des circonstances que peut invoquer la famille pour obtenir leur admission : 1. M. Prévost destinait bien son établissement aux deux sexes, mais aux deux sexes élevés séparément. Et, en effet, avant 1880, fillettes et garçons vivaient chacun de leur côté. 2. Ce programme, pour de nombreuses raisons, dont nous avons fait connaître quelques-unes au cours du présent volume, ne fut suivi que de très loin. ANNEXES 275 Noms et prénoms des candidats, date et lieu de nais- sance, lieux qu'ils ont habités, écoles qu'ils ont fré- quentées, avec date et certificats des instituteurs. La direction des Affaires départementales de la Pré- fecture de la Seine enregistre les demandes, se fait présenter les candidats, les soumet à la visite d'un médecin, s'entoure de tous les renseignements pos- sibles, en un mot établit le dossier de chaque candi- dat pour être soumis à l'examen de la Commission administrative. Admission provisoire des candidats comme stagiaires Une délégation de la Commission administrative examine les enfants et leur fait subir un premier exa- men au point de vue intellectuel et moral. La Com- mission, ensuite réunie, prend connaissance des dos- siers et décide, s'il y a lieu, de l'admission provisoire des candidats de l'orphelinat. Les parents ou tuteurs des enfants admis au stage devront prendre rengagement écrit de rembourser au département le montant des frais de séjour de leurs enfants à l'établissement, dans le cas où ils voudraient les retirer avant l'âge de seize ans accomplis. Les parents ou tuteurs n'ont rien à fournir aux enfants : l'établissement fournit tout. Admission définitive ou renvoi des candidats Les enfants admis à l'essai sont, après un stage de trois à six mois, l'objet d'un rapport du directeur de 276 CEMPDIS l'Orphelinat, après lequel la Commission administra- tive rejette ou prononce leur admission définitive. Toutefois les enfants dont l'inconduite, les mauvaises habitudes, etc., constitueraient un danger pour leurs camarades, sont renvoyés d'urgence de l'Orphelinat avant même l'expiration de leur stage. Les enfants qui ne pourront être maintenus à l'or- phelinat seront rendus à leur famille. Séjour des élèves Les garçons et les filles de l'orphelinat, élevés en commun, s'instruisent quotidiennement suivant leur âge et leur avancement, dans les sept classes com- prises depuis la classe maternelle, jusqu'au cours com- plémentaire composé des élèves ayant leur certificat d'études ; ils développent leur habileté manuelle ea s' exerçant, jusqu'à leur treizième année et d'après un roulement établi, aux divers travaux d'agriculture, de jardinage, de ferme et à chacun des métiers, au nombre d'une quinzaine, enseignés à l'Orphelinat. A l'âge de treize ans, les élèves, d'après leurs goûts et leurs aptitudes, se spécialisent dans l'apprentissage d'un métier et simultanément dans la préparation des examens pour les divers diplômes de l'enseignement primaire ou pour l'entrée aux diverses écoles spéciales : normales d'instituteurs, d'agriculture, d'arts et métiers, de commerce, etc. Ils apprennent, en outre, la musique vocale et instrumentale, la gymnastique, etc. \NNEXE8 277 Sortie normale des enfants de l'orphelin al Les enfanls dont la conduite et le travail auront été liuil à fait satisfaisants recevront à leur sortie de l'orphelinat, h leur seizième année, outre les diplômes conquis aux examens, un certificat d'apprentissage ou de lin d'études destiné à faciliter leur placement. Ces mêmes élèves trouveront aide et assistance fra- ternelles auprès de leurs anciens camarades de la Société amicale des anciens e 1er es de f Orphelinat, patronnée et subventionnée par le Conseil General de la Seine. Relations des familles tirée les élrrrs tir l'or/dtelinai Dès leur arrivée à l'Orphelinat, les élèves écrivent à leurs parents, tuteurs ou protecteurs, pour leur donner de leurs nouvelles et leur faire part de leurs premières impressions; les professeurs font les lettres des enfants qui ne peuvent écrire eux-mêmes. Une correspondance régulière est établie, tous les deux mois, entre les enfants et les familles ; les lettres des enfants sont accompagnées d\in bulletin résumant les noies de snnfé, de conduite, de travail classique et de travail manuel. Les lettres des enfants sont affranchies aux frais de l'Orphelinat. Les parents, tuteurs ou protecteurs reçoivent en outre gratuitement tous les deux mois le Bulletin de rOr/du-liftat, pet if journal de [{} pages in-8 u , imprima par les enfants; ce bulletin donne des nouvelles ^éné- 278 CEMPUIS raies et fait connaître le genre d'instruction et d'édu- cation adopté à l'Orphelinat. Les parents écrivent quand ils veulent aux enfants ou à la Direction ; ils sont priés de toujours mettre leur adresse sur les lettres qu'ils envoient et de faire savoir immédiatement leur changement de domicile quand il y a lieu, fût-ce par simple envoi d'une carte de visite, sous bande affranchie à 1 centime, indiquant la nou- velle adresse. Les négligences à cet égard sont la source de désagréments nombreux. A l'époque des vacances, les enfants (qui ne quittent jamais leurs maîtres) sont conduits aux bains de mer, à Mers près du Tréport, où ils séjournent dans une maison louée et aménagée pour eux; ils font en outre de nombreuses excursions et même de petits voyages. Visites Les parents, tuteurs ou protecteurs qui ont des enfants élevés à l'Orphelinat Prévost peuvent les visiter aux époques de leur choix. Ils reçoivent deux fois par an des bons pour billets de demi-place dus à la bien- veillance de la Compagnie des Chemins de fer du Nord en adressant une demande au Directeur de l'Établisse- ment autant que possible une quinzaine de jours avant le moment où ils désirent utiliser ces bons. Le Direc- teur leur envoie en môme temps un imprimé donnant les indications nécessaires pour le voyage, départ des trains, itinéraires. Les parents qui viennent h l'Orphe- linat sont admis à voir leurs enfants tous les jours de onze heures à six heures du soir dans le parloir ou dans la cour. \NNEXES 270 Lo dtmaïuhc, 1rs enfants fcoiït généralement autorisés h passer la j minier entière avec leurs pxreiilg. Les visiteurs (niuvrriml la irititrriture * l'Orphelinat nioveimaril 75 centimes par rtipas. VI Circulaire adressée aux candidats qui se présentent aux situations vacantes à l'Orphelinat Prévost [avril 1883). En réponse générale aux candidats qui se présentent pour les situations vacantes à l'Orphelinat Prévost, le Directeur a l'honneur de fournir les renseignements suivants : Un instituteur à ses débuts ou à peu près sera- pro- posé aux appointements de 1.200 francs avec nourri- ture, logement, éclairage, blanchissage; une institutrice à ceux de 1.000 francs. C'est là un minimum suscep- tible d'augmentation notable si l'on réussit bien, ou môme immédiatement en présence des talents, et de titres spéciaux. Les candidats doivent être bien pénétrés de l'idée que les situations à l'Orphelinat n'ont rien de compa- rable h celle d'une école d'externes. 11 ne s'agit point de donner une petite portion de son temps et d'être dans les intervalles dégagé de tout souci et de toute responsabilité. Les maîtres de notre Orphelinat doivent se considérer comme formant une association d'adultes, dont chacun a autant de devoirs et pas plus de liberté que le père ou la mère de la plus nombreuse famille. Pour accepter ces situations, il faut trouver vraiment du bonheur h vivre au milieu des enfants et non seu- ANNEXES 281 lement de les instruire en classe, mais surtout à s'oc- cuper sans cesse de leur éducation morale et physique, & table, pendant les récréations diverses ; il faut prendre plaisir à jouer avec eux. C'est une œuvre à laquelle il faut se livrer, ne disons pas avec dévouement — le Directeur et les excellents collaborateurs dont il a eu le bonheur de s'entourer sont trop ravis de cette exis- tence pour parler de sacrifice, — mais avec un entrain qui ne se lasse jamais. Il faut savoir se mettre avec joie à toute besogne, et au milieu de la variété des occupations, se reposer d'un travail par un autre, guider les enfants dans les travaux classiques, intellec- tuels, manuels, artistiques, champêtres, dans les ser- vices d'ordre et de propreté, et savoir toujours les entraîner par l'exemple. Parlant des qualités de l'instituteur agriculteur, voici ce que disait en 1868 l'interprète de l'œuvre Pré- vost : « Il faut qu'il sache tenir la charrue et la plume : aucun travail ne doit lui paraître trop pénible ou répu- gnant; il faut qu'il donne l'exemple aux élèves. Il ne faut pas qu'il soit un monsieur; le père doit percer partout et toujours. Travailler, jouer, manger avec eux, être au milieu d'eux presque toujours, partager leurs peines et leurs plaisirs, voilà sa vie, voilà sa tâche... L'Orphelinat n'est pas seulement une école, mais une famille et surtout une famille... » Ceci dans l'Orphelinat agrandi comme nombre, comme but, comme moyens, doit être la règle de tous les éducateurs. Comme il est désirable que les personnes entrant à l'Orphelinat aient le vif désir d'y passer leur existence, le genre de vie y a été rendu le plus agréable possible, 282 CEMPUIS et doit s'améliorer encore par la collaboration de tous. Musées, bibliothèques, jardins, fêtes fréquentes avec chants, musique instrumentale, jeux gymnastique*, grandes excursions, viennent fournir un excellent emploi des loisirs de tous. Dans le môme but la préférence serait donnée à titre égal à un couple marié, notamment quand la femme est institutrice. Toutefois les femmes d'instituteurs ayant les qualités de bonnes mères de familles actives, laborieuses, trouveraient également à l'Orphelinat un emploi avantageux de leur temps, et les célibataires, hommes ou femmes, ne sont pas rejetés a priori. La situation toute spéciale de l'Orphelinat oblige le Directeur à prier les candidats de lui dire bien nette- ment, mais en toute confidence, s'ils ont des attaches religieuses, s'ils sont absolument dégagés de goûts particuliers, boissons, tabac, etc. Par suite du nombre considérable des demandes, les candidats sont aussi priés de donner les détails les plus circonstanciés, leur âge, celui de leur femme, de leurs enfants, services, brevets, matières facultatives, spécia- lités diverses dans les lettres, les sciences, arts, métiers, copie ou extraits de certificats s'ils en ont, indication de références. — Une note détaillée sur les vues particulières qu'ils peuvent avoir sur l'éducation dont il s'agit serait utile au Directeur pour l'aider à choisir pour le plus grand bien de l'Orphelinat les sujets à présenter h l'Administration. Les candidats peuvent Atre assurés que leurs démarches resteront inconnues de tous, excepté des per- sonnes qu'ils indiqueront comme références et encore ANNEXES 283 ces références ne seront utilisées que pour les candi- dats déjà presque agréés. Cette note est accompagnée d'un imprimé qui fera connaître des détails intéressants sur l'Orphelinat. he Directeur de l'Orphelinat Prévost, Paul Robin. Cempuis (Oise), avril 1883. VII LA MARSEILLAISE DE LA PAIX Musique de Rouget de l'Isle Imitée de Martin Paschoud dans YAlmanach de la Paix 1892 I De l'universelle patrie Viendra bientôt le jour rêvé! De la paix, de la paix chérie Le rameau sauveur est levé ! (bis) On entendra vers les frontières, Les peuples, se tendant les bras, Crier : il n'est plus de soldats ! Soyons unis, nous sommes frères ! II Quoi ! d'éternelles représailles Tiendraient en suspens notre sort! Quoi! toujours d'horribles batailles, Le pillage, le feu, la mort, (bis) C'est trop de siècles de souffrance, De haine et de sang répandu! Humains, quand nous l'aurons voulu Sonnera notre délivrance ! III Plus de fusils, plus de cartouches, Engins maudits et destructeurs ! Plus de cris, plus de chants farouches Outrageants et provocateurs. (6is) Pour les penseurs, quelle victoire ! De montrer à l'humanité De la guerre l'atrocité, Sous l'éclat d'une fausse gloire. ANNEXES IV Debout! pacifiques cohortes 1 Hommes des champs et des cités, Avec transport, ouvrez vos portes Aux trésors, fruits des libertés, (bis) Que le fer déchire la terre, Et pour ce combat tout d'amour, En nobles outils de labour Reforgeons les armes de guerre. En traits de feu par vous lancée, Artistes, poètes, savants, Répandez partout la pensée. L'avenir vous voit triomphants, (bis) Allez, brisez le vieux servage, Inspirez-nous l'effort vainqueur Pour la conquête du bonheur; Ce sont les lauriers de notre âge. Refrain Plus d'armes, citoyens! Rompez vos bataillons! Chantez, chantons! Et que la paix féconde nos sillons ! AUX MARTYRS INCONNUS Sur un cantique flamand du xvn* siècle (1620), par Paul Robin I Des grands noms des héros on a rempli l'histoire, Les arts les ont doués de l'immortalité; Célébrons avec eux ceux qui firent leur gloire, Dont l'ensemble éternel s'appelle humanité. 286 CEMPD1S II martyrs inconnus, à vous toute notre âme ; C'est pour vous qu'en tous lieux résonneront nos chants 1 Vous êtes nos aïeux, léguez-nous votre flamme ; Que votre feu sacré pénètre nos enfants. III Consacrons notre ardeur et notre vie entière A combattre les maux dont souffrent les humains : Tyrannie, égoïsme, ignorance, misère ; Delà fraternité montrons leur le chemin. IV Qu'importe après cela que notre nom s'efface, Que notre souvenir disparaisse à jamais. Heureux si nous pouvons aussi laisser la trace De nos constants efforts, de nos humbles bienfaits. HYMNE AU SOLEIL Musique de Méhul (Joseph, opéra), air {Dieu d'Israël) Astre éternel, ta clarté vive et pure, Par ses rayons bienfaisants, Vient féconder la nature, Et sème l'or dans nos champs. II Ne connaissant ni pays ni frontière, Viens enseigner l'équité ; Donnant à tous la lumière, Sois le flambeau vérité ! III Oh ! Viens calmer le chagrin, la souffrance. Viens nous donner de beaux jours, Apporte-nous l'espérance, Et triomphant, suis ton cours. ANNEXES 287 QUI M'AIME ME SUIVE! Paroles de Lachambeatdie. races humaines, Formez vos faisceaux ; Brisez de vos chaînes Les derniers anneaux. Le lâche se prive D'immortalité; Qui m'aime me suive! Dit la Liberté. Fuis, sombre ignorance, Sous ton noir manteau ! Que de la Science Brille le flambeau. L'âme se ravive A cette clarté. Qui m'aime me suive ! Dit la Vérité. Paix du cœur succède A la soif de l'or ; Par toi Ton possède Un rare trésor. Pour que l'homme vive En sa dignité : Qui m'aime me suive ! Dit la Probité. Aimer son semblable; Donner, recevoir , Seul but désirable, Seul droit, seul devoir. Que ton règne arrive , Fraternité ! Qui m'aime me suive! Dit l'Humanité. 288 CEMPU1S LA SAINTE ALLIANCE DES PEUPLES (Bérangkr) I J'ai vu la Paix descendre sur la terre, Semant de For, des fleurs et des épis ; L'air était calme, et du dieu de la guerre Elle étouffait les foudres assoupis : Ah ! disait-elle, égaux par la vaillance, Français, Anglais, Belge, Russe ou Germain, Refrain Peuples, formez une sainte alliance, Et donnez-vous le main, (bis) II Pauvres mortels, tant de haine vous lasse, Vous ne goûtez qu'un pénible sommeil. D'un globe étroit, divisez mieux l'espace, Chacun de vous aura place au soleil. Des astres, Paix, conjurez l'influence; Effroi d'un jour, ils pâliront demain. III Chez vos voisins vous portez l'incendie, L'aquilon souffle et vos toits sont brûlés; Et quand la terre est enfin refroidie, Le soc languit sous des bras mutilés! Près de la borne où chaque Etat commence Aucun épi n'est pur de sang humain. IV Oui, libre enfin, que le monde respire; Sur le passé, jetez un voile épais. Semez vos champs aux accords de la lyre, L'encens des Arts doit brûler pour la Paix. Heureux alors, au sein de l'abondance, Tous rediront le chant vraiment humain : Refrain Peuples, formez une sainte alliance, Et donnez-vous la main, (bis) VIII LETTRE DE M, à. -PAUL (UÎËNIN à \I\L les Coneeitter& généraux du département *lr la Seine i membres de la Commission d'étiqueté surFO?* phelinat Prévost à C Hôtel de Yill*\ Paris, Ce m i mis, près fîrandvilliers (Oise). Orphelinat Prétest, le 20 novembre 18W4, Messieurs, Le 10 novembre dernier, Ions de l'interpellation sur Cemputs à h Chambre drs députés, M. le ministre de l'Instruction publique, trompé dans sa bonne foi [sic% m'a taxé d'anorcAtV, J'ai protesté énergiquement en Arrivant immédiatement à MM, te Prérident de la Chambre et au ministre précité, Je m* doute pas que ces messieurs reconnaissent le non-fondé de l'accusation dont j'ai été l'objet, accusation qui doit, comme l'es- père son promoteur, me causerie plus grave préjudice à tons les points de vm 1 . Si la presse ne s'était emparée de mon nom, j<* me serais contenté de la protestation adressée à nos repré- sentants; mais tous les journaux ont reproduit, en l'agrémentant d'une façon plus ou moins grotesque, L'accusation de M* Leygues. Vous marnes, Messieurs, vous semblez douter de mon 290 CEMPU1S patriotisme et de mon dévouement au Gouvernement; vous vous êtes enquis de savoir si, oui ou non, je suis anarchiste et si je n'ai pas, comme l'a déclaré M. le ministre de l'Instruction publique, communiqué le Père Peinard aux élèves de l'Orphelinat. Les réponses que vous avez pu recueillir ont dû être catégoriques, car tous ceux qui m'ont connu, à moins qu'ils n'aient l'in- tention de me nuire, affirmeront mon chauvinisme. M. Robin, lui-môme, vous répétera cette phrase, la dernière qu'il m'a adressée : Je n'ai eu depuis bientôt deux ans aucun reproche à vous faire, si ce n'est votre chauvinisme. Vos petites brochures militaires vous feront beaucoup de mal. J'ai lu, en effet, l'infect journal qui a pour titre le Père Peinard, et l'ai reçu pendant un mois ; mais j'affirme hautement ne l'avoir jamais communiqué aux élèves. Je ne serai point démenti. Un homme qui lit le Père Peinard est-il pour cela un anarchiste ? Combien de bons républicains lisent les journaux réactionnaires, sans être pour cela des cléri- caux, des bonapartistes ou des monarchistes ! v Celui qui lit un journal le fait ou pour se convaincre ou par passion. J'ai voulu voir ce que disaient les feuilles anarchistes, n'étais-je pas libre, et suis-jepour ce motif un internationaliste ? À l'accusation formulée contre moi, j'oppose la simple citation des ouvrages que j'ai écrits : Le drapeau du 109' (1888) ; Le 109 e régiment d'infanterie (1888) ; Le général Damrémont (1888, 2 e édition en 1890); De l'avenir des musiques militaires (1889); La sténographie militaire (1890) ; Le caporal et la loi de trois ans (1890) ; Le 51 e de ligne (1891); Les chasseurs à cheval (1891); Le 5 e régi- ANNEXES 291 ment de chasseurs à dictai (ig$l); L'armée aux fêtes de Valmy (1881); Historiques des 21% 23% :30% /^\ 44 u 60*, 133% I5i' de ligne, 8* et 2V bataillon* de chasseurs à pied; tV chasseurs à chccal ; 1 V et 12 de hussards; 7% H 1 w iv bataillons d'artillerie ù pied} & * n MM- Gal'fbès (M.^J.) T membre du Conseil municipal (le Paris, ancien président de la Société des chefa d'institution, — Martel (F.), inspecteur général de l'enseignement professionnel. — Bracn (Th.), inspecteur des écoles normales primaires de L'Etat (Belgique). — Ht n/im h (J.), professeur (Suisse). EXPERTS M" MAitciiKi-ljiRAitD, inspectrice h Paris. — M*' Sché- fi:k. inspectrice à Paris. — M 116 Toussaint, secrétaire de la Société d'enseignement professionnel pour tee femmes, — Rkgnaîuj (Paul), professeur à PInstitut national agro- nomique et sous-directeur dcTÉcole des hautes éludes. — Dupaigne, inspecteur général de l'enseignement du chant. « En soin me, voilà un établissement ou plutôt un organisme vivant, s'il en fut. II n'y a pas là seulement des enfiints qui ont trouva un asile et des classes el des ateliers bien dirigés. 11 y a un essai H'éducatiok complète puèpakant a la vie, habituant les enfants à aimer h* travail, respectant el encourageant la spon- tanéité de chacun, éveillant l'enthousiasmé pour le bien, leur donnant la roi a i/idiïal sans aucun recoins at: dogme. Le fervent directeur de cet Orplielinal. M. Robin, appelé pas le jury k exposer ses théories, a répondu avec une entière sincérité aux questions de plusieurs jures sur la coéducatios et sur l'kkseigne- MKNT DE LA MORALE POSITIVISTE. * Notre collègue pour la Suisse, M. Gobai, vire-pre*si- 300 CEMPUIS dent du groupe H, a publié dans son rapport un récit de cette séance animée ; il y exprime le regret que la médaille d'or votée primitivement n'ait pas été main- tenue à l'Orphelinat Prévost lors de la revision des récompenses ; il a même essayé de demander au jury supérieur de la rétablir. Mais si quelques membres du jury on fait des réserves à propos de ces deux questions controversées et un peu délicates, en effet, de la coéda- cation des deux sexes et de la morale sans base religieuse, nous croyons exprimer l'avis unanime en assurant l'Or- phelinat Pré voht que pour tout le reste les méthodes péda- gogiques de Cempuis ont été unanimement approuvées. Pour nous qui avons visité plusieurs fois l'Orphelinat et avons suivi avec intérêt l'expérimentation qui se fait dans cette maison, il nous semble qu'elle méritait d'être encouragée malgré sa hardiesse môme, et il était bon qu'elle figurât à une Exposition qui fêtait une grande date d'émancipation politique et sociale. Nous sommes satisfaits d'apprendre qu'on va la voir de plusieurs points de l'étranger, comme jadis on allait voir à Yverdon les essais de Pestalozzi, et que des pédagogues russes et belges prennent à Cempuis leurs inspirations. » ANNEXES 301 Voici maintenant les conclusions du rapport de M. Gobât, directeur de f Enseignement primaire à Berne, vice-président pour la Suisse du groupe II, conclusions auxquelles fait allusion M. H. Buisson : « Ces deux principes, la coéducation et l'enseigne- ment de la morale réduit à des déductions pratiques, ont soulevé de vives discussions au sein du jury de classe. « De Pavis de quelques membres, l'Orphelinat Prévost ne devait être jugé que d'après ces deux principes édu- catifs, et comme ces membres ne les approuvaient pas, rétablissement ne pouvait, d'après eux, recevoir une haute récompense. Grâce au VOTE UNANIME DES JURÉS ÉTBANGEBS, LA MÉDAILLE D'OR fut décernée h l'Orphelinat Prévost, le JURY se trouvant presque au COMPLET, soit au nombre de 15 à 20 MEMBRES. Mais quelque temps après, tout à la fin des opérations, alors que plusieurs jurés étaient partis, que d'autres n'assistaient plus aux séances, abandonnant le reste de la besogne au bureau, LES JURÉS, RÉDUITS A QUATRE OU CINQ, cassèrent la décision précédente et adjugèrent à l'Orphelinat Prévost LA MÉDAILLE D'ARGENT. J'ai vainement protesté, au jury supérieur, contre ce procédé et réclamé la médaille d'or. « Il est regrettable que les choses se soient passées ainsi. Car on peut en déduire la fâcheuse conséquence que le jury a condamné les principes éducatifs de l'Orphe- linat Prévost; pourtant cet établissement se trouve placé sous l'autorité du préfet de la Seine, qui devrait 302 CEMPL'IS le réformer, si ces principes sont mauvais, mais qui se gardera bien de le faire, parce que l'ORPHELINAT PRÉVOST, — s'il m'est permis de le juger par ses actes, — EST UNE DES PLUS BELLES INSTITUTIONS DE FRANCE. « Son exposition prouve qu'il est resté fidèle à son programme. Les méthodes d'enseignement sont simples et pratiques; renseignement est encyclopédique, dans ce sens que rien de ce qui intéresse la vie pratique ne reste étranger à l'élève. On a le sentiment qu'une foule de choses s'apprennent au moyen de l'observation, la meilleure institutrice, celle dont les leçons se gravent le mieux et avec le moins d'efforts dans l'esprit. « Les ouvrages exposés étaient, ou des travaux ma- nuels proprement dits, qui se distinguent par une très bonne graduation, ou des travaux de toute espèce, d'ap- prentis ou d'apprenties , photographie , typographie, cartonnage et reliure, cordonnerie, mécanique, ferblan- terie, menuiserie, modelage, coupe, couture, etc.. Une chose m'a beaucoup plus dans l'exposition des travaux du sexe : l'absence de colifichets. « J'avais perdu l'habitude de contempler la simplicité, je l'ai retrouvée à l'Orphelinat Prévost 1 . » 1. Instruction publique. Clauses 6, 7, 8. Rapporteurs, M Gobât, Conseiller d'État à Berne ; M. Hunziker, professeur à Aarau. \ ANNEXES Exposition* (suite) En 18i)i, Exposition a Moscou. (Il n'a été décerné de récompense à personne.) Exposition d'hygiène à Paris, Diplôme d'honneur. Exposition de sténographie a Nêfichdtei (Suisse), Diplôme d'honneur. En 1892, prix du ministère de l'Instruction publique, prix Bwehofskeim* En 1898, Exposition universelle de Chicago* Eu 1894, Exposition universelle de Lyon; Exposition internationale à ànttêfê^ Exposition spéciale de l'Orphelinat au Musée Péda- gogique de la Ville de Paris, du 3 au M juillet 181*1-, Conférences Du 22 juin au H août 1890* conférences pédago- giques dans le département de ruise,à Beau vais, Chau- mont, Méru, Senlis, Oeil, Nu von, Ikuupiègno, Cem- puis (Orphelinat), Sainl-Just, Clermout, Crépy-en- Valois, Beauvais (2™° conférence). Du 3 au 10 juillet 1894, conférences au Musée Péda- gogique de la Ville de Paris, a l'occasion de KExposi- lion de l'Orphelinat. Pendant les années 1890 et suivantes, à diverses occasions, conférences nombreuses, dans les écoles normales nu autres houx, Paris, Beauvais, Rouen, le Havre, Caen, Brest, Amiens, Arras, Sens, Troyes, Dijon, Lyon, Saint-Etienne, Grenoble, Vienne, Genève, sur la pédagogie, la musique, la sténographie, les tra- vaux manuels, par MM. Bobin, Guilhot, Delon, 304 CEMPUIS Sessions En 1890, institution des Sessions normales annuelles de pédagogie pratique à l'Orphelinat : conférences, démonstrations et expérimentations , fêtes et prome- nades scolaires. La première session a eu lieu du -1 er au 8 sep- tembre 1890; une trentaine d'instituteurs, institutrices et autres personnes s'intéressant aux questions d'ensei- gnement ont pris part aux séances. Du 23 août au 1 er septembre 1891 a eu lieu la Session pédagogique, qui a réuni une soixantaine de partici- pants. Du 23 au 30 août 1892, la troisième session normale, h laquelle ont assisté environ 70 participants. Du 23 au 31 août 1893, la quatrième session nor- male ; nombre de sessionnistes, 64. En outre, les professeurs de l'Orphelinat et les él<>ves eux-mêmes, pendant un Voyage en Belgique, ont pris part à la Session internationale de pédagogie, inaugurée h Gand sur le modèle des sessions normales de l'Or- phelinat, du 12 au 16 août 1893. Du 23 au 30 août 1894, a eu lieu la cinquième session, à laquelle ont assisté une quarantaine de participants. Excursions et voyages remarquables En 1882, une quinzaine d'élèves vont à pied au Tré- port en trois jours. En 1884, une quarantaine d'élèves vont en cinq jours h Amiens, Abbeville, Saint-Valéry, Tréport, à pied ANNEXES 30$ avec leurs instruments. La môme année , une quin- zaine reviennent par Dieppe et Rouen. En 1886, voyage a pied de cinq jours par une ein- quantaine d'enfants au Trrpnrt par Formeriez y Neuf- chatvl* Itirppe. En septembre 1891, après la session, grande excur- sion scolaire de 16 jours, du i r ' au 10 septembre, par les enfants de l'Orphelinat accompagnés de plusieurs des sessionnisles: pur Rouen, Le Uam\ Etretat % Fécarnp, Saint- Valéry i Dieppe, I*- Trépott* En aoiïl ISîWi, premier grand voyage en Belgique: 65 élèves accompagnas de leurs professeurs, par Douai^ \ 'aient iennes p Quiétrain^ lintxvttvs^ Anvers, Grandes fêles publiques, démonstrations pédagogiques. Récep- tion enthousiaste; sept jours. En août 1893, second grand voyage en Belgique A d'une soixantaine d'élèves, accompagnés par leurs pro- fesseur^ par Amiens, Bruxelles lhsnà f Bruges, Btanken- bert/hr; retour par Lille. Grandes fêtes publiques et démonstrations pédagogiques h Bruxelles et à G and. Réception enthousiaste partout; six jours* Publications périodiques En 1882, fondation du Bulletin de f Orphelinat P/r- VO$t qui s'est continué à partir du l" r janvier 1891 jus- qu'en 1894 smis le titre rsdue&iion latvtjvftle, Kn juillet 1888, l'Orphelinat commence l'impression réguliérenienl continuée, du journal musical intitulé le Galiniïtv et qui, en 189&, a repris le titre île (a Réforme musicale, organe de l'Association Galiniste. Mensuel, 16 pages et suppléments.) m 306 CEMPUIS En 1890, nos presses lithographiques commencent l'impression régulièrement continuée jusqu'à ce jour, du Bulletin sténographique, organe de la Société de sténographie Aimé Paris; OUVRAGES PÉDAGOGIQUES, JEUX Livres, brochures, feuillets, produits à /' Orphelinat ou imprimés sur ses presses : Pédagogie : Fêtes pédagogiques, comptes rendus des sessions normales. Le premier volume achevé (1890, 1891, 1892), le second volume (1893, 1894) ina- chevé. Histoire: Les Paysans, histoire d'un village, par C. Delon, 1 vol. (publié sous 2 formats différents). Hygiène: La Santé de l'Enfant, par le D p Toussaint, avec préface, par P. Robin, 1 vol. Les Bains, feuillet, P. Robin. — L'Anthropométrie à l'école, guide de l'observateur, brochure, P. Robin. — Feuilles individuelles, typographiées, pour les ins- criptions anthropométriques. — Papier quadrillé spé- cial, lith., pour les inscriptions des courbes anthropo- métriques. Brochures pédagogiques diverses: L'Orphelinat Pré- vost, brochure, P. Robin. Du rôle de la femme dans renseignement, feuillet,. P. Robin. — L'enseignement de la lecture, feuillet, P. Robin. — Alphabet grec comparé h l'alphabet fran- çais, feuillet, P. Robin. — Commandements par les signaux, feuillet, P. Robin. — Compter, mesurer, peser, brochure, P. Robin. — Règlement des observations météorologiques, feuillet. — Feuilles d'observations ANNEXES 307 météorologiques, modèle des Ecoles normales, lithogra- phiées. — Abaque réducteur à 0° des observations baro- métriques, gravure sur pierre, P. Robin. — Triangle de Pascal, 25 lignes, avec notice, P. Robin. — Tableau trig onomé trique , feuillet, P. Robin. — Nos ateliers, pédagogie des travaux manuels, feuillet, P. Robin. Les métiers, P. Robin ; brochure reproduite du Dic- tionnaire Pédagogique de M. F. Buisson. — Clichage en caoutchouc, feuillet, P. Robin. — Zincographie d'amateur, feuillet, par divers. — Notre bois, poésie pour l'anni- versaire de la mort de M. Prévost, feuillet, par F. D. B. — Les deux héros, feuillet, dialogue en vers, par F. D. B. — Le printemps, feuillet, bluette en prose, pour fête scolaire, par divers. — Les clefs du Paradis, par divers, arrangée d'après Vadier. — La tabatière et la pipe, reproduction. — Excursions scolaires, colonies de vacances, détails pratiques; brochure, P. Uobin. Publications sténographiqles, méthode Aimé Paris : enseignement, exercices. La Sténographie popularisée, brochure, par Aimé Paris. — L'alphabet sténographique, feuillet, P. Robin. — Cours de sténographie, méthode d'Aimé Paris, par- tie de l'élève et partie du maître, par M. E. Fauveau, professeur, élève du maître. — La Sténographie Aimé Paris, carte pour la poche, E. Guénin, sténographe au Sénat. Guide pour renseignement de la Sténographie, L.-P. Guénin, sténographe-réviseur au Sénat. — His- toire de la Sténographie Aimé Paris, 1 vol. L.-P. Gué- nin. — Quelle est la meilleure Sténographie? étude comparative, 4 vol., J.-P.-A. Martin, sténographe de l'agence Reuter, à Londres. — Feuillets de propagande 308 CEMPUÏS pour la Sténographie Aimé Paris, P. Robin. — Exer- cices de Sténographie, l rc et 2 e parties, 2 brochures, par E. Guénin. Lectures et traductions, cours élémentaire et moyen, brochure ; cours supérieur, brochure. Lectures et tra- ductions en Sténographie abrégée. — Traductions, cours élémentaire et moyen. Traductions, cours supé- rieur. Résumé du cours d'hygiène, par le D r Elie Pécaut. — Le Pour et le Contre à propos du tabac, say- nète, G. Bonnet. — Les Paysans, histoire d'un vil- lage {extraits), par G. Delon. — La Fontaine, fables choisies. — Florian, fables choisies. — Aventures de Télémaque, extraits. — La Bruyère, extraits. — Cor- neille, scènes choisies. — Racine, scènes choisies. — Molière, scènes choisies. — Boileau, morceaux choisis. Pédagogie musicale : Théorie de la gamme, brochure, P. Robin. — Phonomimie musicale, brochure. — Les tableaux muraux, brochure. — Le Méloplaste de Galin, tableau. — Le tableau des accords, brochure. — Le tableau modal; Indications des nuances. — Programmes d'études et d'examens de musique vocale, brochure. — Tous ces ouvrages par le Comité de l'Association Gali- niste. L'Instituteur et PÊlève musiciens, cours complet d'enseignement de la musique vocale, méthode modale Galin-Paris-Chevé ; comprenant cinq parties : Cours préparatoire, Cours élémentaire, Cours moyen, Cours supérieur, Cours complémentaire, et pour chacune des parties le livre du maître et le livre de l'élève. 10 vol., par le Comité de l'Association Galiniste. Lecture musicale et chants : 300 airs en notation ANNEXES 309 chiffrée, 1 vol. — 100 Duos, 1 vol. — 60 trios pour voix égales, 1 vol. — Quatuors pour voix d'hommes, 1 vol. — Quatuors pour voix mixtes, 1 vol., par le Comité de l'Association Galiniste. (P. Guilhot, Bon- net.) Les petits chants du cours élémentaire et moyen, 1 vol. — Les petits chants du cours supérieur, 1 vol. — Recueil de chants faciles en notation chiffrée, 1 vol. — Les trios du cours supérieur, 1 vol. — Chœurs à trois voix égales, publiés par livraisons, les 4 premières livraisons réunies, 1 vol. — Chceurs pour 4 voix d'hommes, 1 livraison de 3 chœurs. — Chœurs pour 4 voix mixtes, 2 livraisons, 9 chœurs, par le Comité de l'Association Galiniste. Musique instrumentale : Tableau des accords, avec brochure explicative. — Musique instrumentale en chiffres, feuillet. — Ecole de fanfare en notation chif- frée, brochure, par le Comité de l'Association Gali- niste. Morceaux de fanfare en notation chiffrée, partitions et parties séparées. Pas redoublés : Le serment; Soncourt ; Toulouse; Le Drapeau; Le Coureur; Bau démont. — Marches : l'Ami- cale ; Jour de fête. — Boléro : Le Castillan, — Mazurka : Stella. — Mélodies : V amitié ; Air national Russe; Hymne Autrichien. — Fantaisies : Joseph; La Dame Blanche ; Le Comte Ory ; Le retour au Pays, par divers auteurs. Jeux instructifs, publiés à l'Orphelinat, matériels et notices explicatives; fournitures spéciales pour des applications diverses. Jeu des substantifs ou des petits ronds, dessins çolo- 3*0 CEMPUT8 ries, cartons, jetons, avec notice, P. Robin (1886). — Jeu des verbes, dessins coloriés, cartons, jetons, avec notice, P. Robin (1888). — Jeu des pronoms, dessins coloriés, cartons, avec notice, P. Robin (1893). — Jeu des conjonctions, dessins coloriés, cartons, avec notice, P. Robin (1893). — Les nombres illustrés, 12 feuilles de dessins coloriés, inachevé, P. Robin. — Le loto de Pythagore,jeude nombres, avec notice, P. Robin (1891). — Jeu des trois circonférences, pièces métalliques mobiles, avec notice, P. Robin (1890). — Jeu des anneaux, pièces mobiles métalliques, avec notice, méthode Frœbel. — Jeu des polygones, carrelages géo- métriques, pièces mobiles métalliques, avec notice, P. Robin (1888). — Papier pointillé spécial pour les applications de ce jeu, P. Robin. — Lettres mobiles sur carton, pour le jeu des lettres. — Jeu des éléments de lettres, P. Robin (1887). Manifeste aux atnis de rinstruction et dit ptùgfès />f*ttr la diffusion de& principes, méthodes et procédés dv téduçQtiùn intégrale, Le siècle qui n finir n'aura pninl passe eB vain, Il a creusé dans riitstoirn un sillon que nul n'effacera, Pne révolution ses! accomplie, plus profonde que celles qui bouleversent les empires : quelque chose M fhftftt/r dans la manière de procéder de l'esprit humain. On pense autrement qu'autrefois. FA cela est si vrai que celui qui revil le passé par l'histoire est sans cesse obligé de faire effort sur lui -môme pour com- prendre les hommes et les choses de ces temps, rapprochés par la clair*, lointains par la distance par- courue. Il lui semble être transporté dans un autre monde ei parmi des ôtres d'une espèce différente? Ce grand phénomène historique auquel nul autre ne peut être comparé, V avènement dt /a sriritrr, appar- tient à notre époque. Les génies des autres âges n'ont été que des précurseurs, leurs plus grandes décou- vertes que des éclairs. Aujourd'hui la science est cons- igner». Bile possède, désormais, son outillage, ses méthodes ; elle pousse à fond ses analyses, elle bàtil de grandioses synthèses; en même temps, elle repé- 312 CEMPCIS trit la cervelle humaine sous une forme nouvelle et tout à l'envers du vieux moule. La science et l'esprit de la science sont partout. Quiconque pense, pense selon ses formules ; et celui-là même qui veut la combattre est forcé d'emprunter son langage. Son influence pénètre jusque dans les couches sociales profondes, indirectement, il est vrai, et par ses pro- ductions matérielles, ses machines, ses chemins de fer, ses télégraphes ; elle change les habitudes de la vie et de la direction des idées. Transformation irrésis- tible : l'enrayer est aussi impossible que d'arrêter une planète dans son orbite. Tout se tient, tout s'enchaîne. Telle conception de l'univers et de ses lois, de l'homme et de la société, telle morale, et aussi telle pédagogie. L'ancien monde eut la sienne, autoritaire, compressive, négative, ten- dant à l'amoindrissement de la vie, en parfaite concor- dance avec sa philosophie sans substance et sa morale édifiée dans le vide. Avec une logique non moins rigou- reuse, l'esprit moderne, l'esprit de la science impose un idéal tout opposé d'éducation, d'une éducation positive, émancipatrice et expansive, ayant pour but l'agrandissement de l'être et le développement de toutes ses activités, conséquence irréfragable d'un concept nouveau de la nature et de la vie, de la destinée humaine et de l'organisme social. Cela s'impose, disons- nous. Conserver dans l'enseignement ce qui n'est plus dans les idées ni dans les mœurs, élever les enfants au xx e siècle comme s'ils devaient vivre au xm c , c'est un état contradictoire et violent qui ne peut pas durer : rien ne dure contre la logique. Notre époque a été une époque de doute et de tran- ANNEXES 313 sition. De là sa tristesse que tous ont sentie, et dont on n'a pas compris ou pas voulu dire la raison pro- fonde. Chacun de nous en son propre être et pour sa part a dû refaire cette laborieuse histoire de .son siècle. Nous avons reçu de nos pères, en outre d'hérédités cérébrales obscures, toutes les figures du vieux monde, l'empreinte profonde des idées d'avant la science. Alors il nous a fallu, arrivés h l'âge où Ton pense, oublier avant d'apprendre, détruire avant de construire et, sur un autre plan, défaire et refaire pierre à pierre l'édi- fice de notre éducation. Dur travail, et ingrat, qui ne va pas sans d'intimes souffrances. Plus d'un ea est sorti brisé ; et combien sont restés à mi-chemin, associant on ne sait comment dans leurs cerveaux des idées dis- parates, inconciliables, résumant en eux-mêmes tout le désordre intellectuel de leur temps. Ne léguons pas une pareille tâche à ceux qui vien- dront après nous. Faisons, s'il se peut, à nos fils une âme plus sereine que la nôtre ; qu'ils ignorent nos luttes et nos contradictions. Laissons-leur une heu- reuse enfance du cœur, un esprit simple et droit en face des réalités, une imagination délivrée de fantômes. Préparons-les non, comme on le dit trop souvent, en vue de la lutte pour la vie, mais de l'aide réciproque pour la vie, en vue et dans l'espoir de la pacification sociale. Que la génération qui nous oubliera reçoive de nous quelque chose du moins dont elle se sou- vienne : l'éducation de la raison et de la science, cette éducation guérisseuse et libératrice, progressive par essence, et telle qu'on puisse y ajouter toujours sans avoir rien à rejeter jamais. 31* CEMPFIS II Eliminant résolument de la formule les facteurs ima- ginaires, la science considère l'ôtrc humain comme un tout solidaire, comprenant des organes, des énergies, des facultés «le divers ordres, dont les activités mul- tiples s'expriment par cet ensemble d'actes physiques, intellectuels et passionnels qui est la vie. Concevez ces éléments de nature différente comme atteignant cha- cun la limite la plus élevée de son développement normal, et en môme temps se coordonnant, s'équili- brant, se concertant dans une parfaite harmonie : c'est l'idéal scientifique, le type de l'homme résumant toutes les conditions de perfectionnement et de bonheur. Réaliser en soi-même cet idéal, s'en rapprocher du moins le plus possible, c'est toute la morale ; travailler h le reproduire en autrui, c'est toute l'éducation. La première condition de Tordre, en toutes choses, est Yintégralitp. De môme que Tôtre à qui manque un sens, un organe, l'homme auquel une des facultés essentielles à l'espèce fait défaut est un exemplaire incomplet et difforme. Ainsi que la santé physique con- siste dans la pondération des divers systèmes orga- niques et leur fonctionnement synergique, la santé intellectuelle et morale est la résultante des facultés normalement développées et toutes harmoniquement convergentes. C'est la disproportion des facultés, les unes inconsciemment ou systématiquement déprimées, lès autres exaltées outre mesure et jetées hors de voie, faute de contrepoids, qui fait toutes ces organisations malheureuses et nuisibles, déséquilibrées, et ces luttes ANNEXES 3*5 intérieures qui assombrissent l'existence, comme aussi ces étranges maladies endémiques de l'âme qui effraient dans l'histoire et dont l'humanité n'est pas encore guérie. Les sociétés sont des résultantes : elles valent ce que valent les hommes. Comment le tout serait-il sain quand la partie est viciée? Et comment l'accord serait-il dans les faits, quand la discordance est au fond des esprits? L'histoire ne se fait pas toute seule ; en défi- nitive, les événements dépendent des volontés, les formes en arrivent toujours à se modeler sur les idées. La cause profonde des grands désordres sociaux est dans l'inégalité excessive qu'il y a entre les hommes au point de vue intellectuel et dans la divergence abso- lue de leurs pensées. Cette inégalité, conséquence fatale de certains facteurs naturels ou historiques, tout a été fait, semble-t-il, consciemment ou inconsciem- ment, pour la porter à l'extrême, non pas seulement par l'ignorance dans laquelle on a laissé les masses, mais plutôt par l'éducation à l'envers qui leur a été faite, la contre-éducation, antirationnelle et immorale, différente et divergente, tendant à exagérer les opposi- tions au lieu de les atténuer. 11 semble qu'il n'y ait plus d'idées communes entre les hommes, ni de langue pour se comprendre. Si pourtant il y avait un fond commun de raisonnement, on pourrait espérer de s'en- tendre. L'entente viendrait entre dès êtres semblables aussi naturellement, aussi nécessairement que la dis- corde et la guerre entre des êtres foncièrement dis- semblables, contradictoirement organisés. Hâtons-nous donc de mettre un peu d'ordre dans les cerveaux, si nous voulons qu'il y en ait dans les choses. Nous ne 316 CEMPCÏS savons pas au juste quelle sera la formule sociale de demain. Quelle qu'elle soit, si nous voulons que l'évo- lution inévitable, imminente, s'accomplisse par l'accord des volontés réfléchies, non sous la poussée aveugle des instincts, il est temps de donner aux hommes une éducation qui les rapproche au lieu de les diviser. L'infinie complexité des sciences, des arts, des indus- tries modernes exige absolument que celui qui veut atteindre un certain degré de perfection dans une sphère quelconque se spécialise dans un ordre donné d'étude ou d'apprentissage; d'autre part, l'individu, dans le grand corps social où il joue le rôle d'organe, est obligé, comme tout organe, de s'adapter à un mode déterminé de fonction. Cette nécessité de la division du travail peut être une condition de progrès et de bonheur pour l'individu comme pour la société elle- même. 11 serait trop absolu, dis-je, de considérer le développement intégral comme la part accordée au bonheur individuel, et la spécialisation comme un sacrifice fait aux réciprocités sociales : cela n'est vrai que dans une certaine mesure. La spécialisation peut ôtre un élément de bonheur individuel en tant qu'elle correspond h la diversité des organisations et des apti- tudes, tandis que d'autre part la société a un intérêt suprême au développement équilibré et normal de tous ses membres. Au reste, ces choses ne sont pas inconci- liables; il suffit que chacun soit mis en possession d'un certain degré de culture intégrale, comme d'une large base, ferme et bien liée, sur laquelle alors pourra se superposer sans rupture d'équilibre la spécialisation fonctionnelle, ainsi que de solides fondements bien nivelés portent sans fléchir le poids inégal des parties ANNEXES 317 les plus élancées de l'édifice. Mais la spécialisation à outrance, étroite et commencée trop tôt, sans base d'instruction générale, est la cause la plus active de la misère et de la désorganisation sociale. C'est la forme moderne de l'esclavage. Elle fait des êtres instinctifs, incapable de raisonner, sans défense contre les chocs subits des événements, voués d'avance à toutes les exploitations : des machines et non pas des hommes. Or la machine travaille, inconsciente, engrène, mord le fer... jusqu'au jour où, trop surchargée, elle éclate et broie tout. Quel peut donc être la pensée de ceux qui parlent de borner l'instruction des enfants du peuple à l'apprentissage d'un métier? Mais c'est la formule même et la doctrine secrète du despotisme ! On ne change point les cerveaux en un jour, ni en vingt ans. La génération sacrifiée qui s'agite aujour- d'hui achèvera ses destinées. Laissons passer le flot trouble. — Tout notre espoir est dans l'enfance. Voilà pourquoi la grande œuvre de notre temps, c'est l'éducation. C'est elle qui réclame tous les efforts, tout le dévouement de ceux dont la pensée va au-delà des vaines luttes du moment, et qui ne prennent point pour une aurore les rougeurs de ce soir orageux. III Cette éducation libératrice et pacificatrice, capable de former des organisations saines et bien équilibrées, une génération moins désunie à laquelle nous puis- sions léguer sans trop de crainte la solution des diffi- ciles problèmes de l'avenir, elle est définie par cela 318 CEMPUIS môme qu'on a démontré le but à atteindre, l'idéal à réaliser. On peut la caratériser par des attributs divers : on l'appellera éducation rationnelle, éducation scienti- fique, parce qu'elle est basée sur la raison et conforme aux principes de la science : on la dira universelle, parce qu'elle devra ôtre commune à tous, du moins en ce qui est essentiel. Nous la désignons par le mot d'intégrale, qui contient sa définition : l'éducation ten- dant au développement parallèle et harmonique de l'ôtre tout entier. Elle comprend nécessairement l'ins- truction intégrale, qui servira de base à l'enseignement spécialisé, h l'apprentissage professionnel. Les principes établis, les grandes lignes du plan arrê- tées, le reste est affaire aux hommes de l'art, aux édu- cateurs de vocation, préparés par de longues études : la coordination des moyens en vue du but, la. méthode, le tracé de la voie progressive et des étapes, les procé- dés à mettre en rapport avec l'objet et le sujet, les diverses matières de. l'enseignement, l'âge et les dispo- sitions des élèves, etc. Les programmes ainsi élaborés pourront, devront même, varier dans le détail selon les temps et les lieux, les conditions, se perfectionnant avec le progrès de la science et des mœurs intellec- tuelles : les traits essentiels demeureront, parce qu'ils sont l'expression môme des nécessités logiques, et le caractère intégral qui les distingue ne laisse plus place qu'à des modifications d'ordre secondaire. Dès qu'on veut établir la sériation des idées, force est de procéder analytiquement. Sans jamais perdre de vue l'ensemble, la solidarité du tout, la réciprocité des organes et des fonctions, dos actes et des états, au moment de tracer le programme nous sommes obligés ANNEXES 319 de diviser la matière. Nous considérerons successive- ment Y éducation physique, Y éducation intellectuelle , à laquelle vient se rattacher l'enseignement technique, et Yéducation morale. Cette division en vaut une autre; elle est dans les hahitudes des esprits, elle ne nous éga- rera point s'il est bien compris que ce n'est là qu'un procédé méthodique, et si notre pensée se reporte tou- jours du particulier en général, du point de vue analytique à la synthèse. D'abord donc, avant toute autre chose, conformément à Tordre des nécessités logiques, envisageons l'éduca- tion physique, dans laquelle il y a lieu de distinguer deux côtés : le régime général hygiénique, ayant pour but le développement normal et ce bel équilibre orga- nique et fonctionnel que nous appelons la santé, au sens large et philosophique du mot, et l'éducation spéciale des organes de relation, considérés comme instruments de perception et d'action, en tant qu'outil- lage, si vous voulez. Ne craignons pas de descendre dans le détail, pour être précis. A la base du régime hygiénique, mettons l'alimentation abondante, simple, un peu rustique, variée cependant; exclusion générale, sauf exception motivée, des excitants, vin, café, etc. ; heures de repas réglées. Equilibre d'action et de repos, alternance des divers modes d'activité etdes divers ordres d'exercices; proportion, distribution étudiée, selon les âges, des heures de travail intellectuel, d'exercice physique, de sommeil. L'air et la lumière à Ûots, à la jeune plante humaine; la vie à la campagne, s'il se peut, au dehors autant qu'il se peut; la classe même sous le ciel, au jardin, dans les bois, quand le temps le permet. Gym- 320 GBKPCIS nastique naturelle, libre exercice au grand air, jeux organisés, promenades, excursions, saisons de bains de mer; gymnastique méthodique pour compléter et équilibrer les effets du mouvement spontané; exer- cices d'application, course, saut, natation, qui déve- loppent le courage physique et mettent l'homme en état de se tirer du péril et de venir en aide à ses sem- blables; gymnastique evrythmique , donnant la sou- plesse et la grâce. Vêtement conforme aux prescrip- tions de l'hygiène, en même temps simple et non sans élégance. Propreté surveillée, bains, ablutions fré- quentes. Le tout sous le contrôle des mensurations anthropométriques, qui permettent de suivre le déve- loppement physique de l'enfant. Entre cette éducation hygiénique d'élevage et l'édu- cation intellectuelle, non sans de nombreux points de contact avec Tune et l'autre, vient logiquement se placer ce que nous appellerons, faute d'un mot con- sacré, r éducation organique, qui tend à développer l'acuité, la précision, la délicatesse des sens, à perfec- tionner les instruments d'expression et de travail, particulièrement cet outil merveilleux d'universalité qui est la main. Toutefois, si des exercices spéciaux, appropriés, sont nécessaires dans une certaine mesure, d'une manière générale l'éducation des- sens et celle de l'adresse manuelle se font simultanément par la pra- tique des observations et manipulations, les études d'art et les travaux manuels, éléments négligés par 1 ancienne pédagogie, auxquels la nôtre fait au con- traire une part si large. Dans l'éducation intellectuelle, même principe : développement simultané, équilibre de toutes les ANNEXES 324 facultés sans exclusion; facultés d'assimilation et de production, facultés d'ordre scientifique et d'ordre artis- tique, esprit d'observation, jugement, mémoire, imagi- nation, sentiment du beau. L'instruction intégrale, réciproquement but et moyen d'éducation, se définit : un ensemble complet, enchaîné, synthétique, parallè- lement progressif, en tout ordre de connaissances, et cela à partir du plus jeune âge et des premiers élé- ments. Dans toutes les grandes branches du savoir humain qui plus loin vont en se ramifiant à l'infini, il est à l'origine, à la base, des vérités simples, primor- diales, fondamentales, facilement observables et intel- ligibles même pour les jeunes enfants : elles doivent constituer le premier trésor de notions possédé par le petit élève et destiné à s'enrichir graduellement. Appelons b notre aide une figure pour préciser nos idées. Symbolisons ce que Ton appelle, par une belle métaphore couramment reçue, le champ des connais- sances humaines, par une surface indéfinie en étendue, ses bornes reculant sans cesse; représentons-nous les diverses sciences, figurées par des lignes rayonnantes, divergentes, à partir d'un point central, s'éloignant dans toutes les directions, divisant l'étendue en secteurs contigus, sans interruption et sans vide. Le point central signifiera le zéro du départ, l'ignorance abso- lue, mais provisoire, du petit enfant. Représentons maintenant par une petite prise sur ce champ du savoir universel un premier degré de connaissance : ce sera un petit cercle, ayant pour centre le point noir, un cercle étroit, mais entier, achevé en son contour, ren- dant sensible aux yeux cette idée que les premières notions, qui sont à l'origine de toutes les sciences et 21 322 CKMPL1S leur servent nécessairement d'introduction, em- pruntent également en tous sens, sans lacune, sans espace noir, sur le terrain des choses intelligibles. Et maintenant imaginez que ce petit espace s'agrand isse, s'élargissant régulièrement de toutes parts, que ce cercle aille se dilatant progressivement, semblable aux belles ondes circulaires que Ton voit s'étaler à la surface des eaux tranquilles : cette image expressive et si fidè- lement correspondante au concept d'instruction inté- grale n'est pas autre que la traduction du mot si heu- reusement trouvé par nos précurseurs et initiateurs du siècle dernier: encyclopédie, instruction en cercle... Le programme correspondant à cette idée peut se résumer en un mot : de tout. De toute science et de tout art, non pas de vagues lueurs, mais de solides notions, précises, quelque élémentaire qu'elles soient. Inscrivons donc en première ligne logique les élé- ments des sciences d'observation, mécanique, physique et chimie usuelles; cosmographie et géographie, avec les principes géologiques indispensables; minéralogie, botanique, zoologie, physiologie humaine et son appli- cation, Thygiène. Parallèlement, les connaissances d'ordre mathématique, arithmétique et algèbre élé- mentaires, l'une avec l'autre. Tune par l'autre; géo- métrie avec ses applications. Simultanément, le côté de l'instruction dit littéraire, et tout d'abord les études qui sont des moyens d'acquisition, des instruments du savoir plutôt que des sciences : le langage, langue tnaternelle, et autant qu'il se peut langues étrangères, avec la lecture, l'écriture ordinaire et l'écriture sténo- graphique; la grammaire, appliquée aux exercices de style et de rédaction, enfin la connaissance de la litté- ANNEXES 323 rature générale et de la littérature nationale, en ce qu'elle a d'accessible aux jeunes intelligences, sous les formes diverses de la prose et de la poésie. — La seule branche du savoir humain sur laquelle il y ait lieu de faire des réserves, c'est l'histoire. Ce qu'on entend généralement par ce mot est une science d'hommes faits, d'intelligences mûres, et ne convient pas aux enfants. Entendue dans un autre sens, présentée à un autre point de vue, elle leur est, au contraire acces- sible. L'histoire donc : l'histoire des grands faits humains et sociaux, du travail, des arts, des idées, de la vie intime, bien plutôt que l'histoire politique; l'his- toire des peuples plutôt que celle des rois, l'histoire de l'évolution de l'humanité, plutôt que celle des dynasties et des batailles. Maintenant, envisageons l'autre face des choses intel- lectuelles, le côté de l'art, des arts plastiques, qui correspondent aux sciences objectives de la forme, des arts de l'expression, en rapport avec les sciences subjectives de la pensée et du langage. Cette éduca- tion esthétique, trop longtemps méconnue, prise par le petit côté, n'a pas une moindre importance au point de vue du développement intégral et de l'harmonie inté- rieure que l'instruction scientifique elle-môme, elle doit commencer simultanément et se poursuivre paral- lèlement. A tous les titres le dessin réclame une large place dans le programme synthétique, et comme art proprement dit, comme traduction de l'idée, élément d'activité intellectuelle et de bonheur, et aussi comme instrument de travail, au point de vue utilitaire : le dessin sous toutes ses formes et dans ses genres divers, dessin géométrique et dessin d'imitation, peinture; 324 CEMPUIS joignons-y le modelage, comme étude de la forme complète, théoriquement antérieurement au dessin lui- même et susceptible de non moins nombreuses appli- cations. Enfin, dans Tordre esthétique, sans oublier la dic- tion etlesformes artistiques qui s'y rattachent, mettons au premier rang des éléments d'éducation la musique, l'art idéal, désintéressé, langue du sentiment pur, la musique « pacificatrice des âmes », dont les penseurs comprendront l'influence calmante et heureuse, la portée, aussi, en tant que lien social. L'enseignement de la musique vocale et instrumentale, grâce à la sim- plification d'une méthode nouvelle, peut désormais commencer de très bonne heure, et amener, non pas seulement les organisations spécialement douées, mais les masses h un degré de perfection qui permet à cet art de développer ses moyens et d'exercer son influence. Elément essentiel de l'éducation intégrale, l'appren- tissage manuel vient faire équilibre à l'instruction intellectuelle, avec laquelle il est dans un rapport constant d'échange et de réciprocité. Le travail manuel, lui aussi, peut être considéré à deux points de vue différents : comme exercice destiné à perfectionner l'outillage des sens et à développer l'adresse de la main : c'est le côté de l'éducation organique; et comme étude des moyens et procédés du travail : c'est le côté de l'enseignement technique. Dans toute la première période, c'est le côté éduca- tif qui doit l'emporter. Il s'agit surtout, alors, de faire coopérer le travail comme moyen au développement physique, intellectuel et moral de l'être : toute autre considération est secondaire. Or, pour que cette condi- ANNEXES 325 tion soit remplie, il est indispensable que les exer- cices manuels conservent le caractère universel, syn- thétique, intégral, comme l'instruction elle-même. Débutant en même temps qu'elle, par de petits travaux enfantins que l'art des éducateurs modernes asu appro- prier à la délicatesse de l'âge en y associant des élé- ments artistiques, ils doivent suivre une progression parallèle à celle des études, se donnant pour but l'ac- quisition précieuse d'une habileté générale, applicable à toute chose. En même temps par l'alternance des tra- vaux, le jeune élève se mettra en possession de con- naissances techniques diversifiées, du maniement des outils d'emploi général, de l'expérience des divers matériaux. C'est alors que, pourvu de cette adresse manuelle universelle, et d'autre part mis en situation de choisir avec connaissance de cause le genre d'occupation auquel ses goûts et ses aptitudes le prédisposent, l'adolescent pourra commencer, s'il y a lieu, l'appren- tissage spécialisé d'un métier déterminé: le tour sera venu de l'enseignement professionnel, lequel sera d'autant moins long et moins difficile, préparé de la sorte. Mais alors même l'éducation technique devra être largement comprise et conserver autant que pos- sible l'esprit de généralité, la tendance intégrale, se préserver de cette spécialisation excessive, étroite, morcelée a l'infini, machinale, désorganisatrice, dont nous avons déploré les fatales conséquences. Rfeste l'éducation morale. Or, quoique son impor- tance soit suprême, nous n'avons pas lieu de détailler longuement le programme. C'est que la moralité, de même que la raison, est une résultante ; elle tient 326 CKMPU1S à l'ensemble. La part de renseignement est ici peu de chose. Que l'enfant s'assimile, dans la mesure de son développement intellectuel, la notion de l'équilibre et du développement individuels, de la juslice et de la réciprocité sociales ; mais l'éducation morale est surtout œuvre d influence, la conséquence d'une existence nor- male dans un milieu normal. Le régime physiologique eu est un des éléments principaux ; puis, dans un autre ordre de faits, la direction générale donnée aux pensées par l'ensemble de l'enseignement. Tout d'abord l'exclu- sion des idées fausses, démoralisatrices, des préjugés mensongers, des impressions effrayantes, enfin de tout ce qui peut jeter l'imagination hors du vrai, dans le trouble et le désordre; absence de suggestions mal- saines, d'excitation à la vanité, suppression des occa- sions de rivalité et de jalousie ; la vue continuelle de choses calmes et ordonnées, naturelles; la vie simple, occupée, variée, animée, entre les travaux et les jeux, l'usage gradué d'une part de liberté et de responsabi- lité, l'exemple des éducateurs, — et par-dessus tout le bonheur. C'est ici qu'il faut placer, à titre d'élément de ce milieu moralisateur, la coéducation des deux sexes dans une fréquentation constante, fraternelle, familiale, des enfants, garçons et fillettes, qui donne à l'ensemble des mœurs une sérénité particulière et, loin de constituer un danger, devient, dans les sages condi- tions où elle doit être établie, une garantie de préser- vation. C'est seulement par un puissant concours de moyens, concertés aussi bien en vue de la joie présente de l'en- fant que des destinées futures de l'homme, qu'on peut lutter contre des hérédités déplorables et l'influence ANNEXES 327 d'un milieu extérieur corrompu ; reconstituer, pour ainsi dire, la génération à sa source, former une majo- rité d'être sains, bien organisés, intelligents, neufs pour la vie nouvelle, capables de bonheur et dignes d'entreprendre de grandes choses. IV Cette éducation intégrale, dont nous venons d'esquis- ser le plan, déduction logique des principes de la science, elle n'est point restée à l'état d'ingénieuse utopie ni de pure spéculation philosophique. Il s'est rencontré de fermes esprits, des hommes convaincus, audacieux, pour traduire la théorie en pratique et la faire passer dans le domaine des faits. Des tentatives ont été faites ; Tune du moins a pu être conduite jusqu'au terme, sur le champ d'expé- rience désormais historique de Cempuis. Là depuis douze années, malgré les difficultés des débuts et les oppositions suscitées, l'enseignement intégral, la coor- dination de l'instruction et du travail manuel, la coé- ducation des deux sexes ont produit des fruits que tous ont pu constater, des succès qui autorisent les plus hautes espérances. Dans des conditions encore meil- leures, tirant parti de ce qu'ont pu apprendre ces laborieux essais, on est en droit de prévoir des résul- tats plus parfaits. Nous convions donc tous les hommes que préoccupe le grand problème de la régénération sociale par l'édu- cation et que des convictions semblables aux nôtres associent à nos vœux et à nos espérances, à quelque pays, à quelque langue qu'ils appartiennent, i\ se 328 CEMPIIS concerter pour une action commune de propagande des principes, de discussion et d'expérimentation des procédés et moyens d'organisation. Ce n'est pas à nous de déterminer sous quelle forme, exactement, cette action concertée peut se produire. Tout est à faire : l'œuvre est vaste, il y place à toutes les colla- borations : les moyens peuvent être divers, pourvu qu'un lien commun centralise en certaine façon les idées et les énergies et les empêche de se perdre dans la masse passive dont l'inertie absorbe presque toujours sans profit les efforts individuels. LE COMITÉ PROVISOIRE Bogaerts A., instituteur à Gand. Delon Charles, publiciste. Denis H., recteur à l'Université libre de Bruxelles. Guilhot P., sous-directeur à l'Orphelinat Prévost, à Cempuis (Oise). Lievevrogw-Coopman (M me ), institutrice, à Gand. Pons de Léon, publiciste, à Santiago (Chili). Robin P., directeur de l'Orphelinat Prévost, à Cem- puis (Oise). Severun G., instituteur, à Amsterdam. SluysA., directeur de l'Ecole Normale de Bruxelles. SurberJ.-W., instituteur, à Rotterdam. Ce manifeste a été approuvé à la Session normale de pédagogie pratique, tenue à Gand du 12 au 18 août 1893, dans la séance du 13. L'assemblée a décidé la fondation d'une Association universelle ir étant trop avancés dans le milieu extérieur, ils viennent dans la colonie familiale avec des idées puisées et des penchants contractés ailleurs. On nous comprend. Quant à l'engagement écrit en vue du rembourse- ment des frais de séjour, il nous paraît tellement illu- 384 CEMPUIS soire que nous pencherions volontiers pour sa sup- pression. Nous n'avons point connaissance que les demandes en remboursement aient abouti. TITRE TROISIÈME DE L'ENSEIGNEMENT Art. 9. — L'enseignement donné à F Orphelinat Pré- vost comprend: 1° L'enseignement maternel; 2° V enseignement primaire élémentaire; 3° V enseignement professionnel. Art. 10. — L'enseignement maternel et renseigne- ment élémentaire sont conformes aux programmes offi- ciels annexés à l'arrêté organique du 18 janvier 1887. Nous nous refusons à admettre que l'enseignement et l'organisation de la classe ou des classes maternelles et enfantines soient calqués à Gempuis sur le règle- ment des écoles de la Ville de Paris. Sans doute, nous reconnaissons la méthode dite frœbelienne, c'est-à-dire l'enseignement par Y observa- tion et le raisonnement, par le travail et par l'art; mais nous voulons aussi que soient étudiés, expérimentés à Cempuis les procédés nouveaux, les formes nouvelles d'éducation maternelle, d'où peuvent résulter des per- fectionnements. C'est notre devoir, car nous estimons, à l'encontre des pédagogues superficiels, que l'éduca- tion maternelle est lapins importante. En ce qui concerne le degré dit primaire, sans doute encore nous acceptons que l'enseignement soit donné selon le programme officiel, mais à titre de minimum. La ANNEXES 385 Commission administrative, le Conseil, le directeur, se réservent absolument Rajouter ce qui leur sera reconnu avantageux et nécessaire pour le bien de renseigne- ment et de l'éducation. Est-ce que le programme des études h Cempuis, élaboré en 1880, approuvé par le Conseil et l 1 Administrai ion, dont nous avons indiqué plus haut les lignes générales, ne comprend pas, en outre, des matières obligatoires du certificat d'études, les éléments des sciences physiques et naturelles, la sténographie, le modelage, la diction, la musique ins- trumentale et vocale, etc.? Il est seulement une lacune qu'on avait songé à combler, renseignement pratique des langues étrangères. Les succès obtenus par nos enfants ont victorieusement démontré que pour eux le surmenage n'était pas à redouter. Donc nous mainte- nons le programme de 1880, et, si faire se peut, nous l'augmenterons. L'article 10 dit aussi : Ces enseignements sont donnés dans cinq classes réparties comme suit : Une classe maternelle ; Une classe enfantine; Une classe de cours élémentaire ; Une classe de cours moyen; Une classe de cours supérieur. Pourquoi cinq classes? A cette heure, l'Orphelinat con- tient 200 enfants, soit en moyenne 40 enfants par classe, c'est déjà trop. Or, comme rétablissement est appelé, pensons-nous, à s'augmenter, l'encombrement aura lieu fatalement. Nous eussions désiré que le règlement ajoutât : le nombre des classes de chaque cours sera en raison de l'accroissement delà population scolaire à 25 386 CEMPCIS Cempuis et par catégorie; chacune des classes ne pourra recevoir plus de 30 élèves. Voilà la vérité. L'article 10 se termine ainsi : La classe maternelle, la classe enfantine, les classes élémentaire et du cours moyen d'enseignement pri- maire sont confiées à des institutrices. Pourquoi cette réglementation? Pourquoi cette inter- diction de confier, par exemple, le cours élémentaire ou le cours moyen à un instituteur reconnu capable à tous égards de bien remplir la fonction? Art. 11. — Les élèves pourvus du certificat (F études primaires forment le cours complémentaire dont l'orga- nisation et le programme sont arrêtés conformément aux lois et règlements sur renseignement primaire. Le cours complémentaire est divisé en deux classes (i n et 2' années). Les élèves de première année, pour être admis en deuxième année, devront subir un examen de passage dans la forme prévue par l arrêté préfectoral du 16 juil- let 1887. Nous repoussons ledit article comme n'étant pas applicable à Cempuis. En effet, le milieu, les besoins, les conditions locales, matérielles, les relations entre les membres de réta- blissement sont absolument différents d'un établisse- ment dans la ville de Paris. La journée d'éducation et d'enseignement n'est-elle pas aussi plus longue, les heures ne sont-elles pas tout autrement distribuées ? L'auteur du projet ne connaît probablement pas l'Or- phelinat. Qu'est-ce donc que cet examen de passage fait à la diable, en une demi-heure, par un quelconque, igno- ANNEXES 387 rant le caractère, les aptitudes particulières, les efforts propres de l'examiné ? Ce doit être l'ensemble des notes obtenues, psycho- logiquement rédigées, sérieusement condensées, qui doit décider le directeur sur le mérite de l'élève : c'est donc l'affaire de l'instituteur et du directeur. Art. 12. — Dans toutes les classes, renseignement est donné en commun aux garçons et aux filles. Toutefois, lorsque le nombre des jeunes filles devant fréquenter le cours complémentaire le permettra, il pourra être créé une division de ce cours, qui leur sera spécialement réservée. Cette division sera confiée à une institutrice. Nous ne voulons pas comprendre le deuxième para- graphe. M. le préfet n'a-t-il pas déclaré ceci : « Cempuis continuera à être ce qu'il a été au point de vue des principes généraux, — ce sera un établisse- ment laïque, un établissement de coéducation. » Donc nous rejetons au loin cette pierre d'attente, cette première pierre de séparation, savoir : « Cette division sera confiée à une institutrice. » Art. 13. — Les livres et méthodes d y enseignement en usage dans rétablissement sont choisis sur la liste des fournitures scolaires en usage dans les écoles publiques du département de la Seine. Aucun livre, brochure, publication étrangers à rensei- gnement, ne peuvent être introduits sans V autorisation de Vinspecteur d 'Académie du département de la Seine dans les classes, ni être mis entre les mains des élèves. Nous remarquons tout d'abord avec une certaine stupéfaction que, dans la question si délicate et si grave dont l'article ci-dessus fait l'objet, la Commission ne 388 CEMPUIS sera pas invitée à donner son avis. Elle n'existe donc pas ? Cependant l'arrêté préfectoral du 30 décembre 1882 dit : « La Commission administrative est chargée, notamment, de délibérer et de donner son avis sur toutes les questions au sujet de l'Orphelinat. » Est-ce que cette Commission, émanation du Conseil Général, le mandataire du département, serait forcée de subir les livres et méthodes officiels pour un éta- blissement qui n'a pas le caractère d'établissement public, mais le caractère d'un établissement d'expéri- mentation pédagogique? Quoi ! les livres, les méthodes officiels actuels, en 1895, seraient, s'il plaisait à un inspecteur, peut-être fabricant de livres ou ami de fabricants de livres, seraient à jamais les seuls vrais, les seuls excellents? A ce compte, Larousse n'eût pas remplacé Restaut, ni Michelet, le père Loriquet! Mais M. Buisson, M. le préfet, le Comité, en char- geant M. Robin d'expérimenter son système à lui d'éducation nouvelle, ne lui ont pas dit : « Vous édifie- rez votre système avec un tas de livres choisis ou à choisir. » Ils lui ont dit implicitement : « Nous savons que vous possédez des idées neuves, mûries par trente ans d'expérience, que vous avez une conception spé- ciale, personnelle ; eh bien ! allez à Cempuis : vous avez carte blanche. » Ainsi fit M. Robin, et il fut approuvé, félicité pen- dant quatorze ans! Tous ses candidats au certificat, hormis un, ont pleinement obtenu ce certificat. Et ils savaient combien de choses par surcroît! En témoignent les médailles, les récompenses par centaines dans la salle d'honneur de Cempuis. ANNEXES 389 En ce qui concerne le deuxième paragraphe..., il faudrait supposer au directeur qui le subirait une sin- gulière façon de comprendre la dignité. L'ancien directeur a doté Cempuis d'un fonds péda- gogique merveilleux, créé par lui pour Cempuis; nous entendons que ce fonds soit conservé, amélioré, aug- menté par ses successeurs. Nos enfants seront là pour imprimer et fabriquer et la Commission pour surveiller et encourager. Art. 14. — V enseignement professionnel donné aux élèves comprend : 1° Pour les garçons : le travail du bois; le travail du fer; la typographie ; 2° Pour les filles : la couture et la confection, la lin- gerie; le blanchissage et le repassage ; le cartonnage et la reliure. Des créations nouvelles d'ateliers pourront être faites après avis conforme de la Commission de surveillance et de l'inspecteur d'Académie de la Seine, en vertu d'upie délibération du Conseil Général. Cet article comprend une nomenclature incomplète des travaux manuels dont renseignement est plus ou moins largement organisé à Cempuis, toujours parce que l'auteur du projet ne voit que Paris. 11 ne men- tionne ni la lithographie, ni la cordonnerie, ni le tra- vail du plomb et du zinc, ni la peinture et la vitrerie, non plus l'agriculture, l'horticulture, la maçonnerie, la boulangerie. Pour les filles, il n est pas fait mention de la cuisine, de la comptabilité, de la basse-cour et des travaux mixtes. Nous voudrions bien savoir ce que viendrait faire 390 CEMPL1S TlDspecteur d'Académie, pour les créations nouvelles, d'ordre purement manuel et technique. Aimez-vous la muscade? On en a mis partout. Les articles 15 et 16 donnent la répartition des en- fants dans les classes selon leur âge. Rien d'important, si ce n'est à signaler le dernier paragraphe : A partir de treize ans, la répartition des heures à consacrer à renseignement général et à renseignement professionnel est réglée conformément aux dispositions du décret du 28 juillet 1888 relatif aux écoles manuelles d'appren- tissage. Aucune assimilation possible avec les écoles de Paris sur ce point encore; l'horaire de ces écoles ne peut être celui de notre Orphelinat. Celui-ci est un internat, Diderot, Boulle et autres sont des externats. Chez nous, pas de vacances, ni de congés à propos de tout et à propos de rien. Chez nous les élèves sont occupés chaque jour, de vingt façons, quinze à seize heures, et à Paris moitié moins de temps. Bref, il faut disloquer un mécanisme agencé si minu- tieusement, sagement, expérimentalement. Le meilleur, c'est de laisser Cempuis dans son fonctionnement, puisque nul ne s'en plaint. ARTICLE QUATRIÈME DU PERSONNEL Art. 17. — Le personnel de F Orphelinat Prévost est exclusivement laïque, et la neutralité religieuse doit être rigoureusement observée dans renseignement et dans r éducation. ANNEXES 391 C'est la répétition du dernier paragraphe de l'article premier. Passons. Art. 18. — Ce personnel comprend : 1° Le personnel administratif ", composé d'un directeur , d'un sons-directeur et d'une sous- directrice. Nous nous sommes suffisamment expliqués à ce sujet. Passons encore : 2° Le personnel enseignant formé par trois institu- teurs chargés de classe et un instituteur suppléant et par quatre institutrices chargées de classe; 3° De deux maures surveillants ; 4° De maîtres spéciaux pour l'enseignement dans les cours supérieurs et complémentaires, de la musique, du dessin, du modelage, de la gymnastique ; 5° Des professeurs techniques à raison de un par ate- lier ; 6° Des agents auxiliaires, domestiques, journaliers^ ouvriers, nécessaires pour le service de la maison ou des ateliers. Eh bien, et l'agent comptable? et le médecin? Un mot en passant. Pourquoi seulement dans les cours supérieurs et complémentaires un maître de musique (sera-t-il pour la vocale seule?), un maître de dessin et de modelage, un maître de gymnastique? Nous entendons que ces divers enseignements soient donnés dès la classe maternelle. Ce fut toujours ainsi, et nulle objection n'a été faite. Quant au reste, nous regrettons que l'auteur du projet n'ait pas détaillé, spécifié davantage. Comment établir un budget dans ces conditions d'énumération aussi sommaire? 392 CEMPCIS Abt. 19. — Le directeur, le sous-directeur, ou tout au moins l'un d'eux, la sous-directrice, les instituteurs, les institutrices, doivent être pourvus de titres de capa- cité correspondant à leurs fonctions dans les conditions prévues par l'article 20 de la loi du 31 octobre 1886. Il est bien entendu que les instituteurs et institu- trices entrés à l'Orphelinat avant la loi précitée joui- ront du bénéfice des droits acquis. Quant au para- graphe : ils seront logés et nourris dans rétablissement, il est entendu aussi que les instituteurs et institutrices prendront leurs repas avec les élèves, ou serait-ce ad libitum? Quelles mesures et qui les prendra envers le person- nel gui contreviendrait au règlement? Messieurs, voilà cet examen critique achevé. A vous de voir si les critiques sont justifiées; en tout cas, elles sont faites en toute sincérité. De l'examen de ce projet il ressort que son auteur table d'un bout à. l'autre sur cette double hypothèse : que l'Orphelinat Prévost est une école primaire, comme une autre, avec annexe d'école professionnelle, que la Commission du Conseil Général n'existe pas, car, hor- mis le cas des admissions, nous ne voyons pas son rôle. Cependant, Messieurs, l'Orphelinat n'est pas une pure dépendance des bureaux de la Préfecture de la Seine ; il appartient au département de la Seine. ANNEXES 393 Le Conseil Général a mandat des citoyens du départe- ment de présider aux destinées de l'institution. D'autre part, il a charge de veiller à l'accomplissement des volontés du testateur qu'il représente. II représente aussi la famille absente en vertu de la tutelle morale qu'il exerce sur les orphelins adoptés par lui. A ce triple titre, en raison même de ses devoirs, le Conseil doit demeurer investi des pouvoirs indispen- sables à leur accomplissement. Donc il gardera la haute main sur un établissement en réalité son œuvre; il lui maintiendra son caractère d'institution humanitaire et de champ d'expérience de la science d'éducation dans une voie nouvelle, ration- nelle et scientifique. Il restera d'ailleurs ainsi dans l'esprit de la circulaire ministérielle du 17 avril 1882, au sujet des orphelinats que voici : « Ces établissements ont sans doute un double carac- tère, un double rôle. D'un côté, ils représentent la famille, et à cet égard ils échappent au contrôle de l'État, dans la même mesure que le père de famille ou le tuteur ; mais, d'un autre côté, ils doivent donner aux enfants le minimum d'instruction primaire exigé par la loi, et, à ce point de vue, ils sont soumis, comme tout établissement libre, à la surveillance, à l'inspec- tion et à toutes les dispositions qui régissent les écoles primaires. » Comment ! cette liberté de se mouvoir que la loi laisse si largement aux établissements religieux, comme programme d'intérieur, emploi du temps, organisation du travail manuel, tout cela dans l'intérêt et pour la propagande de la doctrine catholique, cette liberté serait ravie au département de la Seine, à la maison d'un 394 CEMPU1S Conseil Général dont le plus beau titre de gloire est de travailler à l'émancipation, à la direction saine, libé- rale, scientifique, des orphelins dont il a la tutelle sacrée ! Comment, un inspecteur d'académie contre-appuyé par le préfet de la Seine, au mépris des déclarations de ce même préfet de la Seine, réduirait le Conseil Général au rôle d'un caissier à qui son patron dit : « Voilà la note des dépenses, payez... et pas d'obser- vations! » Messieurs, Messieurs, en quel temps vivons-nous et où allons-nous? Que sommes-nous devenus pour qu'à nous, les petits-fils de la Révolution française, à nous, les admirateurs de Condorcet, à nous, les mandataires du suffrage universel, on espère arracher une pareille abdication ! E. Faillet. Paris, le 5 novembre 1895. TABLE DES MATIÈRES dadicacr x! Introduction xih Chapitre I. — Les fondateurs de Cempuis : Paul Robin, Paul Guilhot, Charles Delon 1 Ch. II. — La coéducation des sexes 17 Ch. III. — Éducation physique 3(> Ch. IV. — Éducation organique. — Travaux manuels 85 Ch. V. — Éducation intellectuelle 114 Ch. VI. — Éducation morale 17!> Ch. VII. — La réaction contre Cempuis 218 Bibliographie * 252 Annexes 255 I. — Extrait du Testament de Joseph-Gabriel Prévost 257 II. — Lettre-rapport adressée par M. Paul Robin à M. Carriot, directeur de V Enseignement primaire de la Seine en octobre, 1 880 259 III. — Extrait du mémoire adressé par M. Paul Robin au Préfet de la Seine, le 1 er septembre 1881 262 IV. — Projet de délibération du Conseil général de la Seine, 272 V. — Conditions d'admission 274 VI. — Circulaire adressée aux candidats qui se présentent aux situations vacantes à l'Orphelinat Prévost (avril 1 883). 280 VIL — Spécimens des chants de VOrphelinat Prévost 284 VIII. — Lettre de M. A.-Paul Guénin 289 IX. — Notice récapitulative sur VOrphelinat Prévost de 1880 à 1894, contenant les rapports de MM. B. Buisson et Gobât sur la participation de l'établissement à V Expo- sition universelle de 1889 29? X. — Manifeste aux amis de ri7\struction et du progrès pour la diffusion des principes, méthodes et procédés de l'éducation intégrale 311 XL — Extraits des dépositions de MM. Robin, Guilhot, Delon, Rousselle, devant la Commission d'enquête du Conseil général 329 XII. — Examen du projet de règlement de VOrphelinat Prévost adressé par M. Faillet aux membres de la Com- mission administrative 373 Tour», imprimerie Dkslis Fhéhes, rue Gaiibetta. 6. s Librairie C. REINWALD. — SCHLHICHER frères, Éditeurs PARIS, 15, RCB DES SAIHT8-PÊRES, 45, PARIS L'HUMANITÉ NOUVELLE REVUE INTERNATIONALE SCIENCES, LETTRES ET ARTS •luît oensaellemeHt en un volume d'an moins 128 pages de texte et d'iliulratioBS DIRECTEUR SCIENTIFIQUE i DIRECTEUR LITTÉRAIRE A. HAMON I V. ÉMILE-MICHELET SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION VICTOR DAVE L'Humanité Nouvelle est l'organe libre de la pensée humaine, des tendances les pins larges et les plus indépendantes en matières scientifiques et artistiques. C'est ce oui explique le succès rapide et considérable qu'elle a obtenu. L Humanité Nouvelle contient des articles de sciences sociologiques, biologiques, mathématiques, géographiques, physiques, chimiques, de philosophie, de littérature et d'art, des nouvelles, des vers, des contes, des romans, du théâtre, dus aux meilleurs auteurs de tous les pays. Dans chaque numéro, il y a des chroniques littéraire, artistique, théâtrale, une revue des revues et des livres de toutes les langues et de tous sujets. Aucune revue ne peut rivaliser avec Y Humanité Nouvelle. Elle est la meilleure et la moins chère de toutes les revues. Aucune revue ne donne aussi bien que Y Humanité Nouvelle un aperçu du mou- vement intellectuel mondial grâce à ses comptes rendus analytiques et critiques des livres et des revues en toutes langues et sur tous sujets. Us sont faits par MM. Elisée Reclus, Elie Reclus, Guillaume De Greef, G. Sorel, Laurence Jerrold, Marya Cheliga, Victor Dave, A. De Rudder, Mario Pilo, C. Fages, Marie Stromberg, A. Hamon, V. Emile-Michèle t, D r A. Gaboriau, Cbrist-Cornelissen, D r Helina Gabo- riau, C. Huysmans, Paul Pourot, C. Barbier, Emile Vaodervelde, C. Muffang, Mehier de Mathuisieulx, Vandtrvoo, etc., etc. La Revue ne publie rien que de l'Inédit V Humanité Nouvelle forme par an deux beaux volumes de plus de 750 pages chacun avec un index alphabétique des auteurs et des matières : UN AN SIX H0I8 OU NUMÉRO AhAnn«m.nt« i France et Belgique 15 fr. 8 fr. 1 fr. 60 ADonnemenu | Elranger ( Union p08 tale). . 18 fr. 9 fr.60 1 fr. 78 Les abonnements parlent de janvier et de juillet Envoi d'un numéro spécimen franco sur demande Tours. — Imprimerie Dbslis Frèrbs, rue Gambetta, 6. This book should be returne the Iiibrary on or before the 1 stamped below. A fin© of âve cents a day is in by retaining it beyond the spè timG. Please return promptly. Wt Arii^jf 1922 ^ I r . r<& M